26/05/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI

26/05/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI (CongoForum)
La présence de documents photographiques dans notre section « étrangère » nus oblige
à publier cette RP en PDF. Toutes nos excuses à ceux à qui cela causera des
désagréments. Parmi les rares sujets évoqués dans les colonnes des quelques journaux
parus ce week-end figure l’inauguration du centre régional Huawei par Joseph Kabila. Il
est également fait état de la préparation bâclée de l’équipe nationale de football ainsi que
de la circulation d’un document séditieux sur la balkanisation de la RDC. Cela laisse de la
place pour rappeler la situation générale : Les élections du 28/11/11 ont donné des
résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu
lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des
urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et
vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les
chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels
constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est
nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a
entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les
résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne
relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort
de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui
suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait
accompli.

NTIC
Le Potentiel annonce l’inauguration par Joseph Kabila du centre régional Huawei de
formation des experts. Le confrère rapporte, à cet effet, que la coopération bilatérale
RDC-Chine se renforce davantage avec l’ouverture à Kinshasa par l’équipementier chinois
Huawei du centre régional de formation des experts en télécommunication (NTIC). Son
aire de couverture est l’ensemble des pays francophones d’Afrique et sa capacité
d’accueil est de 2.000 stagiaires par an. Huawei, qui a investi 45 millions USD dans ce
projet, s’est installé en RDC en 2004. Huawei est en mesure de mettre à la disposition
des autorités congolaises des infrastructures adéquates pour le recensement de la
population, la fabrication des cartes d’identité et le fichier électoral de prochains scrutins,
a assuré Guo Tianmin, vice-président supérieur de ce major chinois des
télécommunications.
Sport
Dans son article intitulé : « Les « surdoués » interpellés », Le Potentiel déplore la
préparation bâclée des Léopards. En effet, le quotidien de l’avenue Bas-Congo dans la
commune de la Gombe note le manque de planification, l’insuffisance d’infrastructures
sportives, l’improvisation, l’absence de politique de développement. Pour ce journal, le
gouvernement des « surdoués » ne fait pas montre d’une ligne de conduite claire de la
gestion du sport, particulièrement le football. Le Potentiel fait remarquer qu’au-delà des
clivages politiques et ethno-tribaux, le sport est le seul secteur dans lequel l’identité
nationale congolaise trouve encore un sens.
Balkanisation
Le Libre Débat signale que dans un document hyper séditieux en circulation « Le
député Ne Muanda Nsemi exige la balkanisation de la RDC ».
Ce journal rapporte que la restauration du prestigieux Royaume Kongo demeure un rêve
idyllique mais utopique de bon nombre des fils (surtout) Ne-Kongo ; ressortissants de
l’actuel Congo central. Ces « illuminés », on le rencontre dans la classe des intellectuels
notamment. Le Libre Débat interpelle les institutions nationales sur la gravité des
ambitions séditieuses émanant d’un membre de l’Assemblée nationale, ambitions qui
menacent l’unité nationale et l’intégrité du territoire.
Presse et documents internationaux
RDC – La députée congolaise déterminée à compenser le déficit en nombre par
la qualité à l’Hémicycle
DIA (agence catholique d’information) – 23 Mai 2012 09:15
Kinshasa, le 23 mai 2012 – (D.I.A.) – A l’Assemblée Nationale, au cours de la plénière du
mercredi 09 mai dernier, après la réaction du Premier Ministre aux questions des
députés, l’Honorable Jaynet Kabila sollicite et obtient du Président de la séance une
motion préjudicielle. Vu la qualité de l’interpellatrice qui n’est autre que la soeur jumelle
du Chef de l’Etat, le moment est solennel et il n’est pas sans rappeler un autre où le
souffle de tout un peuple fut suspendu à l’apparition de son frère sur l’écran de la
Télévision nationale à l’occasion de sa première adresse à la nation le 27 janvier 2001.
D’une voix calme qui révèle une parfaite maîtrise de l’art de la communication et dans un
français sans accent, à la surprise générale pour la majorité d’entre nous, elle fait
remarquer au Premier Ministre que son programme repose pour l’essentiel sur des
supputations en ce qui concerne le nombre de la population congolaise. Supputations
basées sur un recensement scientifique vieux de près de 30 ans réalisé en 1984 et ne
pouvant de ce fait constituer une base fiable pour la planification du développement du
pays. Elle propose que le recensement général des populations soit inscrit en bonne place
au programme du gouvernement comme septième grand objectif à atteindre au cours du
quinquennat. L’Hémicycle porte la motion en ovations appuyées !
L’opportunité et la pertinence de cette motion
Le programme du Gouvernement sort des sentiers battus par son ambition, sa cohérence
et son réalisme. Il innove surtout avec la mise en place des mécanismes clairs et précis
de pilotage, de mise en oeuvre et de suivi-évaluation. Le contraire eût étonné quand on
sait que ce programme est l’oeuvre de la crème de notre crème. Outre ses qualités
indiscutables de technocrate et sa grande maîtrise des rouages du financement
international, Matata Ponyo est sans nul doute, dans ce Gouvernement, celui qui, après
le Chef de l’Etat, peut réellement se targuer de connaître le Congo profond. Il a en effet
dirigé le BCECO pendant plus de cinq ans. Et qui dit BCECO, dit construction et
réhabilitation des centaines d’écoles, de ponts, de marchés, de centres de santé, de
homes de vieillards…à travers tous les districts et toutes les provinces de notre pays.
Ceux qui le connaissent de près affirment qu’il a des atouts indéniables (si on lui laisse
les mains libres bien entendu) pour mettre l’équipe gouvernementale au travail et lui
imposer son propre rythme.
Mais, le programme du Gouvernement reste une oeuvre humaine et donc perfectible.
Quand on lit et relit ce programme, on note qu’au point 4.1.2 il y est question de «
finaliser le processus de constitution et d’entretien du fichier de l’état civil ». Et au point
suivant, 4.1.3, le programme parle de la poursuite du recensement général des agents et
fonctionnaires de l’Etat. Mais l’un et l’autre ne remplacent pas justement le
dénombrement général des populations. Ce dernier implique la prise en compte de bien
d’autres informations au-delà du simple état civil des citoyens. Donc, manifestement, il
s’agit bel et bien d’une omission. Mais, alors une curieuse omission, car le programme
égraine une liste de déficits (taux de desserte en eau potable, taux de desserte en
électricité, l’offre de transport urbain, regroupement de villages etc.) auxquels une
réponse adéquate ne peut raisonnablement être apportée en l’absence d’une estimation
fiable de nos populations.
Ceci est d’autant plus vrai que ce recensement est attendu depuis longtemps par tout un
peuple qui espère ainsi enfin obtenir une pièce d’identité digne de ce nom. En effet,
depuis la disparition de la circulation de la carte « accordéon » tricolore qui attestait à la
fois de la nationalité et de l’adhésion au MPR dès la naissance pour tout Congolais, il
n’est plus facile de savoir qui est Congolais et qui ne l’est pas. Ceux qui sont convaincus
de l’être ne savent pas le prouver ! Et Dans l’entre-temps, le pays doit gérer des conflits
déclarés ou latents du fait que certaines populations prônent leur appartenance à des
groupes minoritaires en vertu de laquelle ils revendiquent des mesures de protection
particulière et l’équité dans la représentativité au niveau des institutions nationales sans
que personne ne puisse dire, en s’appuyant sur des données non sujettes à débat, si
elles ont raison ou pas.
Le problème est crucial et c’est pour cette raison que sous le Gouvernement sortant, il
avait déjà fait l’objet du Décret n°09/32 du 08 août 2009 prescrivant le recensement
général de la population et de l’habitat en RDC, suivi d’un autre en août 2011 créant le
Bureau national de recensement. L’ONU recommande que chaque pays membre procède
au dénombrement de sa population une fois au moins tous les dix ans. Et la RDC serait,
selon le FNUAP, le seul pays africain qui n’a pas organisé le recensement de sa
population pendant plus de 20 ans. Quand un pays sort d’un conflit ou change de régime,
il est indiqué qu’il connaisse la situation réelle de sa population, car tous les plans de
développement se basent sur ce chiffre. Aux Etats-Unis, le décompte individuel des
Américains est inscrit dans la Constitution. C’est donc opportun que le souci d’une
planification rationnelle de tous les domaines de la vie des Congolais ait justifié cette
motion et plus encore l’exigence que le recensement soit ajouté au programme du
Gouvernement comme condition de son acceptation et de l’investiture du nouveau
Gouvernement.
Le recensement n’est d’ailleurs pas tout ce qui manque dans ce programme. On peut
aussi signaler le fait qu’il s’attarde longuement sur les réformes institutionnelles
nécessaires dans le secteur du transport multimodal sans que l’accent ne soit mis sur la
nécessité de la mise en place d’une autorité de régulation sans laquelle le partenariat
public-privé et le « Build-Operate-Transfert » (BOT) risqueraient de s’avérer ingérables.
En son temps, une trentaine de congolais avait été formée à l’extérieur et sur fonds
publics par le Copirep dans la perspective de la mise en place de ladite autorité plus
personne n’en parle aujourd’hui. Il y a lieu de déplorer également l’absence d’une vision
claire au sujet de la réduction de la dépendance du pays vis-à-vis de l’expertise
extérieure. Prenez à titre d’exemple le cas de la réforme des entreprises publiques. Vous
remarquerez qu’en termes de chiffre d’affaires 98% des marchés sont remportés par les
consultants étrangers (le volet Consultance a coûté près de USD 100 millions). On aurait
aimé voir ce problème inscrit en bonne place dans ce programme, car le pays ne manque
pas de compétences, il suffi de les organiser et ou de les attirer au pays. De même, la
culture qui semble être le mal-aimé de la Troisième République occupe une place
accessoire dans ce programme. Elle n’est pas présentée comme le fondement même de
notre développement. On ne voit pas clairement la vision du gouvernement quant à la
promotion du livre, du film et du théâtre exportables…
Le recensement et son histoire
On trouve les traces des premiers recensements chez les anciens Egyptiens, les Chinois
et les Inca. Certains d’entre eux dateraient de 4000 ans avant JC. Le recensement
antique le plus célèbre semble être celui décrété par Quirinius, gouverneur de Syrie, qui
eut lieu en Judée à la naissance de Jésus-Christ et dont parle l’Evangéliste Luc 2:2 : «Or,
un édit de César Auguste ordonna le recensement de tout le monde habité (…). Et tous
allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. » (Gardons-nous d’évoquer ici la
controverse suscitée par l’historien Joseph Flavius quant à la date exacte où ce
recensement eut lieu par rapport à la date de naissance de Jésus). Rappelons cependant
que si aujourd’hui le recensement est un outil d’aide à la prévision économique, il n’en
était pas ainsi à ses origines où il servait souvent à préparer la guerre par l’inventaire des
moyens disponibles susceptibles d’être réquisitionnés ou encore à des fins fiscales. C’est
ainsi que celui décrété par la dynastie des Han en Chine en l’an 2 avait pour but de
déterminer les revenus et le nombre des soldats mobilisables. En avril 2010, l’Inde a
mobilisé plus de 2 millions de fonctionnaires pour la plus grande campagne de
recensement décennal de l’histoire de l’humanité.
De nos jours, le recensement porte sur le nombre d’habitants, leur sexe, leur âge, leur
profession, leurs conditions de logement (taille et type de logement), leurs déplacements
domicile-travail ou domicile-études, leurs modes de transport. Les données personnelles
ne sont pas généralement omises. Il s’agit de noms, prénoms, adresses physique et
électronique, numéro de téléphone, date de naissance, numéro de sécurité sociale,
numéro de carte de paiement, plaque d’immatriculation d’un véhicule, la photo ainsi que
les données biométriques ou identifiants universels tels que l’empreinte digitale, l’ADN et
les données médicales (ce fut le cas du recensement indien de 2010 où les données
biométriques de tous les citoyens âgés de plus de 15 ans furent recueillies). Parfois,
d’autres données personnelles interviennent : la religion, la langue et la race comme aux
Etats-Unis, par exemple. Au Rwanda, jusqu’il y a peu, l’« ethnie » tutsi ou hutu y figurait
en bonne place. L’obtention des données personnelles sensibles est généralement rendue
possible grâce au recours à un questionnaire préparé à cet effet. Dans certains pays elle
est réglementée par des lois. En Italie et au Royaume-Uni, par exemple, les indications
relatives à la santé et le handicap font partie des questions du recensement sans
toutefois que la réponse soit obligatoire. En France, par exemple, le questionnaire du
recensement comprend 15 questions relatives aux caractéristiques et au confort du
logement ainsi qu’à la composition du ménage, et 25 questions s’articulent autour de
l’âge, du lieu de naissance, de la nationalité, du niveau d’études, du lieu de résidence 1
an plus tôt et de l’activité professionnelle. Ces questions concernent toutes les personnes
vivant dans l’habitat concerné.
Le recensement est basé sur la confiance. L’inclusion de certaines données dans le
processus du recensement exige beaucoup de précaution de la part de l’autorité
organisatrice, car certaines données peuvent susciter la méfiance et empêcher l’adhésion
de tous. D’autres, par contre, peuvent être cause de conflits aux conséquences
incalculables tels qu’expérimentés au Rwanda en 1994 (avec la notion d’ethnie dans la
carte d’identité) et en Côte d’Ivoire (avec la mention « d’origine ivoirienne »). Là où la
France s’interdit d’inclure les statistiques ethniques dans son recensement, celles-ci se
sont avérées très utiles dans les Balkans après le conflit de l’ex-Yougoslavie. Dans ce
cas, les accords de paix prévoyaient, nous rappelle Patrick Festy, (chercheur à l’Ined,
Institut national d’études démographiques français) « entre autres, que les recensements
servent de référence pour déterminer les équilibres de population ».
Le recensement est une opération coûteuse. Son coût est évalué à 173 millions de dollars
américains par l’UNFPA pour la RDC. Elle a coûté récemment 800 millions de dollars
américains au Brésil. C’est pour cette raison qu’un pays comme la France, après avoir
organisé un recensement tous les 5 ans jusqu’en 1936 et puis de 1946 à 1999 sur un
intervalle variant entre 6 et 9 ans estime depuis quelque temps disposer des données de
base fiables pour se contenter désormais de simples enquêtes annuelles permettant
d’appréhender tout simplement les mouvements des populations en lieu et place d’un
recensement général.
A quoi sert un recensement ?
Pour un pays post-conflit, comme la RDC, le recensement serait un signal fort montrant
que le pays retrouve la paix et la sérénité, qu’il s’apprête à s’engager résolument sur la
voie de son redressement et de sa réorganisation. Le recensement obéit à deux
principes: l’universalité et la simultanéité. Tous les résidents sur le territoire concerné
sont recensés y compris les étrangers, les sans-papier éventuels et les sans-abri. De ce
fait, l’opération doit être réalisée sur une période courte. Il s’agit d’avoir la photographie
des populations à un moment donné. Les informations recueillies lors d’un recensement
n’intéressent pas que l’Etat. Elles sont également précieuses pour les entreprises, les
chercheurs dans les domaines les plus divers, les entrepreneurs, etc. Elles permettent,
entre autres, l’élaboration des politiques sociales et des infrastructures à construire dans
les villes, les communes jusqu’au niveau des quartiers, et ce, pour les populations de
tous âges : transports en commun, logement, centres d’accueil, homes de vieillards,
installations culturelles et sportives, lieux de loisirs, etc. Pour les entrepreneurs,
l’implantation des entreprises et les politiques de marketing reposent souvent sur les
données démographiques. Les urbanistes s’en servent toujours pour réaliser des édifices
et installations à caractère public. Chacun dans la société peut trouver son compte dans
l’acte de recensement. Patrick Festy le dit en ces termes : «XUne force essentielle du
recensement est d’être décliné à tous les niveaux géographiques possibles, du pays
entier à la division la plus fine. Toutes les activités humaines sont susceptibles d’en tirer
profitX». Le recensement a donc pour but de fournir des informations fiables et actuelles
ayant un caractère précieux pour la planification du développement et le suivi des
politiques et programmes mis en place. Quand on s’en prive, on navigue à vue.
Un autre bienfait du recensement, et non le moindre, est sa contribution à la paix et à la
résolution des querelles et des conflits. Ceci est vrai là où il y a des rivalités entre les
communautés ou des querelles ethniques quand des groupes hétérogènes partagent en
commun un territoire. Dans ce type de cas le recensement peut aider à asseoir les droits
légaux des uns et des autres sur des bases objectives et susceptibles d’être acceptées
par tous surtout lorsque ces droits sont « attachés à la taille des groupes d’individus : le
nombre de députés et d’élus locaux en dépend, comme les subventions versées aux
communes, le droit d’ouvrir une pharmacie… », nous dit Patrick Festy. Et, concernant les
droits des minorités, Paolo Valente, responsable du recensement à la Commission
économique pour l’Europe des Nations Unies dit de son côté : « Seul le recensement peut
donner des informations sur de petits groupes de population, ou des situations rares ne
concernant qu’une minorité. Il descend à un niveau de détail poussé ».
Attention à la manipulation des chiffres de la population
Paul Cheung (un démographe onusien) constate qu’ « en Afrique, le recensement peut
être un moyen d’aider la population, en dressant la carte de la pauvreté et des zones
vulnérables qui ont besoin d’une aide sanitaire ». C’est sur cette base que généralement
des campagnes de vaccination, des constructions de dispensaires et autres équipements
sanitaires sont envisagés par les gouvernements et les ONG. A ce propos, l’exemple de la
Kibera est riche d’enseignements. Située au sud de la capitale kenyane, Nairobi, la cité
de Kibera a été présentée pendant longtemps au monde comme étant le plus grand
bidonville d’Afrique. Les ONG occidentales lui donnaient de 1 à plusieurs millions
d’habitants avec une densité moyenne de plus de 2000 personnes par hectare. De ce
fait, Kibera connut la plus grande concentration des ONG au km2 en Afrique. En 2009,
cependant, le recensement de la population et du logement au Kenya ne pu dénombrer
que 200 000 résidents à Kibera ! La RDC n’est pas à l’abri des surprises du genre.
Quelle est l’autorité organisatrice du recensement en RDC ?
Le Décret du mois d’août 2009 évoqué ci-dessus place l’organisation du recensement
général des populations sous la responsabilité du Ministre du Plan qui a en charge
l’Institut National de la Statistique. Ceci est en accord avec la pratique dans d’autres
pays qui associent le recensement à une enquête et le confie de ce fait aux structures
nationales chargées de la statistique. C’est le cas aujourd’hui en France où le
dénombrement de la population est organisé par l’INSEE (Institut national de la
statistique et des études économiques). En Belgique, le recensement est organisé par le
Bureau de Statistique Générale et la Commission centrale de Statistique. Mais, dans le
monde moderne où nous vivons et compte tenu de nos ambitions pour l’émergence, la
collecte des résultats du recensement a pour finalité de doter le pays d’une base de
données nationale appelée aussi fichier central sur la population, ses activités
économiques et les caractéristiques de logement au niveau régional, communal et
quartier ainsi que toutes les autres informations de nature à faciliter la planification du
développement. La responsabilité de la mise en place et de la gestion de cette base de
données relève du Ministère ayant en charge les affaires intérieures. Pour la RDC, pareil
fichier contenant les données biométriques de la population présentera l’avantage
d’éviter au pays la situation actuelle où chacun a son propre fichier : le casier judiciaire,
les banques, la Fonction publique, la CENI, le système pénitentiaire sans que tous ces
différents fichiers soient reliés entre eux. Si le pays s’était déjà doté de cette base de
données, il se serait épargné de soupçons que l’on a connus autour du fichier électoral,
car en l’occurrence, ce dernier aurait été inutile. Une politique efficace de microcrédits ne
peut pas non plus se passer d’un pareil fichier. Dans le cas particulier de la RDC, cette
base de données sera également un outil précieux de gestion des flux migratoires
transfrontaliers à la base des conflits récurrents que le pays n’a pas arrêté
d’expérimenter.
Leçons à tirer de la motion préjudicielle de l’Honorable J. Kabila
Les matières abordées dans un Parlement relèvent de domaines les plus divers. Aucun
député ne peut seul justifier des compétences requises pour apporter une contribution
appréciable dans chacun d’entre eux. D’où, la nécessité pour les parlementaires de
s’entourer des conseillers et d’un personnel polyvalent s’ils tiennent à marquer leur
passage au Parlement. La présence de deux frères du Chef de l’Etat dans l’Hémicycle
(que l’on ne peut imaginer sans sa caution personnelle) est manifestement le reflet de
l’intérêt qu’il porte à cet organe. Pour le « gender » en particulier, la préoccupation pour
l’honorable J. Kabila est peut-être de siffler la fin de la figuration et surtout compenser le
déficit en représentativité par la qualité des interventions. Le temps nous permettra d’y
avoir plus clair.
Kinshasa et Kigali doivent mettre fin à l’impunité des criminels de guerre
congolais
(Clément Boursin – Le Monde – 23/05/2012)
Au moins deux criminels de guerre congolais séjournent au Rwanda sans être inquiétés
par la justice… Le colonel Laurent Nkunda, ex-chef du Conseil national pour la défense
du peuple (CNDP), est en résidence surveillée et ne semble faire l’objet d’aucune
poursuite judiciaire depuis son arrestation le 22 janvier 2009. Quand il était officier
supérieur du Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma (RCD-Goma), puis chef
du CNDP, ses soldats ont violé, torturé, exécuté des milliers de personnes à Kisangani en
mai 2002, à Bukavu en mai et juin 2004 et à Kiwanja en novembre 2008, trois localités
situées dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le colonel Jules
Mutebutsi, ancien officier du RCD-Goma, a quant à lui disparu du paysage médiatique fin
2010 après s’être établi en toute liberté au Rwanda. Il est pourtant suspecté d’avoir
commis des crimes de guerre, notamment lors de l’invasion de la ville de Bukavu en juin
2004.
Tous deux ont été un temps le bras armé du Rwanda dans l’est de la RDC. Ils ont
organisé le pillage des ressources naturelles congolaises au profit du Rwanda et de
certains militaires. Après que la communauté internationale a exprimé son indignation, ils
ont été évincés et remplacés. Toutefois, faute de pression des autorités congolaises et
internationales, les autorités rwandaises ne les ont jamais inquiétés…
Le successeur de Laurent Nkunda, Bosco Ntaganda, ex-CNDP devenu général des Forces
armées de la RDC (FARDC), a eu longtemps pignon sur rue à Goma, dans l’est de la RDC,
mais également au Rwanda, où il pouvait circuler en toute liberté. Kinshasa et Kigali lui
avaient donné pour mission de combattre les Forces démocratiques de libération du
Rwanda (FDLR) et de permettre la réintégration des soldats du CNDP dans les FARDC. Il
était pourtant recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre.
Selon un rapport du groupe d’experts des Nations unies sur la RDC de décembre 2011,
Bosco Ntaganda s’est rendu à de nombreuses reprises au Rwanda en 2011, dont deux
fois de manière officielle, avec l’accord des services de l’immigration rwandais. Il a aussi
organisé le trafic de minerais entre la RDC et le Rwanda sans qu’interviennent les Forces
de défense rwandaises (FDR).
Les très nombreuses informations relatives à Bosco Ntaganda contenues dans le rapport
du groupe d’experts démontrent, exemples à l’appui, les activités criminelles de Bosco
Ntaganda et la connivence des plus hautes autorités congolaises et rwandaises pour le
protéger. Le pouvoir en place à Kinshasa s’est notamment appuyé sur Bosco Ntaganda et
le CNDP pour assurer son emprise sur les électeurs du Nord et du Sud-Kivu lors de
l’élection présidentielle de 2011. Grâce aux intimidations et aux fraudes commises par
des éléments du CNDP, le président sortant a remporté de nombreuses voix dans l’est de
la RDC. Y a-t-il eu un échange tacite permettant à Bosco Ntaganda de continuer ses
activités de contrebandiers en toute liberté ?
La révélation des liens entre le Rwanda et Bosco Ntaganda contenue dans le rapport
d’experts des Nations unies sur la RDC a embarrassé les autorités rwandaises. La
condamnation pour crimes de guerre, le 14 mars, de l’ancien chef de Bosco Ntaganda,
Thomas Lubanga, par la CPI pour avoir enrôlé des enfants soldats en 2002-2003 pendant
la guerre civile en Ituri, a de nouveau poussé la communauté internationale à demander
l’arrestation et le transfert de Bosco Ntaganda vers la CPI pour être jugé des mêmes
crimes.
Dans ce contexte, les autorités congolaises et rwandaises se sont certainement demandé
si Bosco Ntaganda pouvait continuer à servir leurs intérêts respectifs dans l’est de la
RDC. Sentant le vent tourner, Bosco Ntaganda a fomenté des troubles dans l’est du pays
et après des combats violents avec les FARDC, il s’est réfugié dans le parc de la Virunga,
en RDC. Dans le même temps, un nouveau mouvement rebelle issu du CNDP s’est créé,
le Mouvement du 23 mars (M23). Il est dirigé par le colonel Sultani Makenga. Ce colonel
ne serait-il pas le remplaçant de Bosco Ntaganda destiné à assurer la continuité de la
mainmise rwandaise sur l’est de la RDC ?
Il semble peu probable que les autorités rwandaises décident de remettre Bosco
Ntaganda à la CPI. Il en sait trop. Mais le laisser se faire tuer par l’armée congolaise
serait assez embarrassant… Si les autorités rwandaises ne le protègent pas, comment
s’assurer que son successeur leur sera fidèle ?
La communauté internationale doit veiller à ce que toute solution politique négociée ne
se fasse pas au détriment de la lutte contre l’impunité. Son message doit être ferme.
L’argument selon lequel arrêter et remettre Bosco Ntaganda à la CPI nuirait à la
pacification de l’est de la RDC n’est pas acceptable.
L’impunité des criminels de guerre, notamment celle de Jules Mutebutsi et de Laurent
Nkunda, a maintenu cette partie du territoire congolais dans l’anarchie et concourt à la
dégradation de la situation dans la région. Ce n’est pas l’arrestation et le transfert de
Bosco Ntaganda vers la CPI qui risquent d’aggraver une situation déjà conflictuelle mais
bien la convoitise que suscitent les richesses locales. En effet, le vide laissé ces dernières
semaines par le CNDP autour des sites miniers et des routes commerciales dans l’est de
la RDC constitue une occasion à saisir pour d’autres forces armées de la région (Maï Maï,
FDLR…).
Les autorités congolaises et rwandaises ont la responsabilité de coopérer pour mettre fin
à l’impunité des principaux responsables des graves violations des droits de l’homme
commises en RDC. Il s’agit aussi d’adresser un message clair aux chefs de guerre qui se
battent pour le contrôle des ressources naturelles de la région : l’impunité n’est plus de
mise.
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Clément Boursin est responsable des programmes Afrique, Action des chrétiens pour
l’abolition de la torture (ACAT-France). Fondée en 1974, l’ACAT défend les valeurs
universelles des droits de l’homme et du droit humanitaire et la nécessité de les
respecter.
Afrique-Amérique du Sud : le Brésil aux premières loges
Jean-Michel Meyer – Jeune Afrique – 23/05/2012
Prévu les 15 et 16 mai, le sommet Afrique-Amérique du Sud a été reporté sine die. Mais
si ses voisins latino-américains manquent d’empressement, le Brésil s’implante
durablement sur le continent. Avec comme fer de lance des champions nationaux tels
que Petrobras, Vale, Embraer ou Odebrecht.
Dans le ciel d’un Sahel sous tension, les patrouilles aériennes se multiplient. Avec
Embraer, l’un de ses fleurons industriels et troisième constructeur aéronautique mondial,
le Brésil participe, même indirectement, à la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique
(Aqmi) et la rébellion touarègue. Le groupe vient en effet de vendre trois Super Tucano
au Burkina Faso et quatre à la Mauritanie. L’acquisition de ces avions d’attaque au sol par
Ouagadougou et Nouakchott ainsi que par Luanda (l’Angola a commandé six appareils)
pour un total de 180 millions de dollars (près de 135 millions d’euros) a été révélée le
28 mars par le constructeur. « Le Super Tucano est très efficace et offre de faibles coûts
d’exploitation. Ses capacités dans la surveillance aérienne et dans des missions contreinsurrectionnelles
en font un appareil idéal pour l’Afrique et plusieurs autres pays sont
intéressés », a assuré à cette occasion Luiz Carlos Aguiar, le patron de la branche
défense et sécurité d’Embraer.
Dans le domaine civil, le brésilien a déjà commercialisé en Afrique environ 150 avions de
transport régional de 70 à 120 places et veut doubler ce chiffre dans les vingt ans.
Présent, enfin, dans l’aviation d’affaires, le constructeur a signé en 2011 un accord de
partenariat avec le nigérian Barbedos Group, spécialisé dans la location.
Les succès d’Embraer sur le continent illustrent la prééminence du Brésil dans les
relations commerciales entre l’Amérique latine et l’Afrique et soulignent dans le même
temps la timidité des autres poids lourds latino-américains. Régulièrement annoncée,
l’arrivée de groupes agro-industriels argentins n’a toujours pas abouti. Il en va de même
pour le magnat mexicain des télécoms Carlos Slim, dont le groupe, América Móvil,
contrôle environ 70 % du marché national de la téléphonie mobile. En octobre 2011, il a
affirmé vouloir investir en Afrique, avec le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud pour
premières cibles. Mais c’est en Europe qu’il s’apprête à débourser 2,6 milliards d’euros
pour monter au capital du néerlandais KPN.
La coopération Sud-Sud repose sur le Brésil.
C’est donc sans grande surprise que l’Union africaine (UA) a annoncé le 8 mai le report à
une date inconnue, « à la demande du côté sud-américain », du troisième sommet
Afrique-Amérique du Sud (Africa-South America, ASA), prévu les 15 et 16 mai à Malabo.
Le fait que les principaux artisans de cette coopération Sud-Sud aient été Mouammar
Kaddafi et Hugo Chávez peut expliquer ce report.
Mais rien de tel avec les Brésiliens. Organisée par la Banque nationale du développement
économique et social (BNDES), la rencontre Brésil-Afrique a bien eu lieu le 3 mai à Rio de
Janeiro, en présence de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva et de représentants
de grandes entreprises du pays. À cette occasion, la banque BTG Pactual a annoncé la
création d’un fonds de 1 milliard de dollars pour investir dans l’énergie, les
infrastructures et l’agriculture en Afrique.
« C’est la démonstration de l’énorme confiance du Brésil envers cette région », a
commenté son PDG, André Esteves. « Le Brésil est désormais la sixième économie
mondiale et nous avons des responsabilités dans ce monde globalisé. Après la crise
internationale, dont ni le Brésil ni l’Afrique ne sont à l’origine, nous avons besoin de
raffermir nos relations et nos liens économiques », a justifié de son côté Lula. C’est sous
sa présidence, entre 2003 et 2010, que les échanges commerciaux entre son pays et le
continent ont décollé, atteignant 20 milliards de dollars à la fin de son mandat (voir
infographie). Plus de 80 % des importations brésiliennes sont des hydrocarbures et des
matières premières. Quant aux exportations vers l’Afrique, elles se composent surtout de
produits alimentaires et de biens d’équipement. Les entreprises brésiliennes sont
présentes dans plus d’une vingtaine de pays, le Nigeria (32 % des échanges), l’Angola
(16 %), l’Algérie (12 %), l’Afrique du Sud (10 %) et la Libye (7 %, avant le conflit) étant
leurs principaux marchés.
Embraer, Odebrecht, Vale et Petrobras
Comme avec Embraer, le Brésil s’appuie sur ses grands groupes pour pénétrer le marché
africain, où ils ont investi plus de 10 milliards de dollars en 2009. Le géant pétrolier
Petrobras extrait près de 57 500 barils par jour sur le continent, soit 24 % de sa
production mondiale. Sur la période 2009-2013, il aura engagé 900 millions de dollars en
Angola et 2 milliards au Nigeria. Son compatriote Vale (mines) consacrera à l’Afrique
9,1 % des 12,9 milliards de dollars d’investissements qu’il débloquera en 2012. Dans les
deux ans, le groupe aura lancé l’exploitation du gisement de fer de Simandou, en Guinée
(1,2 milliard de dollars d’investissements), et développé celle de la mine de charbon de
Moatize, au Mozambique (2 milliards), en mettant en place le corridor ferroviaire qui doit
la relier à la mer (4,4 milliards).
De son côté, le groupe de BTP Odebrecht a mis un pied en Angola en 1984 pour la
construction de la centrale hydroélectrique de Capanda (520 MW). Il y compte
aujourd’hui 16 000 salariés. Odebrecht s’est diversifié dans le diamant, les biocarburants,
l’immobilier et affiche une présence dans une dizaine de pays, dont le Gabon, le Congo et
Djibouti.
Dans l’agriculture enfin, le Brésil veut exporter sa « révolution verte ». Le deuxième
producteur mondial d’éthanol (après les États-Unis) a en projet plus de 6 milliards de
dollars d’investissements dans les biocarburants au Mozambique, en Angola, au Congo et
au Nigeria. Dans le domaine alimentaire, Brasília multiplie les accords : culture du riz au
Sénégal, produits laitiers en Tanzanie…
« Les possibilités d’investissement en Afrique sont extraordinaires », assure Luciano
Coutinho, le président de la BNDES. L’institution a déjà investi 7 à 8 milliards de dollars
pour suivre ses nationaux en Afrique et cherche à y financer des projets dans
l’agriculture, l’énergie, les transports, les nouvelles technologies ou les services
bancaires. « Nous évaluons le potentiel de coopération dans les infrastructures, le
secteur privé, l’intégration régionale et l’agriculture », complète Mthuli Ncube,
économiste en chef de la Banque africaine de développement.
Hollande et l’Afrique : un continent, sept priorités
Pascal Airault, Cherif Ouazani et Philippe Perdrix – Jeune Afrique – 22/05/2012
Le candidat Hollande en a très peu parlé durant la campagne. Mais un certain nombre de
sujets devraient rapidement s’imposer à lui.
1. Les sables mouvants du Sahel
La question du Sahel et du Mali n’a fait l’objet que de quelques minutes lors du débat
télévisé de l’entre-deux-tours, le 2 mai. Le candidat Hollande s’est borné à dire qu’il
fallait « aider » les pays profondément déstabilisés par Al-Qaïda au Maghreb islamique
(Aqmi) et par les contrecoups de la chute de Kaddafi. « Des contacts ont été pris à
Bamako et dans les autres capitales de la région », assure un proche collaborateur du
nouveau président, spécialiste des questions africaines. Paris, qui espère une implication
d’Alger, a deux inquiétudes : le sort des six otages français et la mainmise des groupes
islamistes Aqmi et Ansar Eddine sur le nord du Mali.
« La solution doit être trouvée dans un cadre multilatéral », explique la même source, qui
se réjouit du rôle joué par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(Cedeao) et de la lettre de félicitations de Boni Yayi, dans laquelle le président en
exercice de l’Union africaine se prononce pour une saisie du Conseil de sécurité de l’ONU.
« Une volonté africaine suivie d’une résolution votée par les Nations unies est la bonne
méthode », conclut notre interlocuteur. Cela ressemble aux scénarios ivoirien et libyen.
Avec à la clé une intervention directe de la France ? « Non, Paris n’est pas sur cette ligne
et devrait se limiter à un soutien logistique et financier de la force de la Cedeao », assure
un haut diplomate.
2. La Françafrique bouge encore
Jean-Marie Bockel voulait avoir sa peau. Finalement, la Françafrique, avec ses réseaux
remontant jusqu’à l’Élysée, a obtenu la tête de l’audacieux et éphémère secrétaire d’État
chargé de la Coopération (2007-2008). Sur ce terrain, le candidat corrézien a opté pour
la prudence. Pas de déclarations tonitruantes, seulement quelques engagements. « J’en
terminerai avec ces rapports de domination, d’influence et d’affairisme », a-t-il déclaré
dans une interview à Jeune Afrique en août dernier. On aurait pu s’appuyer sur un
« discours de Cotonou » pour en savoir plus, mais celui-ci n’est pas venu. « Pour
l’instant, je ne vois aucun réseau se constituer autour de Hollande », se rassure un
habitué des questions africaines particulièrement vigilant sur ce sujet. Qu’en pense Kofi
Yamgnane, ancien secrétaire d’État de Mitterrand, qui a été le « Monsieur Afrique » du
candidat Hollande ? Aucun poste ne lui est réservé à Paris, mais il voyage beaucoup sur
le continent.
3. La bataille de l’APD
« C’est un combat, mais on peut le gagner », assure un haut fonctionnaire partisan d’une
hausse de l’aide publique au développement (APD) malgré la crise économique qui s’abat
sur l’Europe et la cure budgétaire qui se profile. En 2011, la France a été un mauvais
élève, avec une baisse de ses engagements de 5,6 % (9,3 milliards d’euros, dont 60 %
en Afrique). Faute de marges de manoeuvre, l’équipe Hollande mise sur la fameuse taxe
sur les transactions financières, qui pourrait rapporter 40 milliards d’euros par an.
Problème : les Anglo-Saxons n’en veulent toujours pas. Autre préconisation dans
l’entourage du président : « Casser le thermomètre APD. » Car aujourd’hui, entre les
prêts bonifiés ou non, les dons, les annulations de dette, l’assistance aux réfugiés
politiques… plus personne ne s’y retrouve.
4. Une vision apaisée de l’immigration
Le prochain gouvernement ne comprendra pas un maroquin en charge de l’Immigration,
encore moins un portefeuille dévolu à l’Identité nationale. En revanche, il est peu
probable que François Hollande abroge les huit accords migratoires bilatéraux déjà signés
entre 2007 et 2009 (Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Congo, Gabon, Maurice, Sénégal,
Tunisie). Si l’immigration choisie, chère à son prédécesseur, n’est plus de mise, le
nouveau locataire de l’Élysée fait une nuance entre l’immigration économique, qu’il faut
« limiter en temps de crise », et la venue d’étudiants étrangers, « une chance pour euxmêmes
et pour la France ». D’ailleurs, l’une de ses premières mesures sera d’abroger la
circulaire Guéant, qui interdit aux étudiants étrangers de travailler en France à la fin de
leurs études. Concernant l’expulsion des clandestins, aucun chiffre n’a été donné par le
candidat, mais il a précisé que le recours aux centres de rétention devait être
« exceptionnel ».
5. Traverser la Méditerranée
Attaché aux bonnes relations avec le Maghreb, qu’il connaît mieux que l’Afrique
subsaharienne, Hollande a fait travailler son équipe de campagne sur la question euroméditerranéenne,
et particulièrement l’ex-sénatrice des Français de l’étranger Monique
Cerisier-Ben Guiga, les députés européens Vincent Peillon et Kader Arif et le candidat aux
législatives dans la 9e circonscription des Français de l’étranger, Pouria Amirshahi.
Certains sont plus favorables à un dialogue resserré avec les pays d’Afrique du Nord,
d’autres, comme Peillon, plaident pour une relance de l’Union pour la Méditerranée. Le
nouveau président n’a pas encore tranché. Il souhaite au préalable consulter ses
partenaires en Europe et au Sud. Ses lieutenants insistent sur la nécessité de se
recentrer sur des projets dans l’énergie et l’eau, et sur la création d’une banque de
développement. Pour ne pas abandonner la région aux pays du Golfe et aux puissances
asiatiques.
6. Le complexe algérien
Deux jours après la victoire du candidat socialiste, l’Algérie commémorait les massacres
de Sétif par l’armée française, le 8 mai 1945. Jusqu’à présent, le président Abdelaziz
Bouteflika adressait un message à la nation lu à la télévision. Cette fois, année du
cinquantenaire de l’indépendance oblige, il s’est déplacé à Sétif, et son discours a occulté
les termes habituels : « génocide », « torture », « corvée de bois »… Il a juste demandé
que Français et Algériens fassent « une lecture objective » de leur histoire commune.
C’est sans conteste le premier effet de l’élection de François Hollande. Ce dernier avait
choisi, en décembre 2010, Alger, une ville qu’il connaît bien pour y avoir effectué son
stage de l’École nationale d’administration (ENA) à la fin des années 1970, pour afficher
ses certitudes : « Je suis capable de battre Sarkozy », avait-il déclaré. Le postulant
n’avait pas été reçu par Bouteflika, qui « ne voulait pas heurter la susceptibilité de
Sarkozy », explique un collaborateur du chef de l’État algérien.
Le 6 mai, à 19 heures, heure locale, une sourde clameur est montée des quartiers
d’Alger après l’annonce de la défaite de Sarkozy, hostile à toute repentance pour les
crimes coloniaux. Depuis, une folle rumeur circule en Algérie : « Et si Hollande venait
participer aux cérémonies du cinquantenaire de l’indépendance ? »
7. L’après-Juppé au Rwanda
L’ex-ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait parlé de « faute politique »
lors d’un voyage à Kigali, en 2008. Deux ans plus tard, le président Sarkozy avait
reconnu les « graves erreurs » de la France au Rwanda avant le génocide de 1994. La
normalisation était en marche. Mais l’arrivée au Quai d’Orsay, en février 2011, d’Alain
Juppé – mis en cause dans un rapport rwandais qui accuse la France d’avoir « participé »
au génocide – a bloqué le processus. Échanges d’amabilités entre le ministre et le
président Paul Kagamé via Jeune Afrique ; rappel à Paris de l’ambassadeur français en
poste au Rwanda ; refus de Kigali d’agréer le successeur… Il y a de la friture sur la ligne
entre les deux capitales. Hollande et Kagamé peuvent-ils renouer le dialogue ? « Hubert
Védrine [également mis en cause dans le rapport Mucyo en tant que secrétaire général
de l’Élysée en 1994, NDLR] n’est pas dans les premiers cercles de Hollande, cela peut
faciliter les choses », explique un spécialiste des relations entre les deux pays.
_
RD Congo : Glencore à l’offensive sur la mine de Mutanda
Agence Ecofin (CH) – 25 Mai 2012
Le trader Glencore International vient de renforcer pour 340 millions $ son contrôle sur la
holding Samref Overseas, détenteur de 80% de la mine de Mutanda située dans le
Katanga (RD Congo) et qui produit 64000 tonnes de cuivre par an.
Désormais la participation indirecte de Glencore sur cet actif minier passe de 40% à 60%
et permettra un rapprochement avec la mine de Kansuki qu’elle détient à hauteur de
37,5%. La production cumulée des deux mines pourrait monter jusqu’à 160000 tonnes
de cuivre et 23000 tonnes de cobalt.
Glencore fait ainsi passer sa participation de 50% à 74,5% dans la holding Samref
Overseas en acquérant 24,49% du capital auprès de High Grade Minerals (HGM),
domicilié à Panama et une participation supplémentaire de 1% dans Samref Congo
auprès de Groupe Bazano Sprl basé à Lubumbashi. Glencore a également repris des
dettes actionnariales pour un montant d’environ 140 millions $.
Le groupe dirigé par Ivan Glasenberg et coté à Londres dispose d’une option pour
acquérir les 25,51% détenus par HGM dans Samref Overseas pour un montant de 430
millions $ entre 15 décembre 2013 et le 31 décembre 2013.
L’année dernière la vente de 20% de la participation de Gecamines dans Samref
Overseas à l’homme d’affaire Dan Gertler pour 120 millions $ avait soulevé des
interrogations du FMI sur cette transaction effectuée sans appel d’offre et en « dessous
de sa valeur réelle. »
RD Congo, une partition serait-elle vraiment justifiée ?
Remy K. Katshingu – Contrepoints (Canada) – 26/05/2012
Beaucoup en appellent à la partition de la République démocratique du Congo, arguant
de sa non-existence en tant qu’État-nation. Pourtant, la situation est plus nuancée,
comme le rappelle cet article.
Six mois après des élections tronquées, la crise de légitimité couve toujours en RDCongo,
alors que les combats ont repris dans le Kivu sur fond de rumeurs de
balkanisation. « There Is No Congo », tel est le titre d’un article publié en mars 2009
dans Foreign Policy
[http://www.foreignpolicy.com/articles/2009/03/17/there_is_no_congo?page=0,1 ] par
Jeffrey Herbst et Greg Mills invitant la communauté internationale à reconnaitre une«
évidence brutale » : la non-existence de la RD-Congo comme État-Nation. Leur thèse se
résume à peu près à ceci : extrêmement riche en ressources naturelles, sous-peuplée et
ayant une population culturellement moins intégrée et institutionnellement faible, le
Congo ne serait pas un État fonctionnel. De nombreux Congolais en ont déduit que cette
thèse serait téléguidée par les firmes multinationales, en collusion avec certains pays
voisins, dans le but de fournir la preuve scientifique à la matérialisation de la partition du
Congo.
Question : pourquoi relie-t-on cette thèse à un « complot » visant la partition du Congo ?
Premièrement, elle tombe singulièrement à pic, au moment où la RDC est assaillie par
une guerre déclenchée en 1996 par M’zee Kabila pour renverser Mobutu avec l’aide du
Rwanda et de l’Ouganda sous la houlette des États-Unis. Depuis, l’Est du pays est soumis
au pillage systématique de ses ressources naturelles par une bande des milices armées
opérant à la solde des pays voisins susnommés et des puissantes multinationales sous
l’oeil attendri de la Monuscoet de la Communauté internationale.
Deuxièmement, les déclarations simultanées de Nicolas Sarkozy et Herman Cohen, le
premier plaidant pour un meilleur partage de l’espace et des richesses dans la région des
Grands-Lacs et le second affirmant qu’au Département d’État, le Kivu faisait partie du
Rwanda, sont révélatrices des intentions des grandes puissances.
Enfin, en 2010, les Pays-Bas ont abrité un séminaire centré sur les frontières du Congo à
l’horizon 2020.Récidivant en avril 2012, le ministère des Affaires étrangères du même
pays en collaboration avec la fondation Netherlands-African Business Council, convoquait
une rencontre d’information aux entreprises intéressées sur la situation du « Ghana, de
l’Éthiopie et de la région des Grands-Lacs » (sic !), la RDC comme État est ignorée !
Voilà pour les indices. Rappelons toutefois que le Congo n’est pas à sa première
expérience de tentative de partition commanditée à partir de l’extérieur. En remontant la
trajectoire de son histoire, il y a un siècle environ, vers 1890, les minerais du Katanga
attirèrent le premier ministre de la colonie du Cap (Afrique du Sud), le britannique Cecil
Rhodes, fondateur de De Beers. Au faîte de sa puissance, Rhodes menait une stratégie
agressive dans la conquête de nouvelles sources des minerais. Il projeta de déconnecter
le Katanga de l’État Indépendant du Congo (EIC) pour l’intégrer dans l’Empire
britannique en Afrique Orientale, quitte à soudoyer le roi Mwenda M’Siri. Celui-ci
réservera une fin de non-recevoir à sa requête.
Utilisant un argumentaire presque identique à la thèse Herbst-Mills (sous-peuplement,
vaste superficie), mais tout en évitant de mentionner leur appétit pour les mines d’or et
de cuivre, les médias britanniques firent de grosses manchettes revendiquant
ouvertement ni plus ni moins la séparation du Katanga de l’EIC. Alerté, Léopold II déjoua
ce plan en envoyant une expédition armée au terme de laquelle fut décapité le roi M’Siri
qui était farouchement opposé autant à la partition du Katanga qu’à son occupation par
un souverain étranger.
À l’indépendance (1960), les multinationales belges et américaines rééditeront le même
subterfuge en commanditant la session katangaise.
La thèse Herbst-Mills a omis deux variables non négligeables dans l’équation de la
partition du Congo. La première est relative à l’affirmation contrastante de Delphine
Schrank [

http://www.foreignpolicy.com/articles/2009/04/08/68_million_congolese_cant_be_wrong

?page=0,1 ] soutenant que le nationalisme dont font preuve les Congolais empêcherait
l’émiettement de leur territoire. En effet, il y a lieu de marteler que l’identité nationaliste
congolaise ne se réduit pas à la simple prise de conscience de soi, de sa culture ou de
l’appartenance à un groupe ethnique spatialement dominant ou non. Elle plonges es
racines plutôt dans la relation mythique que les Congolais, à l’instar du Mwami M’Siri ou
de Nvita-a-Nkanga (roi Kongo qui fut décapité en 1665 par les Portugais pour s’être
opposé à la prédation des mines de cuivre), entretiennent avec le « mabele ya ba Nkoko
» (la terre de nos ancêtres), sans ignorer les considérations rituelles qui l’entourent.
En dépit de la diversité des particularités ethnoculturelles, les Congolais ont vécu et
partagé sur leur terre, au cours des 50 dernières années, des événements historiques de
portée nationale : la lutte pour l’accession à l’indépendance, le chaos post indépendance,
le mobutisme avec ses périodes de gloire et de décadence, les turpitudes de la
Conférence Nationale Souveraine, la double opération de « libération » menée par M’zee
Kabila (contre la dictature mobutienne et contre les forces d’occupation rwandaises), la
fraude électorale de novembre 2011… De là s’est développée une identité de situation qui
vient fortifier une conscience nationale.
L’autre variable concerne la cristallisation politique de la génération congolaise-Y. Celle
qui, entre décembre 2011 et février 2012, par milliers, a pris d’assaut les grandes artères
des métropoles des 5 continents, a brandi le drapeau congolais devant le Capitole, la
CNN, la CPI, la Maison Blanche, l’Élysée dénonçant le complot… Cette génération-là
porte collectivement les stigmates du sang versé par 8 millions de congolais assassinés,
violés et mutilés dans l’Est du pays par les forces d’occupation étrangères face à un État
congolais incapable de les défendre et de défendre son territoire.
Ainsi, si l’institution « État congolais » parait inexistante, la Nation congolaise, elle, existe
et se conforte justement en réponse aux dysfonctionnements du même État congolais sur
son territoire (soit en pillant son peuple, soit en ne le protégeant pas de l’étranger, puis
en le transcendant pour bénéficier d’une protection étrangère).
L’Histoire veillera à valider ou non le pouvoir prédictif de la thèse Herbst-Mills. En
revanche, ces deux variables pèseront sans aucun doute dans l’analyse des résultats.
© CongoForum, le samedi 26 mai 2012
Pour plus détails sur l’actualité congolaise, voyez www.CongoForum.be

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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