16/06/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI

(CongoForum)

Deux sujets intéressent les quelques journaux parus ce samedi à Kinshasa : l’ouverture à Goma d’un centre commun des renseignements des pays membres de la CIRGL et les félicitations du FMI au gouvernement congolais pour la bonne tenue des finances publiques. Dans la presse internationale, il est surtout question de la guerre à l’Est et de la situation de l’Oppsition. On trouvera aussi dans cette partie de la RP le document du Parlement européen concernant les élections.

Elections

Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.

Face à cette situation, le document du PE, que l’on peut lire in-extenso plus loin, est incontestablement décevant. Compte tenu du rapport très honnête et critique de la MOE-UE dirigée par Maria Nedelcheva, on attendait mieux. Accepter en fin de compte un résultat dont on a montré qu’il n’est pas crédible, et formuler des vœux et des espoirs utopiques pour l’avenir du processus en se fondant sur la volonté qu’aurait la CENI de s’auto-réformer, alors qu’elle a déjà manifesté la volonté de continuer comme elle a commencé, cela ressemble curieusement à pisser dans un violoncelle pour l’accorder.
Il faut toutefois apprécier le document voté par le PE en tenant compte de ce qu’est cette Assemblée, nettement dominée par la Droite. Si l’on considère que, pour parler en termes « belges », le PE est un Parlement où Didier Reynders aurait la majorité absolue, cette Majorité n’a pas atteint son objectif, qui était clairement l’enterrement pur et simple de Nedelcheva ! Le document a ainsi dû intégrer beaucoup d’amendements venant de la Gauche et des Verts, ce qui lui donne son caractère composite et, en partie, incohérent.
Mais finalement, tel qu’il est, il exprime une certaine vérité : le PE se rend fort bien compte qu’un coup d’état a eu lieu, mais accepte la situation de fait parce qu’il n’a ni l’envie, ni les moyens d’agir autrement et que ce n’est pas le rôle de l’UE de se présenter comme « communauté internationale » alors que le chef d’orchestre américain n’a pas levé sa baguette. Et l’on se réfugie donc dans ‘espoir que les choses iront « naturellement » s’arrangeant au fil du temps. NdlR)

Affaire Chebeya

Il y a un point commun entre le rapport du PE et la presse congolaise du jour : tous deux évoquent le procès Floribert Chebeya.

Le Potentiel rapporte que les parties civiles réclament le général John Numbi. En effet, l’instruction en appel de l’affaire Floribert Chebeya et Fidèle Bazana devant la Haute Cour militaire est fixée au mardi 19 juin 2012. Mais pour les parties civiles, le général John Numbi doit être entendu cette fois comme prévenu, mais non en qualité de renseignant. Le confrère rappelle qu’au premier degré, le colonel Daniel Mukalay de la DRGS a été condamné à mort, ainsi que le major Christian Ngoy du bataillon de police Simba condamné par défaut, car étant en fuite. C’est le colonel Mukalay qui a dû interjeter appel, car pour lui la décision de la Cour militaire de Kinshasa/Gombe a été injuste.

CIRGL

Depuis le mercredi 13 juin, il a été ouvert à Goma un centre commun des renseignements des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), annonce Le Potentiel.
Il note qu’à première vue, l’initiative passe pour un nouveau piège dans lequel on a poussé Kinshasa. Ceci étant donné que ce centre commun des renseignements a été ouvert au moment où la RDC est envahie par le Rwanda à travers des groupes armés dont les masques sont tombés tout récemment. Le Potentiel fait donc remarquer que dans les objectifs de ce centre, il n’y a rien en faveur de la RDC. La seule mission dévolue à ce centre est la mise en commun des renseignements entre pays de la sous-région pour neutraliser les FDLR et les rebelles de la LRA. Tout porte à croire que c’est un piège tendu à la RDC pour mieux la livrer à ses adversaires, notamment ceux qui travaillent à l’ombre pour sa balkanisation, souligne Le Potentiel

La Référence + rapporte dans son édition de ce week-end que « Le FMI salue les efforts du gouvernement » pour la bonne tenue des finances publiques. En effet, conduite par M. Robert York, la mission du Fonds monétaire international (FMI) a échangé, vendredi 15 juin, avec le Premier ministre Matata Ponyo sur la 4ème et la 5ème revues du Programme économique du gouvernement (PEG 2) à conclure « incessamment ». A cette occasion, la délégation du FMI a félicité l’ensemble du gouvernement congolais quant à la bonne gestion des finances publiques et a salué la poursuite des réformes initiées.

La RDC dans la presse et les documents internationaux

Au Katanga, du cuivre comme s’il en pleuvait
(Jeune Afrique Magazine/Le Potentiel – 14/06/2012)

Et si le Katanga renouait avec la glorieuse époque des années 1970-1980, durant lesquelles la flamboyante Générale des carrières et des mines (Gecamines) produisait à elle seule 500 000 tonnes de cuivre par an ?
Et si la province du Katanga redevenait l’un des cœurs miniers de la planète avec sa fameuse copper belt («ceinture de cuivre») reliant les villes de Lubumbashi, Likasi et Kolwezi, le long de la frontière zambienne ? Et si la RDC profitait enfin de son incroyable pactole géologique (10% des réserves mondiales de métal rouge et 34% de cobalt) ?
Sans sombrer dans un optimisme béat, il est aujourd’hui possible d’envisager un tel scénario. Les chiffres disponibles sont encourageants et semblent étayer l’argumentaire de ceux qui estiment que les turbulences générées par la «revisitation» des contrats miniers et l’arrivée tonitruante des Chinois, entre 2007 et 2009, sont en phase d’accalmie. «Cette revisitation était nécessaire, car il était impossible de continuer à dénoncer les fraudes fiscales et les contrats léonins sans rien faire pour remettre de l’ordre dans le secteur», explique a posteriori Matata Ponyo Mapon, ex-ministre des Finances, désormais Premier ministre. «Elle a été menée de manière correcte et permet aujourd’hui aux opérateurs de développer leurs activités».
A l’égard des Canadiens de First Quantum, dont le permis à Kolwezi a été résilié en août 2009 et repris depuis par le kazakh Eurasian Natural Resources Corporation (ENR), le verdict du ministre est sans appel : «Ils ont traité avec mépris les autorités du pays et heurté la souveraineté congolaise».

MEGAPROJETS

D’autres ont été plus habiles. A 175 km au Nord de Lubumbashi, le site de Tenke Fungurume Mining (TFM) donne le tournis : c’est un royaume d’une centaine de collines, à l’Est de Kolwezi, formant les mines de Kwatebala et de Tenke-Sefu-Fwaulu, auxquelles s’ajoutent deux usines de transformation du cuivre et du cobalt. Exploité par l’américain Freeport-McMoRan Copper & Gold (56%), son compatriote Lundin Mining (24%) et la Gecamines (20%), le projet dépasse les prévisions initiales.
Avec des réserves de cuivre dépassant les 155 millions de tonnes, la production, prévue pour une quarantaine d’années, a atteint 120 300 t de cuivre (soit 40% du total national) et 9 200 t de cobalt dès 2010, alors que la capacité de production des usines était seulement de 115 000 t de cuivre et de 8 000 t de cobalt. Pour 2012, la production attendue est de 131 500 t de cuivre. Un nouvel investissement de 850 millions de dollars (652,5 millions d’euros) a été annoncé en novembre 2011 et la production doit doubler d’ici à 2013. «Cette prochaine phase de développement va créer de la valeur pour les actionnaires et avoir un impact économique et social positif sur la RD Congo», assure le PDG de Lundin Mining, Paul Conibear. Tenke Fungurume emploie 3 000 personnes et a déjà versé à l’Etat congolais 331 millions de dollars depuis 2006.

OBJECTIF CREDIBLE

Parmi les autres grands gisements de la zone, ceux de Kamoto et de Kov, à l’Est de Kolwezi, sont opérés par Katanga Mining Ltd (KML), filiale du suisse Glencore, via sa coentreprise avec la Gecamines, Kamoto Copper Company (KCC, dont KML détient 75% du capital). Après trois ans et demi d’exploitation, la production a dépassé 90 000 t de cuivre en 2011 (soit 57% de plus qu’en 2010) et, alors que plusieurs mines doivent entrer en production entre 2013 et 2018, la capacité de son unité de transformation de Luilu a été poussée à 150 000 t de cuivre par an.
Glencore est aussi devenu, via sa filiale Samref Congo, l’actionnaire majoritaire (80%) de la coentreprise Mutanda ya Mukonkota Mining (Mumi), dont le principal gisement a produit 64.000 t en 2011, la Gécamines ayant revendu l’an dernier sa participation minoritaire de 20% à Rowny Ltd, basé aux îles Vierges et proche de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler.
A des degrés divers évidemment, la trentaine d’opérateurs miniers désormais en joint-venture avec la Gecamines suivent une dynamique analogue. «L’objectif de renouer avec une production annuelle de 500 000 t est de nouveau crédible», analyse un opérateur économique congolais, qui rappelle au passage que «pour un pays dont le risque est considéré comme très élevé, sur les 200 contrats miniers recensés et les 60 revisités, un seul a été résilié ; ce qui est quand même pas mal, quoiqu’en pensent les esprits grincheux !»
D’autres voix, plus discrètes, soulignent également que la disparition brutale d’Augustin Katumba Mwanke, en février, dans un accident d’avion, entraîne une redistribution des cartes katangaises au profit de plusieurs opérateurs privés. Le député et ancien gouverneur du Katanga, devenu au fil du temps l’éminence grise du régime Kabila, avait de nombreux relais dans la province, tirait presque toutes les ficelles et contrôlait la trajectoire de bon nombre de sociétés. «Mes problèmes ont commencé lorsque nous avons été en désaccord avec Katumba sur la stratégie d’une entreprise dans laquelle j’étais actionnaire», confie un patron congolais. A Lubumbashi, les langues commencent à se délier pour dénoncer l’omnipotence d’un Katumba, qui, avec Dan Gertler, régnait en maître absolu.

LA GECAMINES REVISITEE

Les temps ont changé. Mais la Gecamines demeure. Et il convient aujourd’hui de la relancer. L’ancien vaisseau amiral du mobutisme triomphant est moribond avec ses friches industrielles, sa production annuelle plafonnant à 18 000 t de cuivre et ses 11 000 employés. Mais, là aussi, l’heure est à l’offensive. A la man½uvre, le président du Conseil d’administration, Albert Yuma Mulimbi. En fonction depuis décembre 2010, il voyage beaucoup – Londres, Paris, Genève… – afin de réunir les 962 millions de dollars nécessaires au plan d’investissement qui doit permettre à l’ex-entreprise publique (désormais société de droit privé détenue par l’État) de redevenir performante et rentable pour, ensuite, ouvrir son capital aux marchés financiers.
Ce business plan est ambitieux. Il passe par la relance de plusieurs sites de production en propre, l’apurement d’un passif de 1,6 milliard de dollars, une diminution de moitié des effectifs, et vise un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars en 2016, contre 260 millions en 2011. L’entreprise a prioritairement relancé les activités de prospection afin de confirmer ses réserves et d’identifier de nouveaux gisements. De nouveaux périmètres, couvrant une zone d’environ 8 000 km², sont en phase de certification. «Nous espérons certifier plus de 4 millions de tonnes de cuivre. Au prix actuel, cela représente plusieurs milliards de dollars de revenus», assure Albert Yuma Mulimbi.
A Kinshasa, au ministère des Finances, on se réjouit. Les recettes, essentiellement portées par le secteur minier et en constante progression, sont passées de 1 528 milliards de francs congolais (1,2 milliard d’euros) en 2009 à plus de 3 000 milliards de francs congolais en 2011, selon le Fonds monétaire international. Sur la même période, le budget de l’État a plus que doublé pour atteindre 7 milliards de dollars. Autrement dit, les mines sont vitales si la RDC veut refonder un Etat capable d’accompagner et de renforcer la croissance économique.
A quoi joue l’opposition congolaise?
(Jacques Matand – Slate Africa – 14 06 12)
Fissurée après les législatives de novembre 2011, l’opposition congolaise cherche péniblement à exister. Les résultats des législatives du 28 novembre 2011 ont vu les partis de l’opposition en République démocratique du Congo remporter quelques sièges dans la nouvelle Assemblée nationale.
L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de l’opposant historique Etienne Tshisekedi réussit à rafler 42 sièges, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba s’en sort avec 22 élus, et l’Union pour la nation congolaise (UNC) obtient 12 sièges. Comme il fallait s’y attendre, la Majorité présidentielle obtient le gros lot avec 341 élus sur les 500 que compte la nouvelle Assemblée nationale congolaise. Après le scrutin couplé de novembre (présidentielle et législatives) de novembre, l’opposition avait retrouvé l’unité qui lui avait manqué avant le scrutin pour dénoncer les fraudes et tricheries. Certains ont même demandé, en vain, l’invalidation pure et simple des résultats.

Menaces de radiation
L’UDPS d’Etienne Tshisekedi, fidèle à son «radicalisme démocratique», ne reconnaît pas les résultats des législatives (officiellement), et s’oppose à ce que les élus de son parti siègent à l’Assemblée nationale, laquelle a rouvert ses portes le 16 février 2012. Ironie du sort, c’est l’un des élus de ce parti, Timothée Kombo, élu de Madimba dans la province du Bas-Congo, doyen des députés, qui a dirigé le bureau provisoire de l’Assemblée.
Valentin Mubake, conseiller politique d’Etienne Tshisekedi, candidat malheureux aux législatives, a menacé d’exclure tous députés de l’UDPS qui siégeraient au Parlement. Ceux qui seraient tentés par le «fauteuil d’honorable», se verraient retirer «le label sur la base duquel», ils ont «été élus» et celui de «membre du parti».
Chose faite donc pour Timothée Kombo. Depuis le 20 février, ce député, le seul élu sur la liste de l’UDPS qui n’a pas respecté cette consigne de boycott, est exclu du parti. Entretemps, Félix Tshisekedi, fils du père, élu dans la ville de Mbuji-Mayi, au Kasaï-Oriental, ne s’est pas rendu au Palais du peuple (Assemblée nationale). Il dit attendre le «mot d’ordre du président du parti». Il estime qu’il faut «nettoyer cette Assemblée nationale de tous les imposteurs qu’il y a là-bas.» Puis, il ajoute: «Je ne me vois pas aller siéger à côté des gens qui ont volé les voix du peuple congolais.»
Options variées
Pour ceux qui vont siéger, «chacun est libre de faire ce qu’il veut». Liberté et démocratie, visiblement sous haute surveillance du leader du parti, au risque d’être radié. Ils sont, au total, 33 élus de l’UDPS sur la quarantaine, exclus du parti, depuis le mois d’avril 2012.
«Certains cadres du parti reconnaissent les résultats des législatives, confie un membre de l’opposition. Mais ils veulent que tout le monde se retrouve dans la même situation de perdant. S’ils avaient été élus, ils n’auraient pas été rigides, au point d’empêcher que d’autres députés de l’opposition aillent au Parlement.»
Du côté des alliés du parti de Tshisekedi, l’équation n’est pas si simple. Il y a ceux qui voudraient mener la lutte à l’intérieur des institutions. Et d’autres, qui se rangent derrière la radicalité de l’UDPS.
Ainsi, Eugène Diomi Ndongala de la Démocratie chrétienne, ancien ministre des Mines sous Joseph Kabila, connu pour ses libéralités et ses largesses, affirme: «Les députés de la Démocratie Chrétienne ne siègeront pas à l’Assemblée nationale. Nous suivons la philosophie d’Etienne Tshisekedi», a-t-il fait savoir le 25 février. Son parti ne compte que deux députés.
Pourtant, dans les rangs de l’UDPS, les lignent commencent à bouger. Le 1er mars 2012, un groupe de députés de l’Union pour la démocratie et le progrès social a pris part à une séance plénière de l’Assemblée nationale.
Martin Fayulu, député de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecide), qui s’est désolidarisé de la ligne dure de l’opposition, dit ne pas vouloir faire de la figuration à la chambre basse du Parlement. «Je ne vous parle pas de participer pour aller cautionner. Je vous parle d’aller siéger pour barrer la route aux ennemis de la démocratie», a-t-il déclaré à Radio Okapi, la radio onusienne en RDC.
Une source proche de l’opposition affirme que «Etienne Tshisekedi a défendu aux autres députés qui ont échoué de critiquer ceux qui sont au Parlement. Allez-y comprendre!»

Le Rassemblement congolais pour la démocratie nationale (RCD/N) de Roger Lumbala, qui a milité dans la dynamique Tshisekedi pendant la présidentielle, s’insurge contre la politique de la chaise vide: «En 2003, Etienne Tshisekedi a refusé le poste de vice-président. Cela n’a rien donné. Le peuple congolais continue à s’enfoncer dans la misère. Si, pendant la présidentielle, nous avons soutenu Etienne Tshisekedi, c’est de notre plein gré que nous l’avons fait. Donner le mot d’ordre de boycotter le Parlement n’apportera rien.»

«Ils nous ont tout volé»
«Déjà, nous avons quatre groupes parlementaires de l’opposition. Celui de l’UDPS, MLC, UNC et celui conduit par l’Udemo, énumère Roger Lumbala. Il ne faut pas voir dans cette stratégie une tendance à la dispersion de l’opposition. Nous nous réunissons chaque fois que cela est nécessaire.»
L’UNC de Vital Kamerhé et le MLC de Jean-Pierre Bemba avaient déjà opté de participer aux travaux de l’Assemblée. Germain Kambinga, le porte-parole du Mouvement de libération du Congo (MLC), estime que l’UDPS devrait poursuivre son combat politique à l’intérieur de l’hémicycle du Palais du peuple.
«J’ai la conviction que l’UDPS, le MLC et l’Union pour la nation congolaise (UNC) et tous les autres partis [de l’opposition], ensemble, nous pouvons efficacement, et petit à petit, amener ce gouvernement et ce pouvoir à sa déchéance. Nous avons, peut-être, tout raté. Ils nous ont tout volé, mais nous avons une tribune, celle du peuple congolais pour les dénoncer.»
Un avis que ne partage pas Félix Tshisekedi, qui s’exprimait en ces termes, sur le site Afrique RédactionTV: «Ils pensent être efficaces de l’intérieur. Je n’y crois pas. C’est une erreur de se frotter à ces imposteurs, qui sont là pour saboter le progrès social et l’essor de notre peuple. Je ne vois pas trop ce qu’ils vont faire là-bas, à part engranger les dividendes de leurs émoluments.» «On se souviendra que Tshisekedi n’avait pas adhéré à l’idée d’une Conférence nationale souveraine convoquée par le président Mobutu. Ainsi, Tshisekedi était venu à la CNS en retard. Peut-être qu’il attend des pressions internationales pour permettre enfin à ses députés d’aller à l’Assemblée», fait savoir un analyste.

Une autre source explique: «La RDC ne se résume pas à la volonté d’Etienne Tshisekedi. Hier, il voulait être Premier ministre, aujourd’hui il veut être président. Quand il perd, tout s’arrête. Alors qu’il y a d’autres solutions qui arrivent, telles le contrôle des parlements provinciaux, avec possibilité de gouverner les provinces.» «Lui-même peut être président du sénat s’il le veut, etc. Même si contestation il y a, cela devrait se passer au sein des institutions et dans le respect des procédures démocratiques. Bien, plus, il faut aussi savoir accepter les décisions des juges.»

Changer de stratégie
S’opposer par entêtement ne servirait pas la cause de la population congolaise, comme le souligne Roger Lumbala du RCD/N: « La méthode de lutte d’Etienne Tshisekedi ne nous a pas permis, cette fois non plus, de prendre le pouvoir.» «Etienne Tshisekedi n’a pas rassemblé l’opposition autour de lui. Même nous qui sommes venus autour de lui, il nous a fait comprendre que chacun devait travailler dans le cadre de son parti. Et le leader de l’UDPS ne nous a jamais appelé à le soutenir», détaille Roger Lumbala.
Décidément, l’opposition congolaise serait-elle orpheline de son leader peu rassembleur? Dans l’état actuel des choses, elle court le risque de se faire encore une fois laminer dans cette nouvelle législature, avec des résultats qui seront peu visibles pour l’amélioration de la vie des millions des Congolais qui n’attendent qu’un miracle. Vivre dignement au quotidien.

Analyse: Vers la création d’une cour pénale africaine ?

(IRIN -14 juin 2012)

JOHANNESBOURG, – Le différend de longue date qui oppose l’Union africaine (UA) et la Cour pénale internationale (CPI) en raison d’un supposé parti pris a conduit l’UA à promouvoir la création d’une cour pénale africaine, mais les experts pensent qu’elle pourrait entraver, et non favoriser, la justice internationale.

« L’Afrique veut juger les dirigeants africains pour les crimes commis sur le sol africain », a dit à IRIN Alan Wallis, un avocat spécialiste de la justice internationale du Southern African Litigation Centre (SALC) basé à Johannesbourg. Il a toutefois indiqué que : « [L'UA] pense, à tort, que l’Afrique est prise pour cible, car toutes les affaires portées devant la CPI concernent des situations africaines, mais cet argument ne tient pas compte du fait que sur ces six [affaires], trois ont été initiées à la demande des pays concernés ».

Jean Ping, président de la commission de l’UA, a accusé la CPI de « harceler » l’Afrique, le principal sujet de discorde étant l’inculpation en 2009 du président soudanais Omar el-Béchir pour les atrocités qui auraient été commises au Darfour.

Une nouvelle étape a été franchie dans la création de la cour pénale africaine avec l’élaboration d’un projet de protocole final à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, le 15 mai. Ce projet devrait être adopté à l’occasion de la réunion des chefs d’État lors du sommet de l’UA en juillet.

Initialement, le Malawi devait accueillir le sommet, mais sa présidente, Joyce Banda, a indiqué que son pays respecterait ses obligations envers la CPI et procéderait à l’arrestation du président soudanais s’il devait participer au sommet. Il a finalement été décidé que les chefs d’États se rencontreraient à Addis-Abeba.

Selon les experts, la création de la nouvelle cour requiert la reconnaissance du crime de « changement anticonstitutionnel de gouvernement », et impliquerait la ratification par les 15 États membres de l’UA – un processus qui pourrait prendre plusieurs années.

La juridiction de la nouvelle cour de l’UA serait identique à celle de la CPI : la cour serait chargée de juger les personnes ayant commis des crimes internationaux majeurs, comme le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité – auxquels s’ajouteraient les crimes de piraterie et de terrorisme, les activités mercenaires, la corruption, le blanchiment d’argent, le trafic humain, le trafic de drogue et l’exploitation illégale des ressources naturelles.
Les appels que l’UA a adressés au Conseil de sécurité des Nations Unies « dans l’intérêt de la paix et de la sécurité » afin de suspendre ou de reporter les procédures juridiques lancées à l’encontre de M. el-Béchir – et des instigateurs présumés des violences post-électorales au Kenya en 2008 – sont restés sans réponse.

Stephen Arthur Lamony, Officier de liaison et coordinateur de la Coalition pour la CPI, une organisation parapluie regroupant 2 500 organisations de la société civile dans 150 pays, a dit à IRIN : « L’UA a l’impression d’être ignorée ». Il a dit que les demandes de l’UA concernant la suspension des procédures juridiques dans les deux affaires demeureraient « un point de friction » entre l’UA et la CPI.

Il a ajouté que la CPI avait essayé de mettre en place un officier de liaison entre l’UA et la CPI « pendant un certain temps », en vain.

Regroupement

La Cour africaine de justice et des droits de l’homme (CAJDH) est sensée naître de la fusion entre la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et la Cour de justice de l’UA, et devrait comprendre trois sections : affaires générales, droits de l’homme et droit pénal international.
[http://www.africa-union.org/root/au/organs/court_of_justice_en.htm ]

Selon le projet de protocole de la cour, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA et le bureau du procureur général seront qualifiés pour soumettre des affaires ; la cour sera compétente en matière de crimes internationaux dès sa création. Cela veut dire que la cour n’aurait pas compétence dans les affaires instruites par la CPI concernant la République centrafricaine, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, la Lybie, le Kenya et le Soudan.

M. Wallis a indiqué que la composition de la cour, qui détient une compétence en matière d’atteintes aux droits de l’homme et du pouvoir de poursuite à l’égard des infractions criminelles, était « sans précédent » aux termes du droit international, et que le processus semblait être précipité. « Voici une toute nouvelle structure – une cour pénale régionale jouissant de la même compétence que la CPI, mais sans liens entre les deux ; il est difficile d’anticiper les implications et les difficultés éventuelles ».

L’incertitude demeure sur le rôle que la CPI pourrait jouer. M. Lamony a indiqué que la CPI a passé des accords avec des cours nationales, mais pas des cours régionales. M. Wallis s’attend à ce que la création de la cour de l’UA soit une source de confusion. « À cet égard, les conseils donnés aux États africains parties à la CPI sur l’équilibre entre les obligations découlant de la ratification du statut de Rome et les futures obligations imposées par l’expansion proposée, ainsi que les implications juridiques, devraient être correctement analysés par le biais d’un plus grand engagement des États. Une approche attentiste pourrait faire plus de mal que de bien ».

Jonathan O’Donohue, conseiller juridique du Programme de justice internationale d’Amnesty International, a dit à IRIN : « La CPI existe déjà, mais il y a un manque de clarté et de certitude concernant la relation entre la CPI et la cour pénale régionale [proposée]. Il y a un risque de double emploi [entre les deux cours pénales internationales] et également un risque de conflit lié à la délimitation des compétences. Il faut répondre à ces questions avant de passer à l’étape suivante ».

Une arme de l’Occident ?

En 2009, l’UA a adopté la résolution de Syrte, qui appelait les États africains parties à la CPI à ne pas coopérer à l’arrestation de M. el-Béchir. Le Malawi (alors sous la présidence de M. Bingu wa Mutharika), le Tchad, le Kenya et Djibouti – tous des États parties à la CPI – ont accueilli M. el-Béchir après l’émission du mandat d’arrêt et l’ont laissé repartir.

Dans une monographie de l’Institut d’études de sécurité intitulée « The International Criminal Court that Africa Wants » et publiée en 2010, Max du Plessis, avocat et professeur associé de droit à l’université sud-africaine du KwaZulu-Natal, qualifie le mandat d’arrêt émis à l’encontre de M. el-Béchir de « détonateur », l’UA n’ayant pas hésité à accuser la CPI d’être « un outil hégémonique occidental » et à dénoncer son « deux poids, deux mesures ».

Don Deya, avocat à la Haute Cour du Kenya et PDG de la Pan African Lawyers Union, chargée de l’élaboration du fondement juridique de la cour régionale de l’UA, a dit dans un article publié en mars 2012 par l’Open Society Initiative for Southern Africa et intitulé « Is the African Court Worth the Wait? » qu’il n’y avait pas de raison pour qu’une cour africaine n’arrive pas à travailler « en harmonie » avec la CPI pour mettre fin à l’impunité des crimes internationaux, « malgré la division amère entre l’Afrique et la CPI ». [ http://www.osisa.org/openspace/regional/african-court-worth-wait ]

Dans cet article, M. Deya a indiqué que la « fureur » déclenchée par l’affaire el-Béchir n’était pas à l’origine de la création de la cour pénale africaine, et a cité trois autres points pertinents – la compétence universelle, l’inculpation imminente de l’ancien président tchadien Hissene Habré par le Sénégal, et la qualification de crime international pour le « changement anticonstitutionnel de gouvernement ».

Le mandat d’arrêt lancé par la justice française en novembre 2006 contre Rose Kabuye, chef du protocole de la présidence rwandaise de la période post-génocide, et son arrestation en Allemagne en 2008 ont marqué « un tournant », a dit M. Deya: L’UA a décidé que « les États africains jugent les crimes internationaux sur le sol africain ».

Est-elle rentable ?

Un rapport rédigé par l’UA suite à la réunion de deux jours des ministres de la Justice et des procureurs généraux en mai 2012, à laquelle 29 États africains, ainsi que des représentants de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, du Parlement Panafricain et de l’Association des procureurs africains ont participé, a mis en lumière les conséquences financières de la création d’une cour pénale internationale. [ http://www.pan-africanparliament.org/ ]

« Techniquement, c’est une bonne idée sur le papier. Tout forum qui a pour objectif de punir les auteurs de crimes internationaux est une bonne idée. Le problème, c’est que la création d’une telle institution peut prendre plusieurs années et que, techniquement, elle pourrait encourager la « recherche du forum le plus favorable » en offrant le choix entre une cour pénale africaine et la CPI ; elle pourrait entraîner des délais dans les poursuites judiciaires et entraver les efforts de responsabilité », a dit M. Wallis.

M. Lamony a indiqué que plusieurs États membres de l’UA ne versaient pas leurs contributions, entravant ainsi les interventions menées par l’organisation sur le continent. « Je ne sais pas où ils trouveront l’argent [pour la cour]. [L'ancien président libyen] Mouanmar Kadhafi aurait probablement versé une contribution ».

Concernant la proposition de cour combinée de l’UA, M. O’Donohue a également évoqué les craintes de voir les procédures de traitement des affaires pénales épuiser les ressources d’une cour des droits de l’homme déjà sous-financée. Il a ajouté que « le système budgétaire doit être clarifié ».

Le coût moyen estimé d’un procès de la CPI est de 20 millions de dollars, ce qui représente 14 pour cent du budget annuel total de l’UA. Le procès devant la CPI de l’ancien président libérien Charles Taylor a coûté quelque 50 millions de dollars. En 2011, les coûts entraînés par le fonctionnement du Tribunal spécial pour la Sierra Leone ont atteint 16 millions de dollars, tandis que le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) disposait d’un budget de 130 millions de dollars en 2010 avec 800 employés participant à des procès organisés simultanément.

Le coût d’un procès pénal individuel est bien plus élevé que celui des affaires civiles et des droits de l’homme, a dit M. Wallis, ajoutant : « De par leur nature, les procédures pénales internationales requièrent des ressources considérables. Le manque de fonds risque d’entraver le bon fonctionnement de la justice, et l’intégrité et la crédibilité des procédures engagées par le tribunal à l’avenir pourraient être remises en question.

« Aujourd’hui, il n’y a plus d’excuses pour ne pas avoir une cour pénale parfaite. L’expérience des cours pénales internationales montre qu’un large soutien des États est nécessaire pour procéder aux arrestations et mener les enquêtes. La conceptualisation d’une cour pénale régionale doit prendre en compte les expériences et les insuffisances des autres cours pénales internationales, comme le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le Tribunal pénal international pour l’ancienne Yougoslavie, le TPIR et la CPI, afin d’éviter de futurs problèmes ».

P7_TA-PROV(2012)0252

Suivi des élections en République démocratique du Congo

PE489.309

Résolution du Parlement européen du 13 juin 2012 sur le suivi des élections en République démocratique du Congo (2012/2673(RSP))

Le Parlement européen,

– vu la déclaration des principes devant régir l’observation internationale des élections des Nations Unies d’octobre 2005,

– vu la déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies,

– vu la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui a été ratifiée par la République démocratique du Congo (RDC) en 1982,

– vu la communication sur les missions d’assistance électorale et d’observation de l’UE,

– vu ses résolutions précédentes sur la République démocratique du Congo,

– vu l’accord de partenariat de Cotonou signé en juin 2000,

– vu la résolution de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE du 22 novembre 2007 sur la situation en République Démocratique du Congo, notamment dans l’Est du pays, et son impact sur la région,

– vu l’action commune 2009/769/PESC du Conseil du 19 octobre 2009 modifiant l’action commune 2007/405/PESC relative à la mission de police de l’Union européenne menée dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et son interface avec la justice en République démocratique du Congo (EUPOL RD Congo),

– vu la mission de réforme du secteur de la sécurité EUSEC RD Congo, établie en juin 2005 (action commune 2005/355/PESC du Conseil du 2 mai 2005 relative à la mission de conseil et d’assistance de l’Union européenne en matière de réforme du secteur de la sécurité en République démocratique du Congo (RDC)),

– vu le mandat de la mission d’observation des élections déployée par l’Union européenne pour les scrutins présidentiel et législatif du 28 novembre 2011 – fournir une évaluation détaillée, impartiale et indépendante du processus électoral dans le cadre du droit national et régional, mais aussi au regard des normes internationales et des traités internationaux signés par la République démocratique du Congo,

– vu le mandat de la délégation du Parlement européen qui s’est jointe à la mission de l’UE et a approuvé ses conclusions,

– vu la déclaration faite le 9 décembre 2011 par Mme Ashton, Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, sur le processus électoral en République démocratique du Congo;

– vu la déclaration commune de la Haute représentante et du commissaire Piebalgs du 2 décembre 2011 sur les élections, ainsi que la déclaration du 7 juin 2012,

– vu la déclaration faite le 20 décembre 2011 par Mme Ashton, Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, sur le processus électoral en République démocratique du Congo;

– vu le rapport final de la mission d’observation des élections de l’Union européenne en République démocratique du Congo ainsi que ses recommandations,

– vu les recommandations de la commission électorale nationale indépendante (CENI/INEC) d’avril 2012,

– vu l’article 110, paragraphe 2, de son règlement,

– vu l’article 122 de son règlement,

A. Considérant que la mission d’observation des élections de l’Union européenne en République démocratique du Congo a conclu dans son rapport final que le processus électoral avait été entaché par un manque de transparence et de crédibilité dû aux nombreux cas de fraude et aux multiples irrégularités qui ont été constatés,

B. considérant que la mission d’observation des élections de l’UE en République démocratique du Congo a formulé 22 recommandations à l’intention des autorités congolaises concernant les mesures indispensables pour améliorer la transparence et la crédibilité des élections, mesures qui sont réalisables du point de vue technique avant les prochaines élections provinciales et locales,

C. considérant que, parlant au nom de l’Union européenne, Mme Catherine Ashton, vice-présidente de la Commission / haute représentante de l’Union a rappelé ses préoccupations quant aux graves défaillances et à l’opacité de l’établissement et de la publication des résultats électoraux, dont fit état, entre autres, la mission d’observation électorale de l’Union européenne,

D. considérant que malgré les dysfonctionnements relevés par les autorités congolaises elles-mêmes et par la commission électorale nationale indépendante (CENI), la Cour suprême de justice de la RDC a confirmé les résultats définitifs des deux scrutins et, le 16 décembre 2011, proclamé le président sortant, M. Joseph Kabila, président réélu,

E. considérant que la date prévue pour la tenue des élections provinciales et locales, à savoir le 25 mars 2012, n’a pas été respectée et que, le 6 juin 2012, le président de la CENI a annoncé un calendrier révisé pour les élections provinciales, municipales et locales, prolongeant le processus électoral jusqu’en 2014,

F. considérant que le Haut Conseil de l’audiovisuel et des communications n’a pas été en mesure de donner l’assurance que le principe d’égalité de la couverture médiatique de l’ensemble des candidats avait été respecté,

G. considérant que l’impunité qui entoure de graves violations des droits de l’homme crée un climat d’insécurité et que la situation en ce qui concerne le processus de démocratisation de la République démocratique du Congo continue à susciter l’inquiétude étant donné que les violations des droits de l’homme à motifs politiques ont augmenté au cours de la période qui a précédé les élections présidentielles,

H. considérant que la répression visant les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes s’est aggravée au Congo, ces personnes faisant l’objet d’arrestations arbitraires et d’intimidations;

I. considérant que l’assassinat de Floribert Chebeya Bahizire, éminent défenseur congolais des droits de l’homme, et la manière dont le dossier a été traité sont non seulement des crimes foncièrement graves mais aussi un message effroyable à l’adresse de tous les défenseurs congolais des droits de l’homme,

J. considérant qu’un grand nombre de problèmes se sont accumulés au cours de la période préelectorale notamment le passage à un système à un tour pour le scrutin présidentiel, l’invalidation d’une liste électorale, le manque de légitimité de la CENI, un cadre juridique laissant à désirer et mal appliqué ainsi que la nomination de juges de la Cour suprême,

K. considérant que, au titre de l’enveloppe A du 10e FED, l’Union soutient les projets liés à la bonne gouvernance, tels que la tenue d’élections démocratiques et équitables,

L. faisant observer que la contribution financière de l’Union européenne à ces élections, se monte à 47,5 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 2 millions d’euros complémentaires pour la sécurité; salue l’implication personnelle de 147 observateurs dans le processus de supervision électorale dans le cadre de la mission d’observation électorale de l’Union européenne en RDC pour 2011,

M. considérant que, dans sa résolution 1991 adoptée le 28 juin 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a prorogé jusqu’au 30 juin 2012 le mandat de la mission de stabilisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (Monusco),

N. considérant que l’augmentation du chômage, les difficultés sociales et l’appauvrissement de la population sont autant de facteurs qui mettent à mal la stabilité politique de la République démocratique du Congo,

O. considérant que le pays compte 1,7 million de personnes déplacées et qu’il y a 426000 réfugiés congolais dans les pays voisins,

1. estime que la mise en place d’une société démocratique suppose avant tout une volonté politique forte et une vision ambitieuse de la part des dirigeants politiques, du gouvernement et des groupes d’opposition, l’objectif étant de mettre en place des institutions afin de garantir les droits de l’homme, les droits civils, politiques, sociaux, économiques et environnementaux de la population;

2. est d’avis que les dirigeants politiques, les organisations de la société civile, les responsables religieux et les associations de femmes en RDC devraient parvenir à un consensus national sur des institutions adéquates et appropriées et sur des procédures stables et convenues permettant de mettre en œuvre la pratique de la démocratie;

3. considère qu’un système judiciaire et médiatique indépendant est essentiel à la formation et à la régulation du processus démocratique afin de renforcer l’État de droit, instaurer des institutions démocratiques, notamment un parlement fonctionnel représentatif du pluralisme politique, et renforcer le rôle de la société civile;

4. estime que les élections sont nécessaires, mais non suffisantes à elles seules pour créer les conditions nécessaires au processus de démocratisation, lequel suppose beaucoup plus que l’organisation de scrutins; considère que, pour être couronné de succès, un processus de démocratisation suppose un engagement à l’égard du développement social et économique du pays et de la défense des droits fondamentaux de la population, en ce compris le droit à l’emploi, à la santé et à l’éducation;

5. se félicite de ce que le peuple congolais a participé massivement aux scrutins présidentiel et législatif de novembre 2011, montrant ainsi son profond attachement à la mise en place d’une véritable démocratie en République démocratique du Congo;

6. engage le gouvernement à nouer un dialogue politique avec tous les partis, y compris les forces d’opposition et la société civile, afin de poser les jalons d’une véritable démocratie et de réformes politiques dans le pays,

7. souligne qu’il importe de mettre en place une cour constitutionnelle garantissant davantage de transparence dans le processus électoral, en particulier pour ce qui est de la résolution des litiges électoraux;

8. réaffirme sa conclusion selon laquelle la CENI a manqué à sa mission, et préconise des réformes fondamentales dans différents domaines une fois la composition de cet organisme revue pour assurer une véritable parité et le rendre plus représentatif de la société civile congolaise;

9. se félicite de la volonté de la CENI de rétablir la confiance entre les différents acteurs et d’appliquer les recommandations de la mission d’observation des élections de l’UE et invite la CENI, à cet égard, à suggérer une marche à suivre précise et appropriée;

10. souligne le rôle capital joué par la société civile congolaise dans le processus électoral, en particulier pour ce qui est de la promotion de l’éducation civique et de l’observation au niveau national; invite dès lors l’Union européenne et la communauté internationale à soutenir les efforts de la République démocratique du Congo visant à consolider la démocratie et la paix, à aider les ONG congolaises à sensibiliser les électeurs et à observer les élections au niveau interne et à aider le peuple congolais dans son aspiration à réaliser la démocratie et la justice sociale;

11. demande instamment que le Haut Conseil de l’audiovisuel et des communications soit autorisé à fonctionner réellement et efficacement de manière à assurer le respect du principe d’égalité en ce qui concerne la couverture médiatique de tous les candidats aux élections;

12. condamne vivement les violences regrettables et les violations des droits de l’homme qui ont entaché les élections du 28 novembre 2011; invite les autorités congolaises à tout mettre en œuvre pour diligenter les enquêtes nécessaires pour retrouver les auteurs de ces actes; se félicite du travail des forces de sécurité et des services de répression et les soutient dans les efforts qu’ils déploient pour répondre à toutes les violations des droits de l’homme;

13. souligne qu’aucun progrès notable n’a été accompli dans les enquêtes sur les violations des droits de l’homme, en particulier les viols massifs; note que le pouvoir judiciaire a été dans une large mesure incapable de rendre la justice et d’offrir réparation aux victimes;

14. se déclare préoccupé par le fait que les assassins de Floribert Chebeya courent toujours, en dépit d’une décision judiciaire; invite instamment le système judiciaire congolais à prendre en considération le recours introduit contre cette décision par la veuve de Chebeya et à fixer une date pour l’examiner;

15. invite les autorités congolaises, au nom de la liberté d’expression, à ne pas entraver directement ou indirectement, la distribution en République démocratique du Congo du film du réalisateur Thierry Michel sur cette affaire,

16. invite le gouvernement congolais à adhérer résolument à des pratiques politiques qui respectent tous les droits de l’homme, notamment la liberté d’expression et d’opinion, la liberté de manifestation et la liberté religieuse, et qui mettent fin aux discriminations fondées sur le sexe ou l’orientation sexuelle; souligne qu’il importe de renforcer la primauté de droit, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption ainsi que le contrôle exercé sur les services de sécurité;

17. invite l’actuel gouvernement de la République démocratique du Congo à redoubler d’efforts, sur le plan intérieur, pour faire respecter la primauté du droit et assurer la sécurité du peuple congolais, sur tout le territoire du pays; invite le premier ministre, responsable au premier chef de la politique gouvernementale en matière de finances publiques, à veiller à ce que les normes de gestion financières les plus strictes et des procédures budgétaires solides deviennent la règle dans la politique mise en œuvre par le gouvernement de la RDC;

18. constate que les discriminations dont sont victimes les femmes, qui les empêchent de participer pleinement à la vie politique, se poursuivent en dépit du fait que les principes d’égalité entre hommes et femmes et de parité entre hommes et femmes au sein des différents organes décisionnels sont inscrits dans la constitution; propose que les mesures nécessaires soient prises pour assurer l’intégration des femmes dans la vie politique et faire en sorte que le droit électoral soit modifié afin d’assurer le principe de parité entre hommes et femmes;

19. se félicite de l’annonce par le bureau de laCENI, par voie de communiqué de presse du 6 juin 2012, de la décision N 019/CEN/BUR/12 fixant un calendrier révisé pour les scrutins provinciaux, municipaux et locaux et prolongeant le processus électoral jusqu’en 2014;

20. demande à la CENI de présenter un plan d’organisation et un plan budgétaire exposant clairement comment les scrutins à venir seront organisés; demande que ces plans soient soumis à l’approbation de tous les partis politiques et de la société civile;

21. invite tous les membres de la majorité présidentielle, de l’opposition et de l’administration publique ainsi que la société civile et le peuple congolais dans son ensemble à faire en sorte que les élections à venir figurant au calendrier électoral révisé pour la période 2012-2014 soient transparentes, crédibles et fiables et que les droits de l’homme et les libertés fondamentales soient respectés;

22. engage la Commission et les Etats membres à subordonner la contribution financière de l’Union au processus électoral en République démocratique du Congo à la mise en œuvre effective des recommandations de la mission d’observation des élections de l’UE,

23. souligne que la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays continue de faire peser une menace sur la stabilité dans la région et souligne que la paix, la sécurité et la bonne gouvernance sont les conditions du développement à long terme de la République démocratique du Congo;

24. demande que le parlement congolais soit associé aux activités de contrôle du secteur minier et que l’on envisage d’organiser une enquête indépendante pour faire en sorte que ce secteur mène ses activités de manière transparente;

25. soutient la création du poste de rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme pour la République démocratique du Congo ainsi que le renouvellement du mandat de la Monusco afin de protéger la population civile;

26. invite les autorités congolaises à ratifier la charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, et ce dans les meilleurs délais;

27. Charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, à la vice-présidente de la Commission/Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ainsi qu’à l’Union africaine, aux gouvernements des pays de la région des Grands Lacs, au conseil des droits de l’homme des Nations Unies et aux autorités de République démocratique du Congo.

RDC: nouveaux affrontements entre les mutins et l’armée au Nord-Kivu
(AFP / 14 juin 2012)
Rwanguba (RDCongo) – Les nouveaux affrontements qui ont opposé jeudi l’armée congolaise aux mutins ex-rebelles qui ont pris quelques positions aux loyalistes, dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont cessé dans l’après-midi a constaté l’AFP.

Selon le porte-parole des mutins du M23 (Mouvement du 23 mars) les Forces armées congolaises (FARDC) ont commencé à bombarder tôt le matin leurs positions dans la zone de la colline de Mbuzi, à la limite du parc national des Virunga, à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Goma, la capitale du Nord-Kivu.
Ils nous ont attaqués depuis 05H00 (03H00 GMT) du matin. Nous les avons repoussés et nous avons récupéré cinq de leurs positions, a affirmé à l’AFP le colonel Vianney Kazarama.
Les FARDC de leur côté ont affirmé que les mutins ont débuté les hostilités.
Des combats se sont déroulés près de Rwanguba, au nord de la route qui va de Rutshuru vers le sud-est à Bunagana, un important poste frontalier avec l’Ouganda, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Des chars de la Mission de l’ONU (Monusco) ont été vus sur cette route près de Rwanguba. La Monusco a renforcé sa présence ces derniers jours notamment à Bunagana, dans le cadre de son mandat de protection des populations civiles.
Le M23 a attaqué depuis 04H30 toutes les positions FARDC. L’armée a fait un repli stratégique, a déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat un militaire, à Rubare, où l’AFP a vu de nombreux soldats et des jeep FARDC.
Rubare est situé sur l’axe Goma-Rutshuru, à une quinzaine de km au sud de cette dernière localité. Des combats ont également eu lieu à l’est de cet axe, à hauteur de Rumangabo (50 km au nord de Goma), où les FARDC ont une importante base.
Comme lors des précédents combats qui se sont produits au cours de ces dernières semaines, les affrontements ont cessé dans l’après-midi. Les combats en général ne durent pas plus d’une journée.
…………………………

RDC Conflit dans l’Est – DÉCRYPTAGE

Tanguy Berthemet – Le Figaro – 15 06 12

Une fois de plus, le Nord-Kivu, une petite province de l’est de la république démocratique du Congo, est en proie aux affrontements.
Une fois de plus, la lutte oppose l’armée congolaise à un groupe composé pour l’essentiel de soldats mutins issus d’une rébellion tutsie officiellement dissoute, le Congrès national de défense du peuple (CNDP)

Ce conflit reste pour l’heure très limité. Pourtant, il inquiète fortement tant les Congolais que la communauté internationale. Les habituelles tensions ethniques qui agitent cette région, particulièrement entre la majorité nandée et la minorité tutsie, ne suffisent pas à expliquer le retour des combats. En filigrane, cette guérilla cache une opposition nettement plus sérieuse entre la République démocratique du Congo (RDC) et les Rwandais, sur fond de vieux différends et d’intérêts financiers. La fuite d’un rapport de l’ONU, mettant en évidence le soutien de Kigali aux mutins n’a fait qu’en apporter la preuve. Immédiatement Kinshasa a accusé son voisin. Kigali, de son côté, a nié en bloc.
Entre les deux pays, l’antagonisme plonge ses racines dans le génocide rwandais. Fin 1994, les troupes rwandaises intervenaient dans l’est du Congo pour donner la chasse aux génocidaires, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui y avaient trouvé refuge. Le Congo plongeait dès lors dans la guerre civile. Le président rwandais, Paul Kagame, choisissait d’épauler l’opposant Laurent-Désiré Kabila jusqu’à sa victoire contre Mobutu. Mais l’union sera de courte durée et la rupture violente. La guerre civile reprenait à l’est contre des mouvements rebelles soutenus, presque officiellement, par le Rwanda au nom de la lutte contre les FDLR.
Risque d’escalade
Cinq ans d’une guerre qui fit plus de trois millions de morts et dix ans de négociation plus tard, seule une paix bancale pleine de ressentiment a pu être instaurée entre les deux pays. Kinshasa continue de chercher vengeance et Kigali à contrôler la province pour des raisons sécuritaires en soutenant des rébellions. Ces nationalismes, aussi réels soient-ils, cachent mal l’appétit pour les terres du Kivu et ses riches sous-sols que nourrissent tous les acteurs. «Les FDLR sont un faux problème. Kigali aura pu le régler depuis longtemps mais il s’en sert pour intervenir dans le Kivu qu’il considère comme une extension naturelle du Rwanda», souligne un diplomate.
Le récent conflit n’est donc que le dernier avatar de cette longue histoire. Joseph Kabila, qui après sa réélection contestée de décembre 2011 cherche un nouvel élan, a choisi de rompre l’équilibre en espérant une victoire facile. Mais le plan ne marche pas. Kigali n’entend pas laisser faire. Après deux mois de combats, l’armée congolaise piétine.
L’Église congolaise assure aujourd’hui «qu’il existe des indices convergents qui évoquent le spectre d’une guerre». «Le risque est de voir cette lutte s’enliser et déborder en relançant les tensions ethniques», prévient Thierry Vircoulon de l’International Crisis Group. Car des massacres seraient comme autant de raisons pour les acteurs de s’engager plus avant. Pour Louise Harbour, ancienne haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, la perspective d’une escalade est très sérieuse. Elle demande que les forces de l’ONU s’interposent très vite pour éviter le pire, qui au Congo, n’est jamais sûr mais demeure toujours probable.

© CongoForum, le samedi 16 juin 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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