03/05/12 / REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE JEUDI

(CongoForum)

L’actualité à Kinshasa reste dominée par les deux mêmes sujets : l’investiture du gouvernement Matata qui s’apprête à déposer son programme à l’Assemblée nationale et la situation créée à l’Est par Bosco Ntaganda. Il faut toutefois rappeler que, quant au fond, la situation reste la même. Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. Tout événement politique congolais doit donc être lu en fonction de ce processus.

Gouvernement

« Matata : première épreuve de feu devant les Députés », titre La Prospérité sur l’investiture du gouvernement Matata à l’Assemblée nationale prévue le 5 samedi.
En effet, sauf imprévu, c’est ce samedi 5 mai que sera investi le gouvernement Matata. C’est dans cette perspective que le Premier ministre Augustin Matata Ponyo préside, ce jeudi 3 mai 2012, le tout premier conseil des ministres. Outre la prise de contact, les membres du gouvernement vont débattre du projet de programme à soumettre à l’appréciation des élus du peuple. Si ce programme est adopté, il est certain que la remise et reprise entre Louis Kayagialo et Matata Ponyo interviendra le lundi 7 mai.
(Cette information mérite d’être lue avec attention parce qu’elle laisse percer, sous des phrases apparemment anodines, toute l’anomalie de la situation. Qu’est-ce, en effet, que la formation d’un gouvernement ? C’est, en principe, la concertation entre les responsables de partis avec lesquels le PM en puissance croit pouvoir former une coalition. Cette coalition élabore un programme susceptible de faire l’accord de ces partis, puis on nomme les ministres. On nous parle du contraire : on a nommé un PM, puis des ministres, et l’on va élaborer maintenant un programme ! Pourquoi ? Apparemment, parce que cela se fait… Quand on demande l’investiture de la Chambre, on lui présente un programme.
Certes, comme à part un représentant du parti de Kamerhe et un autre de celui de F. Muamba, il n’y a que des membres de la MP, le programme est censé être tout trouvé. Seulement, ni la Majorité, ni l’opposition n’ont de programme. Les uns veulent le maintien de JKK, les autres son départ, et c’est tout. Our le reste, on débitera quelques phrases creuses… Une chose est claire : les cinq mois écoulés n’ont pas servi à élaborer un programme et une coalition. Ils ont servi à donner un semblant de cohérence au conglomérat composite groupés derrière JKK par les lois combinées de l’Entrecôte et du Parapluie. Le vote de la Chambre permettra de savoir dans quelle mesure ce replâtrage a réussi. NdlR)

Dans son éditorial, L’Observateur revient aussi sur le gouvernement: « Gouvernement Matata 1, du sérieux … sinon ».
Ce quotidien note que ce gouvernement de technocrates a la charge de relever l’économie et d’améliorer le social du congolais. Et ce, malgré les critiques dans l’opinion, sur son absence d’ouverture vers l’opposition processus enclenché lors de la formation du bureau de l’Assemblée nationale.

L’Avenir trouve dans le « Face-à-face Matata – députés nationaux : un deuxième test pour la MP… ».
Il prédit que « ce baptême du feu pour le Premier ministre et son équipe ne se passera pas sans altercations ». Mais, écrit le journal, ce sera une occasion pour la grande famille de la Majorité présidentielle de prouver une fois de plus qu’elle est soudée et cohérente. « Mise à l’épreuve, la MP et tous ceux qui défendent Joseph Kabila et la nation congolaise devront ici faire preuve de nationalisme et de solidarité pour donner la chance à leur gouvernement, sinon ils démoliront ce qu’ils doivent pourtant échafauder ». (La présentation des faits est bien sûr fortement colorée par le fait que c’est un journal résolument « joséphiste », mais c’est une description très proche de la réalité : on va savoir enfin quelle est exactement l’importance de la majorité appuyant le coup d’Etat et quelle est sa cohérence. NdlR)

Cela apparaît aussi dans Le Palmarès, qui fait état d’une « Crise entre certains nouveaux ministres et leurs partis ». Trois cas de flagrance font beaucoup jaser au sein de la Majorité parlementaire et mettent pratiquement quelques partis sur le pied de guerre. Des personnalités ont été reconduites ou désignées ministres à l’insu de leurs partis respectifs. Selon le confrère, les partis lésés menacent d’exclure les nouveaux électrons libres. Si la menace est exécutée, la crédibilité de l’équipe Matata prendra un sacré coup.

Le gouvernement de Matata Ponyo est une équipe de technocrates qui va imposer l’austérité. C’est ce qu’a déclaré, mercredi 2 mai au cours d’une conférence de presse, le vice-président du groupe parlementaire Union pour la démocratie et le progrès social/Forces acquises au changement (UDPS/FAC), d’après Radio Okapi.
Pour Roger Lumbala, le Premier ministre a fait le choix des technocrates issus du FMI qui prépareraient une politique économique d’austérité. « Ils viennent pour faire souffrir le peuple congolais qui va mourir de faim », estime-t-il. Il reproche aussi à Matata Ponyo de continuer à diriger le ministère des Finances, portefeuille qu’il occupait dans le précédent gouvernement d’Adolphe Muzito. Le gouvernement compte un ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Finances. Interrogé sur la présence de l’opposition dans le nouveau gouvernement, Roger Lumbala a affirmé que les deux ministres présentés comme issus de cette famille politique, ont été choisis « peut-être pour leur expertise personnelle mais il n’y pas eu de négociations ni d’accords avec des partis politiques ». Il s’agit du ministre de l’Industrie, Petites et moyennes entreprises, Remy Musungayi du MLC et celui de l’Economie et Commerce, Jean-Paul Nemoyato, du CDC.

Bosco Ntaganda

Il y a eu un « changement à vue » spectaculaire, hier : Kinshasa a ouvertement parlé de la responsabilité de Ntaganda dans les troubles de l’Est et parle désormais d’arrestation sans plus « faire passer a paix avant le justice ».

Le Phare note –dans ce qu’il appelle ‘ Les non dits de la nouvelle guerre du Nord-Kivu’ -que les masques commencent à tomber petit à petit dans le deal conclu en janvier-février 2009 entre le Gouvernement de la RDC et l’ex-mouvement rebelle CNDP (Conseil national pour la défense du peuple). L’heure de la rupture entre les officiels de Kinshasa et Bosco Ntaganda, semble avoir sonné. Même si cela n’est pas dit expressément, l’on croit savoir que le général Bosco Ntaganda se trouve sous le coup d’un mandat de facto. Dans ces conditions, il peut être interpellé et mis aux arrêts par n’importe quel élément des FARDC dans n’importe quelle contrée du territoire national.
Pour Le Phare, la grande interrogation est de savoir si le mandat d’arrêt national, non encore formalisé, a encore sa raison d’être dès lors que l’intéressé est justiciable devant la Cour pénale Internationale. Aux yeux de certains juristes, l’Etat congolais devrait plutôt s’impliquer dans l’exécution de la demande lui adressée par le procureur de la CPI depuis l’année 2006.
(Cet exercice de subtilité juridique appartient à la catégorie littéraire que le peuple, en son langage qui brave l’honnêteté appelle « enculer les mouches ». Pour arrêter Ntaganda, que ce soit au nom d’un mandat ou d’u autre, il faut être dans le rapport de force qui permet de la faire. Ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le cas militairement parce que la situation à l’Est est plus embrouillée, qu’on ne sait trop qui et qui et qui fait quoi mais que toutes les troupes se comportent en pillards et en brutes épaisses. Ce n’est pas le cas non plus du point de vue social : le pillage de l’Est, dit « rwandais » n’est qu’une partie du réseau de complicités qui lie entre eux tous les nantis congolais, en pace depuis l’époque mobutienne et jamais éradiqués. Ntaganda vient d’être désigné officiellement come bouc émissaire. Il faut s’attendre à ce qu’il « disparaisse » ou soit tué. Il en sait trop, sur la fraude électorale et bien d’autres choses. On ne le lassera pas faire des confidences à la CPI. NdlR)

Divers

L’ACP (Agence Congolaise de Presse) annonce l’arrivée à Kinshasa du Secrétaire général adjoint de l’ONU aux droits de l’homme, Ivan Simonovich.
Cette visite vise à renforcer la coopération entre le gouvernement de la RDC, le haut commissariat aux droits de l’homme, ainsi que les acteurs nationaux et internationaux, en vue de promouvoir et de protéger les droits de l’homme sur toute l’étendue du territoire national.

Sous le titre : « Pétrole du plateau continental : le forcing de Kinshasa », Le Potentiel rapporte que la RDC a pris l’option de jouir, à son tour, du pétrole du plateau continental dont il se réclame propriétaire, contrairement aux prétentions de Luanda. Se considérant dans son droit, la RDC vient d’autoriser Nessergy d’opérer des recherches dans la zone litigieuse avec l’Angola. A Kinshasa, on prend Luanda au mot, le contraignant au partage, en attendant d’éventuelles négociations en 2014, suivant le calendrier imposé par l’Angola. Luanda tire le ¾ de sa production du pétrole du plateau continental. La zone d’intérêts communs est ainsi en marche.

© CongoForum, le jeudi 3 mai 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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