La question de la balkanisation

14 mai 2012

Actualités

Le Kivu victime du «Marché commun de l’Est» ?

Le Phare du 14 mai 2012

La question de la balkanisation de la République Démocratique du Congo est plus que jamais au centre du débat, au pays comme à l’étranger. Le ton est même monté de plusieurs crans à l’étranger, où des Congolais de la diaspora n’hésitent plus à pointer du doigt certains pays occidentaux, coupables à leurs yeux d’être les tireurs de ficelles. Dans cette polémique, l’Ambassade des Pays-Bas à Kinshasa a tenu à attirer l’attention de l’opinion congolaise sur la distance à observer entre les manœuvres de déstabilisation du Congo et la sincérité des financements néerlandais aux projets de coopération, aux processus électoraux et aux actions humanitaires.

En dépit de cet éclairage, de nombreux congolais ne croient pas moins qu’une large portion des Etats du Nord seraient partisans de la partition de leur pays, au motif qu’il serait jugé trop grand géographiquement et mal gouverné par ses fils et filles. Ils n’ont pas non plus oublié les propos de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, qui avait préconisé la gestion commune des ressources naturelles congolaises avec les pays voisins de l’Est (Rwanda, Ouganda, Burundi) comme solution à l’instabilité récurrente dans les Grands Lacs.

Les Congolais de l’intérieur comme de l’extérieur ont de sérieuses raisons de s’inquiéter, dès lors que continue de trottiner, dans les têtes des Grands de ce monde, l’idée de l’éclatement de la RDC en au moins quatre Etats autonomes. Pour beaucoup, ce qui se passe au Nord-Kivu et au Sud-Kivu depuis près de 20 ans répond à un schéma préétabli de balkanisation. Ainsi, tout est fait pour affaiblir politiquement, économiquement, militairement et socialement le pays, de manière à placer ses citoyens devant deux provinces ingouvernables, dont l’autonomie de fait serait constatée comme leur incapacité à s’assumer comme membres d’une communauté unie.

Selon certains analystes, il existe déjà un « Marché Commun de l’Afrique de l’Est », dont les échanges dépendent étroitement des produits miniers et agricoles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les industries, le commerce, les ports, les routes, les administrations douanières de plusieurs Etats de l’Est ont besoin de la participation de ces deux provinces, non pas comme entités dépendantes du grand Congo mais plutôt comme Etats indépendants. Voilà le sens caché, dit-on, de l’omniprésence des forces négatives nationales et étrangères dans cette partie de la République. Si les Congolais arrivent à saisir les enjeux cachés d’une insécurité engagée dans d’interminables prolongations, et comprendre pourquoi le général Bosco Ntaganda et le colonel Makenga, à la tête de nouvelles rébellions qui ensanglantent le Nord-Kivu, ont choisi de battre en retraite jusqu’au Parc de Virunga, c’est déjà un grand pas dans la voie de l’éveil des consciences.

Car, logiquement, ces officiers rebelles, dont l’un se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par la CPI (Cour pénale Internationale) depuis août 2006, ne pouvaient prendre le risque de s’aventurer dans une zone sous contrôle des FARDC, de l’armée ougandaise, des troupes de l’Union Africaine et des observateurs américains occupés à traquer Joseph Koni, le patron de la LRA, autre criminel recherché par la CPI.

Comment expliquer que Bosco Ntaganda ait eu l’idée d’aller camper sur des terres où les patrouilles mixtes congolaises, ougandaises, américaines et de l’UE peuvent procéder à tout moment à son arrestation ? Bizarre ! Le repli des nouveaux insurgés congolais vers la frontière ougandaise est suspect.
Kimp

Balkanisation de la RDC : les Pays-Bas donnent leur position

Par Le Potentiel, lundi 14 mai 2012

C’est avec des mots réconfortants que la représentation diplomatique des Pays-Bas s’adresse au quotidien Le Potentiel, sans le citer nommément : «La sauvegarde de l’intégrité territoriale de la RDC est le point de départ de la politique néerlandaise. Dans l’avenir, les Pays-Bas comptent appuyer la République démocratique du Congo de manière à prendre ses propres responsabilités et trouver des solutions durables aux défis auxquels doit faire face la Nation congolaise – allant de la sécurité, la stabilité, la réduction de la pauvreté jusqu’à la construction d’un Etat de droit et l’amélioration du climat d’affaires».

Toutefois, il semble contre-indiqué de contourner la problématique posée par la rencontre organisée au profit des représentants des pays de la sous-région des Grands Lacs africains, où la RDC y est représentée par «l’Est du Congo». En RDC, des institutions existent auprès de qui des invitations devraient être déposées. Inviter l’Est du Congo serait apporter la preuve que cette partie du pays constitue une entité autonome, donc en dehors de la République démocratique du Congo. Une analyse rigoureuse démontre que le schéma suivi pour le Soudan du sud commence à s’appliquer sur la RDC. En cette période suspecte, il n’est pas de bon ton de morceler, dans les esprits la RDC, alors que de l’autre, l’on prétend travailler pour l’unité du pays. Cette contradiction en rajoute à la confusion qui est déjà à son comble dans cette région où la guerre s’est installée durablement.

Le fait d’insister régulièrement sur l’existence d’une sous composante «Congo oriental» différente de la RDC prise dans ses frontières héritées de la colonisation constitue une tentative de balkaniser le pays. Une stratégie visant à inscrire déjà dans les esprits ce plan qui s’exécute «lentement mais sûrement» malgré toutes les dénonciations répétées. Le gouvernement néerlandais a beau tenter de se disculper mais ses arguments sont loin de convaincre. Un activiste des droits de l’Homme basé aux Pays-Bas révèle dans un article publié sur le site Kongo times que le ministère hollandais aux Affaires étrangères reconnaît que la coopération au développement des Pays-Bas en Afrique passe par deux volets. D’abord, un partenariat bilatéral avec 10 pays au nombre desquels la RDC ne figure pas. Ensuite, une approche régionale, notamment avec la Région des Grands. Et c’est ici que, curieusement, l’Est de la RDC est considéré comme partie prenante. Et sur cette question, les Pays-Bas font un aveu criant dans leur mise au point : «En complément de ce qui précède, une coopération spécifique avec la République démocratique du Congo est mise en œuvre à partir d’une perspective pluriannuelle et régionale. Ici, l’approche est axée sur la région frontalière entre la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda ainsi que le Burundi. L’objectif recherché est de favoriser une paix durable, la sécurité et le développement socio-économique de chacun de ces pays à travers la coopération et des investissements mutuels entre eux». Alors qu’elle cite l’Est du Congo parmi ses partenaires, elle affirme favoriser une paix durable, la sécurité et le développement socio-économique de «chacun de ces pays à travers la coopération et des investissements mutuels entre eux» (sic !).

Dès lors, un doute s’installe quant à l’intention de la Hollande de ne pas considérer l’Est du Congo comme un pays à part. N’est-elle pas parmi les financiers de la controversée STAREC (Stabilisation et Reconstruction de l’Est), une initiative qui, on le sait, n’a pas produit les effets attendus ? Il sied de rappeler que des écrits sur la balkanisation ou la tentative de balkanisation abondent et leurs auteurs n’ont jamais été contestés jusqu’à ce jour.

Mise au point de l’Ambassade des Pays-Bas en RDC

Le 7 mai dernier, un quotidien paraissant à Kinshasa titrait à la «Une» de son édition l’article « Balkanisation de la RDC – Les Pays-Bas rentrent dans la danse». Ce journal prétend que «les Pays-Bas se sont dévoilés comme faisant partie des artisans de la Balkanisation de la RDC». Il est évident que de telles affirmations constituent un grand malentendu. Le journal en question aurait pu facilement éviter que cette erreur se produise, si sa rédaction avait fait bon usage d’un principe journalistique très connu, en demandant à l’Ambassade des Pays-Bas de donner sa version de faits avant la publication de cet article.

Étant donné le caractère infondé de l’article, l’Ambassade estime nécessaire de clarifier la véritable approche des Pays-Bas ainsi que notre coopération pluriannuelle avec la République Démocratique Congo. Tout d’abord, les Pays-Bas sont et restent dans toute l’étendue de la République Démocratique du Congo actifs avec des programmes visant le développement du pays, de son économie et de sa société.

C’est dans ce sens que nous nous sommes engagés à promouvoir l’amélioration du climat des affaires et la coopération économique. A titre d’exemple, le Gouvernement néerlandais cofinance actuellement plusieurs projets d’investissement innovants – par le biais d’un consortium des PME néerlandaises et congolaises – au Bas-Congo, Kinshasa, dans la Province Orientale, au Nord-Kivu, au Katanga et prochainement à l’Equateur. De plus, l’Ambassade planifie la tenue à Kinshasa d’une mission d’affaires vers la fin de septembre 2012.

En effet, les Pays-Bas soutiennent à travers le pays des projets visant entre autres la restauration de l’Etat de droit et le renforcement de droits fondamentaux de tous les Congolais. Le Gouvernement néerlandais fournit également de l’aide humanitaire ainsi que des bourses d’études professionnelles à travers son ambassade à Kinshasa. En complément de ce qui précède, une coopération spécifique avec la République démocratique du Congo est mise en œuvre à partir d’une perspective pluriannuelle et régionale. Ici, l’approche est axée sur la région frontalière entre la République Démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda ainsi que le Burundi. L’objectif recherché est de favoriser une paix durable, la sécurité et le développement socio-économique de chacun de ces pays à travers la coopération et des investissements mutuels entre eux. L’approche néerlandaise est alignée à celle des autorités congolaises et s’associe au «Plan de Stabilisation et la Reconstruction de l’Est» (STAREC) du Gouvernement congolais.

Pour rappel, les Pays-Bas étaient, encore ces dernières années, l’un des principaux bailleurs de fonds du programme STAREC. Plus précisément, la contribution néerlandaise a été utilisée pour renforcer l’autorité de l’Etat aussi bien au Nord qu’au Sud-Kivu. Pour cette fin, des casernes – qui, espérons-le, seront bientôt mises en service – des postes de police et d’autres bâtiments publics ont été financés, mais aussi des routes et des écoles réhabilitées grâce à la contribution du Royaume des Pays-Bas.

Enfin, il y a aussi des organisations non gouvernementales néerlandaises qui tiennent à cœur les relations avec les pays africains. C’est le cas de la NABC (Netherlands African Business Council), une chambre de commerce qui stimule les relations économiques réciproquement avantageuses à travers des voyages d’affaires et des rencontres entre opérateurs économiques néerlandais et africains. En juin 2012, la NABC organisera un séminaire d’information au cours duquel la coopération néerlandaise sera explicitée, y compris le programme pluriannuel et régional mentionné ci-haut. Le séminaire est ouvert aux entreprises intéressées par cette perspective. Pour cette raison, contrairement à ce que le quotidien en question suggère dans son article, aucune invitation n’a été envoyée à une quelconque organisation congolaise ou d’ailleurs.

En résumé, on peut conclure que dans aucun cas, la coopération néerlandaise en République démocratique du Congo – ou encore les activités de la NABC – poursuivent l’objectif de morceler le territoire congolais. Au contraire, la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la RDC est le point de départ de la politique néerlandaise. Dans l’avenir, les Pays-Bas comptent appuyer la République Démocratique du Congo de manière à prendre ses propres responsabilités et trouver des solutions durables aux défis auxquels doit faire face la Nation congolaise – allant de la sécurité, la stabilité, la réduction de la pauvreté jusqu’à la construction d’un Etat de droit et l’amélioration du climat d’affaires.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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