11/06/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE LUNDI

(CongoForum)

Kinshasa vient de nous gratifier d’un nouveau « changement politique à vue ». D’après de récentes déclarations gouvernementales, des éléments d’informations précis, détaillés, vérifiés et contre vérifiés venant des sources propres du gouvernement viennent de confirmer l’implication du Rwanda dans l’insécurité qui prévaut à l’Est de la RDC. Ce nouveau « reversement des alliances » a fait l’objet de plusieurs déclarations gouvernementales qu’il faut lire avec attention. Cette information domine l’actualité parce qu’elle est abondamment commentée dans la presse congolaise. Le second point à l’ordre du jour est la poursuite du feuilleton « Porte parole de l’Opposition ».

RDC/Rwanda – Déclarations du gouvernement

Le gouvernement de la RDC, nous dit Radio Okapi, dénonce la passivité du Rwanda dans l’insécurité causée par les affrontements entre les FARDC et les mutins du Mouvement du 23 mars (M23) dans le Rutshuru. Des hommes ont été recrutés, formés puis déployés du Rwanda vers Runyoni dans le territoire congolais pour combattre dans les rangs des mutins, a accusé, samedi 9 juin à Goma, le porte-parole du Gouvernement, Lambert Mende Omalanga.
Devant la presse dans la capitale du Nord-Kivu, Lambert Mende a dénoncé des faits «accablants», faisant état de recrutement, préparation et déploiement à partir du Rwanda des «éléments rwandais estimés entre 200 à 300 hommes». Ceux-ci ont combattu dans les rangs des mutins du M23, selon la même source.
Il a été également été constaté une augmentation de la puissance en armement du M23 dès son arrivée dans le triangle Runyoni-Chanzu et Mbuzi à la frontalière entre la RDC et le Rwanda. Pourtant, les mutins avaient abandonné dans leur fuite tout leur armement, soit 38 tonnes récupérées par les FARDC dans le Masisi, a poursuivi le porte-parole du Gouvernement.
Pour Lambert Mende, ces faits menacent la paix dans la région: «Ces éléments d’information précis, détaillés, vérifiés et contre-vérifiés viennent des sources propres du Gouvernement. Ils soulèvent un problème sérieux à résoudre d’urgence dans la synergie entre Etats de la région des Grands-Lacs dans leur lutte contre les forces négatives [groupes armés].»
Un rapport de Human Rights Watch (HRW) a, en effet, confirmé ces informations sur la présence de Rwandais recrutés au Rwanda. Selon cette ONG, le général mutin Bosco Ntaganda (recherché par Cour pénale internationale, CPI, pour cimes de guerre, crimes contre l’humanité) avait reçu le soutien de responsables militaires rwandais. Ces derniers l’avaient approvisionné en armes et munitions et lui avaient fourni 200 à 300 recrues venues du Rwanda, dont des civils enrôlés de force et des mineurs, a indiqué le même rapport.

Kigali avait, pour sa part, nié tout implication dans ce qui se passe dans l’Est de la RDC.

Lambert Mende s’est exprimé ainsi à l’issue d’une mission de travail du Premier ministre Matata Mponyo au Nord-Kivu, où ce dernier était arrivé le jeudi 7 juin en compagnie de onze ministres de son gouvernement. Sa mission a consisté à évaluer la situation sécuritaire dans la province, marquée par des affrontements récurrents entre l’armée régulière et les forces rebelles. Ces affrontements ont entrainé un déplacement massif des populations locales. A travers la même communication, le gouvernement congolais a exprimé sa satisfaction pour l’appui technique de la Monusco aux FARDC et la protection des populations civiles dans les zones de combats.

Radio Okapi précise encore que « Matata Ponyo apprécie le partenariat entre les FARDC et les forces de la Monusco ».

Le chef du gouvernement congolais accompagné de onze de ses ministres a effectué la semaine dernière une visite de trois jours au Nord-Kivu pour évaluer la situation sécuritaire dans cette province où s’affrontent depuis le mois d’avril des mutins fidèles au général rebelle Bosco Ntaganda ainsi que d’autres réunis au sein du Mouvement du 23 mars (M23) aux militaires congolais.
Avant son retour à Kinshasa, le samedi 9 juin, le Premier ministre Matata Ponyo s’est dit satisfait du partenariat entre les militaires congolais et les forces de la Monusco dans la préservation de la paix et de la sécurité dans l’Est de la RDC. Ces forces conjointes protègent notamment la cité stratégique de Bunagana contre d’éventuels assauts des mutins du mouvement du 23 mars. « Nous sommes satisfaits de la collaboration entre les militaires congolais et les forces de la Monusco », a déclaré Matata Ponyo au cours d’une conférence de presse à Goma.
Le Premier ministre congolais a dit avoir constaté ce « partenariat constructif lorsque le patron des opérations des FARDC sur le front, le colonel Yav, a eu à expliquer la topographie militaire au même titre que ses collègues des forces de la Monusco ». Il a affirmé, par ailleurs, que lors de sa visite à Bunagana, il a entendu le crépitement des balles et les détonations des mortiers.

(Cela fait le deuxième virage acrobatique sur l’aile pris par la diplomatie congolaise dans l’interminable feuilleton de la guerre de l’Est. Pour rappel, de 2006 à 2008 déjà, des soupçons mais aussi des preuves avaient été avancés, non seulement par l’opinion congolaise, mais aussi par le gouvernement congolais, sur l’appui rwandais à la « rébellion » – alors celle de Nkunda. Cela reposait, du côté congolais, sur des objets de provenance rwandaise retrouvés sur des positions abandonnées, ce qui n’était peut-être pas une argumentation bien forte. Mais elle prit de la puissance fin 2008 avec un rapport d’experts de l’ONU qui, à propos des bénéficiaires du trafic des « blood minerals », pointait également le Rwanda d’un doigt accusateur. Au demeurant, on se demande pourquoi il faudrait chercher des preuves de l’implication du Rwanda, alors que ce pays, non seulement avoue, dans ses statistiques, l’exportation de minerais qu’il ne produit pas – il pourrait encore prétendre que ce sont des faits individuels – mais organise, à Kigali, une bourse officielle pour ces produits, ce qui revient à l’aveu d’une complicité de l’état dans cette activité.
A l’époque, le ministre Mende (alors aux Hydrocarbures) admettait que le gouvernement congolais « savait, mais était divisé sur la conduite à tenir ».
Fin 2008, surprise ! C’est le renversement des alliances, les accords de Goma, etc…
Dés cette époque, un mouvement de balançoire était perceptible, dans les propos gouvernementaux, entre le Rwanda et les « Casques bleus ». Quand la cote du Rwanda remonte, celle de l’ONU baie et les soldats de l’ONU sont des « touristes ». Par contre, ce sont de fidèles alliés quand le Rwanda est mis en accusation !

Comment interpréter tout cela ?
Il faut, tout d’abord, ne pas perdre de vue que le pouvoir congolais manque de légitimité. Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.
Les fraudes électorales ont créé un mécontentement populaire qui, même si la répression l’a empêché de s’exprimer, demeure présent. Il s’aggrave encore du fait que le pouvoir a bien dû annoncer qu’aucune modification sérieuse ne serait apportée à la CENI, ce qui signifie à peu près que, pour la suite des élections, on continuera à frauder. Ce mécontentement intérieur se double, à l’extérieur, de la désapprobation plus ou moins ouverte des partenaires internationaux. Or, le pouvoir issu du coup d’Etat ne peut relâcher la pression qu’il subit à propos des élections sans admettre sa propre illégitimité. Il lui faut trouver d’autres « soupapes ».
Fort heureusement pour lui, le mécontentement, tant intérieur qu’extérieur, concerne aussi d’autres points de friction : le refus de livrer Bosco Ntaganda, la non résolution de l’affaire Chebeya, les propos critiques sur les « touristes » de l’ONU… Aux yeux de la population, des hommes comme John Numbi – le suspect n° 1 de l’affaire Chebeya – et Bosco Ntaganda personnifient la mauvaise influence du Rwanda et les effets délétères du « renversement des alliances » – dont Numbi fut le signataire du côté congolais. Livrer Ntaganda, ou du moins essayer, ferait plaisir à la CPI. La France – importante parce que la prochaine grande échéance internationale est le sommet de l’OIF – apprécie tout revers subi par le Rwanda dont l’arrogance l’a humiliée. Obama ne peut à la fois se battre pour qu’on ne vide pas la loi Dodd-Frank de tout contenu et tolérer indéfiniment la « bourse aux minerais de sang » de Kigali. Et l’ONU sera bien sûr contente que l’on dise du bien des « Casques bleus ».
Le nouveau « retournement des alliances » représentait donc un coup démagogique et diplomatique idéal, qui a même l’avantage de se rapprocher de la vérité ! NdlR)

RDC/Rwanda – Commentaires de la presse.

« Guerre dans le Kivu : le Rwanda dos au mur » titre Le Potentiel.
Ce quotidien note que le voile est désormais tombé. Plus de doute possible, le gouvernement confirme ce que l’opinion savait déjà : l’insécurité dans l’Est tire ses origines du Rwanda.
La mutinerie en cours dans l’Est de la RDC reçoit des appuis en hommes et en logistique du Rwanda, dans « une passivité » déconcertante de la communauté internationale (USA, Grande – Bretagne, UE, etc).
Le Potentiel fait remarquer qu’à plusieurs reprises, la Communauté internationale a contraint la RDC à faire preuve de démocratie et de gouvernance dans la gestion des affaires publiques. Les élections de 2006, suivies cinq ans après de celles de 2011, s’inscrivaient dans ce schéma.
Il appelle la Communauté internationale à mesurer la gravité des faits mis à charge de Kigali. Au-delà de Kigali, il y a les vrais tireurs des ficelles terrés dans l’ombre à Washington, Londres, etc. Ce sont ceux-là qui arment Kigali pour déstabiliser la RDC, et ce faisant, l’empêcher de se consacrer au grand travail de la reconstruction prôné par Joseph Kabila.
Pour Le Potentiel, le mal ayant été nommé, il ne reste plus qu’à l’extirper pour éviter à ce que qu’il soit un frein dans la stabilisation et le développement de la région des Grands Lacs.

Dans la foulée, Le Potentiel annonce aussi « Lutte contre la balkanisation – Mise en place du Mouvement civique national à l’Université de Kinshasa »
« C’est parti pour une nouvelle forme de lutte contre la balkanisation de la République Démocratique du Congo. Des professeurs et étudiants de l’Unikin ont mis en place un mouvement civique national dont l’objectif est de mettre en avant la notion du civisme. Fondement de l’intérêt supérieur de la Nation ».

L’Avenir constate qu’enfin le gouvernement de la République reconnaît que quelque 200 à 300 éléments ont été recrutés sur le territoire du Rwanda pour renforcer les troupes du M23.
Par la même occasion, relève-t-il, Kinshasa dénonce la passivité des autorités rwandaises face à ces atteintes graves à la paix et à la sécurité de la RDC ourdies à partir de leur territoire.
Quelle sera la suite des événements, d’autant qu’il est apparu noir sur blanc que c’est le Rwanda qui agresse la RDC à travers le M23, s’interroge L’Avenir.

La République dans son articlé intitulé « Kigali coupable » s’interroge: « Pourrait-on croire que le pouvoir de Paul Kagame, très subtile sur la question de sécurité-redoutant à tout moment une insurrection interne- peut être aveugle devant une vaste opération de recrutement, de formation, d’équipement d’une bande armée sur son sol, même si elle était destinée à territoire étranger ».
Il note que cette fois au moins l’ensemble de la communauté internationale s’est désolidarisée des velléités belliqueuses de Kigali, comme en témoigne la kyrielle de condamnations de par le monde de la mutinerie en cours au Kivu. Paul Kagame ne bénéficiant plus du soutien aveugle des puissances internationales qui lui permettait des connexions avec la maffia internationale en quête des minerais du Kivu, il reste au gouvernement congolais de capitaliser cette opportunité pour asseoir la paix réelle dans l’Est.

Le Phare titre « Double jeu du Rwanda : quelles leçons pour Kinshasa ».
Sans pour autant accuser Kinshasa de naïveté, force est de constater que Kigali a largement et longuement abusé de sa bonne foi, souligne le confrère en rappelant notamment que Kagame et ses lieutenants avaient déjà poignardé la RDC dans le dos, à travers les micro-rébellions du CNDP et du M23.
Après la découverte du pot aux roses, il est permis, soutient Le Phare, de croire que la RDC va mettre une croix sur tous ses accords de coopération militaire et sécuritaire avec le Rwanda. L’on espère que des dispositions utiles vont être prises pour ne plus conclure des partenariats avec des forces négatives qui viennent de se révéler comme des bras armés de Kigali pour nuire à la paix et à la stabilité du grand Congo.

Porte-parole de l’opposition

La Prospérité s’est intéressée au poste de porte-parole de l’opposition et titre « UDPS: Samy Badibanga part favori ! » ?
Ce journal rapporte que l’Institut de Sondage ‘‘Les Points’’ a plébiscité cet élu de l’UDPS au regard de l’enquête qu’il a menée du 6 au 7 juin 2012 auprès des élus du peuple et de la population congolaise. En effet, à quelques jours de l’expiration du délai constitutionnel relatif au choix du porte-parole de l’opposition politique, le consensus est loin d’être dégagé au sein de cette famille politique plurielle, minée par des divisions intestines, note le journal. Aussi, selon La Prospérité, avance-t-on inexorablement vers la deuxième possibilité du choix qui est le vote.
Bien que non reconnu dans la Cour des grands leaders, Samy Badibanga, cet ancien conseiller spécial d’Etienne Tshisekedi et homme-orchestre de sa campagne électorale à la présidentielle de novembre 2011, est bien positionné pour devenir le porte étendard de l’opposition, estime le quotidien. Il bénéficie du soutien du groupe parlementaire UDPS/FAC qui est constitué de 55 membres, indique La Prospérité.

Sur le même sujet, Le Potentiel nous informe que : «Vital Kamerhe a été investi par l’UNC». Il souligne que L’Union pour la Nation Congolaise (UNC) vient d’investir Vital Kamerhe, son président pour occuper le poste de porte-parole de l’Opposition.
Les cadres de cette formation politique, renseigne le quotidien, ont jeté leur dévolu sur l’ancien speaker de l’Assemblée nationale de la législature 2006-2011. Ancien proche collaborateur du président Kabila, Vital Kamerhe est tombé en disgrâce à la suite de ses prises de position téméraires contre des opérations militaires conjointes entre les FARDC et l’armée rwandaise, explique Le Potentiel.

(Le poste de « porte-parole de l’opposition » est une absurdité pure et simple. De deux choses l’une, ou bien l’on se trouve dans un état démocratique où les droits, notamment à la sécurité et à la liberté d’expression, sont respectés et aucun parlementaire n’a besoin de plus de droits et privilèges que ceux qui découlent de ses qualités de citoyen et de parlementaire ; ou bien l’on est dans un régime où règne l’arbitraire, et mieux vaudrait lui offrir un gilet pare-balles.
L’institution même est absurde par rapport à la RDC, parce qu’elle n’a de logique que dans un système à deux partis, comme en Grande Bretagne. Cela n’a pas de sens dans un système à multipartisme votant à la proportionnelle comme en RDC. Ce que l’on a fait dans ce domaine était purement circonstanciel : il s’agissait, en 2006, de donner des garanties à JP Bemba après un épisode où le canon avait parlé. Qu’on laisse cette pantalonnade sombrer dans l’oubli qu’elle mérite. NdlR)

© CongoForum, le lundi 11 juin 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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