06/01/12/ Revue de la presse congolaise de ce vendredi

(CongoForum)

Deux sujets principaux occupent la manchette de journaux de Kinshasa. Les experts internationaux sont arrivés, mais il y a des divergences de vue considérables sur leur rôle entre la Majorité et l’Opposition. D’autre part, on recommence à s’intéresser aux nouvelles liées à ce que l’on appelle pudiquement « l’insécurité » dans les régions de l’Est, qui ont été pendant quelques temps occultées par la problématique électorale.

Experts – le problème

Une équipe d’experts électoraux internationaux est arrivé à Kinshasa ce jeudi 5 janvier. Il s’agit des experts des ONG américaines National democratic institute (NDI) et International foundation for electoral systems (IFES).

Selon le vice-président de la Commission électorale nationale indépendante, Jacques Djoli, qui a livré l’information à Radio Okapi, ces experts devraient se réunir avec le bureau de la commission ce vendredi 6 janvier pour étudier les modalités de leur appui.

Evoquant de «nombreuses réclamations dont elle a été saisie par les candidats et organisations politiques», la Ceni avait suspendu la compilation des résultats des législatives jusqu’à l’arrivée des équipes de supervision et d’appui technique international avant de reprendre une semaine après sans l’arrivée des experts.

C’est au sujet du contentieux découlant des résultats des Législatives que la CENI a fini par admettre l’intervention d’experts internationaux. Fort bien. Mais, si sur le papier il est fort simple de tracer une frontière imperméable entre Législatives et Présidentielle, faire de même en pratique est une tâche beaucoup plus difficile.
En effet, corriger des erreurs (peu importe à ce stade de savoir si elles proviennent de la bêtise ou de la fraude) impliquera d’en chercher les cases, et cela revient à dire qu’il faudra examiner le processus électoral dans son ensemble. Or, il n’y a eu qu’un seul processus pour les Législatives et la Présidentielle. Il est difficile de croire que les mêmes électeurs et les mêmes agents de la CENI, agissant dans les mêmes lieux avec le même matériel au même moment aient produit à quelques minutes d’intervalle des présidentielles impeccables et des législatives cafouilleuses.

A partir de là, il y a trois groupes d’exigences contradictoires qui interagissent. Toute la question est de savoir quelle en sera la résultante :

Les experts, en tant que représentants de la « communauté internationale » seront certainement très préoccupés par le souci de ne pas se laisser entraîner à avoir une tâche de certification, ou qui puisse être interprétée comme telle. On a encore en mémoire la crise ivoirienne et personne ne veut jouer le rôle de la France. Et il faut quand même admettre que réussir à dire « ces résultats sont les bons » sans toutefois les certifier est une tâche difficile et qui va demander une bonne des de subtilité.

Une partie des Congolais (qu’il s’agisse de ceux qui réclament simplement la « vérité des urnes » ou de l’UDPS qui estime que la vérité des urnes ne peut être que la victoire de Tshisekedi) espère que cette situation va conduire à réviser les deux élections et s’apprête à faire pression dans ce sens.

Une autre partie (fondamentalement la MP et ses partisans) espère que la tâche des experts sera strictement limitée aux Législatives, que la CENI en gardera le contrôle mais aussi, simultanément, sur l’approbation des experts vaudra, en quelque sorte tacitement, certification.

Experts – la presse

Après évaluation de la situation postélectorale, lors d’une session en décembre dernier, le Bureau national de la Commission des laïcs catholiques (CALCC) et les participants ont fait le constat d’une impasse dans le discours de deux tendances, relève La Prospérité.
Pour l’UDPS, il n’y aura pas d’autre solution que la reconnaissance de la victoire de M. Etienne Tshisekedi à la présidentielle du 28 novembre dernier par M. Joseph Kabila qui doit se démettre.
Pour le PPRD, le parti présidentiel, il n’existe pas de crise, Joseph Kabila a été élu régulièrement tant en reconnaissant des irrégularités.
« Mais, est-il possible de retrouver, à ce jour, les bulletins de vote et les PV affichés le soir du scrutin ? », s’interroge le quotidien qui note que sans ce document la vérité des urnes ne sera jamais connue. Que faire alors pour garantir la paix et la cohésion nationale ?
Le Bureau national du CALCC propose l’organisation d’un second tour de l’élection présidentielle fortement encadré par la Communauté internationale, la démission du bureau de la Ceni, l’annulation des résultats des législatives sur toute la République etc. « Le journal souligne que ces propositions sortent du cadre constitutionnel. A situation exceptionnelle, il faut une solution exceptionnelle », renchérit La Prospérité.

Voilà l’impasse qui a amené L’Avenir à constater que « Les experts internationaux déjà dans nos murs sont devant un dilemme ». L’Avenir note que l’issue du travail des experts britanniques et américains divise les Etats-majors de la Majorité présidentielle et de l’UDPS, principal parti politique de l’opposition non institutionnelle.
Pour l’UDPS, poursuit le journal, la Ceni ne devra pas interférer dans le travail des experts qui devront recompter toutes les voix des scrutins du 28 novembre 2011. Une position que n’accepte pas la Majorité présidentielle qui pense que la Cour suprême de justice agissant comme le juge électoral, rend ses arrêts en premier et dernier ressort. Et le président de la République ayant déjà prêté serment, le recomptage des voix est impossible, conclut la Majorité.

Deux paragraphes, en fin de d’article, abordent la question de la crédibilité de la CENI et celle de la certification. En voici le texte :

« Même si la CENI a semblé banaliser le travail des experts internationaux qui sont déjà dans nos murs, il est tout de même important de rappeler que c’est la Communauté internationale qui a défini leur cahier des charges. Un cahier des charges qui ne devra pas s’éloigner de ce que pensent bon nombre de Congolais.
En effet, au regard des irrégularités qui ont été dénoncées sur la place publique tant par la Mission d’observation de l’Union européenne, le Centre Carter, les partis politiques de l’opposition et de la Majorité présidentielle, que par le Cardinal Laurent Monsengwo, la Communauté internationale a dépêché cette mission d’experts qui devront certifier que les résultats tels que rendus publics par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda ne proviennent pas de la tricherie ou du bourrage d’urnes. C’est un travail de titan qui va exiger non seulement du temps, mais aussi des moyens financiers conséquents.
Pour les Congolais qui ont prouvé leur maturité en participant massivement à ces élections, la mission des experts devra passer en revue toutes les pièces détenues par la CENI et par les partis politiques contestateurs pour affirmer de la compatibilité des résultats. Ce n’est qu’après qu’ils pourront dire si oui ou non les résultats sont conformes aux normes internationales en matière électorale. Peut-être qu’à l’issue de leur mission, ils exigeront l’annulation des scrutins du 28 novembre dernier.
Car en effet, si la CENI n’avait rien à se reprocher, un peu comme elle le dit, la Communauté internationale n’est pas du tout folle ou aveugle pour ne pas voir que les élections se sont bien déroulées. En plus, elle ne pouvait même pas s’hasarder, comme l’a fait savoir l’Union européenne, à revoir son aide financière accordée à la Rd Congo. Derrière l’UE, c’est toute la Communauté internationale qui serait dans l’obligation de rompre tout contact avec la Rd Congo, comme ce fut lors de la tuerie des étudiants à Lubumbashi (Katanga).
Pour preuve, même si la Rd Congo est reprochée pour ne pas avoir publié tous les contrats miniers signés ces derniers temps, le Fonds monétaire international (FMI), par la bouche de sa directrice générale, Christine Lagarde a indiqué que la situation en Rd Congo était préoccupante et qu’elle la suivait de près jour après jour. Il s’agit des positions qui devraient pousser les autorités de la CENI à adopter la transparence comme principe de gestion, si l’on ne veut pas conduire la Rd Congo à se fermer toutes les ressources extérieures dont elle a tant besoin pour son développement.
Qu’on ne se trompe pas. Même si la Rd Congo a financé à 95% les dernières élections présidentielles et législatives, l’apport de la Communauté internationale demeure toujours non négligeable. Et tous les pays qui ont tenté de fermer leurs portes à la Communauté internationale se sont attirés les foudres de tous les partenaires. C’est la raison pour laquelle le travail des experts devra accoucher d’un bon résultat qui sera dans l’intérêt du peuple congolais que de la Communauté internationale. Cela, dans la mesure où la Rd Congo ne peut jamais vivre tout étant renfermé sur elle-même.

L’on ne doit pas se voiler le visage. La CENI doit accepter qu’elle n’a pas bien fait son travail. Sinon, comment expliquer des arrestations et des démissions des membres du CLCR de Gungu, dans la province du Bandundu, qui ont refusé de cautionner cette tricherie à grande échelle ?
La CENI doit être courageuse et accepter qu’elle a mis dans les mauvais draps les candidats déclarés gagnants pendant qu’ils ne l’étaient pas. Un peu comme on l’a dit, son rôle n’est pas seulement de traiter les dossiers d’une manière quelconque et de renvoyer tout le travail à la Haute cour. Elle devrait se comporter en responsable et éviter au pays de tels résultats contestés qui décrédibilisent tout un processus. Elle doit s’assumer devant le peuple Congolais et devant l’histoire.
Dans la conduite du processus, l’on devrait éviter l’arrogance et privilégier l’humilité qui seule élève. Car, si les autorités congolaises avaient refusé que la Monusco ne puisse jouer le rôle de la certification des résultats comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, c’est pratiquement au même résultat auquel on devra arriver. Surtout que ce sont les conclusions des experts qui seront acceptées par la Communauté internationale. S’ils concluent que des irrégularités sont de nature à entacher tous les résultats des scrutins du 28 novembre 2011, la CENI sera-t-elle capable d’assumer sa responsabilité ? »

Le Palmarès s’intéresse aux derniers résultats publiés par la CENI. Ce journal note qu’au Bas-Congo, à l’Equateur et dans les deux Kasaï, l’Opposition, avec l’Udps en tête, reste largement favorite. Mais pour l’ensemble des résultats publiés à ce jour, le Pprd et l’Udps sont au coude à coude. Toutefois, le parti présidentiel conserve encore la tête du hit. Du côté de l’Opposition, l’Udps est en train de surclasser le Mlc.

« Comment sauver la RD Congo ? ». Tel est la question se pose Le Phare. Ce quotidien soutient que la RDC souffre d’une grave crise postélectorale interne, laquelle vient d’avoir pour conséquence de refroidir sa coopération avec les institutions financières internationales, avec en tête le Fonds monétaire international. Celui-ci, souligne Le Phare, pose comme préalable à tout décaissement des fonds en faveur de Kinshasa le respect de l’Etat de droit.
Citant Hermann Cohen, ancien Sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, Le Phare rapporte que selon ce dernier, une des recettes à appliquer en urgence par le chef de l’Etat élu sur fond de forte contestation postélectorale serait de se débarrasser de ses proches collaborateurs actuels, coupables d’actes de corruption dont les échos ont déjà fait le tour de la planète. Il lui faudrait ensuite recréer la confiance avec ses adversaires politiques et les partenaires extérieurs du pays.

Sous le titre « Boshab dit non à l’exclusion », La Prospérité note que faisant un large écho du message « d’ouverture d’esprit traditionnel visant à travailler avec tout Congolais de bonne volonté » que Joseph Kabila avait lancé lors de son discours d’investiture, le secrétaire général du Pprd, Evariste Boshab, n’a pas manqué de reprendre dans ses mots, le credo de l’initiateur de son parti. Dans un long discours tenu le 4 janvier dernier, au cours de la cérémonie d’échange de vœux, M. Boshab a invité ceux qui ont gagné les élections à ne pas procéder à « l’exclusion » des autres.

L’agence catholique de presse DIA rapporte que dans un communiqué datant de jeudi 5 janvier, que l’on peut lire aussi sur le site Mediacongo, la CENCO vient de réagir aux attaques médiatiques dont a été victime le Cardinal Laurent Monsengwo suite à ses récentes déclarations sur les résultats de l’élection présidentielle qu’il avait qualifiés de non conforme à la vérité ni à la justice. En voici le texte.

« La CENCO affectée et indignée des attaques médiatiques à l’endroit du Cardinal Monsengwo »
La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) vient de rendre public à travers son secrétariat un communiqué ce 05 janvier 2012. Réagissant ainsi aux attaques médiatiques dont a été victime son Eminence le Cardinal Laurent MONSEGWO suite à ses ressentes déclarations sur les résultats de l’élection présidentielle qu’il avait qualifiés de non conforme à la vérité ni à la justice.
Dans ce même communiqué, la CENCO se dit affectée et indignée du fait que certains médias, notamment la RTNC qui est une chaîne publique, s’illustrent par des attaques personnelles allant jusqu’aux injures à l’endroit de son Eminence Laurent Cardinal MONSENGWO, Archevêque de Kinshasa.
« Nous estimons que le débat d’idées en démocratie n’autorise pas des attaques personnelles. A l’heure actuelle, les fidèles catholiques de l’archidiocèse de Kinshasa et d’ailleurs sont choqués par cette campagne à l’endroit de leur pasteur », explique le communiqué.
Poursuivant, le communiqué indique que son excellence Monseigneur Nicolas DJOMO, Evêque de Tshumbe et Président de la CENCO vient de saisir à cet effet son excellence Monsieur le premier Ministre Chef du gouvernement lui demandant de prendre des mesures qui s’imposent pour mettre fin à ladite campagne.
Du reste, la CENCO qui reconnait, poursuit le communiqué, le rôle important des médias dans la participation citoyenne en démocratie, les invite à placer au premier plan, dans leurs émissions, la paix et le bien-être de la population congolaise qui nécessitent un ordre juste et concerté ».

Insécurité à l’Est

Le cas des Congolais victimes des morts violentes que l’on ne cesse d’enregistrer à l’Est du pays amène Le Potentiel à plaider pour la formation urgente d’une armée dissuasive.
40 personnes ont été tuées à Shabunda au Sud-Kivu, entre lundi et mardi. 26 autres, dans la même région depuis le début de l’année. Dans le Haut-Katanga, le seigneur de la guerre « Gédéon » a repris du service après s’être évadé de la prison centrale de la Kasapa, à Lubumbashi. Il sème la terreur et la désolation. Encore des morts. Toujours des morts. Du coup, la question sensible de la réforme de l’armée refait surface. Elle est même devenue une urgence face aux défis de la stabilisation des institutions de la République, d’un Etat moderne.
« Il est un fait que des initiatives ont été amorcées dans le contexte de la réforme de l’armée. Il s’agit notamment du brassage, du mixage. La question est celle de savoir à quoi a abouti toutes ces initiatives.
En réalité, il se pose encore de nombreux problèmes pour parler d’une armée nationale et républicaine. Les anciens belligérants, notamment l’ex-RCD, l’ex-CNDP n’ont pas encore intégré complètement les FARDC. Ils disposent de noyaux qui n’affichent point d’enthousiasme à rejoindre de nouveaux postes d’attache, à accepter des permutations. Ils préfèrent rester sur place comme s’ils attendaient un mot d’ordre.
On en dirait autant d’autres groupes armés, les Maï-Maï en l’occurrence, une véritable nébuleuse. Ils opposent de la résistance pour rejoindre les centres de brassage ou de mixage. Les FARDC donnent ainsi l’impression d’être une armée constituée de «groupuscules armés». Ce qui pose un réel problème en tant que corps. D’où ces mouvements de mécontentement observés ci et là.
L’important maintenant, c’est de recadrer cette réforme. De quitter les sentiers sinueux et tortueux du provisoire pour s’engager résolument dans la voie du définitif avec effet durable. Se doter d’une vision qui s’inscrit dans le contexte de grandes réformes à prendre dans les domaines vitaux de la vie nationale. C’est le prix à payer si l’on tient effectivement à se doter d’un Etat de droit, des institutions républicaines, de véritables programmes de développement national.
Aujourd’hui plus qu’hier et mieux que demain, ces énièmes tueries de l’Est interpellent les décideurs congolais sur l’urgence d’une armée républicaine et dissuasive. Quittons, maintenant, le boulevard des vœux pieux ».

© CongoForum, le vendredi 6 janvier 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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