25/04/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE MERCREDI

(CongoForum)

Plusieurs sujets occupent la manchette des journaux parus ce mercredi à Kinshasa, sans que l’on puisse vraiment en mettre un en exergue comme « sujet-vedette ». La formation du gouvernement semble se heurter à quelques difficultés, au sein même de la Majorité. Quelques journaux expriment des inquiétudes quant à la traque de Joseph Kony, leader de la LRA. On signale plusieurs documents intéressant la démocratie et les Droits de l’Homme. L’Assemblée générale de l’Association des provinces de la RDC s’est tenue à Kinshasa.

Primature / Gouvernement

Le Palmarès rapporte que le nombre de vice-premiers ministres dans le futur gouvernement fait grand débat.
(La Chambre 2011 est, beaucoup plus que celle de 2006, fractionnée en partis multiples. Or, la RDC a jusqu’ici « copié » une tradition politique belge, qui est d’accorder à chaque parti de la coalition gouvernementale un titre de vice-premier ministre, qu’il porte en même temps qu’il est titulaire d’un département. Avec un grand nombre de partis, cela risque de devenir extrêmement compliqué et coûteux. NdlR)
Matata Ponyo a beau être technocrate, dit Le Palmarès, il faut que des balises politiques accompagnent son action. Raison pour laquelle Joseph Kabila a choisi de le ceinturer avec un dispositif politique. Cette démarche permet de calmer la rage contenue des politiques gravitant autour de lui. Ceux-ci auraient trouvé dans la nomination de Matata Ponyo une pilule amère à avaler.

Dans le même genre, Africanews annonce plutôt que : « Kabila aurait congédié les chefs de partis ».
A l’en croire, les acteurs politiques ont perdu le sommeil depuis que J. Kabila, déterminé à marquer son règne par la « Révolution de la modernité », a intimé à Matata Ponyo de ne pas embarquer à bord de son navire gouvernemental les présidents fondateurs des partis politiques ainsi que les anciens ministres et mandataires publics. Le même journal révèle que Matata Ponyo est sous pression d’une part des technocrates et de l’autre des politiques. Les premiers envisagent leur entrée en scène quand les seconds risquent gros et craignent d’être jetés aux oubliettes.

Congo News titre « MALAISE A LA MAJORITE : Les recommandés de Kabila boudés par les chefs des partis – Kabila a ses recommandés dans le futur gouvernement » (Les majuscules sont d’origine et les « recomandés » ne sont pas du courier, mais des personnes que JKK voudrait, d’après ce journal, imposer dans le gouvernement. NdlR)
Un gros malaise se fait sentir dans les rangs de la majorité autour de la formation du cabinet Matata. A la base : les instructions deJKK à son Premier ministre quant au profil des futurs ministres. Des sources rapportent que Joseph Kabila a ordonné à Matata de confier les portefeuilles dits techniques qui touchent directement au quotidien des Congolais comme l’éducation, l’enseignement, la santé, l’eau et l’énergie, les infrastructures à des technocrates.
Des noms ont même été recommandés, notamment Maker Mwangu, ancien ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, Makweng Kaput, ancien ministre de la Santé, Fridolin Kashweshi, ancien ministre des ITPR, Raymond Tshibanda, ancien ministre de la Coopération régionale. Ces hommes ont cette particularité qu’ils donnent l’impression de ne pas nourrir d’ambitions politiques et de ne se consacrer qu’à leur tâche. Voilà le profil que JKK attendrait de ses ministres. Un profil qui exclut les bouillants chefs des partis comme Olivier Kamitatu Etsu, José Endundo Bononge, Modeste Bahati Lukwebo, Pierre Lumbi avec lesquels Adolphe Muzito avait eu maille à partir durant tout son règne. Mettez dans le même Adolphe Lumanu Bwana Sefu et Jeannine Mabunda dont Kabila ne voudrait pas entendre parler d’eux pour les dégâts commis sous Gizenga et Muzito. «Le Président Joseph Kabila estime que face à un technocrate comme Matata Ponyo, les chefs des partis risquent de devenir une pesanteur sur l’action du gouvernement. Il n’a pas tort à prendre en compte l’expérience vécue avec Adolphe Muzito, rapporte un député de la majorité qui a discuté de la question avec un bonze kabiliste au plus haut niveau».
Le hic, c’est que la mise à l’écart des chefs des partis risque d’entraîner des frustrations difficiles à gérer par la suite. Certains pensent qu’il faudra leur trouver une compensation. Mais laquelle, pour obtenir leur collaboration, pendant toute la législature ?
A Evariste Boshab de trouver la réponse, lui qu’on voit bien à sa place dans le rôle d’un véritable chef de la majorité. D’autres coupent la poire en deux. Ils acceptent l’exclusion des chefs des partis qui ont participé au gouvernement de 2006 à 2011 mais trouvent que les autres chefs des partis peuvent se prévaloir de ce qu’il faut leur donner la chance de faire leurs preuves. Parmi ce nouveau genre des chefs des partis, il y a Pius Muabilu Mbayo, Venant Tshipasa, Athanase Matenda, Félix Kabange, Joseph Bangakya… Tous ont été reçus chez Matata, la vieille comme la nouvelle garde ses chefs des partis.

Pour une consultation liée à la formation du gouvernement, Matata se limite à poser à peine trois questions à ses hôtes, sur la taille du gouvernement, sur le profil des ministres et sur le programme du Chef de l’Etat. Le temps de noter les réponses, il passe déjà à un autre. C’est tellement mécanique que ceux qui en sortent comprennent aussitôt que le gouvernement se formera ailleurs, à l’abri des influences des chefs des partis. Des chefs des partis s’en plaignent. Ils estiment que ce sont eux qui font le boulot sur terrain pour faire élire Joseph Kabila et lui apporter une majorité. Et quand arrive le moment du partage, ce sont d’autres qui sont récompensés. (La première chose à faire ne serait-elle pas de leur rappeler qu’être ministre ne doit être ni une récompense, ni une manière de s’enrichir, ni même une tâche agréable, mais un service que l’on doit au peuple ? NdlR)

AfricaNews note que l’option prise par Joseph Kabila de donner de hautes responsabilités aux jeunes est salvatrice pour la République. Et ce journal de rappeler que Patrice E. Lumumba avait environ 30 ans quand il s’est battu avec ses collègues pour faire accéder le pays à l’indépendance et en devenir Premier ministre. Mobutu n’avait que 35 ans lorsqu’il accéda à la Magistrature suprême. Des exemples sont légions à travers le monde où l’on voit les esprits jeunes relever les défis les plus compliqués dans leurs pays : David Cameron, Guillaume Soro, Mohamed VI, Barack Obama etc.

Le Potentiel dit qu’ « Avant son départ pour la Primature, Matata présente le bilan 2011 de son action ».
(Il se passe en fait un phénomène assez étrange, consistant en une tendance à disserter déjà sur les nombreuses qualités des ministres hypothétiques d’un gouvernement encore inconnu. Cela s’accompagne de nombreux commentaires sur le seul personnage connu jusqu’ici : Matata Ponyo lui-même. Et, dans ce cas, l’on n’a guère fait preuve d’imagination. Comme on le fait toujours pour un dirigeant étiqueté « technocrate », surtout s’il est économiste, on parle de sa compétence et l’on cite force chiffres. NdlR) « 26 mois d’exercice des fonctions de ministre des Finances, deux rapports annuels pour rendre compte de son action. C’est la marque que laisse Matata Ponyo Mapon, désormais Premier ministre, de son passage au bâtiment vitré de l’avenue Lubefu, écrit Le Potentiel. A ses successeurs de garder le même rythme en rendant compte à la fin de chaque année de l’action entreprise ».
En son absence, c’est son directeur de cabinet, Sele Yalaghuli qui a présenté ce bilan. De l’avis de Sele Yalaghuli, indique Le Potentiel, à ce jour les objectifs du ministre des Finances ont été ont été atteints. « L’un des résultats les plus importants – parce que «vertueux et dynamisant», note le rapport – a été l’atteinte du point d’achèvement le 1er juillet 2010, et dont l’effet immédiat a été l’allègement de la dette extérieure d’un montant de 10,9 milliards USD, sur un stock initial de 13,7 milliards USD. De manière globale, le resserrement judicieux de la politique budgétaire, depuis février 2010, accompagné d’une politique monétaire prudente, a contribué à la stabilité du Franc congolais et à la décélération du taux d’inflation ».

A ce propos, La Prospérité trouve que : Matata Ponyo dresse un bilan positif dans un rapport 2010-2011, présenté par son directeur de cabinet. Ce dernier a révélé les prouesses économiques réalisées sous l’égide du ministre Augustin Matata Ponyo, souligne le journal.

(Tout ceci confirme que Matata, qualifié de « Premier Ministre » a plutôt une tâche de formateur. D’autant plus que derrière la mission de « former un gouvernement », il y a celle de donner une certaine cohérence à la « majorité ». Il faudra y aller délicatement, car JKK et MPM se trouvent devant la nécessité de faire beaucoup de mécontents alors que leur « majorité » est brinquebalante parce que c’est un conglomérat regroupé par les Lois de l’Entrecôte et du Parapluie. Faire des mécontents, c’est courir le risque de voir leur soi-disant « majorité » de 350 députés se réduire à la minorité de 80 environ sur qui ils peuvent vraiment compter. Il faut faire appel à des gens qui seront surtout incolores ou irisés de couleurs opportunément changeantes, mais dont on proclamera qu’ils sont « compétents et intègres » et tout mécontentement passera pour « antipatriotique ». Il se peut aussi qu’à côté des actes publics destinés à amuser la galerie, de vraies tractations aient lieu dans l’ombre. La cause de tout cela demeure que les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. On joue donc une comédie, celle où JKK, « triomphalement réélu » et disposant d’une « large majorité » a nommé facilement et rapidement un PM qui n’aura aucune peine à former vite et bien un gouvernement d’hommes « intègres et compétents ». Evidemment, il y a des moments où la distorsion entre la comédie et la réalité devient vraiment criante ! NdlR)

LRA

Le Phare signale que Barack Obama est décidé à mettre fin à la récréation en mettant la LRA et son chef Joseph Kony hors d’état de nuire.
Selon le président américain, la LRA est devenue un fléau qu’il faut absolument éradiquer. Les massacres des civils, les vols, les pillages des ressources naturelles, les viols des femmes et des jeunes filles, l’enrôlement d’enfants mineurs…sont autant de crimes qu’il refuse de pardonner à Joseph Kony et à son sinistre mouvement rebelle. C’est dans cette optique que les USA vont continuer à déployer des conseillers militaires dans la région de l’Afrique centrale et orientale, afin de prêter main-forte à toutes les forces militaires, notamment celles de l’Union africaine, de l’Ouganda, du Sud-Soudan, de la RCA, de la Monusco etc.
Mais à en croire Le Phare, l’activisme américain contre la LRA serait dicté par des enjeux cachés. « En observant de près la cartographie du Nord de la RDC, l’on est tenté de penser qu’il y aurait comme un « front commun » international visant à sécuriser le champ pétrolier du Lac Albert ».
Le Phare souhaiterait voir les USA s’associer à l’armée congolaise et à la Monusco en vue de déloger définitivement les FDLR des positions fortifiées qu’elles occupent depuis deux décennies au Kivu.

Le Potentiel titre « 10. 000 hommes mobilisés contre la LRA, La forte militarisation de la région inquiète ».
Il rapporte que malgré tout le dispositif déployé dans la région pour contrer les rebelles de l’armée de résistance du seigneur (LRA), Joseph Kony, son leader, a gardé toute sa capacité de nuisance. Des armées de la RDC, de la RCA, du Soudan du Sud et de l’Ouganda poursuit le confrère, sont aux côtés d’autres troupes étrangères actives sur le terrain pour la même cause. Cette forte militarisation de la région n’inspire pas confiance au Potentiel qui trouve qu’il risque à la longue de se retourner contre les efforts de stabilisation de la partie Nord-est de la RDC.

Provinces

L’Avenir signale la tenue à l’hôtel Sultani, mardi 24 avril 2012, de l’Assemblée générale de l’association des provinces de la RDC conformément à l’article 199 de la Constitution de 2006 telle que modifiée à ce jour, qui prévoit que des provinces ont la latitude de coopérer, de s’organiser en association. Les gouverneurs entendent à la faveur de cette rencontre enclencher une dynamique dans le cadre de la décentralisation pour la coopération entre les 11 provinces.

Démocratie et droits de l’Homme

Radio Okapi a procédé sur son site a un de ses « mini-sondages », dont voici la question et les réponses :
« Il y a 22 ans le président du Zaïre (actuelle RDC) Mobutu Sese Seko lançait le processus de démocratisation, restaurant le multipartisme. Selon vous:

Beaucoup reste à faire (43%, 409 Votes)
Le pays a régressé dans son cheminement vers la démocratie (42%, 404 Votes)
Le pays a fait des progrès dans l’instauration de la démocratie (15%, 139 Votes)
Votes au total: 952

La Prospérité titre « Déficit démocratique, transparence… JED interpelle Matata Ponyo ! » Ce quotidien note que JED attire l’attention du premier ministre, au moment où il s’emploie à formaliser la mise en place de l’équipe gouvernementale, sur la responsabilité qui lui incombe de poser un diagnostic exact et sans complaisance des maux dont souffre la RDC au sortir d’un processus électoral qui l’a plongée dans une profonde crise.
JED voudrait surtout que Matata Ponyo prenne l’engagement solennel de redorer l’image démocratique du pays ternie par des atteintes souvent graves et répétées aux droits de l’homme, parmi lesquels la liberté de presse, corollaire du droit à la liberté d’expression, et du droit à la liberté d’information.
JED rappelle, par ailleurs, que le respect des droits de l’homme est un aspect essentiel de la bonne gouvernance, critère fondamental par lequel tous les gouvernements du monde sont jugés. En outre, JED demande au Chef du Gouvernement d’inscrire, comme priorité de son programme, un projet de loi sur la transparence qui obligerait les mandataires publics, à tous les niveaux, de rendre compte au peuple, en laissant les journalistes accéder librement aux sources d’informations officielles.

Le Potentiel rend également compte de cette démarche de JED, en des termes pratiquement identiques.

La RDC a connu « des faibles avancées démocratiques » au cours de la dernière législature, selon l’Asadho, repris par Radio Okapi.

Dans son rapport publié, mardi 24 avril, l’Association africaine de défense des droits de l’homme (Asadho) indique que la RDC a connu « des faibles avancées démocratiques » entre 2006 et 2011. Dans ce document intitulé « La démocratie sur papier, le peuple n’en veut plus », l’ONG affirme avoir examiné les actes du président de la République, du Parlement, du gouvernement, des cours et tribunaux, des institutions provinciales ainsi que ceux des partis politiques au cours de la dernière législature. L’ONG a aussi analysé:

la manière dont les institutions issues des élections de 2006 ont contribué à l’avènement d’un Etat de droit
le respect de la constitution et des lois par les institutions
la situation des droits de l’homme
la lutte contre l’impunité
la culture démocratique
L’Asadho reproche au chef de l’Etat « un grand écart entre le discours et les actes posés au jour le jour ». Elle accuse l’Assemblée nationale et le Sénat d’avoir été « complaisants, voire très complaisants à l’égard du gouvernement ».
Malgré la construction des routes, des écoles et des hôpitaux, le gouvernement est considéré comme un mauvais élève à cause de son faible engagement pour la bonne gouvernance et la transparence et pour la lutte contre les violations des droits de l’homme. Il lui est aussi reproché de n’avoir pas appliqué les recommandations du Parlement.
Le rapport de l’Asadho n’épargne pas non plus les partis politiques tant de la majorité que de l’opposition. Le document épingle leur faible culture démocratique.
L’ONG invite les uns et les autres à se remettre en cause pour bâtir un Etat de droit.

© CongoForum, le mercredi 25 avril 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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