Démanteler le réseau militaire Rwandais au Congo : Maintenant ou Jamais !

17 mai 2012

Actualités

Depuis quelques semaines, les hostilités ont repris au Nord Kivu, replongeant cette partie du pays dans une situation d’instabilité. La source de cette énième crise semble être la décision du président Joseph Kabila d’arrêter l’ancien chef rebelle Bosco Ntaganda, qui est présentement sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Les troupes du CNDP qui sont restées loyales au « Terminator » se sont mutinées et s’opposent depuis la fin du mois d’Avril aux FARDC. La conséquence directe de cette crise est le déplacement forcé de milliers de personnes résidant dans les zones de combat. La gravité de cette situation doit interpeller les dirigeants du pays.

Mais il semble que les autorités du pays ne traitent pas cette situation avec autant de détermination. Lors du premier conseil des ministres, le chef de l’état qui a personnellement présidé cette réunion, a demandé au gouvernement Matata qui vient à peine de voir le jour de tout mettre en œuvre pour sécuriser l’est du pays. Cette position du président de la République, commandant suprême des forces armées, étonne plus d’un observateur. C’est au commandant suprême des forces armées que revient le devoir constitutionnel d’assurer l’intégrité territoriale du pays et de protéger sa souveraineté. Lors de deux guerres du Shaba (Shaba I et Shaba II), le président Mobutu, conscient de son rôle constitutionnel, n’a pas délégué la mission de défendre l’intégrité du pays aux premiers ministres ou autres personnes. On l’a vu au front, diriger les opérations militaires lui-même. Il n’est pas ici question de demander au président Kabila d’user des mêmes stratégies que le président Mobutu (se faire assister des troupes marocaines et françaises, etc.) mais il est étonnant d’apprendre que le président Kabila aurait proteste contre les actions des mutins. Il doit utiliser tous les moyens a sa disposition pour traquer tous les mutins (soldats rwandais infiltrés au sein de l’armée congolaise qu’on a pris l’habitude de présenter a l’opinion nationale et internationale comme des soldats congolais avec des revendications) et les mettre hors d’état de nuire.

Aujourd’hui que l’intégrité du pays est menacée par de troupes rwandaises du CNDP, on a l’impression que le président de la république semble ne pas voir l’urgence et le danger que représente cette crise. Sinon, comment expliquer qu’il ait arrêté les opérations militaires pendant que les FARDC étaient à l’assaut des mutins ? La trêve a donné le temps aux mutins de s’organiser et de s’alimenter en armes depuis le Rwanda. Cela a été le cas avec l’ancien rebelle Laurent Nkunda Batware. Lorsque le gouvernement de transition (de 2003-2006), à travers son vice-président Azarias Ruberwa, avait interdit au vaillant combattant Mbuja Mabe de poursuivre Laurent Nkunda jusqu’à Minova, ce dernier s’est organisé avec l’aide du Rwanda et a conquis plusieurs territoires de l’est du Congo jusqu’à menacer la ville de Goma. Ruberwa avait retiré Mbuja Mabe de l’est du pays. Et pourtant, n’eut été le savoir faire de Mbuja Mabe, Jules Mutebusi et Nkunda Batware auraient continué à faire la loi dans cette partie du pays. Il était de l’intérêt de Ruberwa, Bizima Kahara, Moise Nyarungabo, James Kabarebe, et Paul Kagame, de continuer à voir Laurent Nkunda opérer à l’est du Congo. On se demande même pourquoi Ruberwa n’a jamais été envoyé à la CPI. Ses hommes du RCD-Goma ont commis de crimes inimaginables à l’est du Congo. Le Mapping Report de l’ONU en a donné l’évidence. Au fait, il est étonnant jusqu’à ce jour qu’aucun rebelle tutsi n’a jamais été traduit en justice devant la CPI. Même Bosco Ntaganda Nkunda Batware sont protégés par des forces occultes. Et chaque fois qu’il est question d’arrêter un rebelle tutsi et le juger, les autorités congolaises, qui sont sensés protéger la population congolaise, ont toujours trouvé des excuses pour ne pas le faire. Mais lorsqu’il s’agit des congolais, le gouvernement n’hésite pas de déployer tous les moyens pour le faire. Des cas sont légion : Jean Pierre Bemba, Thomas Lubanga, etc. Il y a lieu de se demander pourquoi le gouvernement congolais a souvent une approche timide envers les rebelles tutsis. On a laissé Nkunda Batware à Minova, il s’est retrouvé à la porte de Goma. Si on laisse Bosco Ntaganda a la frontière avec le Rwanda, il se retrouvera dans quelques semaines à Goma et à Bukavu !

Il est important de noter que la mutinerie qui a commencé le mois dernier n’est pas l’affaire des soldats congolais. Elle est l’affaire des militaires rwandais infiltrés à l’armée congolaise à travers les brassages, mixages, etc. Aussi longtemps que l’on gardera le flou sur cette situation, le Rwanda continuera à déstabiliser l’est du Congo qu’il tient à transformer en une colonie de peuplement et d’exploitation. Il va continuer d’utiliser ses pions au Congo. Il sied de signaler que Sultani Makenga qui vient de remplacer Bosco Ntaganda à la tête du CNDP, rebaptisé M23, est aussi Rwandais. Est-il possible que Kabila n’est pas au courant de cette réalité ? Comment a-t-il confié la direction des opérations militaires et la logistique militaire du Nord Kivu à ces rwandais qui refusent de quitter l’est du Congo? Tant que l’on ne présentera pas cette situation clairement, le cercle vicieux de guerre va continuer pendant des années. Il est temps que ce jeux prenne fin.

Les observateurs avisés ont compris le rôle que joue le Rwanda dans la crise à l’est du Congo. Les 25 tonnes d’armes trouvées dans la ferme de Bosco Ntaganda proviennent sans nul doute du Rwanda. Aussi, les soldats qui combattent avec « Terminator » sont tous d’origine Rwandaise comme le chef rebelle lui-même. Le mandat d’arrêt émis par la CPI l’atteste clairement. Bosco Ntaganda est né au Rwanda, des parents rwandais. Il a étudié au Rwanda et a fait partie de l’armée Rwandaise avant de venir au Congo en 1996 avec d’autres soldats rwandais comme James Kabarebe, Jules Mutebusi, Nkunda Batware, et autres. Le gouvernement Rwandais se moque de la RDC quand il propose une médiation entre la RDC et les mutins du CNDP (sa branche armée en RDC). Il veut gagner du temps. Ce n’est pas un hasard que les mutins se campent dans une zone qui partage une frontière avec le Rwanda. La RDC doit remettre l’ascenseur au Rwanda en proposant une médiation entre le Rwanda et les FDLR. Si les autorités rwandaises ne peuvent pas négocier avec les FDLR, pourquoi croient-elles que le Congo doit le faire avec le CNDP ?

Le président Kabila doit traiter la question de l’insécurité à l’est du pays avec la même fermeté qu’il a traité la crise de Dongo à l’Equateur où les mutins ont été neutralisés complètement. Il doit traiter cette question avec la même détermination qu’il a traité la question de Bundu dia Kongo ; sinon comment expliquer que l’on prenne des actions décisives quand il s’agit d’autres coins du pays mais que l’on tergiverse lors qu’il s’agit des conflits avec les tutsis à l’est du Congo. Cela risque de créditer une certaine opinion qui circule arguant qu’il y a complicité entre le Rwanda et le sommet de l’état congolais.

Laisser les mutins le temps d’établir des bases au Park Virunga ou ailleurs à l’est du Congo relève d’une haute trahison. Il faut les pourchasser jusqu’à ce qu’ils quittent le territoire Congolais. Aussi, le gouvernement Congolais ne doit pas envoyer les anciens rebelles du CNDP pour aller combattre les mutins. Il y a trop de chance de trahison. Il faut envoyer les troupes d’ailleurs (basées au Katanga, Bas-Congo, Bandundu, Equateur, Kasai, etc.) pour faire ce travail. Le président Kabila ne doit pas se contenter à protester contre la guerre à l’est du Congo et se lancer dans des négociations stériles avec le Rwanda. Consulter les députés ressortissant de l’est n’est pas une mauvaise idée mais ce qui importe, c’est d’agir pour la sécurisation de l’est. Le Rwanda ne peut intervenir ouvertement au Congo en ce moment comme il l’a fait jusque-là pour soutenir un criminel sur qui pèse un mandat d’arrêt international. Ce serait un suicide politique pour le président Paul Kagame. Le président Kabila doit donc mettre tout le paquet pour, une fois pour toute, mettre fin à ce cycle de déstabilisation de l’est du Congo par des pays voisins. Le moment est plus que propice. Ne pas le faire est un motif de démission, de complaisance, et de haute trahison. On ne modernise pas un pays qu’on ne peut pas sécuriser.

Congo Vision
Publié le 16 mai 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22