Les députés élus de l’opposition vont-ils renoncer aux mandats légalement acquis, par solidarité avec la Cenco et en application de la consigne de Tshisekedi ?

23 janvier 2012

Actualités

(Digitalcongo.net 23/01/2012)

Devant quel dilemne et même quelle impasse l’Eglise et l’opposant radical Etienne Tshisekedi mettent les deputes élus de l’opposition en les poussant à renoncer à leur mandate electoral bien acquis pour suivre leur capricieux dépit de reniement du scrutin qui n’aurait pas correspondu à leur bon vouloir ?

Etienne Tshisekedi a annoncé le vendredi 20 janvier 2012 ses « premières décisions d’Etat » : prise de possession des bureaux présidentiels au Palais de la Nation, formation du gouvernement la semaine du 22 au 28 janvier 2012, annulation du scrutin législatif du 28 novembre 2011, organisation des nouvelles élections en commençant par le recensement général, etc.

En majorité Tshisekedistes, les candidats députés nationaux de l’Opposition qui ont récupéré à leur compte la sentence de la « débâcle électorale » prononcée par les évêques catholiques à propos des élections du 28 novembre 2011 seront-ils conséquents avec eux-mêmes en considérant comme biens mal acquis les mandats obtenus d’un scrutin législatif « entaché de graves irrégularités qui remettent en question la crédibilité des résultats publiés », pour paraphraser la Cenco ? Vont-ils, surtout, suivre le lider maximo dans sa logique d’annuler les législatives ? La crise politique voulue nationale pourrait faire ses premiers dégâts au sein de l’Opposition pro-Tshisekedi !

Chaque sortie politico-médiatique du président de l’Udps aile Tshisekedi est un événement pour ses ratages retentissants. La dernière en date confirme la règle. Ni le lider maximo, ni son cabinet, avec en tête Albert Moleka, ne se souviennent qu’un certain 23 décembre 2011, à l’occasion de la cérémonie d’investiture du premier en qualité de président de la République, ils ont considéré la résidence de Limete comme le nouveau siège du chef de l’Etat congolais ! Presque un mois après, ils se rendent bien à l’évidence : le siège de l’Institution « Président de la République » n’a jamais été à Limete, mais plutôt à Gombe, au Palais de la Nation. Ceci pour la forme.

Pour le fond, en prêtant son fameux serment non devant la Cour suprême de justice mais devant ses combattants et ses alliés, Etienne Tshisekedi s’est « solennellement » engagé à respecter la Constitution et les lois du pays. Et voilà que, de façon unilatérale – comme en 1992 avec la démonétisation de la coupure de monnaie « Dona Beija » – il annule de sa propre volonté les élections législatives, tout en gardant l’élection présidentielle, pourtant organisées toutes dans le même contexte des temps et des lieux (allo ! Me Jacquemin Shabani), et avertit l’opinion que c’est par ordonnance qu’il va désormais administrer le pays !

En d’autres termes, il dissout le parlement et s’empare des prérogatives du gouvernement définies à l’article 91. Restaurant de ce fait le régime présidentiel à la Mobutu, il nous replonge de plain-pied dans la dictature mobutienne… On devrait dire merci à Mgr Laurent Monsengwo qui l’a proclamé vainqueur de la présidentielle 2011, même si la Cenco, dans son message du 11 janvier dernier, n’a pas franchi le Rubicon.

La majorité va garder les mandats acquis…

En annulant les législatives du 28 novembre passé, Etienne Tshisekedi suscite au sein de son Opposition la première épreuve attendue pour le 26 janvier 2012, date de publication, par la Céni, des résultats provisoires pour les quatre circonscriptions de Kinshasa. Car ce sera le terme de l’annonce des résultats globaux pour toute l’étendue du pays.

Signe annonciateur : jusque-là, on n’a ni vu ni entendu un seul candidat député national tshisekediste, dont l’élection a déjà été annoncée par la Céni, renoncer à son mandat au motif de constat et de dénonciation du « climat chaotique » du déroulement de ces législatives.

Tous ont beau récupérer, à leur compte, le rapport de la Cenco notant « plusieurs défaillances, des cas de tricheries avérées et vraisemblablement planifiées, de nombreux incidents malheureux entraînant mort d’homme, des cafouillages, et, à certains endroits, un climat de terreur entretenu à dessein pour bourrer les urnes », tous ont beau relever le grief selon lequel « Ce qui se passe présentement au niveau de la compilation des résultats des élections législatives est acceptable » et que « C’est une honte pour notre pays », tous ont beau admettre que « le processus électoral a été entaché de graves irrégularités qui remettent en question la crédibilité des résultats publiés », une chose est au moins vraie : personne n’a encore remis en jeu son mandat acquis !

Autrement, les candidats de l’Opposition élus à Mbuji-Mayi, en l’occurrence Félix Tshisekedi, Roger Lumbala et Alexis Mutanda – qui ont contesté l’élection des candidats de la Majorité présidentielle au chef-lieu du Kasaï-Oriental – auraient donné l’exemple en renonçant à leurs mandats, cela dans la logique du recomptage des voix ou de l’organisation d’un nouveau scrutin !

Tshisekedi les met aujourd’hui devant le fait accompli : ou ils gardent les mandats (et de ce fait, ils s’auto-excluent du parti ou du regroupement dont il est le leader), ou ils se soumettent à la « décision d’Etat » annulant les législatives de 2011 (et restent dans la famille), sans cependant la moindre garantie d’exercer une fonction publique quelconque. On peut déjà s’en assurer : la majorité va garder, au nom du peuple, les mandats acquis.

Vous avez dit « Mission prophétique » !

La Cenco pourra alors se consoler de ne pas être seule dans la « trahison ». Car, Etienne Tshisekedi, qui la rejoint, crée un vrai problème. Si, en effet, pour ne pas faire le Brutus, Félix Tshisekedi Tshimbombo va devoir rentrer calmement en Belgique, il n’en sera pas de même pour les autres députés élus tshisekedistes qui, eux, savent qu’ils peuvent être « doublés » par leurs suppléants. Tous savent, surtout, que leurs électeurs n’accepteront jamais de se retrouver sans représentants à l’Assemblée nationale réelle qui, elle, fonctionne avec la garantie du renouvellement de sa composition dans les trois mois à venir.

La sanction, d’ailleurs, pourra être fatale à l’Udps lorsque, de façon inéluctable, viendront les provinciales, les municipales et les locales. Les électeurs finiront bien par se demander ce qu’ils gagnent, en définitive, en élisant des candidats qui, cinq ans durant, ne leur seront d’aucune utilité puisque évoluant, par solidarité avec le lider maximo, dans des institutions provinciales, municipales et locales parallèles.

Point n’est besoin d’avoir une mission prophétique pour appréhender l’impasse qui s’annonce pour l’Opposition « non institutionnelle ». Neuf jours exactement après la publication de son message, la Cenco est bien obligée de se rendre, elle aussi, à l’évidence : l’autoproclamé président de la République Etienne Tshisekedi vient de donner les premiers signaux du retour à la dictature que l’Eglise catholique romaine dit combattre. La prestation du 20 janvier 2012 en est l’illustration.

A quelque chose malheur étant bon, le mérite de cette énième sortie politico-médiatique est de replacer la crise politique, voulue nationale par les professionnels des crises, dans son contexte réel : celle d’une crise interne l’Opposition tshisekediste. Le compte à rebours a déjà commencé. Le 26 janvier 2012, retenons-le, c’est au courant de la semaine programmée par le lider maximo pour l’application de ses « décisions d’Etat » !

A bien observer les choses, la dernière prestation a donc tout d’une diversion pour mettre plutôt en difficulté les candidats de son « Opposition », élus alors députés nationaux pour avoir profité de son aura, pendant qu’il va, lui, se retrouver dans la périphérie de la gestion institutionnelle de l’Etat.

Depuis pratiquement 1982 – année de création de l’Udps – Etienne Tshisekedi wa Mulumba se sert de ses proches pour mettre en difficulté le pouvoir en place. Mais dans la pratique, ce sont ses proches qui se servent de lui comme marchepied pour accéder à des fonctions publiques. Le scenario et la scène restent les mêmes…

Omer Nsongo die Lema

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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