18/05/10/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE MARDI

 (CongoForum)

Plus ça change, plus c’est la même chose. Les principaux sujets, en manchette des journaux de Kinshasa, sont la motion de censure contre le Premier ministre Muzito et la question du découpage territorial.

Muzito

Le Phare consacre sa manchette à la motion de censure contre le Premier ministre et s’interroge : « Muzito : qu’est-ce qui va se passer ? ».
Il note que l’opposition parlementaire a réussi à réunir, avec le concours de 36 ‘frondeurs’ de l’Alliance de la majorité présidentielle (Amp), 126 signatures sur les 125 requises pour rendre valide la motion de censure articulée contre le Premier ministre Adolphe Muzito.
Selon le dispositif arrêté jusque-là, le chef du gouvernement est attendu ce mercredi 19 mai 2010 à la tribune de l’Assemblée nationale, au Palais de peuple. La grande interrogation de l’heure est celle de savoir comment va se terminer, pour le successeur d’Antoine Gizenga, un exercice que d’aucuns estiment de tous les dangers.
Le Phare rapporte que pour le cabinet du Premier ministre, la motion viserait en réalité le chef de l’Etat, notamment en créant une situation qui rendrait le pays ingouvernable. Car, affirment les mêmes milieux, constituer une nouvelle majorité parlementaire, après la rupture de la coalition Palu-Amp et fatalement Palu-Udemo ne serait pas chose aisée à une année de la fin de la législature en cours.

AfricaNews partage ce point de vue puisqu’il affiche à la Une : « Motion contre le Régime ». Il signale que la motion de censure n’a toujours pas été transmise à son destinataire final, le Premier ministre Adolphe Muzito. Mais déjà, le texte transmis à Evariste Boshab suscite un débat houleux. Dans leur brulot, les opposants font état de l’existence d’un gouvernement parallèle, dénoncent l’incapacité du gouvernement à tenir ses promesses relatives à l’instauration de la sécurité et la décentralisation. Loin d’être un réquisitoire contre le gouvernement seul, le texte de Muamba et les siens n’est rien d’autre qu’une motion contre le Régime congolais, confectionné par tous et auquel tous participent. Il  souligne que la Rdc est dans un régime d’Assemblée. Un régime de séparation des pouvoirs. AfricaNews soutient que « S’il est clair que le pouvoir d’édicter les lois ne doit pas être entre les mains de ceux qui l’exécutent, les modalités de la mise en œuvre de certains principes consacrés par la Constitution ouvrent sur différents débats qui méritent que tous s’y attardent objectivement et avec courage politique ».

(Cette constatation, qu’on ne saurait limiter la portée de la motion au seul Muzito, n’est pas neuve. Le Potentiel, entre autres, y avait consacré un long article la semaine passée. Et cette situation découle, elle aussi, de la Constitution. Un régime bicéphale, façon V° république française, a pour effet de partager les responsabilités politiques entre deux « têtes » : le Président et le PM, tout en laissant au gouvernement le « privilège » d’essuyer seul les tirs de l’opposition. Mais peut-on encore parler de responsabilité gouvernementale quand le Président tient seul les cordons de la Bourse ?
D’autre part, il ne faudrait pas s’exagérer les risques de crise gouvernementale. 36 signataires de la motion venaient de la majorité, soit ! Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne regagneront pas les rangs au moment du vote. Il n’est pas besoin pour cela des rumeurs habituelles qui, bien entendu, circulent comme à chaque vote, sur les « enveloppes »
  dont on cite ^même les montants ! Il est de bonne guerre, pou un député, de poser des gestes forts et de tenir des discours acerbes pou sa publicité, puis de se ranger au moment du vote ! NdlR)

Provinces

« Que reste-t-il de la Province Orientale », titre à la Une La Référence+ après les appels au démembrement de ses originaires d’Ituri, Tshopo, Bas-Uélé et Haut-Uélé ? Rien, s’empresse de répondre le même journal. Et de rappeler que sénateurs, députés nationaux et provinciaux originaires de cette province ont pris acte, samedi 15 mai dernier, de la mort de la Province Orientale et de l’avènement de quatre nouvelles provinces issues de son démembrement.
Dans une double déclaration publiée simultanément à Kisangani et à Kinshasa, ils invitent la CEI à organiser au plus vite l’élection des gouverneurs dans ces nouvelles entités. Partie de l’Ituri, la revendication du découpage a atteint aujourd’hui presque l’ensemble du pays notamment l’Equateur, le Kasaï Occidental et la Haut-Katanga dont les ressortissants viennent d’adresser une pétition au président de la République. Véritable dilemme pour Joseph Kabila, estime La Réf+.

Sous le titre : « La ‘République Fédérale du Congo’ au bout du fusil », Le Potentiel voit dans le regroupement des mouvements et groupes armés de l’Est en une alliance dénommée « Mouvement des Fédéralistes congolais pour la Révolution », MFCR, une manière d’isoler le gouvernement de Kinshasa accusé de ne pas respecter les accords de Goma.
Le confrère signale la signature d’un protocole d’accord pour « la libération » de l’Est de la Rdc avant la proclamation de la « République Fédérale du Congo », RFC. Ajoutez à cela la déclaration précipitée de l’érection du district de l’Ituri en province afin qu’elle soit « la première province à être libérée » en recourant soi disant à l’article 226 de la Constitution ainsi que la divulgation des contrats pétroliers du Lac Albert qui pourraient faire perdre au gouvernement congolais 10 milliards de dollars Usd à verser dans les comptes des individus, congolais et étrangers…
Pour Le Potentiel, cela fait un peu trop pour accréditer la thèse, selon des rumeurs concordantes, d’une reprise des hostilités à l’Est de la Rdc. Les acteurs de la balkanisation de la Rdc changent des méthodes.

 Sur les médias virtuels

Le congé du 17 mai, au calendrier congolais, faisant suite au « pont » de l’Ascension dans le calendrier européen n’ont guère favorisé la production d’une abondante littérature. Par contre, ces périodes d’abondants loisirs, où les journalistes salariés se taisent, sont en général très féconds là où l’écriture est activité de bénévoles qui y consacrent leurs loisirs, comme c’est le cas des sites, groupes, blogs etc…, qui recourent à Internet pour répandre leurs informations et leur littérature. Quand de plus la période est riche en thèmes politiques d’actualité, la moisson s’y révèle particulièrement abondante.

Les 26 provinces font l’objet de nombreuses prises de position, adresses, pétitions et lettres ouvertes, et ceci depuis celle des Sénateurs de l’Equateur jusqu’à celle du Haut-Katanga, où l’on a mobilisé large, puisque le document adressé à JK est signé par les mandataires provinciaux et nationaux, renforcés encore par les chefs coutumiers et les organisations féminines. Sans aller jusqu’à imiter l’Ituri dans son autoproclamation unilatérale, ces démarches demandent en général « l’application de la Constitution », c’est à dire le passage des 11 aux 26 provinces maintenant. Il n’est pas difficile de deviner en coulisse la présence fébrile des Sénateurs. Ceux-ci, élus sur base des nouvelles provinces, sont en effet au nombre de 26×4 = 104, soit 60 de trop si l’on devait retourner aux 11 provinces. Cela fait des Sénateurs menacés – qui savent de quel côté leur pain est beurré – de chauds partisans d’une réforme immédiate.

A noter aussi que la pétition katangaise suggère que la réforme s’accomplisse, mais aussi que l’on maintienne malgré tout un « Espace katangais ». « Les dignes fils et filles du Haut-Katanga proposent à leur frères et sœurs du Lualaba, du Haut-Lomami et du  Tanganyika, toutes tendances confondues, la création d’un espace de concertation et de coopération dénommé L’ESPACE KATANGAIS.
« L’ESPACE KATANGAIS est conçu comme un cadre d’échange pour la réalisation du rêve partagé, préservation de notre histoire commune et la sauvegarde des valeurs culturelles forgées ensembles sur l’espace hérité de nos ancêtres 
».

Le revendication des 40%, pourtant également incrits dans la Constitution, et jusqu’ici principal sujet de revendication des provinces, n’est mentionnée qu’avec peu d’insistance. Il est vrai que seules trois provinces sur les 26 en tireraient vraiment avantage.

A propos du 17 mai, sujet de nombreux articles « de circonstance », les avis sont très partagés, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient nuancés. Mzee Kabila est pour les uns le Libérateur  qui a mis fin à la tyrannie de Mobutu, pour les autres le portier qui a ouvert le Congo aux Rwandais ou le fossoyeur de la CNS. « La fête du 17 mai doit se pérenniser, selon le professeur Ndaywel », annonce Radio Okapi «Pour moi, la journée du 17 mai est celle de la renaissance du Congo. La journée où nous redécouvrons les intuitions fondamentales des années 60 qui ont été des intuitions de libération, d’accès à la démocratie, de développement.»

Beaucoup d’articles et de messages concernent les élections de 2011 et, à ce propos, la récente manifestation des Congolais de Bruxelles contre la présence annoncée du Roi des Belges au 50naire. Celle-ci ne pourra pas être interprétée par la population congolaise comme autre chose qu’un soutien à la campagne électorale de JK. Toutes les précautions diplomatiques et oratoires que l’on pourrait prendre n’y changeront rien. Ce serait de plus la première fois dans l’histoire qu’un souverain belge partirait pour l’étranger alors que le pays n’aurait pas de gouvernement, pour la formation duquel il joue un rôle fondamental.

Il ya bien entendu une exception à cette désapprobation : dans la Dernière Heure, la section belge du PPRD se félicite de cette « courageuse décision ».

La continuation de l’insécurité à l’Est continue à âtre le sujet-vedette permanent de Beni Lubero online « Depuis le 24 avril, de GOMA à BENI, les Chefs Coutumiers, les Autorités Politico-administratives ainsi que les Acteurs de la Société Civile sont informés par le Haut Commissariat pour Refugiées (HCR), l’ONU-HABITAT, le STAREC (Programme de Stabilisation et de Reconstruction de l’Est du Congo), de la CNR (Commission Nationale pour le Refugiés, antenne de GOMA) et du Ministère Provincial des Affaires Foncières de l’arrivée imminente au Nord-Kivu de 53 000 rwandais. Notez qu’on ne parle plus de 53 000 familles rwandaises. Personne du groupe n’a su expliqué cette révision à la baisse du chiffre des rwandais devant être installés au Nord-Kivu par l’ONU, en accord avec le Gouvernement de Joseph Kabila- Adolphe Muzito. Le chiffre pour les autres provinces n’a pas été non plus communiqué à l’étape de Beni. Cela prédit-il une guerre des chiffres dans l’avenir ? Pas du tout ! L’actuelle occupation militaire rwandaise de la région devant recevoir ces rwandais rend caduques toutes les données statistiques qu’on peut avancer. Depuis plus d’une année, selon le CNR, les rwandais entrent au Nord-Kivu par petits groupes, d’abord sous la protection du CNDP, aujourd’hui sous la protection des militaires Amani Leo, etc. Au moment où l’on avance le chiffre de 53 000, plusieurs villages du Nord-Kivu sont déjà occupés par des assaillants armés qui répondent à un commandement militaire et politique parallèle, mais aussi par des femmes, des enfants, et des vaches, comme c’est le cas à Biakato, Boga, autour de la ville de Bunia, etc. »

Il y a cependant plus apocalyptique encore avec un rapport de CODHO, voir

http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=2&newsid=167606&Actualiteit=selected

« CODHO rapporte sur une guerre sans fin – la population civile n’est pas protégée », dont voici les principaux sujets :

 -La coopération internationale avec la RD Congo mise à l’épreuve : des experts et autres chefs des missions diplomatiques font le lit de la jeune dictature, des missions parlementaires esquivent les questions essentielles de la démocratie, de la justice, et la sécurité au profit de l’humanitaire; 

-La corruption s’enracine au sommet de l’Etat et son impunité érigée en système de gestion publique en complicité avec des Chefs d’Etats et des Gouvernements de l’occident;

 -La guerre se généralise dans le pays : le gouvernement n’est plus capable d’apporter la paix ni protéger la population civile;

 -Des groupes politiques, ethniques et régionaux actuellement persécutés ;

 -Des militants des droits humains, les journalistes, et les syndicalistes indépendants sont tués, persécutés,…. ;

 -Jusqu’aujourd’hui aucun calendrier pour les élections locales prévues en 2010, et législatives, sénatoriales présidentielle prévues  en 2011 ;

 -L’exécutif redoute l’effectivité de la décentralisation et du découpage territorial avant les prochaines élections.

© CongoForum, le mardi 18 mai 2010

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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