» Dressons nos fronts longtemps courbés  »

23 juin 2011

Au fil des jours

 » Dressons nos fronts longtemps courbés « , cette phrase est un extrait de l’hymne national de la République démocratique du Congo (RDC), le  » Debout congolais « . Nous le reprenons aujourd’hui parce que dans quelques jours la RDC va commémorer le 51ème anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. 51 ans c’est beaucoup. C’est plus qu’un cinquantenaire. Quel bilan peuvent établir aujourd’hui les Congolais après cette longue période d’indépendance qu’ils ont réclamée à cor et à cri aux Belges ? Pouvons-nous avoir honte de reconnaître le gâchis que nous avons provoqué suite à nos propres turpitudes ? Le temps n’est plus aux jérémiades parce que cela ne nous conduira nulle part. Le moment n’est pas non plus aux discours parce que les Congolais en ont tellement entendu qu’ils en ont marre. Ils n’en veulent plus.

 Après 51 ans d’indépendance, l’heure est venue pour nous de dresser nos fronts longtemps courbés. Pour ce, il faut une rupture totale avec le passé. Une véritable révolution culturelle s’impose. Si les Chinois en sont arrivés là où ils sont aujourd’hui, c’est parce qu’ils avaient décidé de rompre définitivement et radicalement avec leur passé. Ce sont eux qui construisent nos routes maintenant. Leurs produits manufacturiers inondent nos marchés en ville comme en campagne. Au lieu de nous contenter de jouir des fruits de leur labeur, il nous faut plutôt suivre leur exemple comme le dit si bien leur vieil adage à savoir : si j’ai faim, apprends-moi à pêcher au lieu de me donner du poisson.

 

 

Regardons ce que nous faisons du matin au soir et ce que nous consommons. Nous avons bâti une société des jouisseurs où l’on trouve sur chaque rue cinq à dix débits de boisson en moyenne. Certains disciples de Bacchus envahissent les bistrots aux environs de 9 heures déjà. Dans l’après-midi jusqu’aux petites heures de la matinée, c’est du brouhaha partout. Des bars rivalisent d’ardeur avec des églises de réveil. Kinshasa et certaines autres villes du pays n’ont plus d’espaces libres. Tout est occupé. Et ce ne sont pas que des illettrés ou des quelconques citoyens qui fréquentent ces milieux détestables, mais même des cadres du pays. Il faut faire un tour à Matonge, à Bandalungwa, à Lemba et que sais-je encore pour les contempler le soir en train de se la couler douce. Quel héritage léguons-nous à nos enfants qui nous observent chaque jour en train de mener une telle vie ?

L’heure est arrivée de cesser définitivement avec ce genre de vie. Le futur gouvernement doit avoir le courage de détruire tous ces débits de boisson implantés sur la voie publique, à côté des établissements scolaires et en plein quartier résidentiel. En principe, on ne doit tolérer dans des milieux de résidence que de clubs clos où la musique qu’on joue ne se fait pas entendre dehors. Cette vie de jouissance ne permet pas aux Congolais de réfléchir sur les problèmes de leur vécu quotidien.

La conséquence est que les Congolais ne travaillent pratiquement pas. Ils attendent tout du dehors. Alors que les poissons meurent de vieillesse dans nos rivières, et sources d’eau sans être consommés nous nous plaisons à manger des vivres importés. Selon les chiffres dignes de foi, la RDC dépense au moins 1 milliard de dollars américains pour l’importation des vivres. Que ne pouvait-on pas faire avec ce faramineux montant ? Combien de tracteurs agricoles, de tonnes de semences et de bateaux de pêche ne pouvions-nous pas acheter pour moderniser notre agriculture et élevage et assurer notre sécurité alimentaire ?

Jetons un regard sur nos villes en commençant par la capitale Kinshasa ? Comment qualifier l’insalubrité dans laquelle elles se trouvent ? Mais qui doit rendre nos villes belles si ce n’est nous-mêmes ? Combien d’emplois ne créerait-on pas si le gouvernement avait mis en place par exemple un office de salubrité publique ? Est-il compréhensible qu’après plus de 50 ans d’indépendance, nos villes soient nettoyées par l’Union européenne (Ue) ? Pourquoi alors avoir réclamé l’indépendance ?

Ces quelques cas que nous venons d’évoquer prouvent à suffisance que les Congolais ont encore énormément à faire pour bâtir un pays plus beau qu’avant. Et cette tâche ne va pas se réaliser sans dur labeur. A regarder de près, le Debout congolais constitue tout un projet de société. Malheureusement, il n’est resté qu’un simple chant. L’heure est là pour sortir de notre léthargie. A défaut, nos enfants et arrière-petits enfants ne nous pardonneront pas de leur avoir légué un si lourd héritage.

Rombaut Ot.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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