Congo Actualité n° 127

27 juillet 2011

Actualités

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SOMMAIRE:  ÉDITORIAL PROCESSUS ELECTORAL - La révision du fichier électoral La promulgation de la loi électorale  – Les partis politiques et les candidats face aux prochaines élections  POLITIQUE INTERNE  – KIVU Une boucherie humaine  – La célébration du 51e anniversaire de l’indépendance de la RDC. Le rapatriement des réfugiés  – Un nouvel alibi de Kigali pour l’invasion de la RDC

ÉDITORIAL 

La loi électorale a été promulguée. La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a terminé la révision du fichier électoral et a confirmé, jusqu’ici, la date du 28 Novembre 2011 comme le jour choisi pour les élections présidentielles et législatives. Tout le monde espère que ces élections puissent se dérouler dans un climat politique apaisé. Mais les nombreuses irrégularités constatées dans le cadre de l’enrôlement des électeurs semblent torpiller cet espoir. La CENI devra y remédier lors de l’opération de toilettage des listes électorales, car le succès et l’acceptation des résultats des élections dépendront largement du degré de transparence dans lequel cette opération aura lieu.
Dans l’Est du pays, même si on ne parle plus de conflit armé ou d’une guerre ouverte, l’insécurité est en hausse. Les attaques contre les villages et les véhicules, les vols dans les maisons privées, les viols collectifs, les disparitions, les meurtres et les abus de toutes sortes sont très fréquents dans la vie quotidienne. Au même temps, on assiste à l’arrivée de personnes inconnues et d’étrangers qui se présentent comme des réfugiés congolais de retour à leur Pays. Les autochtones, cependant, disent ouvertement qu’ils sont des Rwandais. Les hommes du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) et du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), anciens mouvements politico-militaires pro rwandais et actuellement reconnus comme partis politiques, contrôlent le commandement de l’armée, la plupart de l’administration locale et la quasi-totalité du commerce minier. 

Beaucoup d’observateurs soupçonnent précisément les militaires du CNDP et du RCD, actuellement intégrés dans l’armée nationale, mais demeurés fidèles au régime rwandais, de fomenter l’insécurité dans l’Est du pays, en particulier dans les deux Kivu, pour contraindre la population autochtone à quitter leurs terres, afin de les octroyer aux nouveaux arrivés rwandais qui se présentent comme des réfugiés congolais de retour chez eux. La population du Kivu est disposée à entretenir des relations de coopération avec les pays voisins, notamment le Rwanda et à recevoir, dans des conditions régulières, tout immigrant, rwandais compris. Mais la population locale n’acceptera jamais une occupation rwandaise de son territoire par le biais de la violence, de l’imposition et d’infiltrations illégales. Dernièrement, la protestation contre l’insécurité a pris la forme de boycott des célébrations du 51e anniversaire de l’indépendance, comme cela est arrivé le 30 juin dernier à Bukavu (Sud Kivu) et à Butembo (Nord Kivu), car «on ne peut pas célébrer une telle récurrence, lorsque la population est systématiquement tuée, violée et brutalement privée de ses richesses». La résistance populaire à l’occupation rwandaise du territoire congolais prend de nombreuses formes: un petit commerçant a été assassiné par un groupe de soldats, car il a osé s’opposer à l’un de leurs collègues qui, sur la route, voulaient voler ses biens. A propos de ce petit commerçant, on a écrit: «Adieu Kambasu! Ton combat à mains nues contre les malfrats armés démontre bien ta résistance jusqu’au bout contre l’occupation de la terre de tes ancêtres. Tu es un vrai martyr de Beni-Lubero car tu as été tué en pleine action d’auto-défense et jamais tu n’as cédé aux caprices de l’ennemi. Tu as gardé ta liberté jusqu’au bout car pour toi il faut vivre libre ou mourir!». 

PROCESSUS ELECTORAL 

La révision du fichier électoral 

Au Nord Kivu, depuis le lancement de l’enrôlement des électeurs le 2 avril et à 14 jours de sa fin, la société civile, l’ONG Human Rescue, l’ASADHO, le Kyaghanda Kikulu de la communauté Nande, le Parlement FURU/Butembo, etc. ainsi que les partis politiques d’opposition relèvent à l’attention de la CENI plusieurs irrégularités qui jettent un discrédit à l’opération, entre autres : 

1. L’insécurité dans les centres d’enrôlement, 2. l’absence des témoins des partis politiques d’opposition et de la société civile dans les centres d’enrôlement situés dans les milieux envahis par les rwandais, 

3. L’enrôlement des mineurs, des militaires, et des étrangers (cas des rwandais et des ougandais enrôlés à Goma) 4. L’éloignement et le petit nombre des centres d’enrôlement contrairement en 2006, 

5. La rupture des stocks en fiches d’identification, 7. Les pannes intempestives des ordinateurs de saisie, 

8. L’inexpérience des opérateurs de saisie recrutés sur base de clientélisme, 9. Le non paiement des agents de la CENI, 

10. Le non paiement des policiers commis à la sécurité des centres d’enrôlement, etc. Au lieu de dépêcher des enquêteurs sur chaque lieu où ces irrégularités sont constatées, la CENI nationale promet de nettoyer les listes une fois à Kinshasa, quand l’opération sera terminée (donc en l’absence des témoins). Dans la Province du Nord-Kivu où les Rwandais s’infiltrent en grand nombre ces derniers temps, il aurait fallu que ce nettoyage se fasse sur place pendant l’enrôlement. L’affichage des listes dans chaque bureau d’enrôlement et l’œil vigilant des observateurs indépendants auraient rendu plus crédibles les listes dans cette province du Nord-Kivu.[1] 

Des informations en provenance du Nord Kivu à propos du processus de révision du fichier électoral sont inquiétantes et risquent de discréditer le processus électoral en cours. Des témoignages recueillis auprès des populations du Nord Kivu font état de Rwandais qui traversent les frontières du pays de Paul Kagame pour venir s’enrôler dans quelques villages et villes frontaliers comme Rumangabo, Goma … afin d’obtenir la carte d’électeur.  Cette situation suscite déjà des inquiétudes au sein des populations du Nord Kivu.
Un Congolais qui a effectué dernièrement une mission de service au Rwanda a confirmé avoir vu à Kigali un Rwandais détenant la carte d’électeur délivrée par la Ceni. 
La carte d’électeur délivrée par la Ceni joue d’office le rôle de carte d’identité provisoire. Mais cette carte est possédée même par les ressortissants des pays voisins de la RDC comme le Rwanda.[2] 

Le 4 juillet, une manifestation de l’opposition congolaise a été dispersée violemment par la police, à Kinshasa, devant le siège de la CENI. La police congolaise a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, qui protestaient contre des irrégularités dans l’établissement des listes électorales. Un premier bilan fait état d’un mort et de plusieurs blessés. De nombreux manifestants ont également été arrêtés. Les heurts ont éclaté quand une délégation de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), le parti d’opposition dirigé par Etienne Tshisekedi, a été empêchée de remettre à la commission électorale un mémorandum dressant la liste de ses griefs, a précisé un témoin. 

La délégation conduite par le secrétaire général de l’UDPS, Jacquemain Shabani Lukoo, a finalement été autorisée à pénétrer dans le bâtiment mais les heurts se sont poursuivis à l’extérieur. Le chef de la police, le général Charles Bisengimana, a expliqué que la manifestation n’avait pas été autorisée et que les forces de sécurité étaient intervenues pour rétablir l’ordre, les contestataires ayant mis le feu à un taxi et lancé des cocktails Molotov. Il a ajouté qu’un policier avait été blessé. 

Le mémo délivré à la Ceni par l’Udps et la DTP (Dynamique Tshisekedi Président) dénonce certaines irrégularités relevées dans les opérations d’enregistrement des électeurs: délivrance de cartes d’électeurs à des enfants mineurs, à des étrangers, à des policiers et à des militaires, délivrance des cartes d’électeur sans les deux empreintes conformes, des enrôlements multiples, sous-estimation de l’électorat dans certaines provinces, absence de certains territoires sur le fichier électoral, manque de cartes d’électeur, non-paiement des agents de la CENI, répartition non équitable du délai des opérations d’enrôlement (60 jours pour Kinshasa, la plus peuplée des provinces, au lieu de 90 jours comme ailleurs), réduction intentionnelle du nombre des centres d’inscription de 9.120 (2006) à 6.917 (2011) entrainant ainsi des longues distances à parcourir par la population; éloignement des bureaux d’enrôlement, en particulier dans les provinces «favorables» à l’opposition, des statistiques prévisionnelles estimées sur les hypothèses non fondées. Selon l’UDPS, ces irrégularités sont de nature à perturber la bonne tenue élections prévues le 28 novembre 2011. Pour des élections transparentes, l’UDPS exigera à la CENI la publication du fichier électoral, l’accès au serveur central de la Commission électoral, la présence des témoins des partis politiques et des observateurs aux différents centres de traitement, ainsi que la prolongation de la période d’enrôlement dans certaines provinces et notamment à Kinshasa. Selon l’Udps, la CENI devra aussi mettre en place un cadre permanent de concertation entre la CENI et les représentants des partis politiques chargés de procéder à une évaluation hebdomadaire et mensuel du processus électoral.
Pour l’UDPS et la DTP, « un sit-in sera répété tous les lundis, tant que la CENI ne répondra pas favorablement aux points précis qui lui seront demandés par mémo ».
[3]
 

Le 6 juillet, la division électorale de la Mission de l’ONU pour la stabilisation au Congo (MONUSCO) a déclaré que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a déjà inscrit, à la date du 03 juillet 2011, 29.691.517 électeurs sur les 31.000.000 électeurs attendus.  La ville de Kinshasa dont l’opération de révision du fichier électoral vient d’être prolongée de dix jours, a enregistré à cette date 2.908.336 électeurs sur 3.573.399 électeurs attendus.
L’opération de révision du fichier électoral a été également prolongée de dix jours dans les six provinces du Bandundu, du Kasaï Oriental, du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, de l’Equateur et en Province Orientale, qui devaient clôturer l’inscription au 30 juin dernier.
[4]
 

La promulgation de la loi électorale 

Le 7 juillet, la Radio télévision nationale congolaise a annoncé, dans son journal de 23 heures 30, que la loi électorale a été promulguée par le Président de la République, Joseph Kabila le 25 juin. Le responsable de la presse présidentielle, André Ngwej Katot End Nao a indiqué que cette ordonnance est entrée en vigueur le jour de sa signature, le 25 Juin. Le matin du même 7 juillet, le constitutionnaliste Gaspard Ngondankoy qui est aussi directeur de cabinet du président du Sénat avait déclaré que le délai constitutionnel accordé au président de la République pour promulguer la loi électorale avait expiré le mardi 5 juillet. Selon lui, la loi étant transmise au président de la République le 20 juin, elle entrait automatiquement en vigueur mercredi 7 juillet conformément à l’article 140 de la constitution. Cet article stipule que le président de la République promulgue la loi dans les quinze jours de sa transmission. Passé ce délai, la promulgation est de droit, avait rappelé Gaspard Ngondankoy.[5] 

Les partis politiques et les candidats face aux prochaines élections 


Vital Kamerhe, François Muamba et François-Xavier Beltchika sont en train de changer le visage de l’opposition et de s’imposer comme des acteurs incontournables pour les prochaines élections. La scène politique congolaise subit de profondes mutations à la veille des élections générales tant au sein de la majorité qu’à l’opposition. Des ruptures et des changements de stratégies s’opèrent depuis plus d’une année avec des retombées sur la configuration politique de l’heure. La redistribution des cartes consécutive à ces changements entraîne l’émergence des nouveaux leaders capables de perturber les calculs à la présidentielle et aux législatives du 28 novembre. 
Le premier d’entre eux à bénéficier le plus de ces divorces n’est autre que l’ancien secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie et actuel président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), Vital Kamerhe. Poussé à la porte de la sortie par ses camarades du parti présidentiel, au lendemain de l’opération conjointe Forces armées de la RDC-armé rwandaise au Kivu, il a créé l’UNC avec quelques-uns de ses fidèles. 

L’ancien speaker de l’Assemblée nationale passe actuellement pour l’un des plus sérieux candidats de l’opposition politique à la présidentielle. Grâce sa popularité à l’est et à l’ouest de la République, il a implanté en moins d’un mois, son parti dans toutes les grandes villes du pays. Selon des analystes, la carte Vital Kamerhe est la seule capable de bousculer les données dans la partie Est de la RDC pourtant réputée fief de l’actuel chef de l’État. Des récents sondages ont même révélé sa capacité de créer aussi la surprise au centre du pays, acquis à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Dans cette partie centrale du pays s’inscrivent également deux autres personnalités transfuges du Mouvement de libération du Congo (MLC) et de l’UDPS en l’occurrence François Muamba (ancien secrétaire général du MLC) et François-Xavier Beltchika (ancien secrétaire permanent de l’UDPS). À la tête de leur parti ou plate-forme politiques, ces leaders sont déterminés à marquer de leur présence la scène politique congolaise et les prochaines élections. Originaires du Kasaï-Oriental, ils peuvent gêner la candidature d’Étienne Tshisekedi dont ils partagent le même électorat.
L’Alliance des démocrates républicains, plate-forme présidée par Muamba et le Congrès des démocrates pour le progrès social de Beltchika vont aligner des candidats notamment aux législatives nationales capables de rivaliser avec ceux des leurs partis d’origine. L’on se dirigerait donc droit vers l’émergence des nouvelles forces sur l’échiquier politique de la RDC dont l’union pourrait être déterminante pour la suite des événements. 

Parmi ces formations politiques et autres associations à suivre de près, l’on compte également l’«Envol» de Delly Sesanga, le Mouvement pour le renouveau de Clément Kanku, la Ligue des démocrates congolais d’Angèle Makombo Eboum. La même réalité se dessine au sein de la majorité politique où l’apport des petites formations pourrait s’avérer incontournable tant pour la réélection du président Joseph Kabila que pour arracher la majorité au Parlement. Cependant, d’ici au 28 novembre, d’autres surprises ne sont pas à exclure.[6] 

Le scrutin présidentiel à tour unique n’est plus un sujet d’actualité. Cependant, à suivre les discours des candidats les plus en vue, les éléments d’une explosion annoncée sont en train de se mettre en place. Le malheur du tour unique est de doter le pays d’un président dont la légitimité se fonde sur une base sociologique extrêmement réduite, dans l’éventualité d’un important éparpillement des voix entre les candidats en présence. Dans le cas des résultats serrés, l’un et l’autre pourraient se prévaloir de ces résultats pour asseoir la contestation. Déjà, Etienne Tshisekedi a déclaré depuis les USA qu’en cas de victoire de Joseph Kabila, il y aurait risque des dérapages. La contestation serait ainsi en préparation. De même, Vital Kamerhe a affirmé haut et fort qu’il tient à l’alternance. Pour lui, il n’est pas dans l’opposition pour y faire carrière mais pour prendre la direction des affaires de l’Etat comme chef de l’Etat. 

Aussi, les observateurs craignent un résultat au coude-à-coude entre les trois principaux prétendants: 30,75%, 30,5%, 30%. Le scenario du coude-à-coude risquera d’être le déclencheur d’une période trouble, si l’on y prend garde. Le scrutin à tour unique ouvre ainsi la voie à une légitimité contestable ou une légitimité multiple. Les tireurs des ficelles n’attendent que cette occasion pour bondir et exécuter leur plan macabre de démembrement de la RDC. Tout pourrait partir de l’Est, le ventre mou de la République pour se déferler sur l’ensemble du territoire national. Ce scénario catastrophe devrait interpeler tout le monde. La classe politique, particulièrement les candidats à la présidentielle, doit s’interdire des déclarations tendant à mettre le feu à la case à l’issue des élections. Pour la CENI, à qui revient la lourde responsabilité de conduire le processus électoral, la transparence doit rester l’unique mode opérationnel sur le terrain. Tout dépend de la transparence qui caractérisera la conduite de l’ensemble des opérations électorales, à savoir: la révision du fichier électoral, l’accréditation des témoins de partis et des observateurs, le bon déroulement de la campagne électorale, l’amélioration et le respect de la procédure de dépouillement et de compilation des résultats, la publication des résultats. Du degré de transparence dépendra l’acceptation des résultats par toutes les parties. Tout doit être fait pour que les vaincus sachent, par eux-mêmes, qu’ils n’ont pas été choisis démocratiquement par le souverain primaire.[7] 

POLITIQUE INTERNE 

Dans un document intitulé «Evaluation points abordés dans l’aide-mémoire du CNDP sur les accords de Goma du 29 mars 2009», le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), l’ex-mouvement armé mué en parti politique et devenu membre de la Majorité présidentielle (MP) exige concrètement son intégration immédiate au gouvernement central et la relance des réunions mensuelles du Comité national de suivi (CNS). L’ex-mouvement armé se plaint, indiquant que «en trois ans, depuis sa création, le CNS ne s’est réuni que trois fois seulement alors qu’il était initialement prévu qu’il se réunisse chaque mois, au moins». Les requêtes du nouvel allié s’étendent également sur le rapatriement et la réinsertion des réfugiés RDCongolais vivant dans les pays voisins et des déplacés internes. 

Le CDNP préconise aussi la rapidité dans le processus du rapatriement et ce, en tenant compte de leur participation souhaitée aux élections. Toute une équation pour la CENI qui s’apprête à boucler les opérations de révision du fichier électoral. Le CNDP ne s’arrête pas là avec ses objections. Il pose aussi le problème de la reconnaissance formelle des grades de ses anciens militaires, ses anciens policiers dont il réclame aussi l’intégration dans la Police nationale congolaise (PNC). Le parti rappelle que la reconnaissance formelle des grades des ex-militaires CNDP a eu lieu fin décembre 2010 mais uniquement au niveau des officiers. Il attend qu’elle soit élargie aux sous-officiers, soldats et caporaux et que soit accéléré le traitement des recours des officiers omis sur la liste des officiers généraux et ceux dont les grades effectifs n’ont pas été reconnus. Côté policiers, le CNDP presse le gouvernement pour que ses ex-éléments soient intégrés et déployés dans les structures de la PNC. Le CNDP réclame enfin la création d’une unité spéciale de la police dénommée Police de proximité, affectée à la sécurisation des réfugiés en retour en RD-Congo, et y intégrer les policiers ex-CNDP.[8]   

Le 4 juillet, le Collectif des ONGs de défense des droits de l’homme (ONGDH) est monté au créneau pour réclamer la promulgation du texte de loi portant pénalisation de la torture. Ce texte de loi pourtant adopté à l‘Assemblée nationale et au sénat depuis avril 2011 et qui a déjà obtenu l’avis de conformité de la Cour suprême de Justice, est en souffrance depuis des mois sur la table du président de la République pour des motifs ténébreux. Entre temps, les Observateurs des droits de l’homme constatent que des milliers de personnes en RDC sont victimes de tortures physiques et morales auprès des services de sécurité et gardées dans des lieux secrets ou ni le juge, ni le médecin, ni l’avocat ni aucun autre membre de famille n’a accès.[9] 

Le 15 juillet, un groupe de 46 organisations non gouvernementales congolaises et internationales ont écrit le 15 juillet 2011 au premier ministre Muzito pour l’encourager à demander l’inscription à l’agenda de la session parlementaire extraordinaire d’un projet de loi gouvernemental créant une cour spécialisée mixte au sein du système judiciaire congolais. Ce projet de loi pourrait constituer une réponse courageuse au rapport Mapping de l’ONU, publié en octobre 2010, sur les crimes commis en RDC entre 1993 et 2003. La cour proposée par le gouvernement sera compétente pour juger les crimes les plus graves commis en République démocratique du Congo (RDC) depuis 1990 jusqu’à nos jours: crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. La cour sera composée de personnel judiciaire congolais et international. Cette mixité est importante pour contribuer à son indépendance et pour renforcer les capacités du système judiciaire congolais à traiter de ces affaires dans le futur, précise la lettre. 

«La mise en place de cette cour mixte spécialisée est essentielle pour mettre un terme à la culture de l’impunité en RDC, où des atrocités continuent d’être commises chaque jour à l’encontre des populations civiles », ont affirmé les 46 organisations signataires de la lettre. « Après les mots et les promesses de « tolérance zéro,» le moment est venu pour le gouvernement de prendre des mesures concrètes à l’encontre des criminels, en faisant voter cette loi». Une version amendée du projet de loi a été transmise la semaine dernière à la Commission des Lois du gouvernement. La cour telle que proposée dans la dernière version du projet de loi sera compétente pour juger non seulement les crimes du passés, mais également ceux du présent, à l’instar des violations graves des droits humains qui continuent d’être commises, particulièrement à l’est de la RDC, y compris les pillages, les meurtres, les viols de masse et le travail forcé.[10] 

Le 20 juillet, le président Joseph Kabila a promulgué la loi sur la criminalisation de la torture en RDCongo. Aux termes de la loi, sera puni de cinq à dix ans de servitude pénale principale et d’une amende de cinquante mille à cent mille francs congolais, tout fonctionnaire ou officier public qui aura infligé à une personne une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, aux fins d’obtenir d’elle des renseignements ou des aveux. Cette sanction est également réservée à quiconque recourant à la même voie pour punir une tierce personne qui a commis un acte ou est soupçonnée de l’avoir commis, pour l’intimider ou faire pression sur elle. 

Le coupable est puni de dix ans à vingt ans de servitude pénale principale et d’une amende de cent mille à deux cent mille francs congolais lorsque les faits commis auront causé à la victime un traumatisme grave, une maladie, une incapacité permanente de travail, une déficience physique ou psychologique. La même mesure est applicable à l’endroit de toute personne qui aura torturé une femme enceinte, un mineur d’âge ou une personne de troisième âge ou vivant avec handicap.[11] 

KIVU 

Une boucherie humaine 

Le 20 juin, dans la nuit, six femmes ont été violées, dont deux jeunes filles de 10 et 15 ans de la même famille et six hommes poignardés par coups de baïonnette et de machette dans les localités de Pabaota, Vuhira et Sambako, dans le territoire de Beni au Nord-Kivu, lors des attaques d’une dizaine d’hommes armés vêtus en treillis militaires des Fardc. Les assaillants, parmi lesquels plusieurs en cagoules, ont fait le porte à porte, passant à tabac les habitants, emportant chèvres, porcs, poules, huile de palme, argent et téléphones portables, etc. Le président de la Société Civile Territoire de Beni, Maître Omar’ KAVOTA,  parle d’escalade de la violence contre la population de cette zone. Le constat général est que tous les appels de la société civile aux autorités administratives, politiques, militaires, policières, au gouvernement de Muzito, à la Monusco, sont toujours tombés dans des oreilles des sourds. Le gouvernement congolais laisse faire les hommes en armes et uniforme militaire congolais car ces derniers ont visiblement une mission de préparer le terrain pour l’occupation rwandaise en cours. Le but ultime des actes de tueries et d’exactions perpétrés à l’Est de manière cyclique est d’obliger la population, prise de peur, à abandonner du terrain à l’occupant rwandais.[12]   

Le 21 juin, Kambale Musonia Patchelly, journaliste à la Radio communautaire de Lubero Sud, à Kirumba (Nord-Kivu), a été tué près de son domicile par des hommes armés qui lui ont tiré trois balles à bout portant dans la poitrine. La victime revenait de sa rédaction et les tueurs manifestemement attendaient son retour non loin de son domicile. Le journaliste avait animé le vendredi précédent une émission où des intervenants avaient dénoncé le climat d’insécurité à Kirumba, « créé par une bande des bandits à mains armées composée de civils mais opérant avec la complicité de policiers ». Trois jours après sa dernière émission, Kambale Musoniam, 28 ans, a été assassiné à environ 75 m de son domicile. Son épouse est restée sans nouvelles de lui toute la nuit durant, son téléphone ayant été ravi par ses tueurs. Elle avait entendu les crépitements des balles comme tous ses voisins, sans savoir que c’étaient les balles assassines de son mari. Comme dans pareil cas tout le monde se terre chez soi, c’est le lendemain matin que son corps sans vie fut découvert par les premiers passants. 

Kambale Misonia Pacheli a été assassiné par des militaires Fardc pour avoir animé une émission sur la sur-militarisation de la cité de Kirumba et l’occupation des maisons d’habitation appartenant à des tiers par des militaires. Un ordre était donné par l’autorité urbaine pour que ces derniers quittent les maisons des civils mais plusieurs militaires résistent toujours au grand dam de la population locale. La dernière émission à téléphone ouvert avait mis à nu l’occupation rwandophone en cours au Sud de Lubero, et plus précisément dans la cité de Kirumba. 

Cette occupation se caractérise par une surmilitarisation de la cité de Kirumba. Des contingents des militaires continuent d’y arriver en grand nombre sans qu’on sache d’où ils viennent et qu’est-ce qu’ils font exactement car leur présence ne fait qu’empirer une situation sécuritaire déjà précaire. Ces militaires occupent sans demander la permission de qui que ce soit toutes les maisons inhabitées, les maisons inachevées ou chantiers de construction, de la cité. Quand ils voient une grande maison habitée, ils y entrent par force pour vérifier si toutes les chambres sont occupées. S’il y a une chambre vide, ils s’y installent par force, partagent la vie de la famille, etc. Les parcelles qui ont des paillotes ou des cuisines spacieuses voient ces militaires s’y installer de force et exiger des repas, de l’eau voire de l’argent aux occupants timorés par la présence des Kalachnikovs dans leurs parcelles. Certains décident de quitter leurs parcelles pour mettre à l’abri leurs enfants et eux-mêmes.[13] 

Le 23 juin, Maman Kyakimwa Zawadi Jacqueline (30 ans et enceinte) et sa fille de deux ans à Butembo, ont été assassinés au quartier de l’Evêché Catholique. Leurs corps ont été retrouvés découpés à la machette et jetés dans une rigole. Le cerveau de sa fille était complètement par terre à la suite d’un coup de machette qui lui a ouvert le crane. La boucherie humaine qui a redoublé d’activités depuis le début du mois de juin 2011 dans le territoire de Beni-Lubero a comme objectif casser finalement la résistance de Beni-Lubero au projet de balkanisation pour faire entrer des milliers de Rwandais qui attendent de s’accaparer des terres verdoyantes du Nord-Kivu et d’élire les leurs comme leurs représentants. Une fois ce problème de représentation résolue, l’ONU qui refuse de protéger les congolais aujourd’hui, initiera un referendum pour l’autodétermination de la région devenue rwandophone. Au Rwanda, les futurs occupants prennent des noms congolais et apprennent les langues du Nord-Kivu pour parvenir a se dissimuler parmi les Congolais.[14] 

Le 12 juillet, un groupe de commerçants-ambulants congolais qui voyageaient sur la route Alimbongo-Mbingi en Territoire de Lubero est tombé entre les mains de malfrats armés et en uniforme militaire des Fardc au niveau de la localité de KASINGIRI en chefferie des Bamate (Nord Kivu).  Les malfrats ont alors procédé à la fouille systématique de chacun de voyageurs congolais, confisquant la marchandise sur vélo, tout ce qui était dans les poches, montres, téléphones portables, etc. En dernier lieu, les malfrats ont voulu faire de même à Mr Kambasu Vianney, la trentaine révolue. Pris de colère, Mr Kambasu n’a pas voulu qu’on le fouille les poches. Au contraire, il a giflé un des malfrats. Voyant leur camarade humilié et surpris par un tel comportement auquel les malfrats armés qui endeuillent la région depuis 2009 ne sont pas habitués, un autre malfrat a ouvert le feu sur Kambasu. Il n’était ni FDLR, ni Mai-Mai mais un commerçant-ambulant qui était chaque jour sur la route pour nourrir sa famille. Il a été tué par des militaires Fardc qui sont dans la région soi-disant pour la sécuriser (la sécurité du cimetière)![15] 

L’occupation rwandaise de la RDC est actuellement dans sa phase la plus difficile, celle du transfert des populations rwandaises vers la RDC. Depuis Janvier 2011, des rwandais envahissent par petits groupes les deux territoires de Beni-Lubero. Si dans certains coins des territoires de Masisi et de Rutshuru, les envahisseurs rwandais sont facilement assimilables aux populations rwandophones qui y sont déjà, en Ituri, ils sont assimilables aux Hema avec qui ils ont une parenté historique. Par contre, en territoires de Beni et de Lubero où la population est dense et homogène (99,9% Nande), les envahisseurs rwandais n’ont aucune couverture et aucun alibi pouvant justifier ou couvrir leur invasion. Les rwandais qui arrivent depuis janvier 2011 au Sud de Lubero étaient au début présentés comme des déplacés congolais, des Hutu Nande, venant du Masisi. Toutefois, quand on parle avec eux, 

ils disent pour la plupart qu’ils sont venus du Rwanda, qu’ils ont appris le Kinande et le Kiswahili au Rwanda, etc. Certains parmi eux sont des FDLR qui étaient rapatriés au Rwanda mais qui sont revenus au Congo à la tête de ceux qui ne connaissaient pas le Congo. Du Rwanda, ils ont transité au Masisi où ils ont reçu des attestations de perte pièces d’identité congolaises ou des cartes des membres du PPRD, etc. Tous se sont faits enrôlés sans problème au Sud de Lubero. Ceux qui n’avaient pas transité par le Masisi et qui n’avaient aucune pièces d’identité congolaise sont partis de Luofu dans des camions FUSO pour se faire enrôler à Goma. Après l’enrôlement, ces camions les ont ramenés au Sud de Lubero.  Ils vivent dans des camps. Ils ont beaucoup d’argent et achètent leur nourriture au marché. Certains d’entre eux feignent d’être pauvres et vont chez les grands propriétaires terriens pour demander du travail manuel rémunéré. En réalité, ces derniers cherchent à entrer en contact avec les agriculteurs influents du coin pour connaître leur force et leur faiblesse. Chaque famille comprend en moyenne entre 70 et 80 membres, avec plusieurs d’entre eux qui ne se ressemblent pas, ou qui ont le même âge. Le nombre d’enfants entre 5 et 10 ans est très élevé. Les envahisseurs rwandais au Sud de Lubero sont majoritairement Adventistes du Septième Jour. Quelques-uns seulement sont chrétiens protestants ou catholiques. Rwandais et Congolais se rencontrent au marché, dans les églises, et les enfants rwandais sortent des camps pour jouer avec les congolais. Toutefois, le traitement privilégié tel la facilitation de l’enrôlement, la prise en charge alimentaire dont jouissent les envahisseurs suscite des jalousies  parmi les autochtones. Pour cacher les vrais bailleurs des fonds de cette invasion, on aurait pris la précaution de passer par certains commerçants originaires de la région. C’est ainsi que ces derniers font venir le matériel à leurs noms, achètent des terres à leurs noms, et utilisent leurs entrepôts pour le stockage des biens destinés aux envahisseurs. Le gouvernement central, provincial, territorial et local laisse faire. On sait qu’aucune occupation étrangère ne réussit sans la collaboration des fils du territoire occupé. Sur la liste des collabos congolais de l’occupation rwandaise en cours, on trouve ainsi les politiciens, les églises, les commerçants, les ONG, les chefs coutumiers.[16] 

La célébration du 51e anniversaire de l’indépendance de la RDC. 

Le 27 juin, 35 associations des femmes de la ville de Butembo (Nord Kivu) ont décidé le boycott du défilé de 30 juin 2011 date de la commémoration du 51ième anniversaire de l’indépendance de la RDC. Le motif principal de ce boycott est selon ces associations féminines l’insécurité qui sévit en ville de Butembo, et dont les femmes paient le plus lourd tribut. A la place du defilé, plusieurs associations feminines ont choisi de rendre visite aux femmes malades et victimes de la violence. 

Pour elles, la meilleure façon de célébrer l’indépendance c’est venir en aide aux malades, aux victimes de la violence aveugle pour leur donner l’espoir de vivre et la joie d’appartenir à une communauté où règne la solidarité. Certaines associations d’hommes ont aussi décidé d’observer par solidarité le boycott des mamans. Les Hommes sont aussi victimes des assassinats restés impunis. Lorsque les bandits arrivent dans la maison pour tuer, ils ne distinguent pas entre hommes, femmes, et enfants. Tous sont des victimes potentielles.[17] 

Le 30 juin, près de deux cents acteurs de la société civile du Sud-Kivu ont organisé un sit-in à la place de l’Indépendance, dans la commune d’Ibanda, à Bukavu en signe de protestation de la célébration du 51e anniversaire de l’indépendance de la RDC. Le sit-in a eu lieu le matin. Les manifestants brandissaient des calicots sur lesquels on pouvait lire, notamment, «Nous n’avons pas dix filles vierges à donner aux FDLR comme cautions», «Non aux viols». 

Descartes Mponge, vice-président de la société civile explique: «On ne peut pas célébrer la fête de l’indépendance pendant que nos populations sont en train d’être tuées, violées et nos richesses pillées. Notre armée n’est pas en mesure de sécuriser la population congolaise, et cela est dû aussi au fait qu’il y a eu un échec de tous les processus d’intégration des groupes armés dans l’armée nationale. Donc, pour nous, c’est un signe de protestation, voilà pourquoi nous avons organisé ce sit-in à la place de l’Indépendance. Nous sommes habillés en noir, un signe de deuil». La veille, la même société civile avait lancé à la population du Sud-Kivu un appel au boycott des manifestations de la fête de l’indépendance. 

Dans un communiqué, elle constate avec regret que la situation sécuritaire et humanitaire ne cesse de se dégrader au jour le jour sur toute l’étendue de la Province du Sud Kivu. Des multiples et graves violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international sont commises, notamment la prise en otage, les meurtres et assassinats, l’esclavage sexuel, les viols perpétuels des femmes et jeunes filles, le pillage systématique des ressources naturelles et champêtres, l’incendie des villages, l’imposition de la rançon aux victimes et le déplacement forcé des populations. La Société civile remarque l’échec de l’ensemble du processus d’intégration des groupes armés au sein des FARDC et les différents efforts de reforme (brassage, mixage) qui n’ont pas abouti à la construction d’une armée nationale et républicaine, capable de défendre l’intégrité et la souveraineté nationales et d’assurer la protection des civils et de leurs biens. 

Elle constate aussi l’échec crucial des opérations de traque des combattants Rwandais FDLR et leurs conséquences désastreuses sur les communautés locales. Ces opérations concourent à la résurgence de coalitions contre nature entre les milices locales et étrangères ainsi que des menaces incessantes d’une nouvelle agression Rwandaise contre la RD Congo. Vu la négation par les autorités congolaises des faits pourtant vécus et déplorés par les victimes sur terrain et leur silence complice et coupable face à toutes ces atrocités qui pèsent sur les populations fortement paupérisées, les organisations de la société civile ont décidé de ne pas participer aux cérémonies commémoratives de la journée de l’indépendance prévue le 30 Juin 2011, car rien ne sert de célébrer cette journée, pendant que la population continue à subir les affres des hommes en armes et en uniformes.[18] 

Le rapatriement des réfugiés 

Le 13 juin,  lors du point de presse, le porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), Médard Lobota, a indiqué que le  Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a facilité cette année le rapatriement de 3 957 réfugiés rwandais à partir des provinces du Nord et Sud-Kivu. Selon M. Lobota, 1 266 réfugiés rwandais ont été rapatriés depuis Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, tandis que 2.691 refugiés rwandais ont regagné leur pays depuis Goma, dans le Nord-Kivu.
Au cours de cette même année, a-t-il ajouté, le HCR a déjà rapatrié 2.714 réfugiés burundais de l’est de la RDC. Le nombre des réfugiés rwandais vivant en RDC est au nombre de 90.978, tandis que celui des Congolais au Rwanda s’élève à 65.000. Les réfugiés burundais ayant trouvé refuge en RDC sont évalués à 15.000, tandis que les Congolais installés au Burundi sont estimés à 24.500.
[19]
 

Le 20 juin, à l’occasion de Journée mondiale de refugiés, la sous délégation de Haut commissariat de refugiés des Nations Unies (UNHCR) à Bukavu a précisé que la province du Sud Kivu (dans l’est de la République démocratique du Congo) compte actuellement 13.000 refugiés rwandais et 7000 refugiés burundais. Il n’y a que 2000 refugiés rwandais qui sont rentrés volontairement dans leur pays, a indiqué l’UNHCR, ajoutant que la plupart de ces réfugiés n’expriment pas la volonté de rentrer chez eux parce qu’ils se sont intégrée soit dans le mariage ou ils ont trouvé d’emploi en RDC comme pays d’asile où la plus part vivent depuis 17 ans. 

En outre, 90% des 1 500 réfugies rwandais vivant dans la province du Kasaï-Oriental depuis une dizaine d’années ont demandé la nationalité congolaise. Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ces Rwandais se seraient intégrés sur le plan social avec les populations locales. Ils bénéficient des mêmes droits que les Congolais, en dehors des droits politiques, a précisé Céline Schmitt, en charge de la communication au sein du HCR/ RDC.  «Ils vivent là bas, ils sont intégrés dans la communauté locale, ont des familles et disposent de petites terres pour cultiver», a-t-elle précisé, indiquant que ces réfugiés rwandais vivent principalement de l’agriculture. Parmi ces personnes, entre 88 et 90% d’entre elles souhaitent rester en RDC et obtenir la nationalité congolaise pour s’installer durablement en République Démocratique du Congo, a fait savoir Céline Schmitt. Les 1 500 réfugiés rwandais vivant dans la province du Kasaï-Oriental sont installés dans trois sites, près de Mbuji-Mayi.[20] 

Un nouvel alibi de Kigali pour l’invasion de la RDC 

Le Rwanda n’a pas encore assouvi sa soif de se servir des ressources naturelles de la partie orientale de la République démocratique du Congo. Si au milieu des années 1990, la traque des éléments des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) a été, à plusieurs reprises, l’arme justificative des expéditions de Kigali lors de l’invasion par ses troupes du territoire congolais, aujourd’hui il allègue qu’un groupe rebelle menacerait sa sécurité et son régime depuis le parc des Virunga. 

Sans désemparer, le Rwanda semble avoir trouvé une belle parade pour justifier une nouvelle invasion du territoire congolais, toujours dans sa partie Est. L’annonce faite par la police rwandaise le 21 juin faisant état du démantèlement d’un groupe de «terroristes » qui préparerait, à partir du territoire congolais, plus précisément du parc national des Virunga, des attaques «ciblées» au Rwanda rentre dans ce nouveau schéma. En effet, à en croire AFP et d’autres médias étrangers qui ont relayé l’information, au Rwanda, la police a annoncé l’arrestation de six membres d’«un réseau en mission pour mener des actes de terreur au Rwanda», en provenance de la RDC. Selon un communiqué officiel de la Police rwandaise, «les criminels arrêtés sont dirigés par le colonel Norbert Ndererimana communément appelé Gaheza et qui commande un groupe armé basé à Binza, Rutchuru, dans le Parc national des Virunga, Nord-Kivu, Est de la RDC». 

D’après la police rwandaise, les hommes arrêtés «visaient des endroits fortement peuplés, des stocks de carburant, des véhicules transportant du carburant, des dirigeants nationaux et des diplomates». Selon la police rwandaise, les hommes arrêtés (le colonel Ndererimana et cinq de ses hommes), «ont déclaré avoir reçu des ordres du général Faustin Kayumba Nyamwasa, actuellement en exil en Afrique du Sud et du général Emmanuel Habyarimana», actuellement exilé en Europe. 

Les révélations de la police rwandaise sont la preuve de la détermination du régime de Kigali d’assurer le contrôle de la partie Est de la RDC. L’allégation sur l’existence sur le territoire congolais d’un groupe «terroriste» qui menacerait sa sécurité va lui servir d’argument en bêton pour justifier une nouvelle incursion de ses troupes de l’autre côté des frontières communes. Ainsi, comme avec les FDLR, le Rwanda aurait trouvé le prétexte pour renvoyer, à nouveau, ses troupes en RDC aux fins, cette fois-ci, de traquer et neutraliser le groupe rebelle qui s’est créé à l’intérieur du parc des Virunga. 

Il ne faudrait donc pas laisser de l’espace à Kigali en lui permettant de se servir de la présence, non encore prouvée du côté officiel congolais, de groupe «terroriste» dans le parc des Virunga, pour légitimer une nouvelle invasion du territoire congolais. Dans ces aventures belliqueuses, c’est toujours les paisibles populations congolaises qui paient le lourd tribut de cette présence des groupes armés étrangers. Les opérations conjointes n’ayant pas produit des effets tendant à enrayer ces forces négatives, il serait illusoire de permettre à l’armée rwandaise d’effectuer une énième traversée des frontières nationales. Cette fois-ci, l’alibi ne tient pas debout.[21] 



[1] Cf Obède Bahati – Beni Lubero Online, 18.06.’11

[2] Cf Godé Kalonji Mukendi – 7sur7.cd – africatime, 05/07/2011

[3] Cf Reuters – Kinshasa (/ MCN, via mediacongo.net), 4/07/2011; Christophe Rigaud – Afrikarabia, 04.07.’11; Pitshou Mulumba – Le Potentiel Kinshasa, 05.07.’11

[4] Cf ACP – Congo Indépendant, 08.07.’11

[5] Cf Radio Okapi, 08.07.’11

[6] Cf Jules Tambwe Itagali – Les Dépêches de Brazzaville – congoforum, 14.07.’11

[7] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 28.06.’11

[8] Cf Achille Kadima Mulamba – 7sur7.cd – africatime, 04/07/2011

[9] Cf La Référence  - africatime, 5/07/2011

[10] Cf Infos Congo – Kinshasa, 18.07.’11

[11] Cf Ludi Cardoso – Le Potentiel – Kinshasa, 23.07.’11

[12] Cf Radio Okapi, 22.06.’11; Obède Bahati – Beni Lubero Online, 22.06.’11

[13] Cf AFP – Kinshasa, 22.06.’11; Beni Lubero Online, 27.06.’11

[14] Cf Beni Lubero Online, 24.06.’11

[15] Cf Correspondance particulière de Mbingi/Lubero – Beni Lubero Online, 14.07.’11

[16] Cf Edgar Kahindo – Beni Lubero Online, 29 .06.’11 

http://www.benilubero.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2680:revelations-des-envahisseurs-rwandais-au-sud-de-lubero&catid=1:dches&Itemid=98

[17] Cf Tembos Yotama – Beni Lubero Online, 30.06.’11

[18] Cf Radio Okapi, 30.06.’11

[19] Cf Xinhua – Kinshasa – Afriquinfos – Africatime, 14/07/2011

[20] Cf Xinhuanet – Kinshasa – Africatime, 21.06.’11; Radio Okapi, 20.06.’11

[21] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 25.06.’11

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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