Congo Actualité n° 109 – 15 mai 2010 – Supplément RWANDA

18 mai 2010

Congo Actualités

SOMMAIRE: NEWS – QU’EN EST-IL DE «VISION 2020»?

NEWS

Le 16 avril, Eugène Gashugi et Freddy Mutanguha, respectivement vice-président et secrétaire général d’Ibuka, le collectif des associations de rescapés du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994, ont été arrêtés et placés en détention pour mauvaise gestion de l’assistance allouée aux survivants. L’arrestation des deux hommes vient après celle de trois cadres d’Ibuka : Benoît Kaboyi, secrétaire exécutif, Naphtal Ahishakiye et Emmanuel Nsengiyumva, respectivement chargés de la mémoire et des finances. Selon l’accusation, plus de 400 millions de francs rwandais (environ 666.000 dollars) ont disparu des caisses de l’organisation, et les interpellés doivent prouver leur utilisation. Ils sont également accusés d’avoir dressé des listes de « bénéficiaires fantômes et gonflé le nombre des survivants du génocide dans certains districts». Plusieurs autres responsables d’Ibuka font l’objet d’enquêtes pour détournement de fonds.

Le 23 avril, la justice rwandaise a annoncé l’arrestation de trois hommes présentés comme des officiers rebelles hutus et des complices de l’opposante Victoire Ingabire dans « des actes de déstabilisation du pays ». Mme Ingabire, candidate déclarée à l’élection présidentielle prévue en août, est notamment inculpée d »association avec un groupe terroriste », en l’occurrence les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) basées à lest de la République démocratique du Congo (RDC). « Les trois officiers des FDLR ont affirmé avoir collaboré avec Ingabire dans des plans visant à semer l’insécurité au Rwanda et à déstabiliser le pays. Il s’agit des lieutenants-colonels Tharcisse Mbiturende et Noël Habiyakare ainsi que du lieutenant Jean Marie Karuta », a indiqué le procureur général Martin Ngoga. « Les deux premiers ont été arrêtés dans un pays voisin tandis que le lieutenant a été arrêté sur le territoire rwandais », a poursuivi M. Ngoga. Selon lui, les trois rebelles hutus « reconnaissent avoir rencontré Mme Ingabire à plusieurs reprises à Kinshasa (en RDC) et affirment qu’à certaines occasions, elle leur a donné un appui, notamment financier ».

Le 28 avril, les rebelles hutu rwandais basés dans l’est de la République démocratique du Congo ont nié tout lien avec l’opposante Victoire Ingabire poursuivie par la justice rwandaise notamment pour collaboration avec ce groupe. Dans un communiqué, le secrétaire exécutif des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), Callixte Mbarushimana, résidant en France, affirme que « de telles affirmations sans fondement ne visent qu’à semer la peur, la terreur, le désarroi et les tensions au sein des organisations qui luttent contre ce régime afin qu’elles baissent la garde et abandonnent le combat ». Les FDLR déclarent que « les trois individus ont été corrompus par le régime du FPR » (Front patriotique rwandais, du président Paul Kagame) et que les trois hommes « ont déserté les rangs des FDLR » depuis octobre 2007 pour Habiyaremye et depuis mai 2008 pour les deux autres .
Le 24 avril, Human Rights Watch, une ONG pour la défense de droits de l’homme, a dénoncé que les autorités rwandaises refusent de renouveler le visa de la chercheuse Carina Tertsakian, sous le motif qu’il y avait des anomalies dans sa demande. HRW précise avoir multiplié, en vain, les démarches auprès des autorités rwandaises pour certifier l’authenticité des documents appuyant la demande de renouvellement du visa. Carina Tertsakian, une ressortissante britannique, était arrivée au Rwanda le 25 janvier et avait alors obtenu un visa de travail, précise le communiqué. Selon l’ONG, ce cas particulier s’inscrit dans un contexte « d’intolérance croissante à l’égard de toute forme de contestation ou de voix critiques en cette période pré-électorale ». « Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à une véritable tentative de museler toute voix critique. Le gouvernement rwandais fait tout pour réduire au silence les voix indépendantes avant les élections », a ainsi déploré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique de Human Rights Watch.
D’une façon plus générale, Human Rights Watch a constaté que de nombreux Rwandais ne peuvent pas exprimer ouvertement leurs opinions. Les personnes qui critiquent le gouvernement ou ses politiques risquent d’être qualifiées d’opposants ou d’être de connivence avec les partis d’opposition ou avec des personnes soupçonnées de vouloir renverser le gouvernement ou encore d’être accusées d’«idéologie génocidaire», un crime vaguement défini et passible de 10 à 25 ans d’emprisonnement.

Le juge d’instruction parisien Marc Trévidic, chargé de l’enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana en avril 1994, a désigné une commission d’experts afin de tenter de reconstituer les circonstances du drame. Le magistrat a désigné cinq experts en balistique, explosifs, aéronautique ainsi qu’en géométrie pour les questions topographiques. Accompagnés des juges d’instruction, ces experts devraient se rendre au Rwanda dans les mois qui viennent. Ils devront notamment tenter d’établir la trajectoire du Falcon 50 lorsqu’il a été touché par un missile SAM-16 alors qu’il était en phase d’atterrissage sur l’aéroport de Kigali et déterminer la nature du projectile ainsi que l’emplacement des tireurs. Leur rapport est attendu pour mars 2011.
L’origine des tirs est au cœur de l’enquête sur les responsabilités dans cet attentat. A ce stade, les enquêteurs français soupçonnent la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais, alors dirigée par l’actuel président Paul Kagame : le commando auteur des tirs se serait infiltré à travers le dispositif des Forces armées rwandaises (FAR), sur la colline de Massaka, qui surplombe l’aéroport à l’est de la piste. Le gouvernement rwandais a de son côté mis en place une commission d’enquête qui a imputé la responsabilité de l’attentat aux extrémistes « Hutu Power » des FAR. Selon ce rapport, assorti d’une expertise balistique réalisée par des experts britanniques, les tirs sont partis depuis le camp militaire de Kanombe, importante base des FAR, jouxtant l’aéroport et la résidence présidentielle au sud-est. L’assassinat du président Juvénal Habyarimana est considéré comme le signal déclencheur du génocide rwandais.

Le 30 avril, le président rwandais, Paul Kagamé, était l’invité d’honneur d’une cérémonie qui s’est tenue à l’Université chrétienne de l’Oklahoma, aux Etats-Unis, en l’honneur des diplômés rwandais.
Alors que le président rwandais prononçait son discours d’ouverture, à l’extérieur de la salle des manifestants brandissaient des pancartes et à l’intérieur une équipe d’avocats ont tenté de remettre aux gardes du corps de Kagame une citation à comparaître adressée au même Paul Kagame et une plainte à son encontre. Tandis que les gardes du corps de Kagame ont refusé d’accepter les documents présentés par les avocats, les autorités de l’université ont ordonné aux avocats de déguerpir et Kagame lui-même a quitté la salle plus tôt que prévu, entouré de ses gardes du corps.
Les poursuites alléguées contre le Président Kagame – et neuf de ses collaborateurs actuels et anciens officiers de l’armée – c’est qu’ils se seraient rendus coupables d’assassinat des anciens présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira et ils auraient ainsi provoqué les massacres de 1994 qui allaient être connu sous le nom de génocide rwandais.
La plainte a été déposée par les veuves des deux présidents assassinés.
Elles soutiennent aussi le fait que le président actuel du Rwanda et les autres inculpés se seraient également rendus coupables d’actes d’extorsion, tel que défini par la loi américaine du « Racketeer Influenced and Corrupt Organizations (RICO) Act », en vue d’acquérir et d’avoir le contrôle des ressources naturelles de la RDCongo.
La notification comprend des arguments concernant la compétence des États-Unis, sur base de la loi américaine de l’ «Alien Tort Claims Act» et loi fédéral de l’ «Extraterritorial Torture Statute».
Les veuves ne vivent pas aux États-Unis, mais font valoir que le tribunal fédéral d’Oklahoma City à juridiction sur leurs revendications en raison des importants liens que possède le Président Kagame avec l’Université Chrétienne d’Oklahoma.
Les huit chefs d’accusations sont les suivants:
1. Mort suspecte et Assassinat;
2. Crimes contre l’Humanité;
3. Violation des Droit à la vie, la liberté et de la sécurité des personnes;
4. Coups et blessures;
5. Administration intentionnelle de détresses émotionnelles;
6.Violations de la loi américaine du « Racketeer Influenced and Corrupt Organisations (RICO) Act »;
7. Torture et
8. Complot en vue de la torture.

Le 10 mai, l’Union européenne a accordé une aide de 73,8 millions d’euros au Rwanda pour contribuer au développement rural, à l’amélioration du réseau routier et des institutions.
« Ce sont des secteurs clés du développement, de la lutte contre la pauvreté et de la consolidation de la démocratie », souligne Michel Arrion, ambassadeur de l’UE à Kigali, dans un communiqué.
Sur les 73,8 millions d’euros, 32 seront consacrés à l’amélioration de la route qui mène en Ouganda et 12 millions iront au budget de la justice, du maintien de l’ordre et du programme de réconciliation. A trois mois de la présidentielle, 5,3 millions seront par ailleurs alloués à la commission électorale et 4,5 des 20 millions restants permettront d’améliorer la sécurité alimentaire.
Incroyable mais vrai: l’Union Européenne refuse d’envoyer des observateurs aux prochaines élections d’août 2010 au Rwanda mais envoie un don de 73,8 millions d’euros dont 5,3 millions à la Commission Electorale. Ainsi donc, ayant refusé d’envoyer des observateurs, l’Union Européenne s’empresse d’envoyer des millions d’euros pour financer la mascarade électorale d’août 2010 destinée à reconduire le dictateur Paul Kagame à la tête du Rwanda avec un score stalinien.
Ni les appels des ONG comme Eurac, ni les mises en gardes des organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch ou Amnesty International n’ont pas pu convaincre l’Union Européenne que ce qui se passera en août 2010 au Rwanda sera tout sauf une élection démocratique. Pourtant, l’Union Européenne et plus particulièrement son représentant à Kigali, le belge Michel Arrion, connaît bien la situation politique dans ce pays où la presse est bâillonnée, où l’opposition politique n’a pas droit à la parole et même à l’existence et où l’arbitraire et les règlements de compte constituent les fondements de sa justice.
Les observateurs avisés auront noté la constante obsessionnelle de l’UE à fermer les yeux sur les pratiques dictatoriales du régime Kagame et en même temps à lui apporter des soutiens substantiels tant diplomatiques que financiers.

QU’EN EST-IL DE “VISION 2020”?

“Vision 2020”, un plan de réforme échelonné sur 20 ans, vise à faire du Rwanda un acteur régional de premier plan. Une version africaine de Singapour. Mais qu’en est-il réellement de la Vision 2020?
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a fait une évaluation de mi-parcours de la Vision 2020 et y constate une situation plutôt désastreuse : la pauvreté gagne du terrain et frappe 62 % de la population rurale, alors que cette proportion était de 50 % en 1990; près du tiers de la population rwandaise souffre de carences alimentaires; l’écart entre les riches et les pauvres atteint un niveau record et place le Rwanda dans les 15 premiers centiles des pays les plus inégalitaires au monde.
La comparaison avec les autres pays africains montre que le Rwanda est en queue de peloton pour beaucoup de facteurs cruciaux de développement économique. Par exemple, selon les données du PNUD et de la Banque Mondiale, l’espérance de vie des Rwandais est de 44 ans, ce qui est inférieur à la moyenne africaine de 46 ans. Moins de 45 % des enfants terminent l’école primaire, alors que la moyenne de l’Afrique subsaharienne est de 60 %.
Le taux brut de scolarisation au secondaire est de 17 %, comparativement à 28 % pour l’Afrique subsaharienne. En 2009, dans le classement général des pays selon l’indice de développement humain, qui fait la synthèse de l’espérance de vie, du niveau de vie et du niveau d’études, le PNUD range le Rwanda parmi les quinze derniers pays au monde, soit derrière la majorité des trente-huit pays de l’Afrique subsaharienne.
À la lumière de ces données et en sachant que le Rwanda de Paul Kagame est favorisé par les donateurs occidentaux, qui lui accordent une aide substantielle de 55 $ par habitant, soit près du triple de la moyenne africaine de 20 $ par habitant, la splendide ville de Kigali revêt un autre visage, celui de la concentration de la richesse et de l’accaparement de l’aide étrangère par une minorité urbaine proche du pouvoir.
L’absence de toute trace de misère à Kigali, contrairement à d’autres villes africaines, est obtenue au prix de la violation des droits des sans-abri et des enfants de la rue, que l’on emprisonne notamment à l’île d’Iwawa, comme l’a révélé le journal The New York Times le 1er mai 2010.
Pire encore, le contraste entre le faste de la ville et la misère de la campagne est le résultat d’une discrimination ethnique plus forte que jamais.
les Hutus, qui constituent 84 % de la population rwandaise, sont presque totalement exclus du pouvoir. Ils sont considérés collectivement comme des « génocidaires ».
Les statistiques sont très éloquentes au sujet de la discrimination contre les Hutus. Ainsi, le haut commandement de l’armée rwandaise comprend un officier supérieur hutu par tranche de 1 590 000 habitants hutus, comparativement à un officier supérieur tutsi par tranche de 34 600 habitants tutsis.
De même, on retrouve un cadre supérieur hutu dans l’administration publique rwandaise par tranche de 500 000 habitants hutus, comparativement à un cadre supérieur tutsi par tranche de 70 000 habitants tutsis.
Les orphelins hutus de la tragédie de 1994 sont abandonnés à leur triste sort contrairement aux orphelins tutsis, qui sont pris en charge par le Fonds d’aide aux rescapés du génocide. La moindre évocation des atrocités subies par les Hutus est fortement réprimée par des lois vagues sur « le divisionnisme » et « l’idéologie du génocide », qui permettent les arrestations arbitraires.
Derrière son fard de modernité urbaine, le Rwanda ressemble plus à un volcan au bord d’une éruption qu’à un îlot de prospérité au milieu de la misère africaine.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Inscrivez vous

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22