Lubumbashi : Qui a attaqué l’aéroport de Luano?

9 août 2012

Actualités

Des individus armés non-identifiés, «parlant le Swahili et le Kiluba», ont attaqué l’aéroport international de Luano, à Lubumbashi, dans la nuit de mardi 7 et mercredi 8 août. Bilan provisoire : un membre de la garde présidentielle tué et deux blessés, indique Reuters. Charles Bisengimana, le chef intérimaire (?) de la police nationale parle d’un mort et un blessé. Ce n’est pas la première fois que cet aéroport fasse l’objet d’une attaque non élucidée en dépit de la présence dans le chef-lieu de l’ex-Shaba d’un important contingent de la garde prétorienne de «Joseph Kabila» dite «garde républicaine». Mercredi soir, les observateurs avaient les yeux braqués sur deux « suspects » : l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga alias Gédéon et John Numbi Banza Tambo, le chef (suspendu) de la Police nationale. Par ces opérations, « John » tenterait d’exercer la pression sur « Joseph Kabila » qui l’aurait « piégé » et « lâché » suite à l’assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana.

Les Lushois ont dû se réveiller en sursaut aux premières heures de la journée de mercredi 8 août. Selon une dépêche de Reuters, citant le patron ad intérim de la police nationale congolaise, des «hommes armés» ont attaqué l’aéroport de Luano. Comme à l’accoutumée, on apprenait que les assaillants ont été «repoussés» par les forces de sécurité «au bout de plusieurs heures de combat». Selon Charles Bisengimana, le bilan serait d’un mort et un blessé «parmi les militaires». «Il n’a pas précisé le nombre d’assaillants», note la dépêche qui souligne que l’aéroport est resté ouvert.

Réactions

Dans une première déclaration faite mercredi, à l’issue d’une réunion dite « de sécurité », le vice-gouverneur de la province du Katanga a entonné la formule de style bien connue selon laquelle «les enquêtes sont en cours pour identifier les assaillants». La société civile lushoise donne un autre son de cloche. Ambiance. Dans un communiqué daté de mercredi 8 août 2012, l’organisation non gouvernementale «Justicia a.s.b.l», dont le siège se trouve à Lubumbashi, n’hésite pas à se livrer à une sorte de réquisitoire à l’encontre des «services». Tout en condamnant la perte d’une vie humaine, l’association s’interroge «sur la réelle efficacité» autant que la «compétence» des agents des services de sécurité, particulièrement ceux de l’ANR (Agence nationale des renseignements) et de la Demiap (Renseignements militaires) «lesquels excellent de manière abusive, et sous la bénédiction de leur direction provinciale à arrêter généralement des paisibles citoyens pour des faits de vol simple, d’escroquerie, des créances, etc. au lieu de s’en tenir à la recherche des infractions d’atteinte à la sécurité interne et externe de l’Etat».

L’Ong note par ailleurs que l’incident qui vient de survenir constitue le troisième du genre en l’espace de trois années. Et de s’étonner que les assaillants aient pu, après leur forfait, battre en retraite «sans laisser la moindre trace, alors que venait d’être déployée une force composée d’éléments de la 6ième Région militaire et de la garde républicaine et des militaires de nationalité étrangère, laquelle a bloqué tous les accès à cet aéroport jusqu’à 7 h 00 du matin».

Ces événements, poursuit le communiqué, surviennent curieusement au moment où «des mesures sécuritaires ont été renforcées dès le mois d’avril dernier par les autorités politico-administratives et militaires suite à des rumeurs persistantes faisant état d’attaque imminente de la ville de Lubumbashi par certains groupes indépendantistes réclamant l’indépendance de la province du Katanga».

L’association d’enfoncer le clou en estimant «incompréhensible» que des personnes non autrement identifiées aient pu attaquer les positions des éléments de la «GR» «situées aux alentours des installations aéroportuaires et qu’elles se soient miraculeusement retirées sous la barbe de l’armée et des services de renseignements civils et militaires. «Bien plus, poursuit le texte, le camp Kimbembe de la Garde républicaine est situé à moins de dix kilomètres de l’aéroport de Luano et que par simple et rapide stratégie militaire, les assaillants auraient été encerclés dès la première minute (…).»

« Les enquêtes sont en cours »

Ce n’est pas la première fois que l’aéroport de la capitale du cuivre soit pris d’assaut par des hommes armés. En décembre 2009, des agents de l’ANR avaient procédé à l’arrestation d’une soixantaine de membres d’une église méthodiste à Lubumbashi. Ils étaient accusés de «tentative de déstabilisation» du régime. Les « prévenus » ont passé plusieurs mois dans des cachots secrets sans qu’ils soient déférés devant les juridictions compétentes afin que l’opinion puisse connaître la vérité. Le 23 mai 2010, plusieurs personnes ont été interpellées par des agents de l’ANR pour « avoir projeté » de s’emparer de l’aéroport de Luano. Un militaire et un policier ont perdu la vie lors des affrontements.

Dans la nuit du 3 au 4 février 2011, des personnes armées se réclamant «de la Coordination de l’organisation de référendum de l’autodétermination pour le Katanga (CORAK) avaient fait le coup de feu en ce lieu stratégique. Lors de cette attaque, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, est apparu évasif sur l’agression : «Nous avons eu cette information, on est en train d’essayer d’identifier ce groupe qui a effectivement attaqué les militaires qui étaient de garde à l’aéroport vers 4 h du matin». On attend toujours de connaître la suite judiciaire donnée à cette étrange affaire.

Selon «Justicia asbl », les suspects appréhendés à l’époque par l’Auditorat militaire se seraient évadés de la Prison de la Kasapa en même temps que l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias «Gédéon». L’association qualifie ces événements de «mystérieux» et demande au gouvernement notamment la poursuite des réforme des services de sécurité.

John Numbi

Province d’origine de feu Laurent-Désiré Kabila, le Katanga est considéré, à tort ou à raison, comme étant le « fief » du président sortant « Joseph Kabila ». Notons que tout l’appareil sécuritaire (l’armée, la police, les services de renseignements civils et militaires, la garde présidentielle dite « républicaine ») est dirigé par les originaires essentiellement du Katanga (Balubakat). John Numbi est un des personnages qui symbolisent le monopole politique détenu par les « Katangais ».

« Suspendu » de ses fonctions, le 4 juin 2010, au lendemain de la découverte du corps sans vie du défenseur des droits humains Floribert Chebeya Bahizire et la « disparition » de fidèle Bazana, Numbi se dit injustement accusé. Selon des sources, il reprocherait à « Joseph Kabila » de l’avoir « lâché » pour le faire remplacer par le Tutsi Charles Bisengimana. « Initiateur du tristement célèbre « Bataillon Simba », note un analyste, John Numbi garde une capacité de nuisance intacte ». Selon cet analyste, les attaques menées à l’aéroport de Luano seraient l’oeuvre des éléments du fameux bataillon dont les membres vouent un véritable à Numbi. Quel en serait le but : « Numbi entend exercer des pressions sur Joseph Kabila à qui il a rendu d’ »éminents services » pour asseoir son régime ». Un renvoi d’ascenseur donc.

«Gédéon»

Le 7 septembre 2011, on apprenait l’«évasion» de Kyungu Mutanga de la prison de haute sécurité de la Kasapa. L’homme aurait été « libéré » par un groupe d’individus cagoulés et armés non autrement identifiés présentés comme des « Maï Maï ». Une année après, l’enquête est toujours en cours. Les observateurs ont pu cependant relever que les renforts de la police ont mis une soixantaine de minutes pour parcourir les sept kilomètres séparant le centre-ville de la prison.

Depuis lors, « Gédéon » se balade au Katanga comme un poisson dans l’eau. Lubakat, l’ex-seigneur de guerre parle justement le swahili et le kiluba. «Gédéon», n’est pas n’importe qui. Chef d’une milice maï maï dans le Nord-Katanga au cours de la seconde moitié des années 90, l’homme a connu la «gloire» à la fin de l’année 1998 lorsque le président LD Kabila eut l’idée de mettre sur pied la fameuse Force d’autodéfense populaire (FAP). But : barrer la route aux rebelles pro-rwandais du RCD. Selon des sources bien informées, à l’instar de Kyungu Mutanga, Daniel Mulunda Ngoy Nyanga et John Numbi Banza Tambo étaient associés à la constitution de cette unité paramilitaire. Après la signature de l’Accord de cessez le feu de Lusaka en juillet 1999 et surtout après la mort de Mzee et la tenue du dialogue inter-congolais, Kyungu Mutanga a été délaissé. C’est ainsi qu’il s’est mis à « travailler pour son compte » en semant la terreur au Nord Katanga.

Arrêté en 2006 et condamné à la peine capitale en 2007, Gédéon et ses lieutenants étaient embastillés au pénitenticier de haute sécurité de la Kasapa. L’«évasion» de ce tortionnaire sanguinaire n’a pu être possible qu’avec la bénédiction des «faucons» du système kabiliste tant au niveau local que national. C’est ainsi que les pouvoirs publics accusent une impuissance quasiment-organisée.

« Execré par la population congolaise, «Joseph Kabila» est prêt à pactiser avec le diable, à l’Est comme au Sud, en entretenant ici et là des points chauds pour détourner l’attention de l’opinion des véritables enjeux », dit un observateur. Saura-t-on un jour la vérité vraie sur les trois attaques subies par l’aéroport de Luano dans ce Congo où l’appareil judiciaire et les forces dites de sécurité n’ont de compte qu’à «Joseph Kabila»?

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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