22/06/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE VENDREDI

(CongoForum)

Les journaux parus à Kinshasa présentent unanimement des manchettes relatives à l’Est et à la Francophonie, saupoudrées de sujets divers. Le nouveau conflit armé resurgi au Nord-Kivu et le conflit armé provoqué dans le Kivu par les insurgés du M.23, surgeon de l’ex-CNDP fait la manchette de la majorité des journaux parus ce vendredi à Kinshasa. Dans leur décorticage de l’enjeu de cette guerre, ils présentent l’autre guerre, diplomatique celle-là, dans laquelle Kinshasa et Kigali sont désormais engagés en s’entraccusant mutuellement sur leur réciproque responsabilité dans ce conflit.

Est – RDC/Rwanda

La Tempête des Tropiques, qui titre « 177 éléments des FARDC rejoignent le M23 » annonce une tournure inquiétante de la guerre au Kivu. Ces soldats lâches, selon le journal, parmi lesquels sept officiers supérieurs, appartiennent tous à l’ex-CNDP de Bosco Ntaganda, indique TdT, citant une dépêche de l’AFP.

Le porte-parole du M23, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, affirme, d’après RFI que plus de 150 hommes de troupe de l’armée régulière FARDC et sept officiers ont rejoint la mutinerie dans la seule journée d’hier. « Trois lieutenants-colonels et quatre majors », précise-t-il. « Il sont venus avec leurs armes et beaucoup de munitions. Dans leur arsenal, il y a même des missiles anti-aériens », ajoute le porte-parole des mutins.
« C’est de la pure propagande », répond le ministre porte-parole du gouvernement à Kinshasa, également cité par RFI. Selon Lambert Mende, « le M23 essaie de faire croire qu’il fait recette, la réalité est tout autre ». Selon Lambert Mende, sur les 4 000 FARDC issus de l’ex-mouvement rebelle CNDP, seuls 400 ont fait défection au début de la mutinerie, et sur ces 400, deux cent quarante seraient rentrés dans le rang. Les troupes du M23 sont, selon lui, maintenant essentiellement constituées de nouvelles recrues rwandaises.

(L’intérêt, pour le M23, de faire état de ces défections, doit être le fameux « arsenal » qu’on attribue aux transfuges. En effet, après la capture de 30 tonnes de munitions chez Ntaganda, on s’est étonné, peu après, de voir la puissance de feu des « mutins » s’accroître singulièrement. D’où venaient ces nouvelles armes et munitions ? Du Rwanda, ce qui est prouvé par le fait que les Rwandais capturés par les FARDC et la MONUSCO étaient essentiellement des porteurs. Pour disculper le Rwanda, il fallait assigner à cette artillerie une autre origine ! NdlR)

Entre temps, le fameux « vent favorable » qui souffle si souvent dans les rédaction, a fait bénéficier l’agence Reuters de « fuites » en provenance de l’ONU. Les experts des Nations unies disposent de preuves montrant que le ministre de la Défense du Rwanda et deux officiers rwandais soutiennent les rebelles du mouvement M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), selon des notes prises lors d’une réunion à huis clos du comité des sanctions de l’Onu et que Reuters a pu consulter. Les responsables rwandais cités sont le ministre de la Défense James Kaberebe, le chef d’état-major des forces de défense Charles Kayonga et le général Jacques Nziza, conseiller militaire de Paul Kagamé. Selon ces notes, James Kaberebe est en « contact permanent avec le M23″.

Pour Le Phare, il s’agit de manœuvres de diversion rwandaises. Il annonce par ailleurs que Kinshasa a finalement saisi le Conseil de sécurité de l’Onu pour accuser le Rwanda d’être le principal sponsor du CNDP et du M23, deux mouvements rebelles animés par des officiers et soldats rwandais. Entre-temps, poursuit le quotidien, les Congolais sont étonnés d’apprendre qu’il y a des manœuvres de rapprochement entre Kinshasa et Kigali. Le souhait de tous, selon Le Phare, est que les officiels congolais maintiennent leur position de fermeté. S’ils cèdent au discours mielleux de Paul Kagame, la RDC risque de se retrouver comme le dindon d’une nouvelle farce, conclut le journal.

Le Potentiel, de son côté, n’allait pas rater une aussi belle occasion d’embrayer sur la Balkanisation de la RDC, trouvant que Kinshasa épargne Kagame, et charge Ntaganda. Selon le confrère, le Porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a laissé entendre jeudi 21 juin, au cours d’un point de presse, que Bosco Ntaganda était plus méchant que Paul Kagame. Autrement dit, note le quotidien, il voudrait inviter le peuple congolais à composer avec le président rwandais alors qu’il existe des preuves irréfutables que ce dernier soutient le M23, actuellement en guerre contre les FARDC. Cette versatilité dans l’attitude et le langage du gouvernement jette un flou dans l’opinion et, pourquoi pas, un doute quant à la franchise des relations qui lient Kigali et Kinshasa, renchérit Le Potentiel !

AfricaNews titre « Vaste offensive diplomatique de Kinshasa. Kabila-Kagame nœud du problème ». Cette manchette est illustrée par les photos des présidents Joseph Kabila et Paul Kagame. Il indique : « Complot contre le Chef de l’Etat RD-congolais comme l’appui aux mutins M.23 procèdent tous d’une même logique : la balkanisation de la RD-Congo, s’écrie Lambert Mende ».

AfricaNews explique encore que : « A l’unanimité, la communauté internationale a dénoncé et condamné l’implication du Rwanda dans la mutinerie déclenchée par le M.23. Alors que les réactions africaines se font rares, Paul Kagame, désormais sous pression, est plus rapide. Il fait part à la RD-Congo d’un complot avorté des Occidentaux contre son Président. Kinshasa reste perplexe, mais saisit le Conseil de sécurité de l’Onu, estimant via Lambert Mende qu’à l’instar du complot évoqué, l’appui des mutins par des réseaux rwandais procède de la logique de la balkanisation du pays ».
Voici la déclaration du porte-parole du gouvernement de Kinshasa, telle que rapportée par AfricaNews: « Nous demandons à notre voisin et partenaire dans le cadre de la CEPGL et de l’Union africaine, d’arrêter son mauvais jeu et de respecter les textes, pour jouer le rôle qui est le sien dans le cadre des rapports qui nous lient. Nous voulons une action du Rwanda dans le sens d’abandonner et de décourager le soutien accordé aux mutins, cogne Lambert Mende ».

L’Avenir rapporte aussi la riposte du porte-parole du gouvernement congolais aux justifications du président rwandais. Ce journal titre à la Une: « Lors d’une émission à la (radio nationale) Rtnc 2. Mende répond à Kagame ».
Le journal écrit dans le chapeau de cet article que : « Réagissant aux propos du président Paul Kagame, le gouvernement congolais a fait savoir que l’état de guerre n’est pas déclaré contre son voisin le Rwanda, mais plutôt une rupture de la paix entre les deux pays. Les propos du Chef de l’Etat rwandais, poursuit L’Avenir, laissent plus d’un Congolais perplexe quand on se rappelle que sa ministre (des Affaires étrangères) venait de séjourner en RDC à la recherche de la paix ».
« Pour Kinshasa, souligne ce journal, il n’est pas question de se taire maintenant que l’on dispose des preuves avérées d’aides que les forces négatives reçoivent à partir du territoire rwandais. En attendant que Kigali revienne à la raison, Kinshasa se réjouit de l’attitude du Conseil de sécurité de l’Onu qui a décidé de diligenter une enquête sur l’implication rwandaise ».

Le Palmarès choisit de présenter cette situation critique, toujours en manchette par un titre saisissant rédigé dans le volapük le plus classique: « Du coup lui proposé pour déstabiliser la RDC. Plan contre Kabila : Kagame doit s’expliquer ! ».
Ce journal écrit que : « L’actuelle crise à l’Est de la RDC a permis de découvrir beaucoup de révélations dont celle de Paul Kagame auprès de qui certaines puissances auraient sollicité le départ forcé de Joseph Kabila, peu avant la tenue de la présidentielle du 28 novembre 2011 ». Et Le Palmarès en déduit : « Voilà qui accrédite certains pressentiments des Congolais nationalistes qui soutenaient la thèse d’un complot imminent contre la RDC. Ces élections n’auront pas lieu, affirmation de certains analystes chevronnés. En proposant ce vide au sommet de l’Etat, conclut ce journal, ces puissances allaient certainement placer une personne de leur choix, laquelle aurait été contrainte d’accepter de diriger un Congo sans la partie toujours convoitée… ».

(Les situations de guerre ou de quasi-guerre provoquent toujours un resserrement autour du drapeau. Tous les gouvernements le savent et en profitent quand ils en ont l’occasion. On remarquera toutefois dans le cas présent que l’on tente de présenter la sauce patriotique en y ajoutant un nouveau condiment : le patriote salue le drapeau, défends l’intégrité du territoire et reconnaît comme incontestable la victoire de Kabila lors des élections-foutoir de novembre 2011. C’est un peu comme la préparation de la béarnaise : il faut avoir la main très légère quand on ajoute les jaunes d’œuf, sans quoi cela fait des grumeaux… NdlR)

Sommet de la Francophonie à Kinshasa.

AfricaNews signale un premier couac dans la campagne menée contre la tenue dudit forum dans la capitale de la RDC. Sous le titre « Moni Della chez Abdou Diouf », le journal révèle dans l’article concerné que « Moïse Moni Della, Secrétaire général du Rassemblement congolais pour la démocratie – RCDN/N – et président de la Commission francophone des Forces acquises au changement – FAC – affirme avoir pris un rendez-vous avec le Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie – OIF – le Sénégalais Abdou Diouf ».
Il indique que « L’objectif de sa (Moni Della) démarche : obtenir, affirme-t-il, la délocalisation du sommet de la francophonie prévu au mois d’octobre à Kinshasa vers un autre pays plus démocratique et respectueux des valeurs des droits de l’homme »..

La menace de boycott du sommet de la Francophonie de Kinshasa est à prendre au sérieux dès lors qu’on signale un tantinet de résistance de l’ancienne métropole coloniale de la RDC, ainsi que l’annonce Le Palmarès sous le titre: « En attendant un signal fort de Paris. Francophonie : le Premier ministre belge Di Rupo hésitant ! ».

Le Potentiel défend un point de vue opposé aux appréhensions rapportées par les deux premiers journaux traitant le sujet. Il titre: « Sommet de la Francophonie : faux débat et pression en eau de boudin ». C’est tout dire !
« Quoiqu’en disent les prophètes de malheur, Il a déjà été écrit que Kinshasa serait la capitale mondiale de la Francophonie. Les commentaires qui circulent ça et là laissant croire que le prochain sommet serait délocalisé pour ailleurs n’y changeront rien. Le reste n’étant, comme on le relève en haut lieu, que faux débat et pressions qui ont le malheur de s’en aller en eau de boudin..
Dans trois mois et demi, Kinshasa, capitale de la RDC, sera la capitale mondiale de la Francophonie. L’événement est attendu avec beaucoup d’attention et d’intérêt dans la mesure où l’enjeu que représente la tenue du 14ème Sommet de la Francophonie, est capital. Aussi bien pour le pays d’accueil que pour la communauté francophone dans son ensemble.
Quand bien même, dans certains milieux, on passe son temps à jouee la partition de l’annulation ou à la délocalisation du sommet de la Francophonie, il n’en demeure pas moins vrai que le rendez-vous d’octobre sera bel et bien respecté. Avec à la clé, la participation de la France .
Les oiseaux de mauvais augure peuvent continuer à s’époumoner …jusqu’à en crever. Les préparatifs vont bon train. Le Comité organisateur est actuellement à la phase de mise en œuvre qui concerne l’aménagement des sites et le recensement des capacités d’hébergement évalué au 8 juin 2012 à 3000 chambres disponibles dans le périmètre du site principal du déroulement des travaux du sommet qui est le Palais du Peuple.
De plus, les services du ministère en charge de la Francophonie s’occupent de la distribution des invitations d’ores et déjà signées par le chef de l’Etat, et comme cela se passe partout ailleurs, certaines de ses invitations seront portées par des émissaires spéciaux.
En ce qui concerne la réhabilitation des infrastructures, le gouvernement s’emploie à accélérer la réhabilitation des sites cibles pour l’accueil, l’hébergement des visiteurs et le déroulement des travaux pour que d’ici le mois de septembre prochain, la RDC soit prête à accueillir le Sommet.
Le Comité organisateur du 14ème Sommet tient très bien son chrono à tel point qu’il n’y a rien à craindre quant à la réussite totale de la grande fête de mi-octobre pour laquelle le pari pris par la RDC sera respecté et gagné.. Avec fière allure, dans tous les cas ».

Elections

L’Avenir titre avec volupté : « Processus électoral. Le Japon et la Chine apportent leur soutien à la CENI ».
« L’empire du Japon et la République populaire de Chine ont promis d’apporter leur appui financier à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) dans le processus électoral.
Un appui qui tombe à pic pour l’institution électorale congolaise, déjà engagée à relever les défis des provinciales. « L’assistance du Japon à la Ceni n’a pas de conditions ». Cette déclaration a été faite par l’Ambassadeur du Japon en République démocratique du Congo, au sortir de l’audience que lui a accordée hier jeudi le 21 juin 2012 le Président de la Ceni, le Révérend Docteur Daniel Ngoy Mulunda Nyanga à son cabinet de travail.
Pour le diplomate japonais, son pays va étudier les possibilités de soutenir financièrement la suite du processus électoral piloté par la Commission électorale nationale indépendante. « Le Japon est toujours aux côtés de la Ceni et de son Président », a-t-il ajouté, avant de souligner que son pays est fier du travail abattu par la Ceni en Rdc. Yoshimasa Tomisa a rappelé que le Japon est l’un des principaux bailleurs de fonds de la Rdc avec une contribution évaluée à hauteur de cent millions de dollars américains.
Le Président de la Ceni a reçu par la suite, Madame Yang Dongjou, Chargé d’affaires à l’Ambassade de Chine en Rdc. Celle-ci est venue exprimer le soutien de son pays au processus électoral. Pour cette diplomate, la Chine salue le travail accompli par la Ceni et se dit prête à accompagner ce processus en vue de l’installation complète des institutions congolaises. Elle a renchéri que l’assistance financière de la Chine à la Ceni n’a aucune condition et que les besoins qui seront exprimés par cette organe des gestions des élections seront transmis en Chine pour un appui approprié ».

L’éloquente annonce de ce soutien est donnée par Digitalcongo comme « un point positif du front diplomatique dans cette chaude et perplexe actualité politique présentée par les journaux congolais de ce vendredi ». En réalité, cela ne fait qu’illustrer que « Les pays n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts ».. En vertu de ceux-ci, on accepte l’inacceptable.
Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.

Divers

La Tempête des Tropiques annonce que l’ «UDPS/Tshisekedi suspend Jacquemin Shabani ». Le journal publie la lettre d’Etienne Tshisekedi suspendant Shabani de ses fonctions de secrétaire général du parti pour malversations financières. Une affaire déjà portée en justice. Et c’est pour permettre à la justice de faire son travail que le leader maximo a pris cette décision, selon le quotidien.

La Prospérité, sous le même titre, informe que le Président National de l’Udps a chargé Bruno Mavungu Puati d’assurer l’intérim du secrétaire général suspendu. Même si les correspondances de ‘‘Ya Tshitshi’’ ne sont pas très explicites, selon le journal, cette importante décision serait consécutive aux rumeurs à propos du détournement d’une somme de US$ 300.000 au sein du parti.

L’Observateur, de son côté, rapporte le drame d’une dame qui s’est jetée dans la rivière Mokali à Kimbaseke le week-end dernier. Elle s’est fracassé la tête sur le fond et s’est noyée.
(Il est instamment conseillé aux suicidés de choisir une rivière suffisamment profonde. Une erreur sur ce point pourrait avoir des conséquences tragiques ! NdlR)

© CongoForum, le vendredi 22 juin 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22