La CENI doit arrêter de vouloir couvrir l’incurie du gouvernement

13 mai 2011

Interview

Voila ce que vient d’affirmer le député Gilbert Kiakwama

Par  Marcel Lutete dans Le Potentiel du 12 mai 2011

Au sujet du processus électoral dont le calendrier a été rendu public le 30 avril par le président de la CENI, l’Opposition dit « avoir des inquiétudes ». « Nos inquiétudes sont fondées sur le dépassement des délais constitutionnels, sur le mauvais déroulement des opérations d’enrôlement… », s’est mis à égrener le député Gilbert Kiakwama kia Kiziki de l’Opposition », dans une interview au Potentiel. Décryptage.

Après deux jours de concertations, l’Opposition a rendu publique sa déclaration politique sur le calendrier électoral. Tout en ayant fait preuve d’unité dans l’action, elle a réitéré ses inquiétudes sur un «échec » du processus électoral, jugeant « inconstitutionnel et irréaliste » le calendrier électoral. Sur quoi fondez-vous vos inquiétudes ?

 

Merci pour votre question. Vous aurez noté que tout opposant reconnu a souscrit à ce document et l’a signé, soit directement, soit via le regroupement dont il est membre. Cette déclaration commune est le fruit d’un travail patient, discret, responsable et de fond. Ce n’est pas deux jours, mais cinq jours de discussions et d’échanges que nous avons eu, aux sièges de différents partis, si bien qu’au cours de ce dialogue chacun a pu exprimer ses vues propres. Cette déclaration est riche de différentes sensibilités qui composent l’Opposition. Elle est fouillée, chaque mot mûrement réfléchi, pesé. Cette déclaration est responsable. Nos inquiétudes sont fondées sur le dépassement des délais constitutionnels ; ce faisant la CENI outrepasse ses compétences et ses limites. Nos inquiétudes sont fondées sur le mauvais déroulement des opérations d’enrôlement, faute de kits en bon état et en nombre suffisant, laissant prévoir un grand retard ou de nombreux omis. Elles sont fondées sur les contradictions internes des dates annoncées. Par exemple, début d’enrôlement à Kinshasa, le 7 mai, fin le 30 juin, alors que trois mois sont prévus en principe. Ces inquiétudes sont fondées sur la non-publication des listes du Bas-Congo et du Maniema, pour vérification, or l’enrôlement y est terminé depuis février. Nos inquiétudes sont également fondées sur le climat d’insécurité général et d’intimidation … surtout envers tous ceux qui ne sont pas les thuriféraires du régime en place : UNC, BDM, moi-même, des journalistes et activistes des droits de l’Homme etc …

Vous venez d’en esquisser le tableau. A quoi devra-t-on alors s’attendre ?

A un processus électoral bâclé et sous influence dont les seules finalités sont la réélection automatique de Joseph Kabila et le triomphe du PPRD. Nous refusons que ça se fasse de cette manière et nous croyons que le peuple congolais refuse de voir sa voix étouffée, détournée, confisquée.

L’Opposition a relevé le fait que le calendrier électoral fixant au 28 novembre 2011 la tenue du scrutin présidentiel est « inconstitutionnel » car « il viole l’article 73 de la Constitution en ignorant le délai constitutionnel de 90 jours ». Par conséquent, vous laissez entendre que « l’Opposition et le peuple congolais ne peuvent cautionner cela ». Quelle lecture en faites-vous ?

Nous sommes effectivement républicains. Le 8 décembre 2008, je disais à la Majorité parlementaire et à son Premier ministre Adolphe Muzito qu’elle venait d’investir : « Votez toutes les énormités que vous voulez puisque vous êtes une majorité mécanique, mais veillez à organiser les élections en temps et en heure, c’est tout ce que nous exigeons de vous. » On a eu droit à la réponse habituelle : « Vous êtes des jaloux de mauvaise foi. C’est nous qui avons le pouvoir, nous savons ce que nous faisons, vous verrez. » Le Premier ministre Muzito a menti à la Nation en disant : « Nous travaillons aussi pour les élections, les crédits budgétaires sont prévus. » Aujourd’hui, l’Honorable Jean-Lucien Busa l’a affirmé sans être démenti, nous savons maintenant que pendant ces quatre dernières années, tous ont passé plus de temps à s’enrichir qu’à disponibiliser les moyens pour le processus électoral. Quant au président, lui a dit « croyez au moins à mes œuvres, je suis le garant du bien-être des Congolais ». Et bien voilà les œuvres : la CENI a été mise dans l’impossibilité de respecter les limites constitutionnelles du 6 septembre pour la tenue des élections et du 6 décembre pour la prestation de serment du président élu. Et vous voulez que nous acceptions cela sans rien dire ? Ils ont eu tous les leviers du pouvoir d’Etat à eux seuls pendant 4 ans et 6 mois maintenant, et ils ont été incapables d’organiser la seule échéance impérative. Et on devrait se taire ?

Vous avez sévèrement mis en garde le bureau de la CENI et le gouvernement en les rendant responsables de l’échec du processus électoral s’ils refusent de prendre en considération vos préoccupations relatives au caractère inconstitutionnel et irréaliste du calendrier, à l’assainissement de l’environnement politique, à la sécurisation des élections, etc. Lorsqu’on met sur la balance ces éléments, on a l’impression qu’il n’y a pas d’issue. Qu’en dites-vous ?

Bien sûr qu’il y a une issue. L’issue, ce sera le remplacement de toutes ces personnes qui se sont avérées incapables, irresponsables et de mauvaise foi. L’issue commence d’abord par l’obligation pour chacun d’agir avec honnêteté et humilité selon les exigences de la Vérité, de la Justice et de la Responsabilité. La CENI doit arrêter de vouloir couvrir l’incurie du gouvernement, sous peine de discrédit. Etre indépendant ne veut pas dire être seul, ni dégagé des contraintes constitutionnelles. Elle aurait dû dire en toute responsabilité, en tant qu’organe technique : « Vu les contraintes techniques, vu la situation dans laquelle le gouvernement et le parlement m’ont mise, voici ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire. Qu’en dit le peuple congolais ? » Qui cherche-t-elle à protéger ? Elle doit mettre chacun devant ses responsabilités ; Malu-Malu, la Majorité et l’Opposition le cas échéant.

Quant au président Kabila et au Premier ministre Muzito, ils doivent eux aussi être courageux et responsables et dire au peuple congolais et aux partenaires bi- et multilatéraux : « Nous sommes en train d’échouer dans une de nos missions essentielles : la consolidation de la démocratie par l’organisation d’élections libres et transparentes dans un climat apaisé. Nous avons été trop optimistes, trop orgueilleux, ou pas assez prudents et prévoyants. Pardonnez-nous et aidez-nous à réparer. »

Au lieu de cela, depuis quatre ans, ils traitent avec mépris toute personne qui émet une critique, qui donne un conseil. On restreint notre temps de parole au parlement, on bloque ou on fait disparaître nos motions, par tous les moyens.

Ils ont même rejeté les mains tendues. Il y a dix-huit mois ils demandaient à la MONUC de quitter le Congo, ils refusaient 100 millions de dollars d’aide au processus électoral. Ils ont refusé la présence de la société civile à la CENI, ils voulaient même y avoir 2/3 des membres. Aujourd’hui tout le monde leur dit : « Très bien, vous avez voulu être seuls, alors il est temps d’avouer la vérité. Vous avez échoué. Etes-vous prêts maintenant à écouter ? » Visiblement ce n’est pas encore le cas. Soit. Ils porteront seuls la responsabilité de l’échec.

Dans son discours du 30 avril, le président de la CENI a affirmé que « beaucoup de pays africains vivent un cycle de violence sans précédent à cause des élections bâclées et un manque de consensus électoral entre les différents acteurs sur l’organisation des élections dans un climat apaisé ». Partagez-vous sa réflexion ?

Je partage tout à fait l’analyse du pasteur Ngoy Mulunda. C’est pourquoi nous le mettons en garde. Il oublie de dire que le consensus se bâtit sur un dialogue responsable et vrai, et en cela lui et ses collègues faillissent à leur mission historique. Moi, je veux aider le Pasteur et ses collègues. Si en Côte d’Ivoire tous les membres de la CEI et le président de la Cour constitutionnelle avaient eu le courage de mettre ceux de leur camp devant leurs responsabilités, publiquement si nécessaire, le drame n’aurait pas eu lieu. Deux hommes ont eu le courage d’agir selon la Vérité et la Justice et conformément au mandat que les Ivoiriens eux-mêmes leur avaient confié : le président de la CEI et le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies Cho Young-jin.

Vous avez qualifié de « dangereuse loi électorale », une loi sous examen à l’Assemblée nationale. Continuez-vous à soutenir que « les conséquences qu’aurait l’adoption du projet de loi électorale tel que présenté par le gouvernement sont trop graves» pour que les députés soient «complaisants » ?

Je ne cesse de revenir sur cette notion de responsabilité, depuis les premiers massacres au Bas-Congo en 2007. Relisez mes interventions à l’Assemblée nationale. Nous ne construirons pas ce pays sur le mensonge et les faux-semblants. Or qui détient le pouvoir depuis 2006 ? Joseph Kabila et sa majorité présidentielle, avec à sa tête le président de l’Assemblée nationale et Adolphe Muzito au gouvernement.

On entend souvent « le parlement a adopté …, les politiciens veulent … ». Mais il existe une majorité parlementaire. Un gouvernement en est issu. Tous se réclament de la même Autorité morale. Ils sont toujours tellement jaloux de leurs prérogatives. On les appelle Haute Hiérarchie, Hautes Autorités, Responsables… Ils se flattent de leur succès. Et bien qu’ils sachent que tous leurs actes ont des conséquences positives, et négatives ! Ils en sont responsables !!

Ils ont construit le boulevard du 30 juin ? Bravo à eux. Ils sont incapables d’organiser les élections ? Honte à eux. Ils sont en faveur d’une loi électorale incendiaire et dilatoire ? Honte à eux.

S’il faut décrypter le Congo tel qu’il se présente aujourd’hui et ce que sera sa configuration demain, en rapport avec les prochaines élections, à quel Congo devra-t-on s’attendre pour demain ?

Je suis opposant, je suis membre de la minorité ; je n’ai pas le pouvoir. Tout ce que j’ai, c’est le Ministère de la Parole. Tout ce que je peux faire c’est parler, pour critiquer, conseiller, proposer. Mais aussi, surtout, parler pour prendre le peuple congolais à témoin et lui donner tous les éléments d’appréciation. C’est le peuple le juge ultime, nous travaillons pour lui, c’est notre patron à tous. Je n’ai cessé de dire à mes collègues de la majorité et à leurs ministres : « Le peuple nous regarde. Oublions un peu nos intérêts partisans et faisons ce qui est juste et souhaitable. Un jour le peuple tiendra chacun comptable de ses actes. » La Majorité présidentielle a toujours balayé d’un revers de main dédaigneux nos remarques et nos suggestions. On me traite de « donneur de leçons orgueilleux ». Soit. Bientôt viendra le jour où le patron lui-même, le peuple congolais, parlera et distribuera les bons et les mauvais points. Lui-même dira quel Congo il veut, et qui il veut pour l’y emmener. A bon entendeur !

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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