Congo : l’Est sous contrôle du Rwanda et de l’Ouganda (première partie)

19 juin 2012

Au fil des jours

(Par Joska Kaninda )

Zone à haut risque, région troublée, sanctuaire des groupes armés, ventre mou de la RDC…, tels sont les qualificatifs collés à la partie orientale du Congo.

Pendant plus de 18 ans, cette contrée de la RDC est en proie à une insécurité quasi permanente. Pillages des villages, massacres, viols des femmes et filles, assassinats, affrontements armés et autres vols à mains armées font les lots quotidiens de ses habitants. Dans ce repère des groupes armés, l’Etat congolais peine à y rétablir son autorité. Complicité ou complaisance ? Les commentaires vont dans tous les sens. Des localités entières y sont sous contrôle des milices locales et groupes armés étrangers. On a beau y mener des opérations conjointes Monusco-FARDC et même y inviter les troupes rwandaises, les choses tardent à s’améliorer.

Pas plus tard qu’au mois d’avril dernier, une autre insurrection y a vu le jour : le M23 chapeauté par le colonel Makenga. Née des cendres du CNDP de Laurent Nkunda, cette énième insurrection tustsi en RDC évoque des mêmes revendications qui cache mal la protection des communautés tutsi du Kivu : le respect des accords signés entre le CNDP et le gouvernement congolais et le retour des refugiés congolais installés au Rwanda. Cette déplorable situation perdure à l’Est de la RDC pour des raisons multiples : le partage des zones d’influences entre le Rwanda et l’Ouganda, l’épineuse question de la survie de Tutsi en RDC, l’enrichissement illicite des tireurs des ficelles, la complicité de la communauté internationale…

Des zones de l’Est du Congo sous contrôle du Rwanda et de l’Ouganda

Sous prétexte de poursuivre leurs rebellions respectives sur le territoire congolais, les armées rwandaises et ougandaises avaient envahi le Congo en 1996. Venues en appui à l’AFDL, ces deux armées étrangères avaient réussi à renverser Mobutu pour placer Laurent Désiré Kabila aux affaires à Kinshasa en 1997. C’était aussi pour eux l’occasion d’infiltrer les « services congolais » en vue d’avoir un réel contrôle sur la situation de l’Est du Congo. Des officiers des renseignements rwandais comme ougandais étaient ainsi largués dans plusieurs sites à l’Est du Congo. Des zones d’influence en RDC étaient donc reparties entre les deux pays. C’est au cours de la deuxième guerre de 1998 que cette situation a été mise au grand jour. L’éclatement de la rébellion du RCD en mai 2000 avait pour motivation principale le partage des zones d’influences entre le Rwanda et l’Ouganda en RDC. Les ougandais tenaient à avoir l’emprise sur les rebellions congolaises contrôlant les zones de ses frontières communes avec la RDC. Et, il en était de même pour le Rwanda qui ne voulait pas faire échapper la moindre information sur les territoires congolais qui lui sont frontaliers. C’est la région de Kanyabayonga qui était une sorte de ligne de démarcation entre les deux pays. Les troupes rwandaises supportaient le RDC Goma et pouvaient ainsi contrôler la zone Est de la RDC allant du Sud-Kivu à Kanyabayonga dans le Nord-Kivu pendant que les troupes ougandaises venaient en appui à toutes les rebellions qui contrôlaient la bande allant de Kanyabayonga ( Nord-Kivu ) à Aru ( Ituri, province Orientale). Tout le temps qu’a duré la rébellion du RCD, il en était ainsi.

Après la réunification issue du Dialogue Inter congolais, le Rwanda et l’Ouganda ont tenu à maintenir leurs influences respectives à l’Est de la RDC. Si les ougandais avaient laissé plusieurs de leurs officiers de renseignements sur le sol congolais, le Rwanda à travers le RCD avait préféré garder, à l’Est du Congo, une faction qui pouvait le défendre au cas où. Laurent Nkunda, Jules Mutebusi et d’autres éléments RCD n’avaient pas répondu à la réunification de Kinshasa en 2004.

Le Rwanda veille au grain à tout ce qui se passe à l’Est du Congo pour empêcher à ses ennemis ( les FADLR et les Inteharamwe) d’approcher ses frontières et ainsi déstabiliser le pouvoir de Kigali. Pour sa part, l’Ouganda tient à la neutralisation de ses rebellions qui campent dans la partie Est du Congo : le NALU, ADF et LRA.

L’épineuse question de la survie Tutsi en RDC

Au delà de se considérations des survies politiques des pouvoirs de Kigali et de Kampala, il y a aussi la question de la survie de Tutsi en RDC. L’entrée des militaires tutsi rwandais à l’Est du Congo sous les casquettes des rebellions congolaises (AFDL et RDC) est, en partie, à la base de la création de plusieurs milices notamment mayi-mayi. La nationalité congolaise de tutsi est souvent remise en cause par des nombreuses communautés congolaises vivant à l’Est du Congo. Dans cette partie de la RDC, les tutsi passent pour des envahisseurs rwandais. D’où, organise-t-on dans cette partie du Congo de sorte de groupes de « résistance » contre l’envahisseur rwandais. Cet état de chose est aussi exploité par des officiers tutsi pour justifier leurs rebellions à l’Est de la RDC. Une petite analyse des revendications des insurgés Tutsi à l’Est du Congo suffit pour s’en convaincre. De jules Mutebusi, Laurent Nkunda, Bosco Ntaganda et maintenant Makenga, tous ont toujours prétendu lutter pour protéger les communautés tutsi du Congo.

En 2005, la ville de Bukavu a été attaquée par les deux commandants tutsi avant que le vaillant général Mbuza Mabe ne les neutralisent. Mis en déroute, Mutebusi va se retirer mais Nkunda, téméraire, va créer, le CNDP qui a fait parler la poudre à l’Est de la RDC jusqu’en 2009. Il avait fallu l’intervention du Rwanda pour que Laurent Nkunda soit anéanti pour passer la main à Bosco Ntaganda. Voila qu’en avril 2012, le colonel Makenga fait le relai de Bosco Ntaganda pour continuer la même lutte. Rappelons qu’au temps fort de la guerre du CNDP le président Rwandais Paul Kagame avait lors d’une interview déclaré que Nkunda avait certaines revendications légitimes et que même anéanti un autre Nkunda naitrait de quelque part. Et, c’est cela qui est vécu. ( A suivre..)

Du libérateur à l’envahisseur

Pendant la campagne de l’AFDL contre le régime de Mobutu, les soldats rwandais qui accompagnaient Laurent Désiré Kabila étaient présentés au public comme des « libérateurs ». Dans chaque ville ou village qui tombaient sous contrôle de cette rébellion, ces libérateurs devraient être ovationnés. Le pouvoir Kabila père était moins tendre à tout congolais qui tentait d’en savoir trop sur les vraies origines de ces soldats tutsi. James Kaberebe a été même gratifié de la fonction de chef d’Etat Major General des Forces armées congolaises à Kinshasa.

Il avait fallu attendre l’avènement de la rébellion du RCD en 1998 pour que cette donne change. Animée essentiellement par des soldats tutsi, cette insurrection a été présentée aux populations congolaises comme des « envahisseurs rwandais ». Et, ce sont des hautes personnalités politiques congolaises qui s’étaient occupés de cette campagne à l’encontre de tutsi et rwandais vivant en RDC. Pour contrer cette nouvelle rébellion, le pouvoir Kabila père aurait même recouru aux services des FDLR-Inteharamwe présents en RDC. Comme il fallait s’y attendre, il s’en était suivi une sorte de montée de la haine envers les tutsi à travers la RDC et particulièrement à l’Est. Cette campagne, associée aux nombreux massacres de populations perpétrés par les hommes du RCD avait fini d’asseoir un sentiment anti-tutsi dans l’imaginaire collectif des congolais. Les tutsi ont donc difficile à se faire accepter dans l’Est de la RDC. Pour des soldats tutsi, ll est hors de question d’abandonner les communautés tutsi vivant au Congo dans une contrée où les FDLR, ces hutu pires ennemis de tutsi, ont encore pignon sur rues. Leur refus d’être déployer loin de la région du Kivu trouve ici sa justification.

A suivre…

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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