Un jeune homme vit sur un arbre sur la 10ème rue Limete

4 mai 2011

Actualités

Le Phare – Kinshasa, 02/05/2011 /

Le baobab qui croît à l’entrée de la loi côté résidentiel, non loin du poste de police installé sous une tente,vit de­puis des années, en symbiose avec un locataire mystérieux. mais force est de constater que le bailleur, cet arbre, n’a jamais posé un quelconque problè­me au locataire, ni ce dernier au premier cité, comme c’est souvent le cas. Entre le baobab et l’hom­me, l’entente est par­faite.

Le fameux locataire appelé David, non autre­ment identifié, est un jeune homme âgé d’une quaran­taine d’années, affichant une santé physique excel­lente, aux habits débraillés, et dont on dit qu’il accuse des troubles mentaux. Ceux qui fréquentent cette avenue, sont surpris de voir que le quarantenaire mani­feste de temps en temps, toute sa lucidité dans les propos.

En outre, il retient facilement les visages des voisins auxquels il as­socie avec aisance leurs noms de famille ou d’em­prunt. Sa forte mémoire ne flanche pas pour les véhi­cules qui fréquentent l’avenue.

David en connaît les marques, les plaques mi­néralogiques, ainsi que les couleurs. On sait aussi que dans ses troubles men­taux, que dis-je, dans ses moments de lucidité, il sait identifier les chauffeurs ou les propriétaires et certains passagers. Quelquefois, David apostrophe ceux qui lui paraissent antipa­thiques en leur rappelant ses altercations avec eux. C’est là le mystère qu’il en­tretient depuis de longues années. Ce n’est pas tout.

Aussi curieux que cela puisse paraître, dans son parler, on ne peut qu’être frappé par l’enchaînement des idées, la cohé­rence dans les propos et l’usage correct de la syn­taxe et de la grammaire.

Aussi bien en français qu’en lingala. Pas de si­gnes d’imprécision.

Une organisation et des contacts surprenants avec son voisinage

Son gîte fait des branchages, des morceaux de tôles usées et des sa­chets en plastique, répond aux caractéristiques d’une architecture artisanale res­pectant les règles d’étan­chéité. L’abri ne suinte pas. Il comporte une entrée et un studio qui fusionne har­monieusement, salle de sé­jour et chambre à coucher. Tout y est, peut-on penser. Même une couchette ne provoquant pas des cour­batures. La garde-robe et le garde-manger sont con­finés dans cette pièce ré­duite pour souci d’exiguïté. Cela peut-être pour ne pas violer davantage le contrat de location qui interdit au locataire d’entreprendre trop d’ouvrages sans ac­cord préalable du bailleur.

Qu’à cela ne tienne ! Ce qui nous intrigue, est que son cas rappelle à s’y ­prendre celui d’un «  fores­tier » ou d’un écologiste qui ne l’a pas trouvé mieux que de se loger lui aussi sur un arbre sur le boule­vard Lumumba et dans les parages de l’ancien siège de l’UDPS. Non loin d’un autre « arbre à palabres » abritant les séances quoti­diennes des parlementai­res debout. Suivait-il les débats des combattants de ce parti politique avec désin­téressement ?

Un jour, un con­cours de circonstances a fait qu’on est finalement rendu compte que ce «  fou » était régulièrement en contact avec des per­sonnes bien portantes. On s’est alors aperçu que l’ar­bre constituait pour lui, un poste d’observation excel­lent pour suivre les mouvements des véhicules et des personnes entrant et sortant sur la 10ème rue Limete, qui on se rappelle­ra, était envahie à l’entrée par des autoblindés et trois différentes compagnies des unités de l’armée qui relayaient leurs éléments de jour comme de nuit.  « Le « fou » a été identifié comme un collabo aux allures de détraqué mental.

Sur décision de l’autorité urbaine poussée à assainir la ville de Kins­hasa, on a détruit le gîte et le fou a été délogé des lieux : Certainement que le poste d’observation a été délocalisé et «  l’agent » affecté ailleurs. Et on l’avait perdu de ses traces dans la ville.

Aujourd’hui, David, le dé­traqué mental aux allures inoffensives de la 10ème rue Limete, ne serait-il pas un fils ou un cousin du fou de l’époque qui tient à per­pétuer les traditions familiales ? Qui serait-il au juste ? D’où vient-il ? Qu’est-ce qui l’a poussé à préférer se loger sur un arbre ? Com­ment vit-il ? Pourquoi s’est-­il détaché de sa famille et pour combien de temps ?

Autant des ques­tions que des gens se po­sent en le voyant échanger souvent avec le comman­dant du poste de police, ainsi qu’avec des policiers postés sur la 10ème rue. Quelques habitués de cet­te avenue laissent même entendre que David pas­se la nuit sous la tente, et échange le responsable du poste de police pour un entretien prolongé à l’abri des regards indiscrets.

Troubles mentaux ou amour de la nature, la présence prolongée de David sur la 10ème rue limete, laisse libre court à toutes sortes de spécu­lations. Pour bien des observateurs à avertis, sa vraie place serait dans un centre neuropsychopathologique pour des soins appropriés, afin qu’il soit guéri et de­vienne utile pour la socié­té. Et non sur un arbre sur le boulevard Lumumba où il donne un spectacle dé­solant aux touristes étran­gers en visite à Kinshasa. Qu’on se le dise.

J.R.T./Le Phare

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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