(CongoForum)
La presse parue ce jeudi à Kinshasa offre un large éventail de titres dont tous témoignent plus ou moins d’un certain désordre politique: Le Cndp sur le pied de guerre, l’impossible indépendance à la Ceni, le procès J. P. Bemba, la grève des sénateurs pour non paiement de leurs émoluments, le retour annoncé de Tshisekedi.
CNDP
Sous le titre : « Inquiétante reconstitution du CNDP », Le Potentiel fait état de bruit de bottes à l’Est de la RDC. Il note que, signataire des accords de Goma, le CNDP a fait semblant de collaborer avec les autorités provinciales et nationales tout en se cramponnant aux clauses qui lui sont favorables dans lesdits accords. Selon Le Potentiel, en poursuivant ses revendications relatives à l’accord de Goma, le CNDP nargue le gouvernement. Bien plus, quand il déclare être un « serpent à plusieurs têtes », le CNDP fait cette fois une déclaration de guerre. Il met à nu sa forte capacité de nuisance basée sur sa reconstitution en groupe armé malgré les défections enregistrées dans ses rangs au bénéfice de Kinshasa. Il explique : « A tout prendre, l’attitude du CNDP montre qu’il est sur le pied de guerre. C’est un signal fort à l’endroit de Kinshasa qui doit lire les signes des temps. En outre, la déclaration du CNDP de se reconstituer de manière automatique- militairement parlant- procède d’un plan de poursuite de la déstabilisation de l’est de la RDC en combinaison avec d’autres groupes armés nationaux et étrangers.
La Monusco a été la première à dénoncer ce plan. Raison pour laquelle elle a lancé une opération dénommée « Protection shield » (bouclier de protection). Les zones à protéger sont entre autres Minembwe, Fizi et Uvira.
Dans un communiqué rendu public le 23 novembre 2010, la Monusco révèle que l’opération « Protection shield » fait suite à l’augmentation observée des activités d’un certain nombre de groupes armés nationaux et étrangers. L’objectif visé est de neutraliser les groupes armés, en prévenant leur infiltration, leur ravitaillement à partir notamment du lac Tanganyika. »
Un second article du Potentiel, sous le titre « Un bouclier de protection contre les groupes armés du Sud-Kivu » s’intéresse plus particulièrement à « Protection shield » et pose aussi la question « Comment se fait-il qu’on n’arrive pas à déloger les FDLR ? ». (Il y a deux réponses à cela. L’une est militaire : on a monté en épingle les effectifs de la Monuc « plus grande opération de l’ONU dans l’histoire » mais on n’a jamais parlé de l’absurdité d’une opération de « peace keeping » non précédée d’un « peace making » qui aurait réclamé des effectifs au moins dix fois plus nombreux. L’autre a des relents de gros sous : les « minerais de sang » sont exploités par une sorte d’internationale criminelle militaire, à qui les opérations militaires sont nécessaires pour justifier sa présence sur les lieux de ses sanglants et fructueux exploits ! NdlR)
CENI
Le Palmarès note au sujet de la CENI qu’avant même sa mise en place, l’indépendance de cette institution est en danger. Et pour cause, quatre candidatures en raison de deux pour l’Opposition et deux pour la Majorité, posent problème. Il s’agit des candidatures de Matthieu Mpita pour le compte du Palu, Carole Kabanga (CD), Laurent Ndaye (UMR) et Jacques Ndjoli (MLC). Pour le président de la commission ad hoc, les quatre candidats sont tous non éligibles, au motif qu’ils ne sont pas indépendants. C’est une véritable impasse pour la mise en place de la CENI.Dans le même registre Le Phare souligne qu’il fallait s’y attendre ! Les deux camps antagonistes, à savoir la Majorité et l’Opposition parlementaire, ne pouvaient pas s’entendre sur la liste des candidats devant composer le bureau de la CENI. Déjà lors des débats en plénière sur l’examen de la loi y afférente, les divergences profondes avaient éclaté au grand jour, surtout au niveau du Sénat, mais comme d’habitude la Majorité mécanique est parvenue à enlever le challenge et nous voilà avec une loi qui présente les signes évidents de sa propre mort programmée d’avance. Le venin se trouve dans la queue.
(Comme on peut le voir, il n’y a là rien de nouveau dans les faits, ni dans les commentaires. Nous n’y insisterons donc pas. NdlR)Bemba/ Commentaires
Le Démocrate signale au sujet du procès J. P. Bemba que le leader du Mlc n’acceptera pas de mourir seul. L’ex- président Félix-Ange Patassé, qui avait sollicité l’intervention des troupes du Mlc à Bangui, ne sera pas épargné ainsi que l’ancien ministre de la Défense. Quoi qu’il en soit, les populations aussi bien centrafricaine que congolaise attendent voir jaillir la lumière à l’issue de ce procès.
Dans son « billet » du Climat Tempéré L. Mantha estime que c’est un « Procès-miroir ». Il écrit : « Depuis hier, Jean Pierre Bemba Gombo est devant ses juges à la Haye. Pour des faits qui se sont déroulés en Centrafrique. Deux crimes contre l’humanité (meurtre et viol) et trois crimes de guerre (meurtre, viol et pillage). Mais l’homme n’a pas été personnellement au lieu desdits crimes. Bemba n’a jamais violé une quelconque Centrafricaine. Bemba n’a jamais tué un seul Centrafricain. Bemba n’a jamais pillé une moindre petite aiguille centrafricaine. Il paie pour des infractions commises par d’autres. Aux termes de l’article 28(a)du Statut de Rome sur pied duquel il est poursuivi, le péché de Jean Pierre Bemba c’est d’avoir été le chef militaire des troupes envoyées à Bangui, même si lui-même n’y a jamais été.
Il va falloir au procureur Moreno du génie pour convaincre le Congolais lambda qu’il est fondé à vouloir faire condamner quelqu’un qui n’a jamais posé un seul geste matériel pour la commission du crime qu’on lui reproche. Il va falloir à Moreno de la haute voltige pour faire croire aux hommes de bonne foi que c’est vraiment justice que de s’acharner sur Bemba mais de laisser en liberté ceux qui occupaient la chaîne de commandement des troupes sur le terrain, aux premier rang desquels Ange Félix Patassé, aujourd’hui candidat au fauteuil de président de Centrafrique.
Bien que les faits aient eu pour théâtre la Centrafrique, le procès Bemba est suivi avec attention à Kinshasa. Jean Pierre Bemba est sénateur de la République démocratique du Congo. Il est ancien vice-président de la République de ce pays. Il est le chef du 2ème parti le plus important de ce pays. Il est le leader du plus grand parti de l’opposition. Il est surtout le challenger du président démocratiquement élu en 2006 en RDC. Il est l’homme qui a majoritairement réuni autour de son nom et de son programme 6 provinces du pays sur les 11. Et par rapport aux élections qui pointent à l’horizon 2011, Jean Pierre Bemba est considéré généralement comme le seul réellement capable d’apporter du suspense, d’empêcher le président Joseph Kabila de se faire ouvrir devant lui un boulevard pour une réélection sans péril. D’où d’ailleurs la thèse soutenue par ses partisans, selon quoi l’on a simplement cherché par cette procédure à se débarrasser d’un adversaire gênant pour le candidat qui porte les faveurs d’une certaine communauté internationale. D’où les accointances, vraies ou fausses, entre Kinshasa, Bangui et le procureur Moreno, dénoncées, le plus officiellement du monde, devant la CPI, par les avocats de la défense. Au point que Kinshasa a été amené à intervenir dans ce procès à la Haye contre son propre sénateur pour réfuter les allégations de ses avocats.
Le procès Bemba intéresse encore Kinshasa parce que ces dernières années, dans le monde, lorsque l’on parle de viols et meurtres dans les conflits, ce n’est pas la Centrafrique mais bien la RD Congo qui en est la championne toutes catégories. Il s’est passé dans ce pays des choses infiniment plus graves que les incidents de Bangui. Par le nombre de victimes- elles se chiffrent à des millions de morts- qu’ont causées les conflits de la RD Congo ! Par la cruauté des crimes-des femmes ont été enterrées vivantes ici et des bébés pilés dans des mortiers-. Ainsi donc, ce procès Bemba est-il en quelque sorte celui de tous les ex belligérants. A la place de Bemba, ça aurait pu être n’importe lequel de la plupart des dirigeants de ce pays. Les crimes prétendument commis à Bangui, toutes les forces et tous les groupes armés en campagne en RD Congo s’en sont rendus coupables. Le rapport mapping du HCDH sur les crimes les plus graves contre les droits de l’homme et le droit international humanitaire en RDC, de 1993 à 2003, n’épargne personne. Ce procès de l’ancien vice-président de la RDC est un miroir dans lequel devraient se regarder tous les ex belligérants. Ils se connaissent et se reconnaissent. Ils ont été dans l’une ou l’autre de ces organisations : AFDL, MLC, RCD/Goma, RCD/KML, RCD/N, Maï Maï, Milices de l’Ituri, Milices du Nord Katanga, Forces armées zaïroises, Forces armées congolaises, Forces armées de la RDC. Si demain l’on venait à installer un Tribunal pénal international sur la RDC ou même si la CPI arrivait à finaliser ses enquêtes sur l’Est, l’on risque fort de voir se dépeupler la classe politique congolaise. Tous dedans, auteurs ou coauteurs, chefs militaires ou supérieurs hiérarchiques. A se demander qui l’on ne jugerait pas. »
L’Observateur publie une annalyse rerise à AfricaTime, selon laquelle Jean-Pierre Bemba est « l’archétype de l’entrepreneur politique africain des années 1990 »
Avec Jean-Pierre Bemba, 48 ans, qui comparaît depuis lundi 22 novembre à La Haye devant la Cour pénale internationale (CPI), ce n’est pas seulement un redoutable chef de guerre congolais qui est jugé pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». L’homme à la carrure imposante est tombé de haut : en novembre 2006, il avait obtenu 42 % des voix à l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC). Mais plutôt qu’un tranquille candidat, « Jean-Pierre », comme disent ses partisans congolais, est l’archétype de l’entrepreneur politique africain des années 1990. Comme Charles Taylor au Liberia, il a fondé un mouvement politique adossé à une armée à base ethnique dans un but précis : protéger ses intérêts d’homme d’affaires.
Un héritier
Raconter sa vie revient à évoquer deux décennies de l’histoire récente et violente du plus grand pays francophone du monde, le Zaïre devenu RDC en 1997. Jean-Pierre Bemba est d’abord un héritier. Son père, Jeannot Bemba Saolana, un métis de Portugais originaire de la province de l’Equateur (nord-ouest du pays) fut un homme d’affaires puissant et un baron du régime zaïrois du général Mobutu Sese Seko (1965-1997). Le fils à papa élevé en Belgique – l’ancienne puissance tutélaire -, se lance dans les affaires à la fin des années 1980.
Diplômé d’une grande école de commerce bruxelloise, il choisit bien ses créneaux (téléphone portable, télévision) et trouve naturellement sa place dans les hauts cercles du pouvoir mobutiste. Sa sœur épouse un fils du tout puissant général.
Atrocités et campagne de terreur
Mais l’époque est celle de la décrépitude d’un pays longtemps paradis de l’argent facile pour la nomenklatura qui pille allègrement les immenses richesses du pays en laissant la grande masse de la population dans la misère.
Lorsqu’en 1997, Kinshasa tombe aux mains de Laurent-Désiré Kabila soutenu par le Rwanda et l’Ouganda, Jean-Pierre Bemba s’exile. Mais l’année suivante, il passe à l’offensive, profitant du retournement du président ougandais Yoweri Museveni. Le businessman endosse subitement le treillis et crée sa milice armée, le Mouvement de libération du Congo (MLC) financé par le régime Museveni et adossé à la province de l’Equateur, bastion du mobutisme.
A la surprise générale, il conquiert une large partie du territoire, pillant les richesses locales – diamant, or, café – pour financer ses offensives. Soutenu par Ange-Félix Patassé, président de la Centrafrique voisine, Jean-Pierre Bemba n’hésite pas à aller lui prêter main-forte lorsqu’il est menacé par des rébellions. C’est là que se situent les atrocités qui lui valent aujourd’hui de comparaître devant la CPI. En 2002 et 2003, le MLC se livre à une campagne de terreur pour protéger le régime centrafricain menacé par le général François Bozizé.
« Jean-Pierre Bemba a sciemment permis aux 1 500 hommes qu’il commandait de commettre des centaines de viols, des centaines de pillages », a résumé lundi le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo. Ces exactions se traduisent par plusieurs centaines de morts mais la guerre est perdue. Le général Bozizé prend le pouvoir et il y est toujours aujourd’hui. C’est lui qui saisira la CPI en 2004.
Une armée d’enfants des rues
A cette époque, Bemba a repris ses habits civils d’entrepreneur politique. L’interminable guerre congolaise s’est achevée en 2003 par un accord de paix qui, pour le faire rentrer dans le rang, lui a accordé l’un des quatre postes de vice-président autour du président provisoire, Joseph Kabila, le fils de Laurent-Désiré Kabila assassiné en 2001.
En 2006, Jean-Pierre Bemba affronte Joseph Kabila dans la rue et dans les urnes. Très populaire dans la capitale, Kinshasa, où une armée d’enfants des rues est à son service, il perd cependant l’élection au plan national. Elu simple sénateur mais redoutable chef de l’opposition, il refuse de désarmer sa milice. Après des affrontements meurtriers au centre de Kinshasa, il est contraint à l’exil, en avril 2007, au Portugal et en Belgique où il possède de somptueuses propriétés.
C’est à Bruxelles que son passé de chef milicien le rattrape lorsqu’il est interpellé, en 2008, en vertu d’un mandat d’arrêt émis par la CPI. Incarcéré à la prison de Scheveningen aux Pays-Bas, il est le troisième chef de guerre congolais à comparaître devant la juridiction de l’ONU dont le siège est à La Haye. Ses avocats dénoncent « une enquête bâclée et partiale ».
Son procès, qui doit durer plusieurs mois, l’empêchera de prendre sa revanche sur Joseph Kabila lors de la présidentielle en RDC prévue dans le courant de l’année 2011.
Bemba/ Procès
Venons-en à ce qui s’est passé La Haye en Hollande, siège de la CPI.
Le témoin 38 a affirmé mercredi avoir vu le leader du Mlc à Bangui lors de l’intervention de ses troupes au PK 12.
Dans un premier temps, la procureur est revenue sur les réponses données par ce témoin la veille, c’est-à-dire le mardi afin d’avoir plus d’éclaircissements. Ensuite ce témoin a continué à fournir des réponses aux questions des juges en relevant que l’accusé s’était présenté au PK12 où étaient concentrées ses troupes.
Répondant à la question de savoir où il avait pris la parole, il a déclaré:« sur un terrain de football », et à celle de savoir comment était-il habillé, il indiquera : «il était en tenue civile, à peu près comme je le vois ici dans la salle d’audience», ajoutant par ailleurs que Bemba n’avait pas voulu rencontrer la population qui, pourtant manifestait bruyamment pour dénoncer les exactions commises par ses hommes. .
Cependant, ce témoin n’a pas pu fournir des renseignements sur la présence répétée de M. Jean-Pierre Bemba au PK 12.
«Je ne sais pas. En tout cas en ma connaissance », a-t-il soutenu, en réponse à la question « Est-il venu une autre fois au PK 12 ? ».Mais, lorsqu’il lui a été demandé si « Le comportement des rebelles a changé après sa visite », il a répondu : « Non, les exactions se sont poursuivies et la population a continué à souffrir ». Les cas de viols en ce qui les concerne ont été enregistrés « Pendant tout le temps que les rebelles étaient là jusqu’en 2003 », a répondu le témoin 38 en réponse à la question : « Pendant combien de temps ont duré les viols ? ».
La cour a aussi posé au témoin une question relative à la présence ou non de l’armée centrafricaine sur le front en cause. « Quand les rebelles étaient installés au PK12 de Bangui, est-ce que l’armée était là aussi ? ». « Non, dit-il en soulignant que l’armée n’était pas là ». Et d’expliquer ensuite que l’ancien président centrafricain Ange- Félix Patassé se sentait trahi et qu’il n’avait plus confiance en sa propre armée. Raison pour laquelle, il a appelé Bemba.
Pour sa part, la défense par le biais de Me Nkwebe, l’un des avocats de Jean-Pierre Bemba s’est adressé à la présidente des juges, qualifiant ses questions de trop guidées et trop subjectives.
Divers
Forum des As rapporte qu’à cause du retard pris dans le paiement de leurs émoluments, les sénateurs sont en grève ! En effet, la séance plénière prévue mercredi à la chambre haute du Parlement n’a pas eu lieu. Les Sénateurs l’ont tout simplement boudée. Le non paiement de leurs émoluments serait à la base de ce comportement.
La Prospérite fait état d’une forte mobilisation d’accueil de Tshisekedi à Kinshasa. La grande sortie médiatique du sphinx de Limete sur la chaîne de télévision France 24 a, manifestement, redynamisé le militantisme des combattants de l’Udps. Sa base désormais recousue sur une nouvelle étoffe, s’apprête à lui réserver un accueil délirant, en signe de victoire.
© CongoForum, le jeudi 25 novembre 2010










25 novembre 2010
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