La Société civile victime de ses propres turpitudes

13 mai 2010

Billet du jour

Par Véron-Clément Kongo

Sauf intervention personnelle du chef de l’Etat, la Société civile ne siégera pas au bureau de la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Ainsi en a décidé la plénière de l’Assemblée nationale du mercredi 7 mars 2010, conformément au texte amendé par la commission mixte paritaire.

Malgré les divergences profondes qui divisent l’Assemblée nationale et le Sénat autour de la Commission électorale nationale indépendance (CENI), le projet de loi organique portant création, fonctionnement et organisation de cette structure a été adopté sans débat.

Pour rafraîchir la mémoire, les violons ne s’accordent pas, notamment sur le nombre de membres du bureau de la CENI, l’instauration ou non de l’assemblée plénière, l’entrée ou non de la Société civile, la représentation de la femme au sein de la CENI. Et comme il fallait s’y attendre, des réactions fusent de partout, accusant le gouvernement de tentative de tricherie aux prochaines échéances électorales.

La Voix des Sans Voix (VSV) craint que l’exclusion de la Société civile de la CENI ne soit une manœuvre visant à maintenir une mainmise des hommes politiques pour le contrôle de l’appareil électoral et partant, de tout le processus politique en République démocratique du Congo afin de conserver à tout prix le pouvoir et de ravaler davantage la population dans la misère et la pauvreté. L’exclusion de la CENI, poursuit cette ONG de défense des droits de l’homme, est la conséquence logique de la politisation de la « Société civile » par la classe politique à des fins partisanes. Et ce, au risque d’engendrer de graves conséquences, notamment le manque d’indépendance, de neutralité ou d’impartialité dans l’exercice de sa mission, et ainsi, favoriser la tricherie ou la fraude aux prochaines élections.

A QUI LA FAUTE ?

Dans son communiqué remis à la presse, la VSV s’insurge contre la création par la classe politique d’une Société civile colorée, utilisée abusivement ces dernières années pour le besoin de la cause, afin de desservir, discréditer et d’exclure « intelligemment » la vraie Société civile, fidèle aux idéaux universels positifs aux côtés de la population de la RD Congo, longtemps assoiffée de la démocratie, de la bonne gouvernance, bref, d’un Etat de droit.

« Mais, à qui la faute ? » s’interroge-t-on. De l’avis de bon nombre d’observateurs, il n’y a pas de vraie Société civile en République démocratique du Congo. A part les corporations des médecins, des avocats, des magistrats, des enseignants, des journalistes, des infirmiers … les autres organisations sont tombées dans le panneau des politiciens.

Cela s’est vérifié à l’époque du Haut conseil de la République-Parlement de transition (HCR-PT) et lors du Dialogue inter congolais tenu en Afrique du Sud. Inféodés par les politiques, la plupart des animateurs de la Société civile privilégient leurs intérêts personnels au détriment de la population à la base.

A l’issue des assises du Dialogue inter congolais, la Société civile a eu à animer les cinq institutions d’appui à la démocratie. A part la Haute autorité des médias (Ham) qui, jusqu’à ce jour, se défend tant bien que mal, les autres n’ont été que l’ombre d’elles-mêmes. Quant à la Commission électorale indépendante (CEI) qui va bientôt se muer en Commission électorale nationale indépendante (CENI), elle a perdu toute sa crédibilité, de l’avis de plusieurs observateurs.

La Société civile pouvait, peut-être, avoir raison en réclamant sa présence à la CENI, mais elle est aujourd’hui victime de ses propres turpitudes. Car avec la dégradation continue de la situation sociale en RD Congo, la population se sent abandonnée à son triste sort et aucune action n’est menée en faveur de la base, à l’exemple des médecins, des avocats, des magistrats, des journalistes, des enseignants, des infirmiers.

Le vin étant tiré, la Société civile devra se libérer des politiques avant de prétendre jouer pleinement son rôle d’encadreur de la population. A défaut, elle ne pourra que s’en prendre à elle-même chaque fois qu’on l’exclura d’une quelconque institution du pays.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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