CREDIBILITE’, CENSURE

20 décembre 2011

Aujourd'hui dans la presse

20/12/11 REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE MARDI (CongoForum)

Le jour de la prestation de serment d’un Président de la République est férié. Les journaux imprimés sur papier ne paraîtront donc pas. La présente revue recense donc essentiellement les autres médias et ce que la presse mondiale dit de la RDC. Cela pourrait se regrouper en deux grandes catégories : les articles traitant du passé, c’est-à-dire de la crédibilité du processus électoral et ceux qui s’interrogent sur l’avenir, c’est-à-dire des conséquences de la double proclamation de victoire de Kabila et Tshisekedi.

Crédibilité

Nous avons fait remarquer en son temps que les choses, concernant le processus électoral, ont commencé à « ne pas tourner rond » dès le lendemain du 50naire de l’indépendance, quand s’est déclenchée la campagne unilatérale des « joséphistes » que nous qualifiions ironiquement de « pas campagne, mais… ». La Libre du 19/12/2011 le confirme et même au-delà….

L’ANR au service d’un candidat : Le Renseignement travaille depuis mi-2010 pour le candidat Kabila.

Un vent favorable nous a fait parvenir un document interne à l’ANR (Agence nationale de renseignement du Congo). Il s’agit du texte d’un exposé prononcé le 19 août 2010 – soit un an et demi avant la présidentielle – par le directeur provincial de l’ANR pour Kinshasa, Jules Katumbwe Bin Mutindi.

Dans un raccourci saisissant, le cadre explique à ses subordonnés que « la démocratie se définit par l’exercice du pouvoir par le souverain primaire qui s’exprime par les élections des gouvernants. C’est pourquoi les élections libres, démocratiques et transparentes de 2006 nous ont permis aujourd’hui de vivre le changement intervenu dans tous les secteurs de la vie nationale. Ainsi, pour la continuité des œuvres dont l’auteur est le chef de l’Etat, notre institution doit s’investir pour la réélection de Joseph Kabila Kabange à la prochaine présidentielle ainsi que celle des membres de sa famille politique dans toutes les institutions républicaines ».
Le cadre explique à ses troupes qu’elles doivent « devancer les événements et saisir le taureau par les cornes en peaufinant les stratégies qui assureront la victoire du chef de l’Etat et des membres de sa famille politique aux élections générales « .
Suit un calendrier de tâches à remplir par différents services. La plupart relèvent du travail normal d’un service de renseignement. On y note toutefois quelques instructions moins classiques comme « suivre et contrôler les médias » ; « prendre en charge toutes les représentations diplomatiques et celles des organisations du système des Nations unies en vue de connaître les contacts étrangers des candidats tant à la présidentielle qu’aux législatives nationales » ; « infiltrer toutes les représentations pour démasquer les activités pouvant déstabiliser l’élection du chef de l’Etat et des membres de sa famille politique ».
La division des Renseignements généraux doit « identifier les endroits stratégiques pour l’affichage des panneaux, pancartes, calicots et autres matériels de propagande » ; « infilter les états-majors des autres candidats tant à la présidentielle qu’aux législatives pour détecter leurs stratégies. Déployer des agents-taupes dans ces états-majors, qui fourniront quotidiennement les informations sur les candidats rivaux ».
La division études et analyses est chargée de « rédiger les thèmes et messages susceptibles d’être mentionnés sur les panneaux, pancartes, banderoles, calicots ou autres matériels pour la campagne électorale du chef de l’Etat et des membres de sa famille politique. Analyser les thèmes et messages d’autres candidats afin de chercher les éléments pour la contradiction » ; aider les états-majors électoraux pro-Kabila à « rectifier les erreurs et (…) les orienter sur la voie de la victoire électorale » tandis que, chez leurs rivaux, l’ANR devra « déceler les failles et les points forts afin de monter une parade contre leurs éléments et éventuellement monter des contre-stratégies pour les battre ».
Dans l’ensemble, résume le cadre de l’ANR, « nous devons nous mobiliser pour cette journée (d’élections présidentielle et législatives) afin d’encadrer et de conduire les électeurs aux urnes pour voter le chef de l’Etat (sic) et les candidats députés nationaux de sa famille politique », tout en chargeant la division de contre-espionnage de « prendre en charge les observateurs étrangers ». La même technique devra être appliquée lors des élections provinciales de 2012 et des locales de 2013, ajoute l’orateur. Et de conclure : « En vous donnant ces assignations, j’ose croire que chacun d’entre nous s’attellera à ce travail afin de prouver notre loyauté au chef de l’Etat et à sa famille politique. »
Un court document du département EM/DSI – avec cachet de l’ANR – présidence de la République – du18 août 2011, indique de son côté une « cartographie sécuritaire des circonscriptions électorales » de la capitale, précisant, pour ces quatre circonscriptions, en rubrique « Observations », qu’elles comportent chacune un « risque d’un vote sanction contre le pouvoir en place ».

Censure

Un autre « vent favorable » soufflait en direction de l’Angleterre. Dans une lettre dont la BBC a obtenu copie, le gouverneur de la province du Maniema dans l’est du pays interdit aux radios locales de diffuser les programmes d’information relayés depuis l’étranger. Quatre stations de la ville de Kindu sont concernées et le gouverneur leur interdit de diffuser non seulement les émissions de la BBC mais aussi celles de RFI , de la Voix de l’Amérique, d’Africa N°1.
Contacté à l’étranger, le ministre de la communication et des médias a déclaré qu’un gouverneur de province n’avait pas autorité pour prendre ce type de décision. C’est en effet son ministère qui distribue les autorisations d’émettre et le tout nouveau Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication qui contrôle les programmes.
Cette nouvelle mesure s’ajoute à d’autres fermetures de médias observées pendant cette période électorale tendue. D’autres radios et chaînes de télévisions sont actuellement suspendues, notamment RLTV qui s’était rendue célèbre avant les élections du 28 novembre en diffusant l’appel du candidat d’opposition Etienne Tshisekedi à libérer de forces les militants emprisonnés. D’autres diffuseurs comme Canal Futur ou Congo Media Channel restent muets bien qu’ils ne soient pas actuellement sous le coup d’une interdiction officielle. Congo Media Channel a été expulsée de ses bureaux par une décision de justice dans une affaire privée en pleine campagne électorale.
Point commun de tous ces médias congolais: leur proximité avec l’opposition.

Réactions

Radio Okapi a mis en ligne un « mini-sondage », qu’il ne faut surtout pas prendre pour un sondage, car au total, au moment où nous l’avons consulté, il avait reçu 2 342 réponses, ce qui représente un « échantillon » dérisoire. L’intérêt est dans la question posée, dans les réponses suggérées (il s’agit d’un questionnaire à choix multiples), et dans le choix des participants.
Question : Etienne Tshisekedi a demandé le dimanche dernier aux dirigeants actuels de démissionner. Selon vous:
•la communauté internationale devrait assurer une médiation pour éviter de plonger la RDC dans la crise (61%, 1 439 Votes)
•les acteurs politiques congolais devraient dialoguer pour éviter des violences postélectorales (20%, 464 Votes)
•cet appel risque de créer la confusion dans l’opinion (19%, 439 Votes ).

Il y a donc une majorité significative de Congolais pour attendre le salut de la « communauté internationale » qui, jusqu’ici, se montre certes très critique quant à la crédibilité, à la transparence et à la correction des élections, mais semble se faire tirer l’oreille pour constater que ces élections ont été tout simplement nulles.

Sur le site de CNN, deux anciens coopérants américains, Tony Gambino et Michael O’Hanlon s’étonnent de voir l’administration Obama faire deux poids, deux mesures, en critiquant vertement les pratiques électorales douteuses de la Russie, tout en se montrant étonnamment modérée envers la RDC à propos de déviations aussi graves, sinon pires…

Aujourd’hui, pendant que les ouvriers rebouchaient les nids de poule sur la route conduisant à la cité de l’Union africaine, où doit se dérouler la cérémonie d’investiture, les services protocolaires ne comptaient plus les fausses alertes à l’aéroport de Kinshasa où ordres et contre-ordres annonçaient puis démentaient la venue de telle ou telle délégation étrangère. Sur RFI, on compte les présents et les absents.
« Joseph Kabila devrait pouvoir compter sur la présence de ses voisins les plus proches même si tous ne seront pas représentés au niveau présidentiel. On annonce ainsi la venue Denis Sassou Nguesso, le président du Congo-Brazzaville, qui n’est qu’à 4 km de Kinshasa. La présence d’Eduardo Dos Santos, le président de l’Angola, n’est elle pas confirmée. Du côté des Grands lacs, Yoweri Museweni, président de l’Ouganda et Jakaya Kikwete, président de la Tanzanie sont annoncés.
La présence du président rwandais Paul Kagamé n’est pas encore confirmée et on sait déjà que le président burundais, Pierre Nkurunziza, ne participera pas à la cérémonie ; il se fera représenter par son ministre des Affaires étrangères. Même chose pour l’Afrique du Sud. C’est la ministre des Relations extérieures, Maite Nkoana Mashabane, qui représentera ce géant de l’Afrique qui tisse des liens économiques de plus en plus étroits avec la RDC et qui a grandement contribué à la logistique des élections.Robert Mugabe, président du Zimbabwe, ancien allié de Kabila père, ne devrait pas manquer cette cérémonie. Ali Bongo, président du Gabon, sera représenté par son Premier ministre et la présence de Faure Gnassingbé du Togo n’est pas encore confirmée.
On sait déjà que ce sera le « service minimum » du côté des pays occidentaux. Aucun ministre européen ou américain n’est annoncé. La contestation des résultats et les rapports défavorables des missions d’observation ont embarrassé les chancelleries. Les pays occidentaux seront donc uniquement représentés par leurs ambassadeurs en République démocratique du Congo ».

Colette Braeckman, dans Le Soir, constate que l’ambiance sera très différente de celle de 2006. « Cette année cependant, dans une ville quadrillée par les forces de l’ordre, seuls huit chefs d’Etat africains, feront le voyage et assisteront à la prestation de serment. Désireux de «marquer le coup » face aux irrégularités, les pays européens ne seront représentés que par leurs ambassadeurs accrédités à Kinshasa. Jusqu’en dernière minute, le ministre belge des affaires étrangères envisageait de faire le voyage, attendant, pour se prononcer, le verdict de la Cour Suprême de Justice. Regrettant que la Cour n’ait pas examiné les résultats de la présidentielle «de manière plus approfondie, critique et indépendante » Didier Reynders devait finalement s’aligner sur la position de ses homologues européens. Il aurait été influencé par les positions très critiques des ONG, par la prudence des diplomates à Bruxelles mais aussi par le « couple » Sarkozy Merkel, qui aurait transmis le message via Herman Van Rompuy. On sait en effet qu’en France, Alain Juppé se montre, depuis le début, très critique à l’égard de la situation à Kinshasa, la jugeant « explosive» et adjurant toutes les parties de s’abstenir de recourir à la violence. Il faut relever aussi que s’il était venu à Kinshasa, Alain Juppé aurait, cette fois, été obligé de saluer le président rwandais Paul Kagame qu’il avait évité de rencontrer à Paris… Même s’il envisage de se rendre à Kinshasa lorsque sera connu le résultat des élections législatives, (en espérant qu’il y aura moins de cafouillages) l’abstention de Didier Reynders est regrettée par les hommes d’affaires belges à Kinshasa. Ils redoutent d’éventuelles mesures de rétorsion et surtout une emprise accrue des «nouveaux amis » du Congo, dont les Chinois, dont une importante délégation se trouve en ce moment dans le pays ».

Manifestations en Belgique

RDC-élections : la Belgique dans le collimateur

(Jean Bigambo | JamboNews | 19 12 11)

« Le Congo aux congolais ! » – scandent-ils alors. Les manifestants étaient venus, ce samedi 17 décembre, en grand nombre (évalué à plus d’un millier, chiffre dépassant celui des manifestations précédentes). Des quatre coins de la Belgique et de l’Europe, c’est dans le calme qu’ils sont venus manifester sur la petite ceinture, entre Porte de Namur et Arts-loi.

La Marche, commencée vers 14h30, à Matonge, allait bien au-delà d’une simple contestation du président dont la réélection a été confirmée, le 16 décembre par la Cour Suprême kinoise : Joseph Kabila. Outre le fait qu’il y a eu fraude massive et que ce dernier soit taxé de « rwandais », Kabila a toujours refusé la double nationalité à sa diaspora, empêchant celle-ci de pouvoir voter de l’extérieur. Que la majorité se serait probablement prononcée pour l’opposant Etienne Tshisekedi, qui, lui, promettait le droit de vote des expatriés. L’enjeu était là, aussi.

L’autre surprise (bien que visible depuis la semaine passée) ce sont ces protestataires, de plus en plus nombreux d’ailleurs, brandissant les drapeaux jaunes du Vlaamse Leeuw (« le Lion des Flandres »), aujourd’hui associé au confédéralisme soutenu par le parti majoritaire : la NV-A de Bart de Wever. « Quoi ? » – Me dites-vous. « C’est insensé ! » Non. Il a même fallu un sacré temps avant de faire la connexion et croire, enfin, ce que les yeux me laissaient voir : des congolais pro-NV-A. Il doit y avoir erreur. Demandent-ils l’indépendance de la RDC… ou de la Belgique ? Deux protagonistes témoignent à la chaîne flamande, VRT : « tout congolais doit voter pour la NV-A ! » Son camarade l’appuie : « la NV-A ! Parce que la NV-A c’est le changement ». Dès lors on comprend ce ressentiment, surprenant et sans équivoque. Nous y reviendrons.

De la manifestation, tout se passait bien. Mais c’est à 15h50 précise, à l’intersection avec la rue Belliard, devant la banque BNP Parisbas, que le premier accrochage a eu lieu. A savoir que la police a décidé de faire un mur à cet endroit stratégique, pour empêcher que les manifestants venus de la Porte de Namur n’aillent plus loin, c’est-à-dire vers le rond-point Schuman. Mais derrière le mur de policiers casqués et armés de matraques, c’était d’autres manifestants, venus d’Arts-Loi cette fois, qui venaient joindre l’autre foule stoppée dans son élan et encerclée par les forces de l’ordre. Des chevaux, une auto-pompe et un hélicoptère sont venus envelopper davantage ce qui semblait sur le point de dégénérer en un affrontement direct, à nouveau. La tension était palpable. Les plus sages ont compris qu’il fallait quitter les lieux au plus vite. D’autres, majoritaires et souvent plus jeunes, comptaient rester, de pied ferme, quitte à affronter les policiers.

C’est alors qu’un groupe se voit refuser le passage, à travers le mur des corps policiers, que la bagarre est déclenchée et le signal donné. Les jeunes viennent à l’assaut. On lance des bouts de bois, des Vuvuzelas en direction du mur. La police ne cède pas. Les manifestants, dans le noyau, se contractent. Ceux se tenant à la périphérie, beaucoup préfèrent fuir – comme retournant au front : le quartier Matonge. Il fait déjà nuit, on aperçoit le phare de l’hélicoptère en train de cibler les casseurs, à mesure qu’ils sont repoussés par-delà la rue Belliard et l’Avenue des Arts. Des coups détonent. Ce n’est pas des balles, mais des pierres lancées aux vitres des voitures parquées, ainsi qu’aux entrées (blindées) des buildings de l’avenue. Des premiers, beaucoup voleront en éclat. Les dégâts sont importants.

Les manifestants, ceux venus protester pacifiquement, prennent peur de ces jeunes cachés parmi eux qui commettent des actes de vandalisme et dont beaucoup sont déjà connus des services de police et membres de bandes urbaines. En effet, les débris de vitre et de pierres : c’est sur les Marcheurs qu’ils atterrissent. A hauteur de la rue Montoyer, certains manifestants n’hésitent pas à arrêter des automobilistes. Ces derniers prennent peur, en particulier de ceux qui se promènent pierres dans la main. Dès lors, personne n’ose klaxonner. RTL info précise mes dires, notamment que : « La police a procédé à 83 arrestations. 14 personnes ont été arrêtées pour vandalisme et 69 pour troubles à l’ordre public. Des dizaines de vitres ont été brisées rue Belliard et des voitures ont été endommagées »

Parmi la foule : d’autres se voient jouer les policiers. J’assiste alors à une véritable transfiguration. En effet, des “vrais”, une grande partie a été appelée en renfort soit en aval : là où la bagarre a commencée ; soit en amont : Porte de Namur. Du coup, entre ces deux points : c’est le chaos.

16h30 : Matonge est prise d’assaut. L’hélicoptère continue à tournoyer. On brûle des poubelles, des poutres sont jetées sur les vitres des magasins. Les policiers usent de matraques et sprays au poivre. Les fauteurs de troubles font fuir les passants et agressent des journalistes dits « francophones ». Et c’est là que j’imagine, moi : reporter francophone d’origine rwandaise, au milieu de ce déchaînement…Je traverse aussitôt le Boulevard de Waterloo, pour me faufiler dans la bouche du métro – celle qui fait face à Matonge. Là-dedans, je vois que la police est présente. Elle veille. Plutôt, elle (me) rassure. Mais malgré leur présence, même dans le tunnel – qui mène vers la Gare du Midi : les passagers blancs sont tout aussi inquiets dans le métro. Un vuvuzela retentit. Et c’est la panique à bord! Une dame âgée assise en face témoigne : « j’ai eu la peur de ma vie ! Mais pourquoi ne vont-ils pas faire ça chez eux ? – nous autres avons rien à voir. Qu’ils s’en prennent à Mobutu, pas à nous ! ». Deux Magrébins dans la trentaine, à ma droite, soupirent tout en me regardant droit dans les yeux, avant de répondre à la dame : « la Belgique est trop riche madame, vous avez trop pillé le Congo… et Mobutu, il y a longtemps qu’il est mort…». La dame se tait. Elle sort au prochain arrêt. Quant à moi je descend à Midi.

Plus tard la télévision flamande, VRT, dira qu’aux environs de 20h00 : la situation semblait sous contrôle, que la pluie a métaphoriquement « refroidi » les échauffourées.

Au lendemain, la RTBF écrit qu’ : « Au total, la police a procédé à 144 interpellations, dont 21 arrestations judiciaires. Parmi ces dernières, trois personnes ont été arrêtées parce qu’elles ont jeté sur les chevaux de la police des poubelles et des tessons de bouteille (…) le bourgmestre d’Ixelles Willy Decourty (PS) a déclaré à la RTBF qu’aucune manifestation de la sorte ne serait plus autorisée ni tolérée ». Le journal de 19h30, toujours la même chaîne, ajoutera que nombreux magasins ont été pillés et une voiture retournée.

Rappelons que le Ministre belge des Affaires Etrangères, Didier Reynders (MR), est revenu vendredi sur sa décision quant à sa visite officielle en RDC en vue de saluer le vainqueur des élections présidentielles, Joseph Kabila. Elle sera repoussée. Quant à l’élection, le Ministre dira que « malgré les irrégularités, ça ne semble pas remettre en cause l’ordre d’arrivée des candidats ». Par ces propos, c’est une majorité de la diaspora qui se sent exclue du débat – parce que non reconnue, nulle part. Dès ce moment là, il n’est pas étonnant de voir des congolais anti-Kabila brandir des drapeaux du Vlaamse Leeuw. Notamment qu’il y a trahison des élites francophones. Une jeune manifestante présente samedi, Tracy Bibo-Tansia, témoignera à la chaîne flamande VRT, en néerlandais, qu’elle était venue, elle, ensemble avec des frères et sœurs, demander la libération du Congo : « que nous puissions choisir nous même qui doivent être nos leaders ».

La statue du roi Léopold II de la place du Trône en aura été témoin, samedi après-midi. L’ironie de l’Histoire ! N’est-ce pas ce même roi qui, autrefois, coupait les mains des congolais pour non-obéissance au régime colonial et brutal, que les indigènes surnommaient Mbula Matari (« le casseur de pierres ») ? Samedi, n’était-ce pas les mains des descendants de celles sacrifiées qui se révoltaient– en brandissant des panneaux et en se transformant en « casseurs de pierres » – sur la terre de l’ex-colonisateur ? Notamment qu’ils protestent une décolonisation jamais achevée, une promesse jamais tenue.

Pourtant ici, il ne s’agit point d’une fracture coloniale, c’est-à-dire liée à un phénomène historique et “extérieure”, mais sociale, quand on voit justement le nombre élevé de jeunes présents – nés dans les années 80-90, souvent en Belgique – et qui menaient la danse. La ministre de l’intérieur, Joëlle Milquet (CDH), dira dans le jt de 19h30, dimanche, qu’elle condamne ces dérapages, les jugeant “inacceptables”. Mais d’un autre côté, elle peine à voir la réalité cachée derrière ces faits quand elle dit: “on ne peut pas venir importer de manière violente des conflits qui se passent ailleurs”. Certes. Pourtant ces jeunes se soucient moins du sort du Congo que celui de la Belgique. D’ailleurs, du premier, une majorité n’y a même jamais mis les pieds. C’est leur avenir, en Belgique, qu’ils questionnent. Dès lors, ces dérapages doivent être vus dans le contexte local: la précarité dans le domaine de l’emploi, du logement. Bref: des perspectives d’avenir remises en doute, notamment par la crise économique que traverse actuellement le continent européen: ces jeunes savent déjà qu’ils sont (ou seront) les premiers exclus – quand bien même ils voteraient NV-A.

Et pour terminer, l’agence Belga vient de nous apprendre qu’Etienne Tshisekedi, ne s’avoue pas vaincu. Qu’il se proclame toujours « président élu », à savoir, dans ses dires, que « Je vais prêter serment vendredi prochain », à Kinshasa, au stade des martyres.

Décidément, de la socio-politique, en Belgique, comme dans son ex-colonie : rien n’est simple.

Et après ?

RDC : Deux « présidents » dès la semaine prochaine
(Christophe Rigaud – Afrikarabia – 18 12 11)

20 jours après une élection présidentielle émaillée de nombreuses irrégularités, la République démocratique du Congo (RDC) assistera la semaine prochaine à deux « prestations de serment » . Le président officiellement réélu Joseph Kabila sera investi mardi à Kinshasa et son opposant Etienne Tshisekedi, qui conteste les résultats, veut prêter serment vendredi au stade des Martyrs. Le « syndrome ivoirien » -2 « présidents » pour un fauteuil- guette donc la RD Congo.

Dans une longue conférence de presse ce dimanche, le leader de l’UDPS et candidat « officiellement battu », Etienne Tshisekedi, s’est déclaré « Président élu » de la RDC et veut prêter serment vendredi prochain au stade des Martyrs de Kinshasa. Selon les résultats de la Commission électorale (CENI), que la Cour suprême a confirmé vendredi, le président Kabila a été réélu avec 48,95% des voix contre 32,33% à l’opposant Etienne Tshisekedi. Mais depuis la publication des premiers résultats provisoires, l’opposition conteste formellement la réalité des chiffres de la CENI. Selon l’UDPS, le « Président élu de la République » se nomme « Etienne Tshisekedi ». Le parti d’opposition explique que d’après « les procès-verbaux de chaque bureau de vote affichés le jour des élections sur toute l’étendue de la République », le candidat de l’UDPS est arrivé en tête. Un document, de plus de 500 pages, « donne le Président Etienne Tshisekedi gagnant avec 56.2% des vote contre 35,91% pour le président sortant ».

Il faut dire que selon plusieurs missions d’observation internationales, la présidentielle du 28 novembre dernier a été entachée de multiples irrégularités. Les observateurs américains du Centre Carter ont dénoncé « la crédibilité du scrutin », alors que l’archevêque de Kinshasa, a estimé que « les résultats ne sont pas conformes à la réalité ». L’Union européenne, également présente, confirme le « manque de transparence du scrutin » et constate notamment que plusieurs résultats observés par ses équipes sur le terrain « ne correspondent pas » avec ceux de la Commission électorale (CENI). Le président Joseph Kabila, qui doit prêter serment mardi, a rejeté toutes ces accusations. Même s’il a reconnu que des « erreurs » ont été commises durant le scrutin, elles ne sont pas de nature, selon lui, « à remettre en cause la crédibilité » de sa réélection.

Dans ce contexte « explosif » (l’expression est du ministre français des Affaires étrangères), Etienne Tshisekedi a déclaré vouloir « prêter serment vendredi prochain devant le peuple réuni au stade des martyrs » à Kinshasa. La semaine prochaine, la RDC risque de s’enfoncer dans une crise politique durable, qui n’est pas sans rappeler les dernières élections ivoiriennes : deux « présidents » se disputant la victoire. Seule différence inquiétante avec la Côte d’Ivoire, la communauté internationale s’avance plus divisée que jamais. Les occidentaux hésitent à intervenir dans un scrutin qu’ils ont laissé volontairement (mal) organiser aux Congolais et les voisins africains se contenteraient bien d’une réélection « sans vague » de Joseph Kabila… et tant pis pour les irrégularités du processus électoral. Pour l’instant « la rue » congolaise est calme, mais la semaine qui arrive s’annonce décisive pour l’avenir du processus électoral en cours, le cycle d’élections devant se poursuivre jusqu’en 2013.

RD Congo : une imposture électorale
(Boniface Musavuli – TogoForum- 18 12 11)

La République démocratique du Congo vient de livrer ce qu’il y a de pire en matière électorale : un président proclamé vainqueur par une Commission nationale dite « indépendante », mais qui en réalité n’est que l’antichambre de la présidence de la république, un opposant qui se proclame « Président élu » et une communauté internationale désorientée par l’ampleur des fraudes et l’impossibilité de vérifier les revendications d’un camp contre l’autre.

Une élection par ailleurs émaillée de violences et qui renvoie sur la face du monde l’image d’un pays incapable de faire les choses proprement, emportant les clichés les plus éculés d’un pays de magouilleurs, incapables de se transcender et prêts à tout pour se maintenir au pouvoir. Les Congolais, à l’étranger comme au pays, vivent ce spectacle avec écœurement. C’est plus qu’une épreuve, c’est une humiliation de plus pour une nation dont le cours de l’histoire ressemble à une succession d’étapes dans la descente aux enfers.

Cette issue tragique était pourtant prévisible. Les partis d’opposition et plusieurs ONG avaient, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme en dénonçant une organisation logistique particulièrement calamiteuse qui ne pouvait mener qu’à ce spectacle de pure honte. Le matériel devait être livré de l’étranger…. De plusieurs pays étrangers sur trois continents (Afrique du Sud, Europe, Asie ! des complications que personne ne sait vraiment justifier…). Et à moins d’une semaine du scrutin, ce matériel n’était toujours pas sur le terrain. Mais si on laisse de côté les questions d’ordre logistique, on découvre tout de suite le nœud du problème. La volonté politique, ou, pour être plus précis, la mauvaise foi des responsables politiques actuellement au pouvoir. Ils donnent l’impression d’avoir sciemment laissé prospérer le pourrissement et le chaos.

Tout avait commencé en janvier 2011 lorsque les députés et sénateurs, en majorité sous la botte du Président Kabila, avaient adopté un projet de loi modifiant la Constitution du 18 février 2006 afin de limiter à un tour l’élection du Président de la République. Officiellement, il s’agissait d’éviter un second tour jugé coûteux et facteur du risque d’enlisement post-électoral pouvant déboucher sur un scénario à l’ivoirienne. Officieusement, les fidèles du Président sortant avaient misé sur une opposition hétéroclite et incapable de former un front uni contre Joseph Kabila. La majorité présidentielle avait même encouragé l’émiettement de l’opposition. On dira, c’est de bonne guerre !

Mais au fil de la campagne, une figure de l’opposition s’est imposée en la personne d’Etienne Tshisekedi, opposant historique aux dictatures de Mobutu, de Laurent Kabila et au régime imposé au peuple congolais de Joseph Kabila. La candidature de Vital Kamerhé, ancien proche de Laurent Kabila et de Joseph Kabila avait rapidement perdu en crédibilité pour assurer la rupture qu’il se proposait d’incarner. Celle de Léon Kengo wa Dondo, ancien bras droit du défunt dictateur Mobutu, a pâti d’une campagne poussive et est apparue comme une candidature de pur témoignage. Finalement, Etienne Tshisekedi est apparu comme le redoutable adversaire qui n’avait même pas besoin d’un front uni de l’opposition pour venir à bout du régime de Joseph Kabila. Sauf que ce dernier avait un dernier tour dans son sac.

Il pouvait compter sur la Commission nationale indépendante, la CNI. C’est un organe institutionnel qui, aux termes de l’article 211 de la Constitution, appuie le processus de démocratisation du pays en assurant la régularité des scrutins électoraux et référendaires. Dans la réalité, la CENI est un outil de maquillage des résultats électoraux dans le but de légitimer le régime de Joseph Kabila. Ce dernier y a nommé comme Président un certain Pasteur Daniel Ngoy Mulunda, un « copain », co-fondateur du parti au pouvoir. Tout le monde s’accorde à dire qu’il reçoit ses ordres directement de la présidence de la République. Dans les conditions aussi délétères, il aurait été naïf de s’attendre à des élections transparentes et la meilleure attitude, pour l’opposition aurait été de boycotter le scrutin. A la limite, y prendre part mais en brandissant sérieusement la menace d’un boycott, à tout moment, en cas de dysfonctionnement significatif.

La confiance de l’opposition a donc été trahie, comme ce fut déjà le cas lors des élections de 2006 qui avaient consacré la victoire de Joseph Kabila contre Jean-Pierre Bemba. Ce dernier avait été rapidement écarté du jeu politique, accusé de crimes de guerre, dans un pays où la moitié de la classe politique, le Président inclus, a du sang sur les mains. Jean-Pierre Bemba croupit actuellement, à La Haye, dans une prison de la Cour Pénale Internationale, CPI, cette juridiction qui ne s’en prend qu’aux Africains vaincus afin d’assurer aux Présidents imposés l’exercice du pouvoir sans opposition de taille.

L’entrée en fonction de Joseph Kabila avait déclenché des affrontements armés et laissé plus de deux cent cadavres dans les rues de Kinshasa. Le dernier coup d’Etat au Congo, celui de Mobutu en 1965 et les multiples tentatives de coup d’Etat – réunis – n’ont jamais causé la mort d’autant de Congolais dans la capitale. Comment, dans ces conditions, peut-on justifier moralement qu’une accession « démocratique » au pouvoir soit l’occasion de boucheries aussi épouvantables ? Etre honnête avec les Congolais, c’est leur dire, ce qu’ils savent déjà, qu’ils n’ont pas affaire à un régime démocratique mais bien à un régime de gangsters, des seigneurs de guerre prêts à déchaîner à tout moment leur folie meurtrière sur la population comme ils ont pu le faire durant les deux guerres du Congo causant la mort de six millions de Congolais, principalement dans les régions de l’Est. Et les populations du Bas-Congo, dans l’ouest du pays, ont pu s’en rendre compte lorsqu’elles ont osé manifester leur mécontentement contre le régime de Joseph Kabila. Une répression d’une violence inouïe s’était abattue sur cette province, en particulier contre les partisans du mouvement politico-culturel de Bundu dia Congo. Le bilan fut terrible ! Plus de mille morts[1] dans l’indifférence de la communauté internationale. Les masques étaient tombés et avec eux, le maquillage démocratique d’un régime de brutes sanguinaires. Quoi de plus précieux qu’une nouvelle élection pour essayer désespérément de redorer cette image dégradée !

Ce que les élections de 2006 et celles de 2011 ont de commun, c’est qu’elles ont été organisées dans le seul but de broder un habillage de légitimité démocratique à la présidence de Joseph Kabila, dont tout le monde sait qu’il ne rend pas compte au peuple congolais mais bien au régime rwandais de Paul Kagamé et à certains milieux occidentaux impliqués dans le pillage des ressources du Congo. Aller voter dans les conditions pareilles, c’est prendre part à une mascarade. D’autant plus que les promesses électorales de 2006, les fameux cinq chantiers, n’ont connu que des esquisses de chantiers dont certains ont vite été abandonnés. Les Congolais, puisque dans tous les cas, le peuple voit juste, ont rapidement enterré les cinq chantiers dans le cimetière déjà plein des mensonges politiques en les qualifiant de « cinq chansons ».

Le régime de Joseph Kabila va donc triompher de ces élections comme un boxeur qui fanfaronne après avoir bourré de coups un adversaire menotté pour assurer au matamore une victoire sans gloire. En réalité, le changement en République démocratique du Congo ne viendra pas des urnes. Voter dans un système non démocratique, c’est perdre son temps. Le dictateur organise les élections pour lui-même. Le changement au Congo viendra de quelque chose qui ressemble à ce qui s’est passé en Tunisie. Il faut rappeler que le dictateur tunisien Ben Ali avait remporté en octobre 2009 l’élection présidentielle avec 89 % de voix. L’agenda et le résultat électoral relevaient de convenances du dictateur. Mais lorsqu’en décembre 2010 le peuple tunisien a décidé de fixer son propre agenda et d’imposer sa volonté, il n’avait même pas besoin d’attendre la fin du mandat de Ben Ali.

En République démocratique du Congo, les conditions d’un sursaut de dignité de nature comparable sont réunies. Un régime de prédateurs incapables au sommet, une administration gangrenée par la corruption, une insécurité chronique alimentée directement ou indirectement par les autorités, des promesses électorales non tenues, des électeurs floués, des richesses du pays toujours livrées au pillage pendant que la misère accable des Congolais à peine capables de se procurer un semblant de repas par jour. Les salaires sont risibles (50$ par mois pour un fonctionnaire) lorsqu’ils sont payés. Les enseignants sont à la charge des parents. Certains parents, dans une région comme le Kivu sont des déplacés de guerre, dont des femmes qui doivent se frayer le chemin pour aller cultiver leurs champs et ramener de quoi nourrir leurs famille. Nombreuses se font violer en route par des bandes armées et même les soldats de l’armée de Kabila.

Les casques bleus déployés au Congo jouent les parfaits tire-au-flanc passant l’essentiel de leur temps à attendre le versement de leurs salaires qu’ils s’empressent de renvoyer à leurs familles (Inde, Pakistan, Bangladesh,…). Les femmes congolaises se font violer à quelques centaines de mètres de leurs camps et il n’est pas rare que des massacres de civils se produisent en leur présence sans qu’ils ne réagissent. Lorsqu’ils se rendent dans l’arrière-pays, c’est pour accompagner des journalistes et des diplomates occidentaux afin d’assurer aux « Blancs » les images qui font bonne conscience. Les Congolais, eux, commerçants, paysans ou simple voyageurs, sont livrés à eux-mêmes. Les patrouilles des soldats onusiens payés 1000 dollars par mois (le soldat congolais touche 42 dollars, quand il est payé, et doit racketter la population pour nouer les deux bouts) évitent les zones à risque. Ils préfèrent se cantonner à Kinshasa et dans les grandes villes alors que les Congolais se font massacrer et violer dans l’arrière pays.

La communauté internationale verse plus d’un milliard de dollars par an à la mission des Nations unies au Congo, mais l’essentiel de cette somme ne reste pas au Congo. Les gros salaires étant perçus par le personnel expatrié, les sommes sont renvoyées dans les pays des expatriés et n’apportent rien à l’économie congolaise. Mais les richesses du Congo, elles (cuivre, diamant, or, coltan, cassitérite, étain, pétrole, bois rares,…) quand elles sont arrachées du sol congolais, dans les conditions quasi mafieuses, partent du Congo et ne reviennent d’aucune manière.

Lorsqu’un peuple est maltraité et dépouillé de la sorte ; lorsqu’il a l’espoir de voter et de décider du changement qu’il espère le soulager mais se retrouve devant des urnes pleines de bulletins pré-remplis ; lorsqu’il manifeste son mécontentement mais se fait tirer dessus comme du gibier… il rumine sa colère et sa frustration. Peu importe le temps que ça prendra, mais il se produit toujours l’irréparable.

Néanmoins, pour que ce jour de soulagement arrive et produise les résultats escomptés, les Congolais doivent se montrer d’une grande dignité face à un régime aux abois qui joue désormais la politique du pourrissement. Après avoir corrompu une classe politique dont les élus n’osent même plus retourner dans leurs circonscriptions électorales ; après avoir livré le Kivu aux soldats rwandais qui se déploient dans le Grand Nord au-delà des villes de Butembo et de Beni et qui sèment la terreur ; après avoir armé des voyous à Kinshasa et dévoyé une police nationale qui tire sur des civils et tue dans le silence assourdissant des médias, le régime de Joseph Kabila entraîne les Congolais dans une perspective d’affrontement avec son lot de tueries, dans un pays qui a perdu six millions de ses habitants, la pire saignée humaine subie par aucun autre peuple depuis la seconde guerre mondiale.

La communauté internationale qui est intervenue en Côte d’Ivoire pour chasser un Président accusé de s’accrocher au pouvoir et en Libye pour prévenir les massacres à Benghazi, ne va pas, une fois de plus, se dérober et laisser la violence s’abattre sur un peuple qui a tant souffert.

BICEPHALISME EN RD CONGO : Le pari risqué de Tshisekedi
(Le Pays – 20 12 11)

Etienne Tshisekedi est décidé à ne pas se laisser conter fleurette. Suite à la validation des résultats de la dernière présidentielle par la Cour suprême, donnant Joseph Kabila vainqueur, il s’est autoproclamé président élu et a annoncé son investiture pour le vendredi prochain. Il y a donc, en République démocratique du Congo, deux chefs d’Etat qui comptent chacun prêter serment dans les prochains jours. Décidément, le bicéphalisme au sommet de l’Etat est devenu une maladie postélectorale sous nos tropiques. C’est dans l’air du temps. On aura en effet déjà vu ce cas de figure en Côte d’Ivoire et dans une moindre mesure, au Gabon. C’est une fois de plus la preuve que sous nos cieux, on n’a pas encore intégré le fait que les élections ne suffisent pas à elles seules pour bâtir la paix.

En d’autres termes, il ne suffit pas d’organiser des élections dans un pays. Il est impérieux qu’elles soient sérieuses et honnêtes. A défaut, ces consultations deviennent de simples mises en scène pour paraître, des gouffres financiers pour les pays, du reste condamnés à quémander des milliards de francs nécessaires à leur organisation. Au bout, ce folklore entraîne invariablement la violence. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’élection présidentielle en République démocratique du Congo n’a pas brillé par la qualité de son organisation et la transparence dans les votes et le décompte des voix. Et ce qui devait arriver arriva : les nuages s’amoncellent sur le pays. C’est une veillée d’armes.

En s’autoproclamant élu et en appelant à l’arrestation de Kabila, Tshisekedi fait un pari fort risqué. Dans un pays où on gouverne à la force de la baïonnette depuis de longues années, on imagine aisément que le pouvoir ne ménagera aucun effort pour étouffer la contestation. En tout cas, il y a fort à parier que Kabila ne laissera pas faire son rival. Il faut dire que contrairement à Alassane Ouattara, en Côte d’Ivoire, Tshisekedi n’a pas, du moins officiellement, d’armée à sa disposition pour tenir la dragée haute aux troupes que ne manquera pas de lui opposer son adversaire. Mais le vieil opposant ne s’adosse peut-être pas au vide et a certainement ses soutiens.

La situation est fluctuante et on ne sait jamais avec certitude ce qui peut arriver au sein de la grande muette de ce pays qui connait déjà, comme on le sait, des poches de rébellion contre le pouvoir. Tshisekedi n’a pas été non plus proclamé élu par la Commission électorale et ne bénéficie pas du soutien sans équivoque de l’ensemble de la communauté internationale. S’il est vrai que Kabila a essuyé quelques revers diplomatiques suite à cette élection contestée, en témoigne la décision des autorités de la Belgique, ancienne puissance coloniale de la RD Congo, de ne pas se rendre à son investiture, les condamnations des puissances occidentales ne sont cependant pas fermes.

Au regard des réserves émises par les observateurs étrangers sur la qualité du scrutin, des nombreuses irrégularités qu’ils ont relevées, on ne peut pas dire avec certitude que le vieil opposant congolais est un mauvais perdant. Car, rien ne prouve de façon irréfutable qu’il a vraiment perdu ces élections. Tant que la transparence et la sincérité manquent dans un scrutin, celui-ci accouche de résultats objectivement douteux et porteurs de germes de violence. Il faut dire que le régime Kabila a eu des attitudes qui suscitent le doute quant à sa volonté de réussir des élections apaisées et fiables. On a souvenance qu’il a ramené le scrutin à un seul tour, tirant peut-être exemple de ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, et a refusé la certification des résultats par les Nations unies.

Dans ces conditions, difficile de ne pas penser que le scénario actuel a été savamment concocté par les ténors du régime en place, convaincus que l’essentiel, c’est d’être proclamé vainqueur par les instances électorales, que cela soit légitime ou non. Ce n’est donc pas étonnant que les résultats donnés n’inspirent pas confiance. En tout cas, Tshisekedi est convaincu qu’on lui a volé sa victoire, et compte tenu du fait que la crédibilité de la Commission électorale et de la Cour suprême est sujette à caution, il est difficile de s’attendre à ce que lui et ses partisans se rangent docilement.

Reste à savoir jusqu’où ils sont prêts à aller pour défendre ce qu’ils considèrent comme leur victoire et ce que la communauté internationale compte faire pour apaiser le feu qui couve dans le pays. Si rien n’est fait rapidement et si on reste dans la logique de ce bras de fer, il y a deux cas de figure : soit Kabila arrive à museler les contestataires par les armes, soit la situation lui échappe et tout peut arriver. Toujours est-il que l’on s’attend, hélas une fois de plus, à des lendemains pleins d’incertitudes en RD Congo.

© CongoForum, le mardi 20 décembre 2011

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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