REVUE DE PRESSE

12/05/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI (CongoForum)

Ecrire durant le week-end consiste essentiellement à réfléchir sur ce qui s’est passé durant la semaine. Les journaux parus ce week-end à Kinshasa pourraient tous mettre à leur manchette le titre « Et maintenant, où allons-nous ? ». Cela s’explique par une semaine riche en événements de poids, qui vont de l’élection de F. Hollande en France à l’achèvement, en RDC, du coup d’état électoral avec l’investiture par la représentation nationale du Premier ministre Matata Ponyo et de son gouvernement qui, nous dit-on, s’est mis au travail aussitôt.

Gouvernement

Les politiciens doivent craindre beaucoup de passer pour paresseux car, dans tous les pays du monde, ils ont grand soin de faire savoir à la presse qu’à peine investis, ils se mettent aussitôt au travail. Matat Ponyo Mapon n’échappe pas à la règle.

« Le Premier ministre Matata sur terrain », titre en manchette La Référence+
La Réf+ rapporte, en effet, que le Premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon à effectué, le vendredi 11 mai sa première visite d’inspection sur terrain. Il répond ainsi à la recommandation de JKK, faite aux membres du gouvernement de les voir plus sur terrain que dans les bureaux aseptisés et climatisé. Déterminé à matérialiser la vision du chef de l’Etat, Matata Ponyo a bravé la boue et la poussière en vue d’aller voir de visu le déroulement des travaux réalisés dans les différents chantiers, dans la partie Est de la capitale.

Le Potentiel titre : « Mot d’ordre de Kabila à Matata : sécuriser l’Est ».
Il rapporte que pour Joseph Kabila, mettre fin à l’insécurité qui menace l’intégrité territoriale dans l’Est est une urgence. Le Premier ministre est ainsi obligé de recadrer son programme, bousculer l’ordre des priorités en misant avant tout sur la restructuration des forces armées de la RDC, gage du retour de la paix dans la partie orientale du pays.
Il note que depuis l’adoption de l’accord global et inclusif de Sun City en 2003, la question de la restructuration de l’armée, bien que prioritaire, n’a jamais connu une avancée significative. Tous les gouvernements qui ont repris le flambeau du gouvernement « 1+4 » ont toujours abordé le problème sans réellement apporter une solution efficace, à savoir doter la RDC d’une armée républicaine et dissuasive, capable de garantir l’intangibilité des frontières nationales.

En pages intérieures, Le Potentiel titre « L’affaire Muzito « bientôt » aux mains du PGR ». L’inspecteur général de la police des parquets, Christophe Dongo, a annoncé, le vendredi 11 mai à Kinshasa qu’il va déposer « bientôt sur la table du Procureur général de la République le rapport (des investigations)» portant sur les allégations de détournements de fonds publics et d’acquisition illicite de nombreux immeubles par le Premier ministre sortant Adolphe Muzito.

International

Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.
Sur le plan intérieur, la force, l’intimidation peuvent imposer de fait le pouvoir issu d’un coup d’état. Il en va autrement sur le plan international. Là, le principal fait nouveau est l’entrée en scène de François Hollande, avec l’échéance prochaine d’un sommet de la Francophonie. Or, l’une des choses que l’on attend du nouveau Président français est d’en finir avec la « Françafrique »…

7sur7.cd publie à ce sujet un article : « Hollande à Kinshasa, si Joseph Kabila « chasse » Ngoy Mulunda ». On y dit :
« Avec l’investiture du Gouvernement Matata par l’Assemblée nationale, la «machine Kabila» est désormais en marche. Le chef de l’Etat devrait mettre en application ses promesses électorales à travers le programme présenté par son Premier ministre devant les députés nationaux. Si les Français attendent la décision de leur nouveau Président de la République, François Hollande, sur son déplacement ou pas à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, où devrait se tenir, du 12 au 14 octobre 2012, le 14ème sommet de la Francophonie, certains Congolais veulent vérifier si le successeur de Nicolas Sarkozy mettra en pratique ses promesses électorales en ce qui concerne le continent africain.
En effet, pendant la campagne électorale, le candidat François Hollande avait promis de se montrer trop regardant avec les régimes issus des élections mal organisées, mieux, truquées. C’est, du reste, en tenant compte certainement des rapports des Missions d’observation internationales, notamment de l’Union européenne, que le nouveau locataire de l’Elysée, par le biais de ses lieutenants, menace de boycotter les assises de Kinshasa.

Eviter un isolement sur le plan international

Il faut dire que l’absence de François Hollande confirmerait la thèse selon laquelle le chef de l’Etat congolais avait été «mal élu». Du coup, cela donneraient raison à nos confrères de Jeune Afrique qui, dans l’une de leurs dernières parutions, affirmaient que l’absence du président français au Sommet de la Francophonie qui doit se tenir en RDC, isolerait davantage le numéro un Congolais sur la scène internationale. Plus d’un analyste estime que pour apaiser tous les partenaires de la RDC, le chef de l’Etat congolais doit instruire sa majorité au niveau de l’Assemblée nationale à mettre fin à l’aventure du pasteur Daniel Ngoy Mulunda à la tête de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) afin d’ouvrir cette structure à ‘toutes les forces vives de la nation, notamment à la Société civile.
Car, même sur le plan local, l’on se rend finalement compte que les violons ne s’accordent pas, par exemple, entre la CENI et la Cour suprême de justice (CSJ) sur la validité des résultats des législatives du 28 novembre 2011. Et comme pour conforter la position des nouvelles autorités françaises, l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC, Jean-Michel Dumond, a recommandé mardi 8 mai la restructuration de la CENI. «La restructuration de la CENI dépend des députés qui siègent à l’Assemblée nationale, a-t-il soutenu. Ces derniers devront décider de ce réaménagement s’ils l’estiment nécessaire». Intervenant dans l’émission «Paroles aux auditeurs», le diplomate européen a exhorté les autorités congolaises à organiser les élections provinciales et locales initialement prévues en 2012 et reporter à janvier 2013. Jean-Michel Dumont a indiqué que «les élections provinciales et locales sont dans l’intérêt des Congolais, car elles ne sont pas organisées pour l’intérêt de l’Union européenne».
Pour sa part, le vice-président de la CENI, le professeur Jacques Djoli, intervenant sur la radio onusienne, a souligné que «Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) n’est qu’un maillon dans la réforme du système électoral».
Que va’ faire Kinshasa ?

Pressé par les partenaires extérieurs -dont la plupart conditionnent le financement des futures échéances électorales par la restructuration du bureau de la CENI- et locaux (la Société civile récolte des signatures pour exiger le départ de l’actuel bureau), le pouvoir de Kinshasa est placé devant ses responsabilités.
D’aucuns estiment que Joseph Kabila -bien installé dans son fauteuil présidentiel en dépit des critiques émises après son élection n’a pas intérêt à faire la sourde d’oreille en gardant à la tête de la CENI une personne qui a plongé la RDC dans un discrédit après les élections «propres» organisées en 2006.
Comme pour faire des omelettes il faut casser des oeufs, Joseph Kabila devrait «sacrifier» certaines têtes s’il veut sauver dans l’immédiat la tenue du Sommet de la Francophonie à Kinshasa. Sinon, il donnera des arguments à l’Opposition, et particulièrement à Etienne Tshisekedi qui estime qu’on lui a volé la victoire dans les urnes le 28 novembre 2011 ».

Presse et documents internationaux

Nouvelle mutinerie au Kivu

Blog de Colette Braeckman – 09 05 12

Qu’il soit en fuite pour tenter de gagner l’Ouganda en traversant le parc des Virunga, qu’il ait été blessé ou qu’il ait été abattu par des membres de sa garde rapprochée, auxquels il avait demandé qu’on ne le capture pas vivant, importe finalement assez peu : ce qui est certain, c’est que le général Bosco Ntaganda, l’un des hommes les plus redoutés au Congo, appartient au passé sinon à la justice.

Originaire du Masisi, Bosco Ntaganda avait, dans l’Ituri, été l’adjoint du chef rebelle Thomas Lubanga, qui comparaît en ce moment devant la Cour pénale internationale. Il avait ensuite rejoint le général Laurent Nkunda au Nord Kivu et l’avait remplacé en 2009. Il est probable que le mandat d’arrêt délivré par la CPI à l’encontre de Bosco Ntaganda pour des crimes commis dans l’Ituri ne sera jamais exécuté, car les révélations que pourrait faire « Terminator » pourraient s’avérer compromettantes pour beaucoup.

La mise à l’écart de Bosco Ntaganda est survenue à la suite d’une offensive de l’armée congolaise, qui a pris le contrôle de Mushaki, dans le Masisi, mais la paix dans la région n’est pas rétablie pour autant. En effet, le général Sultani Makenga, adjoint de Ntaganda, qui dirigeait les opérations menées au Sud Kivu contre les rebelles hutus s’est lui aussi mutiné, en compagnie d’autres officiers du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) et il a fondé un nouveau mouvement rebelle, le M23, qui reprend les anciennes revendications des Tutsis congolais. Invitant les mutins à regagner leur poste dans l’armée congolaise, le général Didier Etumba, chef d’état major, a suspendu pour cinq jours les opérations militaires.

D’après certains observateurs, cette trêve pourrait permettre à Bosco Ntaganda de disparaître dans la nature tandis que les mutins auraient le temps de se regrouper tous leurs hommes déployés au Nord et au Sud Kivu et de présenter de nouvelles revendications.

La presse rwandaise relève qu’une rencontre a eu lieu à Gisenyi entre le ministre rwandais de la défense James Kabarebe et le colonel Kalev Mutond, envoyé spécial du président Kabila, « afin de trouver une solution pacifique à la crise dans l’Est du Congo. » Il est évident que même si Bosco Ntaganda disparaît, Kigali aura toujours besoin d’un homme- lige au Kivu, pour assurer, entre autres, la sécurité de sa frontière…

Télécoms : la fin de l’âge d’or

Julien Clémençot – Jeune Afrique – 09/05/2012

Sous le triple effet d’une concurrence accrue, de la baisse des prix et d’un ralentissement de la hausse du nombre d’abonnés, les opérateurs africains voient leur rentabilité s’effriter. Pour beaucoup d’observateurs, le secteur a mangé son pain blanc.

Depuis plus d’une décennie, l’industrie des télécoms connaît en Afrique une croissance qu’aucun consultant, aucun opérateur, aucun gouvernement n’avait prévue. Fin 2011, 650 millions de puces téléphoniques étaient actives sur le continent et 12 des 20 marchés les plus dynamiques au monde étaient africains. Une poule aux oeufs d’or de 60 milliards de dollars (45 milliards d’euros) que se partagent équipementiers, sociétés d’ingénierie, opérateurs et États. Alors quand, lors d’une conférence à Paris en février, Marc Rennard, patron d’Orange pour la zone, a expliqué qu’il ne savait pas si son groupe pourrait encore financer un projet à 36 millions d’euros comme le câble sous-marin Lion2 reliant Madagascar au Kenya, une partie des observateurs se sont pincés pour y croire.

Pourtant, les spécialistes du secteur sont formels, les opérateurs regardent avec inquiétude leurs marges fondre à mesure que la concurrence s’intensifie. En Afrique, « le nombre moyen d’opérateurs par pays est passé de 2,5 en 2005 à 3,8 en 2011. La Tanzanie en comptait 6 à la fin de 2011, la Côte d’Ivoire et le Ghana 5 chacun, et le Rwanda, marché de taille bien plus réduite, pas moins de 3 », note Guy Zibi, directeur du consulting au sein du cabinet Pyramid Research.
« La situation s’est surtout dégradée depuis un an », confirme François-Xavier Roger, directeur financier du groupe Millicom (marque Tigo). Une rupture précipitée par l’arrivée en Afrique d’Airtel en 2010. Partisan d’une stratégie low cost, le groupe indien, présent dans 17 pays, a sans états d’âme mis à mal les ententes tacites instaurées jusqu’alors. Sous son impulsion, les prix au Kenya se sont effondrés de 50 % presque du jour au lendemain. « Une guerre qui a détruit beaucoup de valeur », constate Serge Thiemele, du cabinet d’audit Ernst & Young.

Aucun pays n’est épargné. Ailleurs, la chute est moins spectaculaire, mais aucun pays n’est épargné. Au Maroc, les tarifs à la minute ont baissé de 40 % entre 2009 et 2011, selon le régulateur. Début 2012, un rapport de la banque d’affaires Renaissance Capital faisait état d’un recul des prix à la minute sur un an de 25 % au Nigeria (où 9 opérateurs cohabitent) et de 8 % en Afrique du Sud. Faute d’élasticité de la demande, « la baisse des tarifs n’est pas compensée par la croissance de la consommation », admet André Apété, directeur de cabinet du ministre ivoirien des Télécoms.
Conséquence ? C’est la fin de l’opulence, y compris pour les principaux groupes comme Maroc Télécom, jusque-là vache à lait de son actionnaire Vivendi. Pour la première fois depuis sa privatisation en 2001, l’opérateur marocain a vu son chiffre d’affaires diminuer (- 2,5 %) en 2011. Quant au sud du Sahara, s’il y reste beaucoup de clients à conquérir, ceux-ci résident souvent loin des grandes villes et ne roulent pas sur l’or. De plus, leur fournir le téléphone coûte cher : faute de raccordement au réseau électrique, les antennes relais doivent être alimentées par des blocs électrogènes…
Pour la première fois depuis dix ans, Maroc Télécom a vu son chiffre d’affaires diminuer. Un tableau sombre, bien loin du discours serein livré aux investisseurs sur les places de Johannesburg ou de Paris. « La marge Ebitda [proche de la marge brute d'exploitation, NDLR] utilisée par les groupes dans leur communication financière ne rend que partiellement compte de la réalité, insiste Serge Thiemele. Entre 2009 et 2011, leurs marges nettes ont été divisées par deux. »
Inquiétant. D’autant que, dans le même temps, de gros efforts financiers doivent être consentis pour adapter les réseaux à l’arrivée de la 3G (haut débit mobile). « La rentabilité va baisser pour quelques années, car, après avoir été largement réduits pendant trois ou quatre ans, les investissements repartent à la hausse », estime Laurent Viviez, spécialiste des télécoms au sein du cabinet AT Kearney. Fini le temps où la possession de plusieurs licences télécoms était un gage de prospérité. Envolées, les success-stories du Rwandais Miko Rwayitare (fondateur de Télécel, vendu à Orascom), de l’Anglo-Soudanais Mo Ibrahim (fondateur de Celtel, cédé à Zain) ou du Sénégalais Yérim Sow (un temps propriétaire de la licence désormais exploitée par MTN Côte d’Ivoire). Plusieurs « petits » acteurs (Comium, Warid Telecom, Bintel…) cherchent sans succès un repreneur ou un partenaire financier.

Sur la corde raide. « Faute de part de marché conséquente, ces opérateurs n’intéressent pas les géants du secteur », explique Yves Bardèche, associé au sein de la banque d’affaires Linkstone Capital. Sans moyens suffisants, ces groupes, plus nombreux qu’on ne le pense, sont en permanence sur la corde raide. Impossible pour eux d’innover ; leur seule stratégie est d’enchaîner les promotions pour tenter de garder leur clientèle. Résultat : des marges sous pression et une situation comptable dégradée. « Plus d’un tiers des opérateurs présents en Afrique ne gagnent pas d’argent », estime un responsable commercial en poste en Côte d’Ivoire. C’est le cas de compagnies publiques comme Bénin Télécoms ou Camtel (Cameroun), dont les difficultés alimentent la chronique. Beaucoup d’États regrettent sans doute la disparition du colonel Kaddafi, qui, via la Libyan Investment Authority, était venu au secours d’opérateurs historiques au Niger, au Tchad ou au Rwanda. Même constat d’échec au Nigeria, où la compagnie publique Nitel, à l’agonie depuis des années, va être liquidée. Faute d’avoir pris à temps le virage du mobile, elle a accumulé une dette de 1,9 milliard de dollars.
Face à ce ralentissement du marché, les pouvoirs publics font évoluer leur politique de régulation. Craignant une baisse de ses recettes fiscales, la RD Congo a imposé des prix planchers aux opérateurs. Conscients qu’ils auraient aussi tout à perdre en jouant la surenchère lors des appels d’offres pour les licences 3G, des gouvernements africains modèrent leurs exigences. La Côte d’Ivoire vient d’octroyer le précieux sésame à Moov, MTN et Orange contre trois chèques de 6 milliards de F CFA (9,15 millions d’euros). Une politique plus raisonnable déjà adoptée par le Kenya, le Rwanda et l’Afrique du Sud. Dernier signe de changement de position des États sur le sujet : l’apparition de licences universelles (permettant d’exploiter indifféremment des réseaux 2G, 3G ou 4G) marque la fin de la vente de licences à l’apparition de chaque nouvelle technologie. Après Tunis et Cotonou, Abidjan devrait adopter ce modèle en 2016.
Nouvelles ressources. Mais si les contraintes sont réelles, il serait prématuré de s’apitoyer sur le sort du secteur. « Les principaux opérateurs, en dominant les grands marchés, conservent la clientèle la plus rentable et limitent la baisse de leurs marges », souligne Sami Matri, consultant chez Sofrecom, filiale de France Télécom. En outre, il convient de ne pas écarter trop vite la montée en puissance de nouvelles sources de revenus. « Le mobile banking représente déjà 7 % de notre chiffre d’affaires », relève François-Xavier Roger, de Millicom, persuadé qu’à terme cette activité trouvera sa rentabilité. Sans oublier, enfin, l’essor du web et de services comme la télévision par internet ou le cloud computing. La demande va exploser, estime Serge Thiemele. Reste que, sur ce terrain, les opérateurs devront cette fois défendre leur part du gâteau face aux géants des nouvelles technologies que sont Google, Facebook, Microsoft ou IBM.

Joseph Kabila peut-il changer ?

Philippe Perdrix – Jeune Afrique – 03/05/2012

Après une transition prometteuse puis un très décevant premier mandat, le chef de l’État congolais Joseph Kabila est dans l’obligation de rebondir. Pour faire oublier sa réélection plus que contestable et répondre, enfin, aux priorités de la RDC, minée par la misère, la corruption et la violence.

Joseph Kabila a finalement tranché, le 19 avril en soirée : « Le président de la République, vu l’urgence et la nécessité, ordonne que soit nommé Premier ministre, chef du gouvernement, M. Matata Ponyo Mapon. » Les « refondateurs », qui plaidaient pour une décrispation et une ouverture politique afin de sortir par le haut de la sombre séquence présidentielle et corriger le tir après un très décevant premier mandat, l’ont emporté. « Le signal est sans appel. Cette nomination va renverser la tendance dans la gouvernance du pays », se réjouissait, le lendemain, l’un des plus proches collaborateurs de celui qui, au ministère des Finances depuis février 2010, a su rétablir les équilibres économiques de la RDC, mettre de l’ordre dans les finances publiques, et obtenir une substantielle annulation de la dette. Originaire du Maniema, Matata Ponyo Mapon (47 ans), est l’homme de la rigueur, de la discipline et des bonnes relations avec les partenaires traditionnels.
De gros atouts pour ce technocrate, ancien cadre de la Banque centrale, qui faisait figure de favori, face aux faucons qui soutenaient l’ex-président de l’Assemblée nationale et secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) Évariste Boshab, la clé de voûte d’un régime vacillant. Un nouveau départ pour Joseph Kabila ? Éventuellement. Après l’élection présidentielle de novembre dernier, qui l’a reconduit dans ses fonctions tout en le fragilisant en raison du déroulement d’un scrutin apocalyptique, il semble, en tout cas, vouloir reprendre la main. Mais il part de loin. Car jusqu’ici, il a donné l’impression d’avoir surtout mené une vie sous influence.
Avec son père Laurent-Désiré, il a subi les affres du campement de brousse sur les rives du lac Tanganyika dans les années 1970, d’un exil en Tanzanie sous un nom d’emprunt pour échapper aux sbires du maréchal Mobutu la décennie suivante, avant de devoir interrompre ses études de droit entamées en Ouganda pour rejoindre, dans les montagnes du Masisi, le Mzee parti à la conquête de Kinshasa, avec le soutien des parrains d’alors, le Rwandais Paul Kagamé et l’Ougandais Yoweri Museveni. Nous sommes en 1996, Joseph a 25 ans.

« Poli mais effacé »
À force d’emprise sur un exécutif évanescent, Katumba était devenu tout-puissant.
La prise de pouvoir, le 17 mai 1997, transforme ce conquistador au pied levé en militaire de carrière poursuivant son apprentissage aux côtés du protecteur et ami, le chef du corps expéditionnaire rwandais, James Kabarebe. « Ils habitaient ensemble, le second avait de l’ascendant sur le premier », témoigne un voisin de l’époque à Kinshasa. « Kabila était accessible, sympathique et poli, mais effacé », ajoute-t-il. Après une formation express de six mois à l’académie militaire de Pékin, Joseph Kabila est rappelé par son père en juillet 1998 pour mener la deuxième guerre congolaise, engagée cette fois contre les anciens alliés.
En novembre 2000, le jeune général est pris en tenailles par les troupes rwandaises dans la forêt katangaise de Pweto. Un brillant banquier ayant travaillé en Afrique du Sud avant d’être catapulté par le Mzee gouverneur du Katanga, en avril 1997, lui sauve la mise en dépêchant sur place un hélicoptère. Augustin Katumba Mwanke entre de plain-pied dans l’histoire de son pays. Il ne quittera plus ni son protégé, ni les avant-postes de la scène politique congolaise. On connaît la suite. Partis du Katanga en avion, les deux hommes se posent en urgence sur l’aéroport kinois de N’Djili, durant la nuit du 16 janvier 2001, quelques heures après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Le lendemain, le fils hérite de la charge paternelle. Le 21 janvier, le gouverneur fait sa première apparition publique lors des funérailles nationales. Plus rien ne les séparera jusqu’à la mort de ce Mazarin congolais dans un banal accident d’avion qui s’est écrasé en bout de piste, le 12 février à Bukavu.

Les refondateurs
Leur point commun : convaincre Joseph Kabila de revoir la gouvernance du pays. Leur nouveau chef de file : Matata Ponyo Mapon, nommé Premier ministre le 19 avril. Au ministère des Finances depuis février 2010, il a presque doublé le budget de l’État (7 milliards de dollars, soit 5,3 milliards d’euros) et obtenu des bailleurs de fonds une annulation de la dette pour plus de 9 milliards de dollars. Un bilan apprécié au Palais. « Tout ce que j’ai réalisé, c’est avec le soutien du chef de l’État. Sans lui, je n’aurais pas tenu », expliquait Matata il y a peu, reconnaissant s’être fait de nombreux adversaires dans les ministères habitués à piocher dans les caisses du Trésor public sans trop justifier l’utilisation des fonds. Jean-Claude Masangu, le gouverneur de la Banque centrale, Pierre Lumbi, l’ancien ministre des Infrastructures, Olivier Kamitatu, le ministre du Plan, Léonard She Okitundu, l’ex-directeur de cabinet à la présidence, font aussi partie de cette « écurie ». Leurs alliés de circonstance au sein de l’opposition, Léon Kengo wa Dondo, le président du Sénat et candidat à la présidentielle, et François Muamba, l’ancien bras droit de Bemba, sont prêts à jouer l’ouverture… La composition du nouveau gouvernement indiquera la marge de manœuvre de ces refondateurs.
Pourquoi ces rappels biographiques ? « Car Joseph Kabila est resté au fond de lui ce maquisard, furtif, méfiant, voire craintif, mais terriblement réactif et pragmatique. Il observe en retrait les situations qui se présentent à lui, mais tranche dans le vif dès qu’il y a une ouverture », résume un ancien diplomate en poste à Kinshasa transformé pour l’occasion en psychologue après de nombreux entretiens en tête-à-tête avec le chef de l’État. « Les relations entre Kabila et Katumba étaient à l’image de notre président incapable d’exercer à lui seul un leadership. Solitaire et silencieux, il n’est pas en mesure d’insuffler une dynamique. C’est donc Katumba qui faisait ce travail. Il décryptait les rares consignes présidentielles, les expliquait aux échelons inférieurs et évaluait les résultats obtenus », ajoute un opérateur économique congolais habitué des bureaux du Palais de la nation.

Raspoutine katangais
Cette carence a rendu le chef de l’État « tributaire » de son mentor, devenu au fil du temps l’âme damnée du régime, le « dircab » officieux tirant absolument toutes les ficelles, une sorte de Raspoutine katangais faisant et défaisant les carrières, prononçant les disgrâces et ordonnançant le bal des courtisans. À force d’emprise sur un exécutif évanescent, Katumba était tout-puissant. Les observateurs hâtifs évoquaient l’existence d’un gouvernement parallèle. Ne fallait-il pas plutôt parler d’un État dans l’État fonctionnant en totale autonomie et, plus grave, tournant hors budget et donc finalement exempté de tout contrôle ?
« Kabila était devenu le prisonnier de Katumba », analyse un visiteur du soir littéralement éjecté de la présidence pendant trois ans, qui a aujourd’hui de nouveau l’oreille du chef. La raison de cette mise à l’écart aussi brutale qu’irrévocable : des rivalités dans les affaires. Présent selon toute vraisemblance dans les mines, le pétrole, l’immobilier et la gestion des entreprises publiques, Katumba – avec son acolyte, l’homme d’affaires israélien Dan Gertler – « avait tissé sa toile d’araignée », explique un ancien proche collaborateur du chef de l’État durant la transition (2001-2006), lui aussi satellisé pour cause de désaccord à propos du PPRD. « Je voulais en faire une formation présidentielle avec une assise idéologique, explique notre interlocuteur. Katumba a préféré se constituer une écurie à sa main et manigancer des alliances avec des partis satellites pour constituer une majorité disparate et sans cohérence. » Cette politique de gribouille a produit tous ses effets à l’occasion des catastrophiques élections présidentielle et législatives de novembre 2011.

Le clan Kabila
C’est avant tout la famille, dont l’influence réelle transcende les courants politiques : « maman » Sifa, la mère de Kabila, Jaynet (photo, © B.B.), la soeur jumelle, et Zoé, le frère cadet – tous deux élus à l’Assemblée nationale. L’ambassadeur Théodore Mugalu, le chef de la « maison civile », est écouté, mais il voyage beaucoup. Le pasteur Daniel Ngoy Mulunda est un confident, mais son travail à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a laissé des traces…

Horizon incertain
Les aboyeurs et les laudateurs tournant autour de Joseph Kabila ne l’ont pas mis en garde. Il suffisait pourtant de mettre le nez dehors pour comprendre que l’horizon était incertain. Premier avertissement : l’arrivée triomphale après trois ans d’exil de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, en décembre 2010. Des dizaines de milliers de Kinois escortent pendant plusieurs heures le Sphinx de Limete de l’aéroport de N’Djili jusqu’à son domicile. « La magie Tshisekedi fonctionnait toujours. Même nous, nous avons été surpris », se souvient l’un des plus proches compagnons du président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Samy Badibanga. Quelques semaines avant ce retour à Kinshasa, Tshisekedi avait clairement affiché ses intentions dans Jeune Afrique. « Cette fois, j’irai jusqu’au bout », avait-il déclaré, anticipant ainsi sur sa candidature à l’élection présidentielle et une victoire plausible dont les contours pouvaient déjà se dessiner. « Son immense popularité reposait en partie sur un rejet de la majorité sortante et une très forte désespérance sociale », précise un diplomate européen.

Nausée
De fait, la liste des griefs relève d’un inventaire à la Prévert. Les Congolais n’ont quasiment rien vu des Cinq Chantiers promis en 2006 (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement, emploi), si ce n’est les 7 km de routes bitumées à Kinshasa, dont l’imposant boulevard du 30-Juin. On ne compte plus les coupures d’eau et d’électricité dans une ville tentaculaire où s’entassent plus de 10 millions d’habitants, où le choléra a dernièrement fait son apparition dans certains quartiers littéralement laissés à l’abandon, où il n’y a pas de travail, où les frais annuels d’inscription à l’école primaire s’élèvent à 200 dollars (153 euros) alors qu’un salaire mensuel de base ne dépasse pas les 100 dollars…
Ajoutons à cela l’insécurité persistante dans l’est du pays, où plus de 1,7 million de personnes sont contraintes à un exode permanent pour fuir les violences innommables commises aussi bien par des groupes armés que par des éléments des troupes dites régulières estampillées Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ; l’absence totale d’infrastructures dans les autres provinces ; l’exportation illégale de minerais pour plusieurs dizaines de millions de dollars chaque année ; l’enrichissement vertigineux de certains ministres pouvant se faire construire des immeubles après seulement quelques mois aux affaires ; la rapacité des députés s’arrogeant un salaire mirobolant de 6 000 dollars par mois… Cette impression d’immense gâchis donne au mieux le tournis, au pire la nausée. Bref, Kabila n’avait pas de bilan et disposait, qui plus est, d’une assise électorale incertaine.

Dernières citadelles
Kabila n’a pas voulu voir et a préféré laisser faire ses faucons lors de la présidentielle. Kinshasa lui était hostile depuis toujours et il n’y avait aucune raison pour que cela change. Sans être grand clerc, il était évident qu’Étienne Tshisekedi devait faire le plein des voix dans les deux Kasaïs. Le candidat Vital Kamerhe allait mordre dans son fief des deux Kivus et Léon Kengo wa Dondo prendre son dû dans l’Équateur… Le Katanga, le Maniema – et le Bandundu grâce à l’accord de gouvernement avec le Parti lumumbiste unifié (Palu) du Premier ministre sortant, Adolphe Muzito – restaient finalement les dernières citadelles. « Kabila aurait dû être alerté, il ne l’a pas été. Il n’a pas de conseillers politiques, il n’a que des agitateurs qui lui garantissent seulement des gains à court terme », explique un analyste politique onusien. « Parler de régime Kabila est un abus de langage. L’édifice est très fragile et repose uniquement sur des luttes d’influence entre différentes personnalités se battant pour des prébendes et des rentes de situation. Mais il n’y a aucune solidité, aucune unité, seulement des marchandages, des calculs et des alliances de circonstance », analyse un diplomate européen en poste à Kinshasa depuis une dizaine d’années.
Kabila n’a pas voulu voir et a préféré laisser faire ses faucons, seuls capables dans ces conditions de maintenir à flot cette frêle embarcation. Le fidèle pasteur Daniel Ngoy Mulunda a été envoyé en mission à la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). « Il a pris toutes les dispositions pour que son camp puisse l’emporter », résume un fonctionnaire international. « Avec Ngoy Mulunda, nous savions que nous allions à la catastrophe, car il n’avait aucune expertise électorale et n’apportait aucune garantie d’indépendance », ajoute un diplomate. Au sein du marigot politique, Katumba et le président de l’Assemblée nationale d’alors, Évariste Boshab, sont à la manoeuvre et obtiennent des parlementaires à l’échine souple la réduction à un seul tour de l’élection présidentielle, en janvier 2011. Concernant l’appareil sécuritaire, en première ligne, le ministre de l’Intérieur, Adolphe Lumanu, le chef de la garde républicaine, Banze Lubunji, et le patron de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Kalev Mutondo, sont chargés de verrouiller l’affaire. À la tribune, le ministre de la Communication, Lambert Mende, lance les anathèmes contre les opposants, les journalistes récalcitrants, Radio France Internationale… et Jeune Afrique, qui décrit les dérives d’un système glissant progressivement vers l’autocratie et la prédation. « Kabila y a vu une campagne de dénigrement », explique l’un de ses ministres au sujet de la couverture Kabila : Mobutu light, de fin janvier 2011. Dénigrement, certainement pas. Prémices d’une chronique d’un fiasco annoncé, plus vraisemblablement.

Les faucons
Politiques ou militaires, ce sont les gardiens du temple. Ils sont puissants, mais orphelins depuis la mort d’Augustin Katumba Mwanke : Évariste Boshab (photo, © D.R.), secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et ancien président de l’Assemblée nationale, Adolphe Lumanu, ministre de l’Intérieur, Kalev Mutondo, patron de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Banze Lubunji, commandant de la garde républicaine…

Déficit de légitimité
Réélu dans les conditions que l’on sait, le chef de l’État souffre aujourd’hui d’un grave déficit de légitimité. Accusations étayées de fraudes, irrégularités en pagaille, désordre indescriptible lors de la compilation des résultats… pour tous les observateurs indépendants, il est impossible de dire qui a véritablement remporté ce scrutin. Les plus lucides dans le camp présidentiel l’admettent à demi-mot. Cette incertitude nécessite un sérieux recentrage politique. « Les lacunes organisationnelles ne peuvent être niées », avance prudemment Léonard She Okitundu, l’ancien directeur de cabinet à la présidence. « Kinshasa, où la vie est très difficile, nous est hostile. Il faut donc répondre à cette urgence en organisant un sommet social », assure-t-il en insistant également sur la « nécessaire amélioration de la bonne gouvernance pour faire revenir les investisseurs » et la « légitime préoccupation des droits humains pour ne pas prêter le flanc à la critique ». Cela ressemble presque à une feuille de route post-Katumba.
Okitundu n’est pas le seul à tenir ce discours. « L’écurie des modérés » estime avoir le vent en poupe. Leur première victoire est sans conteste la nomination à la primature de Matata Ponyo Mapon. Les arbitrages pour la composition de la nouvelle équipe gouvernementale seront également riches d’enseignement. Le gouverneur de la Banque centrale depuis 1997, Jean-Claude Masangu, a bien du mal à masquer ses ambitions après avoir sponsorisé l’élection de plusieurs dizaines de députés. L’ex-ministre des Infrastructures et ancien négociateur du contrat chinois de 2007, Pierre Lumbi, est officiellement le conseiller spécial du président en matière de sécurité, mais son influence grandissante est beaucoup plus large.

Kabila a deux rendez-vous : le Sommet de la francophonie en octobre et la fin de son mandat en 2016.

Revue de casting
« Kabila n’a pas le choix. Il doit élargir sa base politique et rééquilibrer son entourage », résume notre visiteur du soir de nouveau en cour. Pour lui, pas de doute, le « boss » va changer. L’allure du prochain gouvernement sera observée de très près par une communauté internationale prête à tourner la page de la présidentielle à condition d’obtenir des gages d’ouverture. Mais au-delà de cette revue de casting, qui devrait aussi toucher les bureaux du Palais de la nation, les deux capitales les plus impliquées dans une ligne coercitive à l’égard de Kabila, Paris et Washington, ont fixé trois priorités pour entrevoir un début de normalisation avec Kinshasa. La réforme de la Ceni suppose un « lâchage » de Daniel Ngoy Mulunda. L’amélioration des conditions de vie des Congolais nécessite la mise au travail d’un gouvernement compétent et affairé. Enfin, les avancées sur les questions sécuritaires dans l’est du pays exigent une profonde réforme de l’armée. Sur ce dernier point, le chef de l’État a semble-t-il décidé d’accélérer le mouvement. Après la défection de plusieurs officiers, des ex-rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) intégrés début 2009 au sein des FARDC, il s’est rendu à Goma (Nord-Kivu) du 9 au 12 avril. De là-bas, il a supervisé la reddition de la plupart d’entre eux et a déclaré vouloir « arrêter et juger au pays » leur chef, le général Bosco Ntaganda, poursuivi pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI). Plus qu’un geste de bonne volonté.
« Kabila a deux rendez-vous dans le viseur », résume un diplomate. Le premier est le Sommet de la Francophonie, à Kinshasa en octobre 2012 (voir ci-dessous). « L’absence de chefs d’État lors de son investiture, excepté le Zimbabwéen Robert Mugabe, l’a profondément affecté. Pour avoir plus de visiteurs dans six mois, il doit briser son isolement. » Le deuxième rendez-vous est plus lointain, mais encore plus important : 2016 et la fin de son deuxième et dernier mandat, selon la Constitution. Sauf à vouloir modifier cette disposition, ce qui semble hasardeux aujourd’hui, il doit d’ici là s’assurer la meilleure protection qui soit pour un ex-président qui aura 45 ans lorsqu’il franchira la porte de sortie du Palais : un bilan présentable. De quoi ensuite envisager une « retraite paisible » avant de « revenir », selon une confidence faite à certains de ses visiteurs. Mais pour cela, Kabila n’a pas le choix. Il doit changer.

Sommet de la francophonie à Kinshasa : y aller ou pas… par Christophe Boisbouvier

Si François Hollande et Nicolas Sarkozy s’opposent sur à peu près tout avant le second tour de la présidentielle française, ils sont d’accord sur un point : ni l’un ni l’autre n’est partant pour aller au 14e Sommet de la francophonie, prévu du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Depuis les élections calamiteuses du 28 novembre en RDC, les photos de la visite officielle de Sarkozy à Kinshasa, en mars 2009, ont subitement disparu du site officiel de l’Élysée. Si le président sortant est réélu le 6 mai, « il ne garantit pas d’aller à Kinshasa, confie l’un de ses conseillers. Cela dépendra des avancées en matière de démocratie et de droits de l’homme de la part du président Kabila ». Si Hollande gagne, la menace est encore plus sérieuse, vu les prises de position du candidat socialiste sur la démocratie en Afrique. Bref, à ce sommet, la France pourrait n’être représentée que par un second couteau.

Si Sarkozy ou Hollande boycotte Kinshasa, le Premier ministre canadien, Stephen Harper, risque également de bouder le sommet. L’histoire va-t-elle se répéter ? En novembre 1991, à la suite d’un massacre d’étudiants commis par le régime Mobutu, François Mitterrand avait fait déplacer le 4e Sommet de la francophonie de Kinshasa au Palais de Chaillot, à Paris. À l’époque, le message de Mitterrand à Mobutu avait été transmis… par le président sénégalais Abdou Diouf, l’actuel secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie.

L’apparition d’un nouveau mouvement rebelle, cause de l’instabilité croissante au Kivu

Agenzia Fides (Vatican) – 10/05/2012

Kinshasa (Agence Fides) – Dans le Nord Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, la situation est encore précaire suite à la présence de centaines de militaires déserteurs, demeurés fidèles à Bosco Ntaganda, ancien chef d’État Major de la milice du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), mouvement politico-militaire qui a formellement souscrit un accord de paix avec Kinshasa mais qui se poursuit en réalité son action de déstabilisation de cette partie du pays.

Selon une analyse envoyée à l’Agence Fides par le Réseau Paix pour le Congo, un groupe de soldats mutins fidèles au général Bosco Ntanganda viennent de créer un nouveau mouvement rebelle appelé le M23, en référence à l’accord de paix signé le 23 mars 2009 qui a permis aux rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) d’intégrer les Forces armées de la RDC (FARDC). Sa branche militaire est l’Armée Nationale du Congo (ANC/CNDP). Son chef est le Colonel Sultani Makenga, qui a fait défection le 4 mai.
Le but du mouvement du M23, selon ses créateurs, est de redynamiser l’accord de paix signé en 2009 entre le gouvernement congolais et le CNDP. Selon eux, l’accord de paix négocié avec le gouvernement le 23 mars 2009 a échoué. Il faut donc, souligne un communiqué du 6 mai, en «redynamiser l’application».
Selon des membres de la société civile du Nord Kivu, ce mouvement rebelle au contour flou a été créé par le général mutin Bosco Ntanganda et ses proches avec pour objectif de se repositionner sur la scène politique au moment où les institutions issues des élections se mettent en place.
De l’avis de plusieurs observateurs, le général Bosco Ntanganda, poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, est en train de préparer un nouveau scénario qui lui permettra de revenir en force sur la scène politique congolaise.
En créant ce mouvement, le général Bosco Ntanganda veut montrer qu’il reste encore un acteur incontournable avec qui le gouvernement congolais se doit de négocier et de collaborer. Par conséquent, les autorités congolaises se verront contraintes à ne pas le livrer la CPI.
Les calculs de l’ancien numéro 2 du CNDP sont également renforcés par les liens que ce général entretient depuis plusieurs années avec beaucoup de responsables politiques et militaires congolais. Bosco Ntanganda lui-même et beaucoup de ses acolytes sont devenus puissants, car ils sont impliqués dans l’exploitation illégale des richesses minières de l’Est de la RD Congo. C’est précisément ce commerce illégal des minerais qui fait vivre beaucoup de groupes armés et chefs de guerre qui font la loi dans l’est du pays. (L.M.)

© CongoForum, le samedi 12 mai 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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