Une belle parenthèse de Guy De Boeck, l’échec de Starec, et les journaux de Kinshasa

25 mai 2011

Au fil des jours

par J.P. Mbelu

Chasseur des parenthèses de Guy De Boeck à travers ses revues de presse, il arrive que j’en trouve de belles. Comme celle  questionnant l’échec  de Starec et l’écho qu’en font les médias de Kinshasa. Une parenthèse de ce genre avertir sur le danger de lobotomisation. A bon entendeur, une seule parenthèse suffit. Ceux qui liront cet extrait de l’article de Climat Tempéré et qui pourront lire, sur le site de Benilubero, le commentaire sur la réunion de Kinshasa, comprendront mieux la parenthèse de Guy De Boeck.

Le dernier compte rendu fait hier 24 mai dernier à Kinshasa par le coordonnateur de la Starec, M. L’Abbé Malu Malu, au cours d’un point de presse qu’il a animé au Grand Hôtel Kinshasa conjointement avec le président du comité de suivi, le vice-premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, Adolphe Lumanu, n’indique pas de progrès notables par rapport à avril 2011. Celui-ci a reconnu que de nombreux défis demeurent concernant les cinq composantes de cette structure. En fait, il est constaté la persistance de l’insécurité, la non restauration de l’autorité de l’Etat, la difficile relance socio-économique et la problématique de la lutte contre les violences sexuelles.
Parlant des résultats positifs, M. l’Abbé Malu Malu a indiqué que depuis la mise sur pied de Starec en 2009, beaucoup de choses ont été réalisées, notamment en ce qui concerne les six axes routiers stratégiques dans les zones de non droits dans l’Est du pays. Lesdits axes ont été rouverts à la circulation des personnes et de leurs biens. D’autres axes routiers stratégiques, seront rouverts notamment dans les provinces du Maniema et de l’Equateur.
« Cela permet l’accès à la force de la Monusco et aux forces de sécurité du gouvernement le long des axes stratégiques. Les routes sont également rouvertes pour tous les travaux d’autorité de l’Etat planifiés, à l’exception de Minembwe dans le Sud-Kivu et deux centres de négoce dans le territoire du Nord-Kivu. Le principal problème qui émerge pour les routes est lié aux ‘software’ : système de péages et de maintenance pour garantir la durabilité des travaux de réhabilitation. Un effort pilote pour cartographier les capacités du gouvernement dans ce domaine est en bonne voie dans le Sud-Kivu », peut-on lire dans le rapport trimestriel (janvier à mars 2011) de la Stratégie internationale de soutien à la sécurité et la stabilité (ISSSS) pour la République démocratique du Congo.
Le coordonnateur de Starec a également fait état des actions concertées pour la construction de cinquante-quatre commissariats de police, de quatre tribunaux de paix. Il s’agit aussi de la question de réfugiés et déplacés internes qui a enregistré une avancée significative grâce aux accords tripartites signés entre la RDC, le Rwanda et le Burundi. Pour les premiers, beaucoup d’entre eux ont regagné leurs pays respectifs et pour les seconds, la plupart sont retournés dans leurs milieux d’origine.
Concernant la lutte contre les violences sexuelles, il a laissé entendre qu’elle a été lancée dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et en Ituri dans la Province Orientale où il y a eu concentration des projets à réaliser. Cela devrait s’étendre dans d’autres provinces.
Selon le ministre de l’Intérieur, l’insécurité récurrente dans l’Est du pays ne relève plus de l’implication militaire, mais de la sécurité et de l’ordre publics. Il a fait savoir que ce sont des groupes armés résiduels et des coupeurs de routes qui sèment l’insécurité dans l’Est du pays. Il a soutenu qu’« il n’y a plus de menaces venant de l’extérieur du pays et ni de problème de sécurité qui inquiéterait la mise en place de la Starec. ». Son avis est que « Tout va bien dans l’Est du pays », du fait que les bandits sont traqués tous les jours.
S’agissant de la relance socio-économique, l’abbé Malumalu a laissé entendre qu’elle n’est possible qu’avec la stabilisation. On pourra alors parler, par exemple, de la relance des activités agricoles mais à valeur ajoutée pour qu’on ne connaisse plus l’agriculture de substance, a-t-il ajouté.
A noter que cette réunion, qui s’inscrivait dans le cadre de la poursuite de celle tenue en février 2011 à Goma, dans la province du Nord-Kivu, s’est tenue en présence du représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies, Fidèle Sarassoro, des autorités nationales et provinciales, des partenaires internationaux, des chefs de bureaux des agences onusiennes, ainsi que des chefs de sections de la Monusco. En février 2011, le rapport indique qu’il restait d’importants défis à relever en matière de sécurité ; les progrès par rapport aux résultats escomptés dans le cadre de la composante sécurité étaient limités et que la situation à l’Est restait difficile. Ce qui a retardé ou catégoriquement empêché le déploiement de la police dans certains cas.
La réunion de suivi des partenaires de Starec/ISSSS du mardi 24 mai 2011 a formulé une série de recommandations. Au niveau du plan d’action, il faudra procéder à une revue du programme Starec/ISSSS en 2011; coordonner au niveau du ministère du Plan, la budgétisation des interventions du gouvernement dans le programme Starec/ISSSS; accélérer le déploiement des agents de l’Etat par une prise en charge effective de six mois et un chronogramme de déploiement en 2011; renforcer la coordination entre les gouvernements provinciaux et les ministères nationaux dans le cadre du Starec/ISSSS.
Au niveau des priorités futures, il s’agit de consolider les six axes stratégiques Starec/ISSSS; poursuivre le désenclavement par l’extension des axes stratégiques de stabilisation; cartographier l’ensemble des priorités et attentes des provinces vis-à-vis du programme Starec/ISSSS; établir une séquence des priorités en adéquation avec les ressources disponibles; continuer les programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration sociale des ex-combattants, ces derniers demeurant un facteur potentiel d’insécurité; appuyer la formation et le déploiement des agents de l’Etat et de l’ordre; faciliter le dialogue entre les communautés de base, l’administration locale, et provinciale; continuer à faciliter les conditions de retour volontaire des populations; appuyer la relance économique et agricole (avec un accent sur la formation professionnelle, les initiatives visant l’emploi des jeunes et les technologies nouvelles); renforcer les mécanismes de coordination et de mobilisation des ressources nationales et internationales; améliorer la communication sur tous les aspects du programme STAREC / ISSSS afin de gérer les attentes et d’informer sur les résultats obtenus ; encourager la concertation, au niveau de différentes composantes, entre la partie nationale et internationale et définir les standards des ouvrages à réaliser dans le cadre du programme Starec/ISSSS »
(Tout cela mène à une série de constatations qui sont aussi autant de questions.
La première est qu’au vu des résultats à mi-parcours du Starec, ils font état d’un échec, car il est constaté sur le terrain: la persistance de l’insécurité, la non-restauration de l’autorité de l’Etat, la difficile relance socio-économique et la problématique de la lutte contre les violences sexuelles. La seconde que, même en faisant un constat d’échec de la politique menée depuis la Conférence de Goma jusqu’à ce jour, on demeure incapable de suggérer autre chose que de la continuer. Le Ministre de l’Intérieur est incapable de répondre au « Tout va mal » que par un « Tout va bien », alors même qu’il doit reconnaître que l’insécurité est suffisante pour l’empêcher de déployer ses propres policiers. On va de constat d’échec en constat d’échec sans jamais admettre qu’un échec montre qu’une politique est erronée et que donc il faut en changer. Il est à noter que pendant que l’abbé Malumalu expliquait que « beaucoup de choses ont été réalisées », son propre village natal était attaqué par des « Rwandais armés » – qui ne sont pas identifiés plus précisément.
Une autre encore est de savoir comment expliquer l’attitude du
Potentiel -  mais aussi du reste de la pressequi alterne les articles relevant du « Tout va bien » officiel avec ceux où de temps à autre la vérité se fait jour. C’est particulièrement flagrant pour le Pot, qui s’est par ailleurs fait une spécialité de la dénonciation périodique des « plans de balkanisation » du Congo.
NdlR)

J.-P. Mbelu

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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