23/07/10 / REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE VENDREDI

23 juillet 2010

Aujourd'hui dans la presse

(CongoForum)

Une fois n’est pas coutume : il est assez largement question de l’Est dans les journaux de Kinshasa, à propos des adieux de Babacar Gaye et de l’opération Ruwenzori censée traquer les complices des rebelles ougandais sur le sol congolais. La mise en place de nouveaux cadres dans les entreprises de l’Etat semble surtout être un nouvel épisode de la campagne électorale officieuse.Un canular d’assez mauvais goût s’est produit dans l’affaire JP Bemba,

Opérations à l’Est

Ce mercredi, l’habituelle conférence de presse de la Monusco a été presque entièrement consacrée aux adieux de Babacar Gaye, commandant de la Monusco qui est fin mandat, ce qui fournit bien sûr  matière à commentaires. Le Palmarès note que le général rejette le plan de balkanisation de la RDC. Il a annoncé la tenue d’une rencontre avec les chefs d’Etats-majors des pays voisins et le général Didier Etumba, sur les opérations majeures en cours à l’Est.
Le commandant des forces de la Monusco a déclaré qu’actuellement l’heure est au rapprochement entre différents Etats pour mettre fin aux forces négatives. Babacar Gaye a affirmé qu’il y a toujours, dans des processus de sortie de crise, des hauts et des bas. Voir http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=1&newsid=169297&Actualiteit=selected pour l’intégralité de cette conférence de presse.

« Chasse aux traîtres à l’Est de la Rd Congo », titre Le Phare qui parle des opérations Ruwenzori. Le quotidien de l’avenue Lukusa rapporte que les Fardc se trouve engagées, depuis quelques semaines, dans une campagne de ratissage des maquis des rebelles ougandais regroupés sous le label Adf-Nalu et dont le point d’ancrage, vieux de 25 ans, est localisé dans le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu. Baptisées « Opérations Ruwenzori », du nom de la collectivité et de la montagne du même nom qui séparent la RDC de l’Ouganda, elles paraissent quelque peu perturbées par ce que l’on considère comme des cas de traîtrise, dont les auteurs sont identifiés comme étant des Congolais. Les rafles se multiplient depuis le début du mois dans les collectivités de Rwenzori, Beni-Mbau et Bashu. Les personnes les plus visées se recruteraient parmi les trafiquants des bois d’œuvre, à en croire l’Association des Dépositaires des Bois d’œuvre, qui ne cesse de se plaindre de la traque de ses membres, qu’elle juge sans fondement.

Voici comment Beni Lubero Online commentait récemment l’arrestation de Mr. Kavusa Semei, président de la FEC-Goma : « Selon l’éditorialiste du Journal Le Potentiel de Kinshasa, édition du Lundi 19 juillet 2010, l’insécurité entretenue au Nord-Kivu s’expliquerait par le fait que la communauté Nande constituerait « le dernier verrou » que le balkanisateur voudrait casser pour relier les territoires de Rutshuru et de Masisi à l’Ituri. La communauté Nande de Beni-Lubero incarnerait ainsi la résistance à la balkanisation de la R.D.C par les puissances anglo-saxonnes au profit des Rwandophones. Ce plan machiavélique expliquerait pourquoi la MONUC devenue Monusco se fait impuissante devant le massacre des Nande dans les territoires de Lubero et de Beni, et pourquoi il n’y a pas une condamnation de la communauté internationale de l’insécurité entretenue au Nord-Kivu et ailleurs à l’Est du pays. Les opérations militaires contre les soi-disant FDLR et ADF-NALU ne seraient qu’un alibi pour occuper militairement les territoires de Beni et de Lubero qui résistent depuis toujours à la balkanisation de la RDC. La preuve est que ces opérations tuent plus de congolais que des FDLR et ADF-NALU et n’ont pas de plan pour la sécurisation des civils.  Les Fardc et les Policiers sont coupables des meurtres, assassinats, pillages des biens de la population au point qu’ils trahissent leur agenda caché d’occupation.
 « Selon un rapport de Refugees International (RI), fruit d’une enquête sur terrain au Nord-Kivu par Camilla Olson et Serge Hege, enquête publiée le 20 Avril 2010, «  Tant que le CNDP dominera le paysage politique et militaire à l’est de la RDC, on craint sérieusement que le soutien aux retours assistés aux refugiés congolais du Rwanda soit perçu à travers le pays comme une défense partisane des intérêts du Rwanda plutôt qu’une réelle tentative de réconciliation communautaire. (…) Vu les ressources et intérêts fondamentaux des USA en RDC, l’absence de politique étrangère précise des Etats-Unis en RDC est inquiétante ». 
« La répression sanglante des populations du Nord-Kivu par une armée et une police gérée et commandée par les anciens du CNDP serait ainsi tacitement permise par la MONUSCO et les USA pour sonner le glas d’une R.D.C un et indivisible. Si tel n’est pas le cas, le degré de violence actuelle au Nord-Kivu, nécessite l’implication immédiate du gouvernement congolais, de la Monusco et des USA pour arrêter ce que les évêques catholiques ont déjà appelé « un génocide silencieux» (cfr. La R.D. Congo pleure ses enfants, elle est inconsolable (cf. Mt 2,18) : Déclaration du Comité Permanent des Evêques sur la guerre dans l’Est et dans le Nord-est de la R.D.Congo, Kinshasa, 13 Novembre 2008, Ss.2).
« Il est en effet surprenant que les grandes puissances qui se disent champions des droits humains se taisent devant la répression militaire des Nande au Nord-Kivu. Devant cet abandon à elle-même, la communauté Nande qui enterre les siens chaque jour sans savoir pourquoi ils sont assassinés, est en droit de se défendre. C’est la seule alternative qui lui reste. Autrement, s’il y a encore un gouvernement congolais qui défend les droits humains de tous les congolais, nous demandons qu’il fasse tout ce qui est à son pouvoir pour faire libérer sans tarder Papa KAVUSA SEMEI du cachot de l’ANR du Quartier des Volcans, Commune de Goma, Ville de Goma. »  

La même source constate aujourd’hui que le résultat les plus évident de l’Opération Ruwenzori a été « le déplacement de 100.000 congolais ». « Les Opérations de traque de Rebelles Ougandais ADF-NALU en Territoire de Beni risquent de ressembler à celles contre les FDLR en Territoire de Lubero en ceci qu’elles font plus de mal que de bien aux civils congolais. Le grief de toujours contre ces opérations militaires est l’absence d’un plan de sécurisation des civils congolais et de collaboration avec les forces vives locales. C’est ainsi que les erreurs décriées lors des opérations contre les FDLR se répètent en Territoire de Beni lors des opérations contre les ADF-NALU. Les coins du territoire de Beni qui étaient relativement paisibles avant les Opérations Ruwenzori et où l’on n’avait jamais vu des ADF-NALU sont aujourd’hui dans la tourmente et vidés de leurs habitants. D’où la suspicion permanente que les opérations auraient comme mobile caché le déplacement des populations locales de leurs terres qui devraient passer aux retournés du Rwanda et de l’Ouganda ».

L’Observateur annonce que « Suite aux effets collatéraux de la traque des rebelles de ADF-NALU sur les populations, les élus du Nord-Kivu souhaitent une opération militaire plus courte à Beni » et explique : « Très préoccupés par les effets collatéraux occasionnés par la traque des rebelles ougandais de ADF-NALU sur les populations de Beni et des environs suite à l’opération dénommée  » Ruwenzori  » menée par les FARDC, les députés nationaux du Nord-Kivu ont rencontré hier jeudi dans son cabinet de travail, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et sécurité, le professeur Adolphe Lumanu Mulenda Bwana Nsefu. Celui-ci a reçu les doléances des élus du Nord-Kivu autour de la situation humanitaire préoccupante dans laquelle se trouvent soumises les populations des territoires ci-haut cités. »

Le Potentiel, de son côté, déplore dans son éditorial que les populations de l’Est soient « condamnées à une vie d’errance ».

Entreprises publiques

Le Potentiel consacre sa manchette aux entreprises publiques et note que les partis politiques se bousculent autour de la nomination des mandataires. Selon ce journal, le projet a germé d’abord pour les seules entreprises d’économie mixte. En haut lieu, la proposition était faite. Depuis quelque temps, il s’étend à l’ensemble d’entreprises du Portefeuille, incluant les entreprises publiques dont certaines se trouvent en phase terminale de transformation.
Pour des raisons non encore élucidées, le gouvernement se serait résolu à mettre en place de nouveaux mandataires dans les entreprises du Portefeuille. Dans ce vent de changement, les partis politiques sont en état d’alerte pour mieux placer leurs pions. En effet, 2011 approche.
« En effet, tout porte à croire que l’option de nomination dans les entreprises du portefeuille tiendrait à une seule logique. Celle de donner l’occasion aux partis politiques de positionner leurs pions dans les entreprises les plus juteuses pour garantir les élections générales de 2011.

Une tentative quu sera lourde de conséquence dans la mesure où elle ne fera qu’asphyxier davantage les entreprises publiques dont la plupart se trouvent dans un coma profond, frôlant la banqueroute.

Le changement des mandataires publics est donc inopportun à tout point de vue. Il portera un coup dur au processus de transformation des entreprises publiques.

A voir de près le bilan de la gestion de la stabilisation pilotée par Progosa, il est temps que tout le monde revienne à la raison.

Déjà la guerre épistolaire que se livrent les ministres du Portefeuille et des Transports et Voies de communication sur le mode de gestion de l’Onatra après Progosa est illustrative de l’état d’esprit qui habite actuellement les formations politiques aux affaires.

Le vice-Premier ministre en charge de la commission économique et financière du gouvernement a constaté, en aval, les dégâts que peuvent produire des correspondances «indélicates» entre membres d’un même gouvernement.

Pour nombre d’observateurs, le plus important est de placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, plutôt que des clients déterminés à lessiver les caisses de ces entreprises en difficulté.

Malheureusement, les propositions faites, notamment à la Minière de Bakwanga, pourtant décriée, sont en phase d’entrer en scène sans émouvoir qui que ce soit sur l’inopportunité d’une expertise non avérée à la tête d’une société en déliquescence. Les illustrations sont, hélas, nombreuses à l’absence d’une évaluation objective souhaitée par plus d’un.

Tout se passe comme si la réforme des entreprises publiques, conçues au travers de quatre lois du 7 juillet 2008 et réaffirmées dans le décret du 24 avril 2009, n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau. »

Bemba

A en croire AfricaNews, qui titre : « Jours sombres pour Kamitatu et compagnons », Bemba hante ses anciens collaborateurs. Selon lui, l’affaire Bemba prend un tournant décisif. Ex-amis et autres anciens compagnons de lutte vont inévitablement passer à la barre si les avocats de Bemba qui ont soulevé quelques exceptions n’obtiennent pas gain de cause. L’échéance la plus plausible reste le début du procès. Mais des sources confient que les témoins devront aussi être entendus par la défense, procédure oblige. Pour l’heure, tout le monde a les yeux braqués sur la chambre d’appel de la CPI.
AfricaNews rapporte que le compte à rebours a peut-être commencé pour l’ex-ami de JP Bemba dorénavant fiché principal témoin à charge. Son passage dans les bureaux de Moreno avec deux autres anciens compagnons de lutte du chairman est annoncé comme très imminent. Leur limogeage du gouvernement se dessine.

Sous le titre : « JP Bemba libéré. Aucune confirmation de la rumeur », L’Avenir note qu’une télévision de la place, Canal Congo TV, a annoncé jeudi une information qui a fait l’effet d’une bombe. Ce confrère qui citait un des avocats de JP Bemba sans dire lequel, annonçait l’annulation par les juges de la CPI de l’acte d’accusation du procureur contre JP Bemba.
L’Avenir rapporte que le porte-parole de la CPI à Kinshasa contacté n’est pas au courant de cette nouvelle. La recherche sur différents sites de la CPI, même ceux qui donnent des informations minute par minute démontre que peut-être le confrère qui a donné l’information a été trompé de bonne foi par sa source.

La source de ce malentendu (ou de ce canular) pourrait se trouver dans un article récent du Soft qui considérait que l’on venait de porter un coup dur à l’accusation en versant au dossier une photo montrant que Bemba et Kamitatu sont des amis d’enfance et ont été « copains comme cochons » pendant trente ans. Il était assez superflu de brandir une photo remontant à leurs années de potaches à Bruxelles pour « établir » ce fait qui est de notoriété publique ! Pour rappel, c’est en tant que représentant du MLC que Kamitatu a occupé la présidence du parlement de la Transition !

© CongoForum, le vendredi 23 juillet 2010

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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