Balkanisation de la RDC : Kinshasa épargne Kagame, charge Ntaganda

23 juin 2012

Actualités

(Le Potentiel 22/06/2012)

Porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a laissé entendre hier jeudi au cours d’un point de presse, que Bosco Ntaganda était plus méchant que Paul Kagame. Autrement dit, il voudrait inviter le peuple congolais à composer avec le président rwandais alors qu’il existe des preuves irréfutables que ce dernier soutient le M23, actuellement en guerre contre les FARDC. Cette versatilité dans l’attitude et le langage du gouvernement jette un flou dans l’opinion et, pourquoi pas, un doute quant à la franchise des relations qui lient Kigali et Kinshasa.

A quel jeu joue le gouvernement ? La question mérite d’être posée au regard de la prestation du porte-parole du gouvernement hier jeudi devant la presse.

Celui-ci a réagi jeudi 21 juin aux propos incendiaires du président rwandais Paul Kagame à l’endroit des autorités congolaises et à la rencontre en début de semaine à Kinshasa des ministres congolais et rwandais des Affaires étrangères.

«Nous restons préoccupés par la détérioration de la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Nous sommes satisfaits de performances des FARDC contre les groupes armés. Nous sommes interpellés par les manœuvres de sabotage et de rupture de la distribution de l’eau potable aux populations par les mutins, ce qui constitue un crime contre l’humanité», a déclaré Lambert Mende, le ministre des Médias, chargé des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la nouvelle citoyenneté en guise d’introduction à son point de presse.

S’agissant du «double langage» de Kigali, Lambert Mende a déclaré que «le gouvernement est tout à fait surpris et cherche encore à comprendre cette cacophonie», alors que la ministre des Affaires étrangères en mission officielle à Kinshasa «a été mise au courant des faits». En fait, lors d’une conférence de presse à Kigali mardi, le président Paul Kagame avait dévoilé le «complot» ourdi contre le président Joseph Kabila à la veille des élections de novembre 2011 : «La communauté internationale cherchait un moyen de se débarrasser de lui, soit avec l’élection, soit par d’autres moyens. Finalement, il a été élu et, quelles qu’aient été les conditions de cette élection, ils se sont rendu compte qu’ils devaient faire avec. Ensuite, ils sont revenus me voir pour dire qu’ils voulaient arrêter Ntaganda mais qu’ils ne voulaient pas le faire sans le consentement du Rwanda. Et maintenant, ils nous disent responsables de cette situation». Paul Kagame avait à l’occasion menacé de se retirer du processus de paix en RDC : «Nous allons arriver à un point où nous allons nous décharger de tous ces problèmes qui ont été mis sur nos épaules et nous allons les leur renvoyer».

Pas de schéma de rupture de la paix

Selon le porte-parole du gouvernement, «Tout ce que Kagame a dit n’est pas à rejeter. Il est un chef d’Etat». Il a estimé qu’il était important que les Congolais prennent en compte les propos de Kagame. «Voici des puissances, qui nous donnent des leçons de démocratie, en train d’agir totalement de manière antidémocratique. Nous attendons la position finale de Kigali, après que la ministre des Affaires étrangères du Rwanda ait fait son rapport (de mission) à son président», a-t-il indiqué.

Par ailleurs, le gouvernement a exprimé sa «satisfaction devant l’attitude du Conseil de sécurité (de l’ONU) de diligenter une enquête» sur le soutien en hommes et armements fournis par des «réseaux au Rwanda».

«Soyons clairs. Nous ne sommes pas dans un schéma de guerre. Nous ne sommes pas dans un schéma de rupture de la paix avec nos partenaires de la région des Grands Lacs. Nous dénonçons la passivité de Kigali alors qu’il y a une implication des Rwandais dans le M23. Maintenant, on sent de plus en plus qu’il y a une prise de conscience de la part de la communauté internationale. Il peut y avoir des sautes d’humeur, mais ce n’est pas la guerre entre la République démocratique du Congo et le Rwanda», a précisé le ministre Mende.

En effet, a-t-il expliqué, «il n’y a pas de schéma de guerre. Nous n’en sommes pas là. Ce que nous voulons, c’est une action du Rwanda dans le sens de rappeler à l’ordre les troublions qui sont engagés dans la déstabilisation de la République démocratique du Congo. La démocratie en RDC sera le fait des Congolais, ou ne le sera jamais. Il est évident que l’Initiation à la nouvelle citoyenneté est une réponse à cette préoccupation. Seul le patriotisme congolais peut s’opposer à de telles manœuvres».

Ntaganda, «principal exécuteur» du complot

Le ministre Mende a accusé le général renégat Bosco Ntaganda d’être «le principal exécuteur» du complot visant à déstabiliser la RDC. Mais, «il a échoué», a-t-il annoncé, du fait de n’avoir acquis à son aventure du M23 que «500 personnes sur les 3.500 à 4 000» éléments du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) qu’il a amenés dans les FARDC lors de l’opération d’intégration consécutive à l’Accord de paix de Goma (Nord-Kivu).

«La thèse du complot est avérée. Kagame l’a confirmée. Nous sommes au cœur d’un vaste complot international», a conclu le porte-parole du gouvernement.

C’est ici que l’opinion est désorientée. Fallait-il attendre les révélations d’un chef d’Etat étranger, ci-devant Paul Kagame, pour se convaincre du complot ourdi contre le Congo ? Cela pose problème. Dans la mesure où, ledit principal exécuteur du complot, tel que le laisse entendre le porte-parole du gouvernement, est un sous-fifre, mieux un valet du président rwandais.

Le rapport de la Monusco dit que le M23 ; mouvement créé récemment par Bosco Ntaganda, reçoit armes, munitions et matériel du Rwanda. Cela à partir des témoignages recueillis auprès des mutins membres de ce mouvement qui, avec le CNDP, sont les deux facettes d’une même réalité.

Jusqu’à quand Kinshasa fera-t-il profil bas vis-à-vis de Kigali ? Paul Kagame mérite-t-il vraiment d’être épargné par le gouvernement dans le projet de balkanisation de la RDC ? En tout cas, Kinshasa devrait recadrer sa diplomatie par rapport à cette question et rassembler son courage pour désigner le chat par son nom.

Par Le Potentiel

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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