Nouvel An, Aggression à Nkengo, Coupure RFI, Evasion avec 8 morts

02/01/12 REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE LUNDI (CongoForum)
Nous sommes entrés dans le « tunnel » du début janvier où la presse est rare. Cette revue concernera donc avant tout les médias radiodiffusés et les publications sur Internet ainsi que la presse étrangère. Au menu de ce jour : vœux de nouvel an, législatives, agression contre Kengo, coupure de RFI, tentative d’évasion à Bukavu.

Vœux

Le Nouvel An est traditionnellement l’occasion de divers discours de circonstance, dont notamment un message du Chef de l’Etat. Quand deux personnes se prétendent Chef de l’Etat, l’affaire se corse et les messages se multiplient. Dans ses vœux présentés à la Nation, Joseph Kabila a appelé à la « cohésion nationale » alors qu’Etienne Tshisekedi continue à se considérer comme le seul président « élu ». Deux discours, deux leaders : le bras de fer politique est loin d’être réglé en RDC.

Pour cette première allocution, sur les antennes dela Radiotélévision nationale congolaise (RNTC),Joseph Kabila a repris les grands axes de son premier mandat : amélioration des conditions de vie, développement de la croissance, travail pour consolider la paix. «2012 devra s’inscrire dans la consolidation et la continuité de tout ce que nous avons entrepris ensemble. A cet effet, il sera élaborer une feuille de route, avec obligation des résultats et échéances des réalisations bien déterminées, qui servira de base d’évaluation de toutes les institutions de notre pays.» Il a aussi adressé un message à l’opposition : « Ne perdons jamais de vue qu’en démocratie, des échéances électorales sont une occurrence régulière, une occasion de se rassembler davantage et non celle de se diviser en factions hostiles ». Il a assuré que les travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures entrepris sous la devise des « cinq chantiers » seront poursuivis au cours de la nouvelle année.

Loin du palais présidentiel, c’est dans sa simple résidence du quartier de Limete à Kinshasa qu’Etienne Tshisekedi a lui aussi présenté ses vœux. Depuis son bureau, il s’est dit certain de bientôt prendre les commandes du pays : « Ce qui me manque ici, c’est l’imperium, c’est-à-dire la force publique. Ils doivent maintenant être derrière le nouveau chef d’Etat élu par le peuple congolais et je commence à travailler. Il n’y a absolument aucune crise à la tête du Congo, pas du tout. Les choses vont rentrer dans l’ordre et je répète, il n’y a pas de crise à la tête du Congo ».

Etienne Tshisekedi a déclaré qu’il fallait que les forces de sécurité « comprennent que la légitimité a changé de place » en République démocratique du Congo (RDC), dont il s’est proclamé « président élu », rejetant la victoire contestée du chef de l’Etat sortant Joseph Kabila lors de l’élection du 28 novembre dernier. « Il n’y a absolument aucune crise à la tête du Congo, pas du tout! « , a affirmé à la presse le leader de l’UDPS. « Pour gouverner il faut deux choses. D’abord la légitimité, et j’ai déjà cette légitimité de par le peuple congolais. La deuxième chose qu’il me faut, c’est ce qu’on appelle l’imperium, c’est-à-dire la force publique », a-t-il précisé, installé dans son petit bureau. Le « Sphinx de Limete » a souligné qu’il fallait « donner du temps » aux forces de sécurité pour qu’elles « comprennent que la légitimité a changé de place, que ce n’est plus Kabila, c’est Tshisekedi » qui dirige la RDC. « Les choses vont rentrer dans l’ordre. Il n’y a pas de crise à la tête du Congo », a insisté M. Tshisekedi,. (Sources : Radio Okapi, Belga, RTL, RFI)

Même les vœux du Nouvel An deviennent matière à polémique et le signal de RFI a été coupé « jusque mardi » par Kinshasa pour protester contre son traitement de la situation postélectorale dans le pays, où la réélection de Kabila est contestée par Tshisekedi, autoproclamé « président élu ». La coupure a été décidée par le ministre de la Communications et des Médias Lambert Mende. « Une mesure conservatoire a été prise jusque mardi parce que le gouvernement n’a pas du tout apprécié la façon dont RFI essaie de banaliser la pantalonnade anticonstitutionnelle de monsieur Tshisekedi », a déclaré dimanche à l’AFP M. Mende, également porte-parole du gouvernement. Selon M. Mende, le signal de RFI a été coupé suite à un sujet « juxtaposant les vœux de notre président avec les vœux de ce qu’elle appelle l’autre président ». « Il y a comme une volonté délibérée de créer une situation confuse qui peut nous entraîner dans des affrontements entre Congolais, et ça nous n’apprécions pas », a-t-il ajouté. « Je n’ai pas qualité pour prendre une décision définitive, seul le CSAC (Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication) peut le faire », a encore dit le ministre, soulignant qu’un dossier sera déposé à cette instance de régulation des médias « qui va discuter avec RFI et prendre une décision ». Le signal de RFI avait été irrégulièrement coupé avant la « prestation de serment » d’Etienne Tshisekedi prévue le 23 décembre au stade des Martyrs, les autorités lui reprochant d’avoir donné les « itinéraires » du lieu de rendez-vous. Le signal de cette radio est très régulièrement coupé en RDC, en fonction de l’évolution de l’actualité.

Experts

La CENI a suspendu le 21 décembre les opérations de compilation des résultats des législatives en attendant l’arrivé d’une équipe de supervision et d’appui technique international. Pour la CENI, cette mesure a été prise suite aux nombreuses réclamations qui lui parviennent de la part des candidats et organisations politiques ainsi que pour garantir la transparence et la crédibilité de cette élection

Une semaine après, la CENI a décidé, en attendant l’arrivée des experts, la levée de la mesure de suspension afin notamment, selon elle, d’éviter de favoriser des cas de fraude au niveau de la gestion des colis (bulletins, P.V et fiches des résultats) envoyés par les centres locaux de compilation des résultats à Kinshasa, la mission internationale ayant un caractère purement technique.

(n peut bien sûr ergoter sans fin sur ce qui est « technique » et ce qui ne l’est pas ! En fait, l’ensemble d’une élection n’est qu’un ensemble d’actes techniques destiné à recueillir l’avis des électeurs. C’est précisément quand on s’écarte de cette intervention « purement technique » qu’il y a fraude ! NdlR)

Que vont faire exactement les fameux « experts internationaux » envoyés au secours de la CENI pour remettre sur ses rails le dépouillement des législatives ? Les positions à ce sujet s’étalent sur un large éventail, allant de « Rien, ce ne sont que des touristes » à l’espoir qu’ils vont critiquer l’ensemble du processus électoral et chambouler tous les résultats, présidentielle comprise.

D’après XinHua et Radio Okapi, les sénateurs du MLC, parti de Jean Pierre Bemba, ont réclamé un nouveau décompte des voix des élections présidentielle et législatives du 28 novembre dernier, sous la supervision des experts internationaux.

Les sénateurs du MLC ont fait cette demande dans un document publié à l’issue d’une réunion tenue samedi à Kinshasa, sous la présidence de Raymond Ramazani Baya, président du groupe MLC au Sénat, pour notamment passer en revue la situation politique de la RDC et débattre du comportement de leur parti face aux derniers événements qui ont secoué la RDC. Ils se sont félicités de la prise de position de la communauté internationale afin d’appuyer techniquement la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour une plus grande transparence et plus de crédibilité dans le processus électoral en cours .

Les sénateurs ont dénoncé les nombreuses fraudes qui ont caractérisé le déroulement de ces élections, avant de souligner que l’appui de la communauté international va contribuer « à ne pas détourner le choix opéré par le peuple congolais par la voie des urnes ». Ils ont tenu à réaffirmer l’ancrage du MLC dans l’opposition afin d’enlever toute ambigüité dans la démarche de leur parti.

Pour ces parlementaires, ces experts devraient proposer des solutions aux irrégularités et contestations qui auraient émaillé les élections parc-ci, par-là. «Il va falloir qu’ils nous disent exactement, là où le vote a été contesté, leur sentiment et la pays dire s’il est d’accord ou pas», a précisé Ramazani Baya, ajoutant que cette position du MLC n’était pas arrivée en retard. Il a, à cette occasion, réaffirmé «l’encrage du MLC dans l’opposition».

D’autres partis de l’opposition, comme l’UDPS, ont également émis des réserves quant à l’arrivée annoncée de ces experts chargés «de supervision et d’appui technique international», en vue de garantir la transparence et la crédibilité de législatives. La Ceni avait en effet évoqué de «nombreuses réclamations dont elle a été saisie par les candidats et organisations politiques» lors de la compilation des résultats de ces élections. «Qu’est-ce que [ces experts] viennent faire ici ? Ils vont prendre des décisions sur quelle base ? Tous les procès verbaux ont été falsifiés. Ils viennent perdre leur temps pour rien », a déclaré Etienne Tshisekedi. Selon le président de l’UDPS, le président de la CENI a orchestré la falsification des PV. «Ce pasteur peut encore se mettre devant les Congolais et les regarder devants les yeux ? C’est un type qui s’est carrément disqualifié. Il a tout falsifié», souligne Etienne Tshisekedi.

Le sénateur Thomas-Henri Lokondo, président de l’Union congolaise pour la liberté, parti membre de la majorité présidentielle (MP) s’est aussi montré réticent. «L’arrivée des experts britanniques et américains voulue par la Ceni est inopportune. La Ceni dont la démarche semble une sorte d’aveu d’impuissance et d’inexpertise. Au motif qu’elle met à rude épreuve son indépendance consacrée par la constitution», a-t-il affirmé à la presse, mercredi 28 décembre.

Kengo

Le gouvernement congolais a accusé dimanche des partisans de Tshisekedi d’avoir agressé le président du sénat de la République démocratique du Congo la veille à Paris, ajoutant que l’ambassadeur de France avait été convoqué pour des explications. Léon Kengo, 76 ans, « a été agressé en gare du Nord par les bandes de ce qui s’appelle les combattants proches d’Etienne Tshisekedi », a déclaré à l’AFP le porte-parole du gouvernement Lambert Mende, faisant référence aux partisans de l’opposant qui s’est autoproclamé « président élu » de RDC après le scrutin contesté du 28 novembre. Selon les premières informations, M. Kengo « aurait eu des dents arrachées, il a été piétiné, roulé à terre » et a été hospitalisé près de la gare du Nord, dans le nord de Paris. « Nous protestons de la manière la plus ferme contre cette énième agression perpétrée en France au vu et au su des autorités françaises contre des officiels congolais », a expliqué M. Mende, également ministre de la Communication, en qualifiant l’attaque de M. Kengo de « totalement inacceptable ». D’après lui, les agresseurs reprochaient à M. Kengo, leader de l’Union des forces du changement (UFC), arrivé quatrième (4,95%) de la présidentielle remportée par le sortant Joseph Kabila (48,95%), de « n’avoir pas retiré sa candidature aux dernières élections, ce qui n’a pas permis à leur chef (M. Tshisekedi) d’être élu ». « Notre ministre des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de France aujourd’hui (dimanche), même si c’est jour de congé, parce que l’événement est suffisamment grave et préoccupant pour le gouvernement congolais », a dit M. Mende. « Nous considérons qu’il y a trop de complaisance envers ces groupes de malfaiteurs qui sont connus, qui sont fichés, mais qui sont laissés libres de leur mouvement », a-t-il ajouté.

D’après Ouest-France « M. Kengo est arrivé incognito en train depuis Bruxelles à Paris, gare du Nord à 18 h (17 h GMT), où une voiture avec un chauffeur l’attendait. (Le site guinéen GCI intitule même son article à ce sujet, avec quelque ironie « Et pourtant, il voulait passer… incognito ! ») C’est alors qu’il pénétrait dans cette voiture qu’il a été frappé par des hommes pouvant être des compatriotes. La voiture, avec à bord M. Kengo, a pu démarrer, mais a été bloquée dans des embouteillages et à nouveau cernée. La police, appelée, est intervenue pour mettre fin à l’agression. Le chauffeur a indiqué aux policiers qu’il allait conduire son passager blessé, notamment au visage, à l’hôpital Lariboisière, près de la gare, mais il est allé se faire soigner dans un autre hôpital, selon une source proche de l’enquête ».

A Paris, d’après 20 min.fr, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé dimanche l’agression de Léon Kengo wa Dondo, 76 ans, samedi vers 17H00 GMT, ainsi que la convocation de l’ambassadeur de France à Kinshasa. « Nous déplorons l’agression dont a été victime M. Léon Kengo Wa Dondo », a déclaré Bernard Valero, le porte-parole, soulignant que celui-ci « était en France dans le cadre d’un déplacement privé dont les autorités françaises n’avaient pas été informées ». « Les forces de l’ordre lui ont naturellement prêté secours dès que possible et les autorités françaises ont veillé à ce qu il soit admis sans délai dans un hôpital parisien afin de s’y faire soigner », a ajouté M. Valero qui n’a pas donné de précisions sur l’état de santé de la victime. Dimanche, le président du Sénat était toujours hospitalisé. Une enquête est en cours, a ajouté M. Valero, précisant que les autorités congolaises avaient été tenues au courant et que le Quai d’Orsay « restait en contact » avec elles.
« Je crois qu’effectivement il y a de soi-disant représentants de l’opposition (…) qui s’auto-mandatent mais qui en l’occurrence se trompent à la fois de combat et de méthode surtout, parce que ce n’est pas comme cela que l’on fera avancer la démocratie d’une manière générale, au Congo ou ailleurs », a déclaré à l’AFP l’ambassadeur de France à Kinshasa, Luc Hallade, dénonçant des « méthodes de voyous ». « On espère qu’on arrivera à mettre la main sur les auteurs de cette agression et qu’ils pourront être traduits en justice », a ajouté M. Hallade , à qui les autorités ont dit leur souhait « qu’on renforce la protection des (…) diplomates et des missions diplomatiques » en France.

Ces faits ont déclenché une grande poussée de « posts » sur plusieurs sites internet proches de l’opposition. « Les Résistants-Patriotes-Combattants congolais de France l’ont cueilli à 18h10 à la Gare du Nord » à son arrivé « en catimini à Paris » avec le train Thalys en provenance de Bruxelles, indique le site Réveil FM. « Une pluie de coups s’est abattu sur +l’éternel troisième voie+, Kengo wa Dongo serait blessé et aurait perdu quelques dents au passage. Il a été acheminé à l’hôpital Lariboisière, situé 2 rue Ambroise-Paré dans le 10ème arrondissement de Paris, pour des soins », ajoute l’animateur du site, Freddy Mulongo. Le site Congomikili.com a pour sa part mis en ligne des images où l’on voit dans l’obscurité M. Kengo, apparemment blessé, assis à l’arrière d’une voiture noire. « Alors que les Congolais vivent sous les chars soviétiques de l’époque de Brejnev qui encerclent Kinshasa, la capitale congolaise avec ses 12 millions est quadrillée par des mercenaires de Joseph Kabila, Léon Kengo wa Dongo s’est éclipsé pour venir fêter tranquillement à Paris comme si de rien n’était. 2011 se termine mal pour l’opposant de la 25ème heure », ajoute Réveil FM.

(On reste un peu interloqué non seulement par la brutalité de l’acte et par le fait de s’en réjouir, mais aussi devant son illogisme profond. Si les agresseurs sont réellement des partisans de Tshisekedi, ils partagent le point de vue de ce dernier, suivant lequel il a été elu dans les urnes, la victoire de Kabila n’étant qu’une mascarade organisée au niveau de la compilation. Dès lors, Kengo n’y est pour rien. L’accuser d’avoir « amené la défaite de Tshisekedi », c’est supposer que ce dernier a été battu, donc entériner l’élection de JKK ! NdlR)

Cavale

« Tentative d’évasion: 8 morts et près de 50 blessés dans la prison de Bukavu » annonce Radio Okapi.
Huit personnes ont trouvé la mort dans la prison centrale de Bukavu lors d’une tentative d’évasion, ce dimanche 1er janvier vers 9 heures (locales). Quarante-sept autres ont été grièvement blessées. Le calme a été rétabli sur place. Tous les morts étaient des détenus, dont cinq militaires et trois civils, ont précisé des sources concordantes sur place. Les blessés ont été évacués vers des installations sanitaires par le CICR et la croix Rouge/Bukavu. Des détenus auraient engagé la bagarre avec les gardiens avec l’intention de s’évader. La bagarre a dégénérée par la suite. Des coups de feu et des éclatements de grenades ont retenti dans l’enceinte même de la prison pendant une vingtaine des minutes, selon les mêmes sources. Les autorités policières et administratives n’ont pas été joignables pour des précisions sur cet incident.
Cette tentative d’évasion est intervenue seulement un jour après que trois détenus militaires ont réussi à s’évader de la même maison carcérale, samedi 31 décembre vers 13 heures, habillés en soutanes. Un avis de recherche a été lancé contre eux par la division provinciale de la Justice.

Les évasions massives, devenues récurrentes dans les établissements pénitentiaires de la RDC, se terminent généralement par mort d’homme. Selon des sources pénitentiaires, elles sont principalement causées par les conditions de détention précaires et le délabrement des infrastructures.

© CongoForum, le lundi 2 janvier 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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