CONGO ACTUALITE’n° 120 du 10 fèVRIER 2011

16 février 2011

Congo Actualités

SOMMAIRE 

ÉDITORIAL 

REVISION DE LA CONSTITUTION 

Les réactions internationales 

Des pétitions contre la révision constitutionnelle 

APRÈS LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION 

POUR UNE LECTURE DE LA RÉALITÉ POLITIQUE 

KIVU 

Trafic d’or au Kivu: un avion cloué au sol à l’aéroport de Goma 

De nouveaux groupes armés en gestation ? 

DROITS DE L’HOMME 

 

 

ÉDITORIAL 

 

La révision de la Constitution a été approuvée par le Parlement et promulguée par le Président de la République. L’article dont on a parlé les plus est l’art. 71 qui prévoit, désormais, des élections présidentielles à un seul tour au lieu de deux. Par conséquence, le candidat qui obtiendra la majorité relative sera proclamé Président de la République, sans devoir pour autant affronter le risque d’un second tour au ballottage. Ce qui surprend le plus c’est la rapidité (très peu de jours) avec laquelle on a  voulu conclure l’itinéraire parlementaire, même en absence de l’opposition. Et cependant, une révision de la Constitution est une des matières qui requiert un long débat et un consensus très clair.   

Il est vrai que, au moins apparemment, tout s’est déroulé dans le plein respect de la majorité parlementaire et de la légalité constitutionnelle, mais cela devient très dangereux, quand la majorité parlementaire et la légalité ne sont plus la manifestation de l’expression et de la volonté du Peuple souverain. Ce dernier a, en effet, réagi avec rapidité et détermination aux décisions du pouvoir, en démontrant son désaccord et en lançant des campagnes pour réunir des signatures en vue de demander l’annulation de la révision.   

Il est donc légitime se demander qu’est-ce qui s’est réellement passé et pourquoi.   

Au niveau interne, il y a des éléments qui méritent d’être pris en considération.   

Après trois ans de séjour à l’étranger, l’opposant historique Etienne Tchisekedi, président de l’Udps, est rentré à Kinshasa en se présentant comme futur candidat. Vital Kamerhe, auteur principal de la victoire de Joseph Kabila en 2006, a quitté le parti présidentiel, le Pprd, pour fonder son parti, l’Unc et se présenter comme futur candidat. À l’Est du Pays, où Kabila avait obtenu ses meilleurs résultats en 2006, la population lui a retiré sa confiance car, malgré les déclarations officielles, il n’a pas réussi à porter la paix et la sécurité promises.   

Au niveau international, le régime Kabila est de plus en plus critiqué pour ses dérives autoritaires et ses violations des droits humains vis-à-vis des membres de l’opposition, des journalistes et des défenseurs des droits humains.   

Vers la fin du mois de décembre, le régime Kabila a donc commencé à réaliser que la victoire électorale n’était plus si sûre comme pouvait l’être seulement quelque mois auparavant.    

Alors on a du commencer à faire des calculs.    

Etant le plus grand parti du Pays, se trouvant déjà au pouvoir, s’appuyant sur les divisions internes de l’opposition et adoptant quelques « mesures préventives » vis-à-vis des membres de l’opposition, journalistes et défenseurs des droits humains qui pourraient critiquer et entraver la course vers la victoire, des élections présidentielles à un seul tour pourraient garantir, déjà dès le début, la majorité relative à Joseph Kabila et à son parti.   

Mais, au cas où l’opposition réussisse à présenter un candidat unique, qu’est-ce qui arrivera si Kabila obtiendra 40% des voix et le candidat de l’opposition 35%? Quelle légitimité populaire, quelle représentativité pourrait avoir un Président de la République élu de telle manière? Dans ce cas, le régime Kabila serait-il prêt à écouter la voix de l’opposition au lieu des conseils lui prodigués par ce cercle restreint de personnalité qui constituent, de facto, un « gouvernement parallèle? ». L’opposition serait-elle capable de se limiter à une action d’opposition forte et constructive ou profiterait-elle des résultats obtenus, pour exiger sa partie du gâteau?    

Et, selon une autre hypothèse, si c’était le candidat de l’opposition qui obtiendrait 40% des votes et Kabila 35%, serait-il prêt à céder le pouvoir selon le verdict des urnes?     

 

 

RÉVISION DE LA CONSTITUTION 

 

Le 20 janvier, le chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila, a promulgué la proposition de loi portant révision de la constitution. Huit articles de la loi fondamentale ont été révisés. 

L’article 71 alinéa 1 prévoit désormais l’élection présidentielle à un seul tour. 

L’article 110 traite de la perte du mandat d’un parlementaire. Lorsque ce dernier est nommé à une fonction politique incompatible avec son mandat, ce parlementaire peut retrouver son siège au sein du parlement à la fin de cette fonction politique. 

Les articles 197 et 198 relatifs aux institutions provinciales ont fait également l’objet d’une modification. Face aux nombreux conflits, au cours de cette législature, cette révision constitutionnelle, permet désormais au chef de l’Etat d’arbitrer les conflits. Il peut relever le gouverneur de ses fonctions ou dissoudre l’assemblée provinciale. 

L’article 149 place les magistrats du parquet sous l’autorité du ministère de la Justice. 

L’article 208 autorise uniquement le chef de l’Etat à appeler le peuple au référendum. 

L’article 226 propose de déconstitutionnaliser la programmation de l’installation de 26 nouvelles provinces et de la laisser aux bons soins du législateur. 

L’article 126 intègre la disposition selon laquelle le gouvernement doit demander les crédits provisoires au parlement lorsque le budget n’est pas voté à temps.[1] 

 

Le 22 janvier, au cours d’un point de presse à Kinshasa, le président du Mouvement du peuple congolais pour la République, Jean-Claude Vuemba a annoncé que l’opposition politique entend se choisir un candidat unique à l’élection présidentielle de 2011. La démarche en soi est bonne. Car, c’est de la diversité de l’opposition réunie que peut jaillir la lumière, a estimé Odette Banbandoa, cadre de l’Union pour la nation congolaise (UNC) pilotée par Vital Kamerhe. 

L’opposition dénonce le passage à un tour unique du scrutin présidentiel qui, selon elle, favorise le président sortant. Elle dénonce aussi le renforcement des pouvoirs du chef de l’exécutif, le président Kabila, au détriment des provinces.[2] 

 

Les réactions internationales 

 

Les partenaires extérieurs de la RDC ne tiennent pas à s’ingérer dans la légalité constitutionnelle congolaise – matière relevant de la souveraineté d’un Etat. Quelques diplomates occidentaux ont rencontré le Premier ministre pour exprimer leur adhésion au principe d’une présidentielle à un tour. A la seule condition que le scrutin soit transparent, serein et ouvert à tous les courants politiques. La réduction à un tour de la présidentielle en RDC est une affaire interne qui n’a nullement emballé la communauté internationale. 

Le chargé d’affaires du Royaume de la Belgique à Kinshasa, Jean-Paul Charlier, a confié à Adolphe Muzito que «cette question fait partie de la politique intérieure» et qu’il n’avait pas de commentaire à ce sujet. Le plus important pour la Belgique serait que «les élections se déroulent dans la transparence. La liberté d’expression et la sécurité doivent être garanties à tous les candidats des partis politiques». 

L’Ambassadeur français à Kinshasa, Pierre Jacquemot, a déclaré au Premier ministre que «cette question fait partie de la légalité et donc constitutionnelle, question de souveraineté de la RD Congo». Cependant, pour la France, trois points sont essentiels et requièrent une grande vigilance, à savoir, «le calendrier électoral, la liberté d’action, de mouvement et d’expression comme garantis dans la Constitution de 2006, et enfin, la sécurité pendant la campagne électorale». 

James Entwitsle, ambassadeur des Etats-Unis en RDC, a déclaré que «c’est une question de politique intérieure. Il existe des pays de vieille démocratie qui organisent l’élection présidentielle à un, à deux voire à trois tours». Pour les USA, le plus important reste la mise en place des mécanismes devant assurer «la transparence du scrutin et la liberté d’expression à tous les candidats».[3] 

 

Le 20 janvier, après s’être entretenu avec Evariste Boshab, président de l’Assemblée nationale, l’ambassadeur de l’Union Européenne à Kinshasa, Richard Zink, a déclaré à la presse que sa délégation n’a pas à discuter, à approuver, ni à juger le système électoral mis en œuvre au Congo Démocratique, car elle risque d’empiéter sur les prérogatives des autorités de l’Assemblée nationale et du Sénat. Cependant, il a plaidé pour « un processus électoral libre, la sécurité et l’accès égal aux médias pour tous les partis politiques ». Richard Zink a affirmé, par ailleurs, que ses collègues ont eu, à l’issue de cette rencontre, des assurances que l’Assemblée nationale est prête à garantir un processus électoral correct, transparent et démocratique.[4] 

 

Le 24 janvier, au nom de l’Union européenne, la Haute représentante, Catherine Ashton, dans une déclaration sur la RDCongo, a affirmé que «l’Union Européenne a suivi attentivement le processus de révision de la constitution congolaise qui a conduit notamment au changement des règles de l’élection présidentielle ainsi que celles relatives aux équilibres institutionnels. 

L’UE note que ce processus méritait un débat public plus large… 

L’UE insiste sur la responsabilité qui incombe aux autorités de la République démocratique du Congo d’assurer un processus électoral libre, régulier et pacifique, respectant les libertés d’expression, y inclus des médias ainsi que des conditions égales pour tous les candidats, qui leur permettront de faire campagne librement et en toute sécurité. 

L’UE invite également tous les partis politiques à s’engager pleinement et pacifiquement dans un processus démocratique ouvert. 

L’Union européenne note que les changements du mode de scrutin présidentiel ont peu d’incidence financière. Elle confirme qu’elle est prête à appuyer un processus devant mener à des élections démocratiques, crédibles et ouvertes à tous étant entendu que ses engagements seront revus à la lumière d’un nouveau budget électoral à établir».[5] 

 

Le 25 janvier, le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, a admis que la Belgique avait, comme l’ensemble de la communauté internationale, été « prise par surprise » par la rapidité avec laquelle la RDCongo vient de modifier sa Constitution afin d’organiser en novembre une élection présidentielle à un seul tour. 

Il a également annoncé qu’une partie du financement (un montant de cinq millions d’euros) du cycle électoral prévu par le gouvernement serait liée à la tenue de toutes les élections, notamment les scrutins locaux – jusqu’ici sans cesse reportés. Interrogé en commission de la Chambre belge des Représentants, M. Vanackere a souligné que le choix d’un système électoral était la prérogative d’un Etat souverain et que la modification de la Constitution adoptée par le parlement congolais à une large majorité l’avait été « en toute légalité ». Mais le chef de la diplomatie belge a toutefois reconnu que des questions se posaient sur la « hâte » avec laquelle la majorité soutenant le président Jospeh Kabila avait adopté cette révision constitutionnelle et les raisons qui la soutendent.[6] 

 

Des pétitions contre la révision constitutionnelle 

 

Le 15 janvier, les Jeunes Patriotes du Quartier Furu en ville de Butembo ont initié une pétition contre la révision constitutionnelle. La nouvelle de cette initiative une fois parvenue au cabinet du Président Joseph Kabila aurait été qualifiée d’affront au régime de Kinshasa. Le 19 janvier, en effet, le Lieutenant-colonel Donat Mandonga, Commandant des Fardc en ville de Butembo, a entrepris une opération militaire contre les Patriotes de Furu. L’ordre serait venu de Kinshasa pour mettre fin à cette initiative que les Patriotes de Furu qualifient pourtant de légitime, car relevant de leur droit de liberté d’expression reconnu dans la charte universelle des droits humains et dans la constitution congolaise. La descente militaire au quartier  Furu est donc perçue localement comme une violation de la liberté d’expression des Jeunes Patriotes de FURU et un signe que le régime de Kinshasa attend museler les Congolais qui n’approuvent pas sa gestion calamiteuse de la République.[7] 

 

Le 16 janvier, le président de l’Union nationale des Congolais (UNC), Vital Kamhere, s’est déclaré, opposé à la révision constitutionnelle instaurant le scrutin à un seul tour. Lors d’un point de presse, tenu à Kinshasa, il a annoncé son projet de pétition pour modifier le nouvel article 71 alinéa 1 de la constitution qui instaure la présidentielle à un tour.[8] 

 

Le 19 janvier, à Bruxelles, deux associations congolaises – la Ligue des Electeurs et l’Aprodec Asbl, dirigées respectivement par Paul Nsapu Mukulu et Benjamin Kalombo – ont décidé d’initier une pétition. Il s’agit de sensibiliser les citoyens sur la nécessité de recueillir 100.000 signatures afin d’obtenir le rejet de ce projet controversé de révision de la Constitution. Une manière d’amener le « pouvoir citoyen » à « arrêter » le pouvoir d’Etat dans ses excès. Pour ces organisations, «les motifs invoqués» à l’appui des amendements constitutionnels «constituent en réalité un recul de la démocratie de même qu’un retour au monolithisme de la seconde République». 

Selon les deux organisations, la légitimité se définit comme étant le «fait pour un pouvoir d’être investi et d’exister en conformité à la volonté des gouvernés». Elles constatent, toutefois, que entre la mouvance présidentielle et l’opinion publique congolaise, c’est la rupture! La rupture entre un pouvoir autiste, inhumain, brutal et arrogant et une population étranglée par la misère et la peur. Une population désillusionnée par des promesses non-tenues de la part des gouvernants plus soucieux de leurs avantages et privilèges que d’apporter des solutions aux problèmes touchant à la vie collective. La Ligue des Electeurs et l’Aprodec Asbl «invitent le Peuple congolais en sa qualité de souverain primaire à faire usage des prérogatives lui reconnues par les articles 27 et 218 de la Constitution de la RDCongo, afin de réunir 100.000 signatures au moins, en vue d’initier une pétition». Elles «proposent que, lors du référendum populaire, le peuple puisse répondre à la question suivante: «OUI ou NON à la révision de l’ensemble des dispositions de la Constitution telles qu’adoptées par le Congrès réuni du 14 au 15 janvier 2011?». Les deux organisations proposent également que le «référendum populaire soit organisé simultanément avec le premier tour de l’élection présidentielle et ce, pour des raisons évidentes d’économie». «Si le OUI l’emportait lors du référendum populaire, le candidat qui obtiendrait le plus grand nombre de suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle serait d’office proclamé Président de la République. Par contre, si le NON l’emportait, les deux candidats qui auraient recueilli le plus grand nombre de suffrages exprimés au premier tour pourraient, ipso facto, se présenter au second tour et ce, conformément à l’article 71 de la Constitution du 18 février 2006».[9] 

 

Le 20 janvier, le Réseau d’organisations des droits humains et d’éducation civique d’inspiration chrétienne en République démocratique du Congo (Rodhecic ) recommande, dans un communiqué, au Président de la République Joseph Kabila de demander une relecture de la loi portant révision de la constitution adoptée au congrès le 15 janvier dernier. Le Rodhecic estime que cette relecture est essentielle pour la consolidation du processus de démocratisation en RDC et pour améliorer la participation des citoyens et la qualité du dialogue parmi les animateurs des institutions de la République et tous les acteurs politiques. Ce réseau d’Ongdh juge trop rapide l’approbation de cette loi par le Congrès dans la mesure où les députés n’ont pas eu suffisamment de temps pour endosser cette initiative dont le débat a eu lieu en dehors des institutions de la République.[10] 

 

Le 22 janvier, la Nouvelle société civile congolaise (NSCC) a initié à Kinshasa, une pétition contre la révision de la constitution. Elle estime que modifier la constitution du 18 février 2006 maintenant, c’est à la fois la fragiliser et faire entrave à la démocratie en RDC. Elle a demandé la restauration de cette constitution, qui garantissait l’élection présidentielle à deux tours. 

La Nouvelle société civile congolaise, selon la constitution, doit collecter au moins cent mille signatures pour boucler sa pétition. Celle-ci devrait encore passer par le Parlement pour adoption.[11] 

 

 

APRÈS LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION

 

Le 13 janvier, dans un communiqué rendu public à Kinshasa, l’Association africaine de défense de droits de l’homme, l’Asadho, énumère quelques cas où les membres de l’opposition politique ont été arrêtés, intimidés, menacés et leurs manifestations réprimées ou interdites par les services de sécurité. Des actes qui violent la constitution, selon l’Asadho. L’ONG accuse le gouvernement d’entretenir l’intolérance politique à la veille des élections générales de 2011 en RDC. 

Le communiqué de l’Asadho cite la réunion des ténors de l’opposition interdite le 9 janvier au Grand Hôtel Kinshasa. Aucune raison n’a été donnée pour interdire cette manifestation. 

Autre faits dénoncés par l’Asadho: les difficultés rencontrées par Vital Kamerhe, fondateur d’un nouveau parti, l’UNC, pour organiser des meetings à Goma et Bukavu, dans l’Est de la RDC. 

Asadho mentionne aussi le cas de Diomi Ndongala, président de la Démocratie chrétienne (DC), un parti de l’opposition. Il a été interpellé dans le Bas-Congo (Ouest de la RDC) fin 2010. 

«Nous avons d’abord demandé au président de la République qu’il puisse faire libérer tous les opposants politiques qui sont en prison aujourd’hui, et, au gouvernement congolais, d’assurer la sécurité des membres de l’opposition et de leur permettre de tenir leurs réunions et manifestations publiques conformément aux prescrits de la constitution », a déclaré Me Jean Claude Katende, président de l’Asadho.[12] 

 

Le 3 février, le président de la République, Joseph Kabila, a signé l’ordonnance nommant les 7 membres du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Leur désignation par la majorité (4) et l’opposition (3) parlementaires, avait été entérinée, par l’Assemblée nationale le 15 janvier dernier. 

Les 7 membres du bureau de la Ceni sont, côté majorité, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, Flavien Misoni, Matthieu Mpita Pinto et Mme Muhimuzi Élysée, et côté opposition, Jacques Ndjoli, Laurent Ndaye Kondo et Mme Carole Kabanga. 

La question de leur désignation aux différents postes du Bureau sera résolue au niveau de l’Assemblée nationale. Des sources parlementaires ont affirmé que la répartition des postes se ferait par consensus et selon l’importance numérique de chaque force ou groupe politique en présence à l’Assemblée nationale. Selon cette logique, par exemple, le poste de président de la Ceni pourrait tout naturellement revenir à la majorité, et celui de vice-président à l’opposition.[13] 

 

Le 5 février, plusieurs leaders de l’opposition ont participé à la matinée politique de la plate-forme «Union pour la nation», UN, organisée au collège Boboto à Kinshasa. Un seul message pour la plupart des responsables des partis: la cohésion de l’opposition pour ne pas aller en ordre dispersé aux élections. Le 2 février, le président et co-fondateur de l’Union pour la Nation Congolaise, Vital Kamerhe, au cours d’une conférence à Washington, avait déclaré: «Nous avons tous marqué notre accord pour que l’opposition puisse aller aux élections groupée, c’est-à-dire ensemble, comme un seul homme».[14] 

 

 

POUR UNE LECTURE DE LA RÉALITÉ POLITIQUE 

 

L’élection de Joseph Kabila à la présidence de la République, en 2006, avait fait naître beaucoup d’espoirs. «Qu’en est-il en ce début 2011?», s’interroge Alain Bischoff, un observateur de la région des Grands Lacs. 

La réalisation des «cinq chantiers» (l’emploi, l’électricité, la santé, l’eau, les infrastructures) annoncés par le président Kabila comme les mesures phares du quinquennat est au point mort. L’Etat congolais n’a pas réussi à mettre un terme aux menées criminelles des diverses milices qui continuent à tuer et à violer au Kivu. Le gouvernement congolais est incapable d’éviter le pillage systématique des ressources naturelles du pays, pire encore, il s’en rend complice en bradant les concessions minières aux compagnies étrangères: le cobalt et le cuivre du Katanga aux Américains et aux Chinois, les diamants du Kasaï à l’Israélien Dan Gertler – un familier du président Kabila -, sans en avoir la contrepartie en recettes fiscales. L’exploitation des mines du Kivu est sous contrôle du Rwanda qui règne en maître dans l’Est du Congo, le gouvernement de Kinshasa est amorphe face au risque de «balkanisation» du pays. Le niveau de vie des Congolais ne cesse de baisser, l’inflation galope, les denrées alimentaires de première nécessité sont hors de prix, le Congo demeure un pays à la traîne, un «pays perdu» (Paul Collier), il est l’un des cinq pays qui concentrent la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans. 

L’exercice du pouvoir par les autorités est crapuleux: les meurtres de journalistes et de militants des droits de l’homme –tel celui de Floribert Chebeya, l’emblématique président de l’ONG «La Voix des sans-voix», le 2 juin 2010, sans doute avec la complicité des autorités – se multiplient. 

Le Congo présente un aspect détestable et tout porte à croire que 2011 sera encore pire que 2010 tant les craintes sont grandes de voir le président Kabila modifier la Constitution de 2006, afin de se maintenir au pouvoir, en instaurant – pour profiter à plein de l’émiettement d’une opposition qui peine à se rassembler – un scrutin majoritaire à un tour au lieu des deux actuels. L’évolution inquiétante de la vie politique congolaise autorise même à se poser la question de savoir si les élections légalement prévues en 2011 auront bien lieu. 

Tous les clignotants sont en rouge au Congo-Kinshasa, et les dérives de Joseph Kabila, dont l’élection en 2006 a été voulue par la «communauté internationale», doivent être dénoncées avant qu’il ne soit trop tard, à l’évidence non par cette «communauté internationale» qui en réalité s’accommode parfaitement de cette situation catastrophique, mais par tous ceux à qui importe sincèrement l’avenir de la République Démocratique du Congo. 

Tout en lui souhaitant, envers et contre tout, une bonne année 2011, on ne peut qu’être triste de l’enlisement de la République démocratique du Congo et de la régression évidente des conditions de vie des Congolais, bien mal récompensés de leurs immenses sacrifices et de leurs innombrables souffrances.[15] 

 

Selon Guy De Boeck, fin connaisseur de la réalité congolaise, à propos de la révision constitutionnelle, il ne faut pas fonder d’espoir sur une quelconque réaction d’indignation de la «communauté internationale». Comme l’ont constaté les journaux de Kinshasa, «les partenaires (sont) d’accord pour un scrutin à un tour»: la réaction internationale a été de constater que rien d’illégal n’avait eu lieu en RDC. Les partenaires de la RDC ne tiennent pas à s’ingérer dans la légalité constitutionnelle congolaise – matière relevant de la souveraineté d’un Etat. Quelques diplomates occidentaux ont rencontré le Premier ministre pour exprimer leur adhésion au principe d’une présidentielle à un tour. A la seule condition que le scrutin soit transparent, serein, ouvert à tous les courants politiques. 

Un acte peut manquer de «fair play» et même de la décence la plus élémentaire, mais cependant être légal. C’est en fait ce que des «partenaires» comme la France ou les Etats-Unis se sont bornés à constater. Et ils l’ont fait en langage diplomatique, lequel en général n’est pas compris au Congo, ou même est compris à l’envers. Que veut dire, en fait, l’attitude presque unanime de «reconnaissance de la légalité de la Révision» accompagnée de cette «insistance pour que le scrutin soit transparent, serein, ouvert à tous les courants politiques». A peu près ceci: «Cher JKK, nous avons vu votre petit coup de Jarnac. Ce sont vos affaires intérieures, donc, pas de commentaire. Maintenant que vous vous êtes assuré un avantage par une tricherie légale, allez-y doucement et ne vous lancez pas dans des tricheries illégales». Ajoutons-y le non-dit, c’est-à-dire l’arrière pensée: «Nous, puissances impérialistes, avons de toute façon intérêt à ce que les Etats africains soient faibles et instables. Vos petites ambitions vous font jouer notre jeu, bande de naïfs!». 

Il ne faut pas trop attendre non plus, des actions de pétition, comme celle lancée par Vital Kamerhe. Il est exact que 100.000 citoyens peuvent demander au Parlement une révision de la constitution. En l’occurrence, il s’agirait d’une re-révision annulant la première. Mais il ne faut pas se faire d’illusion sur l’accueil qu’une telle proposition recevrait au Parlement. Il est évident que les Parlementaires ne vont pas se déjuger en tournant comme des girouettes à quelques semaines d’intervalle. 

L’élection présidentielle de 2011 se passera donc à un seul tour. Cette mesure est motivée par une hypothèse: JKK croit (ou son «brain trust» croit à sa place) qu’une élection à un tour favorisera sa réélection. Et tous les hauts cris poussés pour protester sont basés sur la même hypothèse. Toutefois, est-elle bonne? 

JKK est un timide, il n’est pas un orateur de meeting politique, il n’aime pas les campagnes électorales et dans un débat contradictoire, il se ferait «moucher» comme une chandelle. 

Il est certain que l’Est ne donnera plus les «raz-de-marée» joséphistes de 2006. Il y a la guerre qui perdure, bien que Kinshasa dise que «tout va bien» et l’adhésion du CNDP à l’AMP. Il y a l’abandon du redécoupage provincial qui va déplaire à l’Ituri. Il y a Kamerhe qui a changé de camp. Il y a l’inconnue des résultats que pourrait faire Tshisekedi.   

Tout laisse prévoir une baisse du vote pour JKK que «l’effet TSK» (Tout Sauf Kabila) risquerait de transformer en déroute au second tour. Pour compenser cela, JKK ne peut compter que sur la «prime au sortant» et sur le «vote de précaution» pour arriver malgré tout premier au premier tour. La modification de la Constitution permettra à ce résultat de devenir le résultat final et définitif. 

Bien sûr, dans les rangs de l’opposition, on a parlé plus que jamais de «candidature unique». Mais il est tout aussi évident qu’il y aura d’autres candidatures, selon la logique du «moi d’abord» et du «pousse-toi de là que je m’y mette». Donc, bénéficiant de deux effets favorables (la «prime au sortant» et le «vote de précaution») et ne devant plus craindre «l’effet TSK» au deuxième tour, JKK a toutes ses chances dans des élections à un seul tour. 

Mais est-ce si sûr ? 

Il semble que ce fin raisonnement, que l’on perçoit en filigrane derrière la démarche du pouvoir, ne tient pas compte d’un certain nombre de facteurs. 

Et d’abord, il y a une question qu’on ne se pose jamais: combien de Congolais iront voter?
En 2006, les élections avaient le charme discret de la nouveauté, on en attendait monts et merveilles, et, à côté des campagnes électorales proprement dites, il y avait toute une propagande de sensibilisation aux élections elles-mêmes. Il se pourrait que certains électeurs, après avoir voté en 2006 «parce qu’il faut avoir vécu ça au moins une fois dans sa vie» s’abstiennent en 2011. Parmi les causes, il y a presque toujours à la clé l’insécurité, une longue marche, une non moins longue attente debout soit sous un soleil de plomb, soit sous une pluie battante. Les abstentionnistes seront avant tout des électeurs peu politisés. votent le plus souvent «pour le Chef», de façon à ne pas avoir d’ennuis. Ce sont en quelque sorte les champions du «vote de précaution». Ces voix seraient donc perdues surtout par le camp JKK. 

On a pour habitude de considérer «la Majorité» comme un monolithe, alors qu’elle est composite et faite d’alliances emboîtées. Dans la majorité gouvernementale à côté d’une nébuleuse de mini-partis et d’élus « indépendants » aux allures d’électrons libres, il y a deux partis organisés extérieurs à l’AMP : le PALU et l’Udemo. Le premier avait fait savoir qu’il ne présenterait personne à la Présidence et se concentrerait sur les législatives. Le second avait annoncé ne candidature Nzanga Mobutu, mais bien avant la révision constitutionnelle et pourrait se laisser aller à faire de même. 

Mais il est évident que deux partis ayant été au gouvernement et faisant campagne seulement pour les législatives auront beau avoir promis de laisser le chams libre à JKK pour la présidentielle, ils devront l’attaquer dans les législatives. Supposer que des électeurs convaincus de voter PALU aux législatives, vont cependant, le même jour, voter JKK à la présidentielle, est tout de même un peu aventureux. Et cela érode encore un peu plus l’électorat du Président actuel. Tout n’est donc pas gagné d’avance. 

Néanmoins, même si les jeux ne sont pas autant faits d’avance que l’on pourrait l’imaginer, l’hypothèse qui a les meilleures chances de se réaliser, est la réélection de JKK. 

Pourtant, ‘originalité de la Constitution adoptée par la RDC, c’est-à-dire un décalque de la V° République française, est que le pouvoir y est bicéphale, car le Président le partage avec le Gouvernement, et tout particulièrement avec le Premier Ministre. 

Or, les «rhinocéros» du PPRD, sont partisans d’une « démocratie présidentielle verrouillée » où, tout en conservant tous les attributs de la démocratie parlementaire, et notamment la présence d’une opposition au sein des assemblées, il soit extrêmement difficile (idéalement : impossible) à celles-ci d’entraver ou de gêner réellement l’action du Président et de la Majorité. Ce n’est pas une dictature personnelle, mais c’est certainement le pouvoir quasi-absolu d’une classe politique. 

Pour les «rhinocéros» du PPRD, il faut JKK au pouvoir, une majorité joséphiste au Parlement et un gouvernement unicolore PPRD, afin d’éviter un gouvernement de coalition. Selon eux, le scrutin proportionnel ouvre trop facilement les portes des Assemblées à de petites listes, à des partis ayant fait localement de faibles scores. En un mot la proportionnelle favorise trop l’opposition. Mieux vaut donc un vote majoritaire, qui privilégie les machines électorales puissantes et qui dégagerait des «majorités claires». 

Du point de vue théorique, le choix est entre deux avantages: la proportionnelle fait de la Chambre la «photographie» la plus exacte possible de l’opinion des électeurs. Le vote majoritaire facilite indubitablement le dégagement d’une majorité (et pousse, d’ailleurs, à la bipolarisation). Aucun de ces objectifs n’est, en soi, mauvais, immoral ou antidémocratique. Cependant, il paraît que l’objectif de représentation exacte de l’opinion et  du respect de l’avis émis par le peuple, ce «Souverain Primaire » à qui on ne permet de s’exprimer que tous les quatre ou cinq ans, est plus fondamental que celui d’épargner des efforts et des négociations aux politiciens. 

La suppression de la proportionnelle est extrêmement dangereuse en RDC, du fait d’un effet mécanique inévitable : en privilégiant les grands partis ayant beaucoup d’électeurs, on favoriserait aussi les grandes ethnies. A terme, cela mènerait à des conflits identitaires que l’on prétend vouloir éviter. 

Par le vote majoritaire, l’AMP gagnerait des sièges là où elle est forte, mais les perdrait là où, étant faible, elle a bénéficié de la proportionnelle dans des circonscriptions dominée par un autre parti. A quoi bon courir de graves risques identitaires si c’est pour se retrouver, au bout du compte, pratiquement au même point? 

Contrairement à la présidentielle, où chaque voix compte, les législatives (quel que soit le mode de scrutin) se font par circonscription. Et, dans un vote majoritaire, on n’a même pas la «sucette de consolation» de la proportionnelle: le report des voix surnuméraires d’une autre circonscription. 

A la proportionnelle, les formations minoritaires localement peuvent encore espérer quelque chose. Au scrutin majoritaire, les carottes seraient cuites pour toutes les minorités. 

Si l’on suppose comme très vraisemblable que l’AMP va perdre en partie ses «bases fortes» de l’Est, et n’en garder sans doute que le Katanga et le Maniema, que le PALU garderait le Bandundu, le MLC et l’Udemo, l’Equateur, que l’UDPS retrouverait sa prépondérance dans les Kasaï et que les Kivu ainsi que tout ou partie de la Province Orientale donneraient leur préférence à l’une ou l’autre formation (ancienne ou nouvelle) de l’opposition, on arrive à la conclusion que, loin d’arriver la majorité absolue, l’AMP risque d’être rejetée, au Parlement, dans l’opposition et que cette possibilité serait encore accrue par le scrutin majoritaire. Surtout si comme ils en ont parfaitement le droit, le Palu et l’Udemo estiment qu’avec la fin de la législature ils n’ont plus aucun engagement avec l’AMP et reprennent leur liberté de manœuvre. 

Il ne serait pas étonnant de se retrouver, au lendemain des élections avec un JKK réélu, mais avec un score très minoritaire, face à un Parlement qui n’accepterait d’investir qu’un gouvernement formé par des partis de l’opposition actuelle, donc en situation de «cohabitation». Que donnerait une cohabitation (en fait, une confrontation) entre un Président élu avec 20 % des voix et un gouvernement représentant véritablement la majorité de Congolais?[16] 

 

 

KIVU 

 

Trafic d’or au Kivu: un avion cloué au sol à l’aéroport de Goma

 

Le 4 février, un Jet privé en provenance d’Abuja, au Nigeria a été cloué au sol à l’aéroport international de Goma. C’est  le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, qui l’a annoncé dans un communiqué du 7 février. L’avion et son équipage, sont arrivés à Goma avec une importante somme d’argent, estimée à plusieurs millions de dollars américains. Cette somme serait, selon lui, destinée à une transaction des minerais, notamment de l’or. 

A bord de l’avion, un biréacteur immatriculé aux Etats-Unis sous le numéro « N886DT »,  il y avait quatre membres de l’équipage, trois Américains et un Nigérian et quatre passagers, deux Nigérians, un Américain et un Français. 

Les quatre trafiquants d’or présumés auraient payé la somme de 6,5 millions de dollars pour l’achat de 310 kg d’or, mais les services de sécurité congolais n’ont récupéré que 1,8 million. 

La presse congolaise soupçonne Bosco Ntaganda et ses hommes d’avoir récupéré une partie de l’argent. M. Paluku a également laissé entendre que l’argent récupéré était constitué de faux et de vrais billets. D’après des sources aéroportuaires, le Jet s’était posé, le jeudi 3 février vers 13 heures (locales) sur la piste de l’aéroport de Goma. 

La situation a tourné au vinaigre le lendemain, notamment lorsqu’un officier militaire proche du général Bosco Ntaganda, est arrivé précipitamment à l’aéroport, accompagné des membres de l’équipage, et s’est opposé à la fouille d’une valise retirée de l’avion, ont indiqué ces sources. 

Les mêmes sources aéroportuaires affirment que ce haut cadre de l’armée congolaise a ensuite reçu l’ordre d’amener la valise au gouvernorat. 

En quittant l’aéroport, le cortège- composé notamment du haut responsable militaire proche du général Ntaganda, des membres de l’équipage et d’autres officiers militaires des FARDC- a changé de direction au niveau de l’église St Esprit et s’est dirigé, affirment les mêmes sources, vers le domicile du Général Bosco Ntaganda. Les officiers militaires des FARDC qui suivaient le cortège n’ont pas été autorisés à s’approcher du domicile du général Ntaganda. 

Ce même vendredi, le même haut responsable militaire est revenu à l’aéroport avec «neuf colis métalliques», qu’il a fait monter dans l’avion. Ce colis contiendrait des minerais, selon des sources aéroportuaires. Les neuf «colis métalliques», ont été saisis et placés à la banque, a affirmé le gouverneur Paluku. La quantité d’or récupérée reste imprécise et varie selon les sources entre 310 kg (M. Mende), 435,6 kg (M. Paluku) et 456 kg (selon une source militaire). 

L’avion est resté cloué au sol sur ordre des autorités provinciales et les enquêtes se poursuivaient pour déterminer notamment la destination de l’avion.[17] 

 

Selon le journal Le Potentiel, derrière ce cas se cache une grosse affaire combinant le trafic illicite des matières premières et une louche opération de faux billets de banque. 

Selon des sources bien informées, la transaction se serait bien déroulée. Le général Bosco Ntanganda, qui devrait livrer un colis d’or à ces acheteurs venus de très loin, s’était exécuté. Le colis a même été embarqué dans les soutes de la carlingue pour être exporté. Au même moment, le général Bosco Ntanganda et ses hommes ont planqué les fonds à un lieu sûr. L’une de ses résidences de Goma ! 

Mais c’était sans compter avec la vigilance des services de sécurité. 

Le colis suspect est ainsi saisi et consigné. Les acheteurs ont alors exigé le remboursement du produit de la transaction, étant attendu que tout ne s’est pas déroulé normalement. Il a fallu de longues négociations pour arriver à obtenir, de Bosco Ntanganda, la libération d’une partie de l’argent apporté par les acheteurs. Des sources proches de l’enquête affirment que des 6.800.000 Usd, 1.800.000 Usd ont été récupérés auprès du général Bosco Ntanganda. 

Tandis que les autres 5 millions Usd se sont volatilisés comme par enchantement. Dans cette somme récupérée, il se trouve qu’on a découvert de faux billets de dollars Usd., alors que les acheteurs, eux, brandissent les certifications des banques étrangères pour confirmer qu’aucun faux billet ne faisait partie du colis. 

Des sources proches du dossier confirment que ce n’est pas la première fois que cet avion atterrissait au chef-lieu du Nord-Kivu. Comment la machine a-t-elle pu gripper cette fois-ci? Deux hypothèses sont possibles. Soit, l’affaire a mal tourné et l’un des membres du réseau a vendu la mèche aux services de sécurité. Soit, le non respect des règles de la transaction. Il semble que l’argent – plus de six millions USD, ne correspondait pas à la contrepartie de l’or livré.[18] 

 

Cette affaire vient de confirmer que les anciens militaires du Congrès national des peuples, CNDP, sont au cœur du trafic des matières premières dans l’Est de la RDC. C’est d’ailleurs, dans la foulée de la suspension de l’exploitation des matières précieuses à l’Est par le chef de l’Etat que les ex-CNDP sont sortis du bois tels des loups affamés pour brandir la menace de ne pas accepter toutes les permutations les concernant. 

Plus de doute possible, les anciens militaires du CNDP disposent d’agendas cachés dans le but de poursuivre la guerre afin de ne pas se départir de l’alléchante opération de pillage des ressources naturelles avec la complicité des opérateurs étrangers. Tous les rapports des Nations unies et de plusieurs ONG ont toujours accusé les hommes en armes et les sociétés étrangères d’entretenir la guerre à l’Est de la RDC. Curieusement, ces sociétés ne sont jamais inquiétées par leurs pays respectifs. Tout se fait comme si les morts congolais n’ont aucune valeur face à la satisfaction des besoins industriels des multinationales occidentales.[19] 

 

De nouveaux groupes armés en gestation ? 

 

Le 21 janvier, la deuxième réunion de la commission de défense et de sécurité de la Communauté Economique des Pays Grands Lacs (CEPGL) s’est clôturée dans la soirée à Kigali au Rwanda, avec la réunion des ministres de Défense du Burundi, du Rwanda et de la RDC. 

Les participants ont révélé qu’un projet d’alliance des forces négatives, localisées à l’est de la RDC, est actuellement en gestation. Cette alliance serait composée de FDLR, des groupes Kayumba/Karegeya et Nsengiyumva, des Maï-Maï Yakutumba et Cheka, du Front patriotique pour la libération du Congo (FPLC), ainsi que du groupe de Soki bien connu à Rutshuru, au Nord-Kivu. Les experts parlent également d’El Shabab, un groupe intégriste islamique. 

D’après le procès-verbal de la réunion des ministres, le groupe serait dirigé par l’ancien chef de l’armée rwandaise Kayumba Nyamwasa et l’ancien directeur du renseignement extérieur Patrick Karegeya, deux anciens proches du président Kagamé. 

La rencontre des ministres a été précédée de celle des chefs d’état-major des armées de ces trois pays. Selon le colonel Mamba, responsable des services de renseignements de la RDC et rapporteur de la sous-commission Défense et Sécurité des pays membres de la CEPGL, la formation de cette alliance a pour seul objectif, de créer l’instabilité dans la région. 

Les armées des trois pays membres de cette communauté ont donc convenu d’un projet d’actions 2011. Selon la même source, ce projet est constitué de neuf points, dont les plus importants sont: 

la création d’une commission d’élaboration d’un plan d’action opérationnel du protocole de défense et de sécurité mutuelle; la création d’une cellule conjointe de fusion des renseignements devant se rencontrer régulièrement et l’établissement des modalités d’échanges des criminels.[20] 

 

L’ancien chef d’état-major du Rwanda et l’ancien chef des renseignements rwandais démentent avoir organisé une base arrière en RDC. Le général Kayumba et le colonel Patrick Karegeya, actuellement réfugiés en Afrique du Sud, considèrent qu’il s’agit de manipulation de la part de Kigali. Par ailleurs, il saute des sens que ces manipulations de Kigali visent plutôt à justifier une nouvelle traversée des frontières pour des raisons inavouables. D’où, il faut inventer des raisons plausibles et justifiables d’une telle intervention militaire. Tous les prétextes sont bons.[21] 

À propos de cet hypothétique groupe armé nouveau, le journal Le Potentiel fait état d’un double constat: d’une part, c’est une claire manifestation de l’échec des opérations militaires conjointes, d’autre part, la nouvelle donne serait un appel du pied de Kigali envers Washington, afin d’obtenir son contreseing pour la relance desdites opérations qui lui permettent de reprendre pied au Congo sur fond d’un agenda caché. 

Pour certains observateurs, ce nouveau groupe armé serait une nouvelle création de Kigali afin de justifier son retour au Congo. Une préoccupation qui devient quelque peu suspecte dans la mesure où l’intervention quasi permanente des opérations militaires des deux pays tendrait à se substituer à la mise en place d’une armée forte et républicaine en RDC, telle que souhaité par les Congolais et la communauté internationale. D’aucuns voient dans l’agitation de cet épouvantail par le régime de Kigali une sorte d’appel du pied destiné à obtenir du gouvernement américain la caution morale pour un retour en force en RDC. Aussi, lui impute-t-on d’avoir un agenda caché. Autant le Rwanda veut lutter contre les rebelles hutu des FDLR, autant il veut se poser en Force Armée incontournable d’intervention dans la région des Grands Lacs. 

Pour rappel, les armées des pays voisins contrôlent depuis plusieurs années, des pans entiers du territoire congolais sans parvenir à maîtriser les forces négatives constituées de leurs ressortissants. La résurgence des FDLR et de la LRA est une illustration parfaite de leur incapacité de traquer et anéantir durablement les groupes armés issus de leurs Pays. Par conséquent, le Rwanda qui s’est toujours considéré comme la super puissance de la sous-région devra s’interdire de franchir, grâce à cette nouvelle menace, les frontières poreuses de la RDC. Les expériences du passé permettent de douter de l’efficacité des opérations conjointes conjoncturelles.[22]   

 

L’éternel argument du génocide a fait tellement recette que le Rwanda est en train d’innover dans sa stratégie pour recevoir une fois de plus le soutien de la communauté internationale. 

Ainsi, pour le Rwanda, l’alibi en béton qui lui a valu depuis une dizaine d’années le soutien sans faille de la communauté internationale a fait son temps. Le temps est venu de lui trouver une pièce de rechange. 

Le célèbre site WikiLeaks avait livré ceux qui seraient les enjeux clés de la diplomatie américaine dans la sous-région des Grands Lacs. Au nombre des cibles prioritaires des Etats-Unis dans cette région troublée de l’Afrique centrale figurait en bonne place le déploiement d’une action sous-régionale pour freiner l’expansion de l’intégrisme musulman. Kigali a su capter le message. Fin stratège, le Rwanda a saisi la balle au bond pour se faire valoir vis-à-vis des Américains. 

Le régime de Kigali veut démontrer à la Communauté Internationale que, par la puissance de son armée, il est le seul pays capable d’empêcher la montée de l’intégrisme musulman dans la région des Grands Lacs Africains.[23] 

 

Au niveau de la sous-région des Grands Lacs, les révélations de WikiLeaks ont, en effet, porté au grand jour les enjeux clés de la diplomatie de la super-puissance mondiale. Si le site n’apporte pas grand-chose dans ce qu’on savait déjà, elle a néanmoins l’avantage de faire tomber les masques, de livrer à l’opinion l’action que les Etats-Unis entendent mener dans la sous-région. 

De Washington, où se situe le quartier général de la diplomatie américaine, les instructions aux ambassades implantées dans les Grands Lacs – dictées par les enjeux clés des Etats-Unis – sont bien claires. Elles se déclinent en trois axes clés: ressources minières, séquelles du génocide et implantation de l’intégrisme musulman. 

Pour mieux se déployer dans la sous-région, les Etats-Unis ont, d’après WikiLeaks, adopté comme point focal le Rwanda. Le site dévoile un télégramme faisant clairement mention des félicitations adressées directement par l’administration américaine au régime de Kigali pour son entière «coopération». Selon WikiLeaks, «si les USA ont remercié Kagame pour les services rendus, ils voudraient également réunir d’amples informations sur l’implication du FPR (Parti du président Kagame) dans le dossier des violations de droits de l’Homme et surtout rassembler des éléments sur les divisions à l’intérieur du cercle restreint autour du président rwandais». 

Le site ajoute que: «Le Burundi est présenté comme un pays sans leadership politique et qui peut à tout moment basculé dans une nouvelle guerre civile. La RDC, le géant minier, inquiète les services américains qui le tiennent à l’œil. Dirigé par une classe de prédateurs, ce pays risque de fragiliser l’équilibre de force que Washington voudrait installer dans la région pour bloquer l’avancée du terrorisme islamique à partir de la Somalie via le Soudan. L’Ouganda, pays de la ligne de front anti-islamiste, risque de compromettre sa relative stabilité à cause de la corruption endémique du régime du président Museveni». 

«Pour la diplomatie américaine, les trois enjeux clés qui se distinguent dans cette région sont les ressources minières, les séquelles du génocide et l’implantation de l’intégrisme musulman», conclut WikiLeaks.[24] 

 

Le 26 janvier, le lieutenant colonel Gaye, porte-parole militaire de la Monusco, a annoncé la création d’un nouveau groupe armé au Nord Kivu, le Front congolais pour la conservation de la nature (FCCN) qui s’opposerait à l’ICCN (Institut congolais pour la conservation de la nature) dans le parc national des Virunga. Le lieutenant-colonel Gaye précise que, pour l’instant, on n’a pas tous les éléments d’appréciation qui puissent permettre de voir un peu quelle est la composition de ce groupe armé, quel est son agenda politique et quelles sont ses zones d’influence. 

Selon le journal Le Potentiel, ce nouveau groupe armé a fait son apparition dans le Parc national de Kahuzi-Biega, dans la province du Sud-Kivu. [25] 

 

 

DROITS DE L’HOMME 

 

Le 19 janvier, le ministre de la Justice et des droits humains a visité la prison centrale de Makala à Kinshasa. Luzolo Bambi et son collègue des Travaux publics et infrastructures sont partis constater les conditions de détention et l’état des infrastructures de cette prison. 

Initialement construite pour 1 500 détenus, la prison de Makala héberge à ce jour près de 6 000 pensionnaires. Au pavillon 2, par exemple, une cellule de 1,5 m sur 2,5 compte 4 détenus au lieu d’un seul. Au pavillon 5, un dortoir de 5 m sur 15 héberge au moins 70 détenus, collés les uns aux autres, torses nus et assis sur le pavé de leur cellule. Dans cet espace coincé, impossible pour les détenus de s’allonger pour le sommeil. La plupart de détenus se couchent recroquevillés tout au long de la nuit, car le moindre mouvement risque de perturber le sommeil de ses codétenus. 

La situation n’est pas meilleure au pavillon 10 réservé aux mineurs. Ici, plus de 130 enfants dorment coincés comme dans une boite de conserve. Les toilettes ne sont pas hygiéniques non plus. 

Certains détenus sont écroués à Makala depuis plus de 10 ans, sans avoir été jugés ou condamnés, ce qui est à la base du surpeuplement de cet établissement carcéral.[26] 

 

Le 20 janvier, concernant les victimes des droits de l’homme, le Réseau national des ONG des droits de l’homme de la RDC, Renadhoc, a mis en service un numéro vert par lequel ces dernières pourraient rapidement saisir cette structure (Renadhoc), qui, à son tour, se chargera d’alerter les autorités compétentes. Ce numéro vert, c’est le 081 080 0012. Il sera ouvert 24 heures sur 24, et gratuitement. Ce numéro est cependant réservé à certaines catégories de personnes: défenseurs des droits de l’homme, journalistes, syndicalistes et acteurs politiques, toutes tendances confondues. 

A la même occasion, le Renadhoc a lancé le prix Floribert Chebeya. Ce prix sera décerné le 1er juin de chaque année pour récompenser le meilleur défenseur des droits de l’homme. Pour l’édition 2010, le Renadhoc attend les différentes candidatures au plus tard le 25 avril prochain.[27] 

 




[1] Cf Radio Okapi, 21.01.’11 

[2] Cf Radio Okapi, 23.01.’11; VOA News – africatime,  25/01/2011 

[3] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 20.01.’11 

[4] Cf Marcel Tshishiku – La Tempête des Tropiques, via mediacongo.net, Kinshasa, 21/01/2011 

[5] Le Potentiel – Kinshasa, 25.01.’11 

[6] Cf Belga/MCN, via mediacongo.net – Kinshasa, 26/01/2011 

[7] Cf Beni Lubero. 19.01.’11 

Butembo en Alerte : J. Kabila aurait ordonné la répression des Jeunes de Furu 

[8] Cf Radio Okapi, 17.01.’11 

[9] Cf Baudouin Amba Wetchi – Kongotimes, 21.01.’11 

[10] Cf APA, 22.01.’11 

[11] Cf Radio Okapi, 23.01.’11 

[12] Cf Radio Okapi, 01.02.’11 

[13] Cf Radio Okapi, 04.02.’11 

[14] Cf Radio Okapi, 06.02.’11; VOA News – Washington, 04.02.’11 

[15] Cf Alain Bischoff, 13 janvier 2011 

http://www.france-rwanda.info/article-congo-kinshasa-2011-ou-l-annee-terrible-64954350.html 

[16] Cf Guy De Boeck – congoforum, 21.01.’11 

http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=1&newsid=173955&Actualiteit=selected 

[17] Cf Radio Okapi, 07.02.’11; AFP – Kinshasa, 09.02.’11. Bosco Ntaganda est un ancien cadre du Congres national pour la défense du peuple (CNDP), qui a intégré les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de paix signé le 23 mars 2009 à Goma. Depuis mai 2008, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. 

[18] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 07 et 09.02.’11 

[19] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 07.02.’11 

[20] Cf Radio Okapi, 22.01.’11 ; BBC – Afrique, 21.01.’11 

[21] Cf Le Potentiel – Kinshasa – africatime, 26/01/2011 

[22] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 24.01.’11 

http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=105867&id_edition=7026 

[23] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 24.01.’11 

http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=105846&id_edition=7026 

[24] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 30.12.’10 

[25] Cf Radio Okapi, 26.01.’11; Le Potentiel – Kinshasa, 27.01.’11 

[26] Cf Radio Okapi, 20.01.’11 

[27] Radio Okapi, 20.01.’11 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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