Questions directes au général Paul Mukobo

9 août 2012

Interview

Le général Paul Mukobo Mundende. Photo CIC

Agé de 75 ans, natif de la Province de Bandundu, le général Paul Mukobo Mundende garde une forme physique « quasi-olympique ». Connu pour son franc-parler, Mukobo a eu une carrière militaire en dents de scie. Accusé d’avoir fomenté une «tentative de coup d’Etat», il a été envoyé en relégation avant d’être réhabilité en 1991. Commandant de la Division Kamanyola, commandant de la 7ème Région militaire à l’Equateur, chef d’état-major des forces terrestres, chef d’état-major général adjoint des F.A.Z (décembre 1996 – mai 1997). Depuis le 15 mai 1997, le Général vit en exil. Il s’en explique. Il jette par ailleurs un regard très critique sur l’armée zaïro-congolaise tant sous Mobutu Sese Seko que les deux Kabila.

Comment pourrait-on vous présenter?

A ceux qui ne me connaissent pas, il faut leur dire que je suis le général de corps d’armée Mukobo Paul. J’ai fait, de 1960 à 1964, des études militaires en Belgique. Je suis par la suite rentré au Congo où j’ai exercé des fonctions au sein de l’armée nationale. Je suis le tout premier Congolais – avec vingt et un autres compatriotes mais aussi des Rwandais et des Burundais – à entamer des études à l’Ecole royale militaire (ERM).

Auriez-vous encore souvenance des noms de certains de vos camarades de l’époque ?

Je me souviens de plusieurs noms : Ipoma Jean, Lemans Jean, Pongo Cyrille, Kalonga Dominique, Omba Raymond et moi-même. Les autres venaient de l’Ecole des pupilles de Luluabourg (Kananga) ou Ecole royale des cadets : Elela Paul, Eluki Tito, Ngomba Timothée, Kasongo Jean, Kabengele, Ndjate Samuel. Il y avait deux Rwandais : Makuza et Ndayimano Fabien. Côté burundais, il y avait : Michel Michombero – qui deviendra président de la République burundaise -, Ntongomburani Jérôme, Karerolo Charles.

Quelle était votre spécialité?

Ma spécialité est l’Ordonnance. C’est à dire réparateur des véhicules, de l’armement et munitions. Je ne suis pas un fantassin de formation. J’appartiens à l’«arme technique». Aujourd’hui, on ne fait plus de distinction entre Ordonnance, Génie et Transmissions. A l’ERM, nous avons fait des exercices de chef de peloton d’infanterie. De 1965 à 1966, on a procédé à la formation de deux premiers bataillons. Un bataillon d’infanterie et un bataillon commando.

Sans vouloir aller du coq à l’âne, vous avez eu à commander la Division Kamanyola…

C’est mon avant dernier poste. Grâce au général Boteti, j’ai été promu au grade de Général pour diriger cette Unité de 1982 à 1984. J’ai par la suite assumé l’intérim du général Yeka à la tête de la 1ère région militaire. C’est à cette époque qu’il y a eu la guerre de Moba, au Nord Katanga. Je me suis rendu à Kalemie pour diriger les opérations.

A Moba, vous avez fait la guerre aux guérilleros du PRP d’un certain Laurent-Désiré Kabila…

Effectivement.

Du côté des Forces armées zaïroises, il y avait notamment le colonel Malutama…

Il y avait les colonels Malutama et Nsoki. Tous les deux étaient mes adjoints à l’époque où j’assumais l’intérim du chef d’état-major de la Force terrestre.

Les deux officiers sont «portés disparus» depuis cette guerre…

Un moment donné, on n’a plus eu de leurs nouvelles. Je reconnais avoir envoyé ces officiers sur le terrain afin de voir ce qui se passait dans la région de Kalemie. Ils sont partis à bord d’un petit aéronef piloté par un Canadien. Ils ont commis l’erreur d’atterrir à Moba qui était entre les mains des rebelles. Les deux officiers ont été pris en otage et exécutés sur-le-champ. On n’a jamais retrouvé leurs corps. Les rebelles Kanambi et Marandura se trouvaient au moment des faits à Moba. Le chef rebelle Laurent Kabila avait à l’époque trois lieutenants : Kanambi, Marandura et le «général» Kalis. Ce dernier se trouvait à Wimbi. Ce sont ces trois hommes qui peuvent fournir des informations sur le sort de ces deux officiers.

Vous avez été accusé en 1987 d’avoir ourdi un «complot» en vue de renverser le président Mobutu. Quelle est votre part de vérité ?

Ce n’était qu’un «faux bruit». En 1984, le chef d’état-major général de la Force terrestre de l’armée belge avait invité son homologue zaïrois qui était alors le général Eluki à effectuer une visite officielle en Belgique. Lorsque la guerre de Moba a éclaté, le président Mobutu a annulé ce voyage. Il se fait qu’à la fin des opérations au Nord Katanga, j’ai été nommé à la tête de la Force terrestre. En 1986, la partie belge a renouvelé son invitation. C’est finalement moi qui accomplira ce déplacement en compagnie de deux officiers dont l’actuel général Dieudonné Kayembe Mbandakulu. A l’issue de ma visite, mon collègue belge et le ministre de la Défense d’alors, François-Xavier de Donnéa, m’ont demandé ce que la Belgique pouvait faire pour mon pays. «C’est à l’état-major général des FAZ ou au ministère de la Défense de mon pays qu’il faudrait poser cette question», ai-je répondu à mes interlocuteurs. J’ajouterai : «Quant à moi, j’ai besoin de plusieurs armes pour des exercices de tir à balles réelles au Centre d’instruction de Kitona». Il m’a été accordé 100 fusils Mauser, 100.000 cartouches et quatre mortiers à 120 mm. Il s’agit des armes qui ont servi lors de la Deuxième Guerre mondiale. Ces armes ont été réceptionnées au Congo par mon officier «S4», chargé de la logistique à l’état-major de la Force terrestre. C’était le colonel Lisalo.

Et après ?

Un jour, je vois le général Norbert Likulia Bolongo, alors secrétaire d’Etat à la Défense, surgir à mon bureau. Il me dit : «Vous avez reçu des armes». «Quelles armes ?», ai-je réagi. «Les armes qui sont venues de la Belgique», répliqua-t-il. Je lui ai relaté la genèse de ce don. Il me dit : «Le Président est très mécontent de cette histoire». «Je vous ai pourtant transmis un rapport avec la liste de toutes les armes», ajoutais-je. «C’est très grave ! Nous allons demander au président de la République ce qu’il en pense», conclut le secrétaire d’Etat Likulia.

Vous étiez donc victime d’une cabale…

Absolument ! C’était une cabale. «Quelqu’un» m’en voulait. Pourquoi ? Selon mes informations, le président Mobutu aurait voulu me nommer au poste de secrétaire d’Etat à la Défense nationale. Cette perspective n’enchantait pas certains officiers particulièrement le secrétaire d’Etat de l’époque et le général Singa Boyenge. Ce poste était «réservé» aux natifs de la province de l’Equateur et de la Province Orientale. J’allais donc être le tout premier officier issu d’une autre région à occuper ce poste. Ceux qui connaissent ma rigueur ont vite fait de torpiller cette éventualité.

Etes-vous entrain de sous-entendre que le tribalisme et le régionalisme ont sapé la cohésion et l’esprit de corps au sein des Forces armées zaïroises ?

Oui, c’est certain ! C’est ça le mal qui a gangrené l’armée zaïro-congolaise et qui affecte toutes les armées africaines. Le tribalisme a joué un rôle primordial dans la destruction de notre armée.

A quand, selon vous, date le commencement de cette «tribalisation»?

La tribalisation a commencé avec la création par le président Mobutu d’une unité spéciale chargée de sa sécurité personnelle dénommée «Brigade aéroportée renforcée» (BAR). Cette brigade était dirigée par le général Bumba Moaso Djogi. La grande majorité des hommes de troupe venait de la province de l’Equateur. Il en est de même des officiers. La grande majorité de ces officiers n’avait pas la formation requise mais avaient le «mérite» de parler la même «langue du village» dans l’armée.

Que répondez-vous à ceux qui clament que l’armée zaïro-congolaise n’a jamais gagné une guerre ?

Elle n’a jamais gagné une guerre ! Un moment donné, nos hommes de troupe étaient d’excellents combattants. C’est l’encadrement qui faisait défaut. La raison est simple : les officiers chargés de commander la troupe n’avaient pas la formation adéquate. Ceux qui étaient formés se tournaient les pouces. Par exemple, le général Bumba n’acceptait pas des cadres dans son entourage. Il redoutait qu’on conteste son autorité et surtout son grade. L’armée a connu une sorte de «guerre perpétuelle» entre les officiers issus de la Force publique – l’armée coloniale – et ceux sortis des grandes écoles et académies militaires. Il y a des officiers qui se contentaient d’arborer le titre de «commandant de..» sans mettre en application les règlements militaires.

Qu’entendez-vous par appliquer les règlements militaires ?

Visiter les officiers, travailler avec les hommes de troupe et connaître leur «moral», c’est ça appliquer les règlements militaires.

Avez-vous été arrêté ou placé en résidence surveillée suite à l’affaire des « armes belges»?

(Rires). J’ai été arrêté et traduis devant le «Conseil de discipline» présidé par le général Singa Boyenge. Un « jugement » a été rendu. J’ai été envoyé en relégation durant quatre ans à Isangi dans la Province Orientale.

Avez-vous de la rancoeur ?

Rancœur vis-à-vis de qui ? J’ai été relégué sans connaître la raison. J’ai été libéré dans les mêmes conditions. Personne ne m’a expliqué la raison de ma libération. «Quelqu’un» a fait des démarches pour que je rencontre le président Mobutu qui m’a reçu à Nsele. Le chef de l’Etat m’a dit : «Général Mukobo, il peut arriver qu’un Chef prenne une décision sur base des informations erronées. Oubliez, ce qui s’est passé, vous allez réintégrer les forces armées et bénéficier de l’avancement en grade». C’est ainsi que j’ai été promu général de corps d’armée.

Où étiez-vous lorsque l’AFDL faisait sa joyeuse entrée, le 17 mai 1997, à Kinshasa ?

Quand la guerre a commencé fin septembre 1996, je me trouvais à Mbandaka en tant «commandant région». Lorsque le vent a tourné en faveur de l’AFDL, le président Mobutu a nommé le général Donatien Mahele Lieko, chef d’état-major général des FAZ, en remplacement du général Eluki. Mahele a fait appel à moi pour être son adjoint. Le 27 décembre 1996, j’ai été nommé chef d’état-major général adjoint. J’ai suivi cette guerre de près. C’est un secret de Polichinelle de révéler ici que le chef d’état-major général des FAZ «travaillait» pour LD Kabila.

D’aucuns pourraient rétorquer que le général Mahele n’est plus là pour se défendre…

Il peut ne plus être là pour se défendre mais les résultats parlent d’eux-mêmes. Le jour où il a été abattu à Kinshasa, les militaires de la Division spéciale présidentielle (DSP) ont commencé par le chahuter en l’accusant d’être un «traître».

Que s’est-il ce 16 mai 1997 au Camp Tshatshi?

Le 16 mai 1997, le général Mahele se trouvait, dès 16 heures, à Brazzaville. Il était en route pour Lusaka, en Zambie, pour rencontrer Laurent-Désiré Kabila. Je me trouvais à Impfondo au Congo-Brazzaville pour fuir les troupes de l’AFDL.

Vous avez donc quitté le pays le 16 mai ?

Je suis parti du pays dès le 15 mai au soir.

Le président Mobutu se trouvait encore à Kinshasa…

Effectivement.

Pourquoi êtes-vous parti ? Etiez-vous menacé ?

(Sourires). Tout militaire ne peut que se sentir menacé dès lors que ses troupes ne savent plus combattre. Lorsque vous avez perdu la guerre, vous avez le choix entre fuir l’ennemi ou mourir.

Revenons à la journée fatidique du 16 mai 1997 au Camp Tshatshi…

Comme je l’ai dit, le général Mahele se trouvait à Brazzaville. Il reçoit un appel téléphonique du Premier ministre Norbert Likulia. Celui-ci lui demande d’aller immédiatement au Camp Tshatshi pour « calmer » les militaires qui projetaient de piller la ville de Kinshasa. Rentré dans la capitale vers 18 heures, Mahele s’est rendu immédiatement au Camp Tshatshi. Le général Wezago qui était le commandant en second de la DSP a réuni les militaires pour écouter l’adresse du chef d’état-major général des FAZ. Dès que le général Mahele a pris la parole, les militaires ont commencé à faire du chahut : «Nous ne vous écouterons pas. Vous avez trahi l’armée, vous ne sortirez pas vivant de ce lieu». Ce sont des officiers de la DSP m’ont rapporté ces faits. Wezago est intervenu sans succès pour raisonner les protestataires. Une réponse fuse quasiment en choeur : « Jamais ! Il a trahi. Il ne sortira pas vivant de ce Camp». Chaque fois que Mahele tentait de prendre la parole, les militaires le huaient. Après avoir compris que le dialogue était impossible, il décide de quitter le camp et prend place dans son véhicule. Arrivé à la barrière, celle-ci restait fermée. Il demande au préposé d’ouvrir la barrière. Réponse : «Pas question !». Un des militaires lance en lingala : «Bobete ye masasi». (Traduction : abattez-le). Plusieurs balles frappent aussitôt le véhicule du Général. «Allez voir s’il est mort », dit un des militaires. Mahele n’est pas dans le véhicule. Des militaires le découvrent en dessous de l’engin. C’est là qu’il a été achevé. J’ai appris cette version des faits alors que je me trouvais à Lisala au moment où Jean-Pierre Bemba et ses troupes menaient la lutte contre LD Kabila.

Vous avez donc servi dans le Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba ?

J’ai travaillé en connivence avec Bemba et le général Kpama Baramoto. La collaboration a été impossible. Bemba a été un chef très ambitieux. Il supportait difficilement la présence des généraux à ses côtés. Il redoutait qu’on lui arrache le « pouvoir ». C’est ainsi qu’il s’est entendu avec le président ougandais pour nous rappeler à Kampala. Ainsi, Bemba pouvait continuer sa guerre avec les soldats ougandais.

Quelle est votre réaction suite au traitement infligé aux militaires et officiers des FAZ par le régime des Kabila ? On parle d’internement dans un «camp de concentration» à Kitona et de plusieurs centaines de militaires détenus encore aujourd’hui à Makala…

Je dois dire que le président LD Kabila a commis une erreur monumentale à son arrivée au pouvoir. Il a commis l’erreur de n’avoir pas intégré les soldats qu’il a trouvés dans la nouvelle armée. Une nouvelle armée ne se créé par du jour au lendemain. Les militaires ne sont pas responsables des dysfonctionnements ayant affecté l’armée. Comme dans beaucoup des pays africains, les militaires zaïro-congolais étaient abandonnés à leur triste sort. L’armée a connu beaucoup de déboires après la création de la Division Kamanyola en 1975. Après « Kamanyola », la Division spéciale présidentielle a vu le jour. Ces « Divisions» n’avaient de division que le nom. C’était des unités qui n’avaient reçu aucune formation militaire. La DSP, dirigée par le général Nzimbi Ngbale, regroupait essentiellement des Ngbandi. Nzimbi ne savait ni lire ni écrire. Je le dis à haute voix. Tous les officiers formés affectés à la DSP ont été renvoyés. On peut citer le cas typique du colonel Prosper Nabyola, promu général dans l’armée de Kabila. Très intelligent et compétent, Nabyola était officier «S3» dans la DSP. Chaque fois qu’il donnait son point de vue, il heurtait Nzimbi. Par ailleurs, la discipline a fait défaut du fait du favoritisme dans les avancements en grade.

Sans vouloir aller du coq à l’âne, comment avez-vous accueilli la nouvelle de la nomination d’un officier rwandais, en l’occurrence James Kabarebe, à la tête de l’armée congolaise en mai 1997?

C’était une déception totale. Il reste que c’est Laurent-Désiré Kabila qui est condamnable et non Kabarebe. LD Kabila savait pertinemment bien qu’il y avait des officiers bien formés dans les Forces armées zaïroises. Il n’a pas voulu les utiliser. Il s’est entendu avec le général Mahele pour prendre le pouvoir. Je peux vous assurer que sans le concours du général Mahele, les troupes de Kabila n’allaient pas arriver à Kinshasa. C’est la complicité de Mahele qui a ouvert la voie aux troupes de l’AFDL. Je vais vous expliquer. Lorsque j’ai pris mes fonctions de chef d’état-major général adjoint, en décembre 1996, j’ai demandé à Mahele de me présenter aux autres officiers. Il ne l’a pas fait. Je me suis présenté moi-même lors d’une réunion que devait présider le général Mahele. Lors de cette rencontre, j’ai posé la question suivante : «Que devons-nous faire pour arrêter la guerre ?» M’adressant aux officiers d’état-major, au chef du personnel, au chef des opérations ainsi qu’à l’officier des renseignements», j’ai posé une deuxième question : « Quelle est la force de l’ennemi ? ». Personne ne m’a répondu. Au colonel Bahindwa qui était le responsable du «Bureau 3», chargé des opérations, j’ai demandé le nombre des soldats déployés sur le terrain. Il me répond : «Nous avons des «éléments» de la DSP, de la Garde civile, de la gendarmerie et de la Force terrestre». Je suis revenu à la charge en demandant au colonel Bahindwa de m’expliquer ce qu’il entendait par «éléments». « Quelle est la force d’un élément ? Quand vous dites que nous avons un élément de la DSP, cela représente combien d’hommes?». Pour toute réponse, il dit : «Mon général, nayebi te !». Je ne sais pas. «Combien des bataillons, l’ennemi aligne face à nous ?», ai-je demandé à l’officier des renseignements. Il m’a regardé sans répondre à ma question. M’adressant aux officiers présents, je dis : «A quoi jouons-nous ?». Le général Marcellin Lukama, alors colonel et chef de Bureau «Etudes», de réagir : «Mon général, c’est la toute première fois que nous participons à une réunion qui concerne les opérations en cours à l’Est». J’apprendrai par ailleurs que les généraux avaient l’habitude de se réunir entre eux pour parler de la situation à l’Est. La guerre a commencé fin septembre 1996, la première réunion n’a eu lieu que fin décembre en ma présence. J’ai obtenu l’autorisation du général Mahele pour descendre sur le terrain particulièrement à Kisangani. Commandant en second des opérations, le général Denis Kalume n’était pas capable de me décrire ce qu’il y avait comme ennemis sur le terrain. J’ai fait mon rapport de mission à Mahele en lui disant ceci : «A l’allure où vont les choses, nous risquons de perdre la guerre». En fait, il n’y avait aucune coordination entre les opérations sur le terrain et l’état-major général.

Le mal était apparemment profond…

Le mal était plus que profond.

Le tribalisme ?

Exactement. A titre d’exemple, on a envoyé des soldats de la DSP au Nord Kivu pour affronter les forces de LD Kabila. Le commandant des opérations à Goma ne pouvait donner des ordres à ces éléments. Quand il dit à ceux-ci de tirer au mortier sur une position ennemie. On lui répond : «Non, nous attendons les ordres de Kinshasa». Pendant ces discussions sordides, les troupes de l’AFDL ont le loisir de pilonner une position des FAZ. Tous les hommes ont péri.

Que pensez-vous des Forces armées de la RD Congo, depuis le 26 janvier 2001, date de l’avènement de «Joseph Kabila» à la tête de l’Etat ?

Le Congo-Kinshasa n’a plus d’armée. Pourquoi ? C’est parce que le chef de l’Etat n’est pas un Congolais. Il ne peut en aucun cas promouvoir une véritable armée pour assurer la défense des frontières nationales. L’homme qui dirige le Congo a une «mission» à accomplir. Cette mission tient en trois mots : Détruire le Congo.

Qui lui a confié cette «mission» ?

Paul Kagame lui a confié la mission «de laisser le Congo mourir».

C’est donc une conviction pour vous…

C’est ma conviction personnelle. Il suffit de voir ce qui se passe sur le terrain. J’ai appris tout récemment que le président Kabila a ordonné le retrait des opérations des troupes congolaises de la Force aérienne qui combattaient le M-23. Elles sont désormais basées à Bukavu. Les forces onusiennes sont maintenant en première ligne. Cela signifie simplement que Kabila ne souhaite pas la fin de la guerre à l’Est du pays. Ce n’est pas son pays. Il laisse donc le champ libre au M-23 d’occuper d’autres localités et villes pour que nous allions de négociation à négociation. L’objectif est de contraindre le Congo à céder une partie de son territoire au Rwanda et à l’Ouganda. Depuis que Joseph Kabila a n’a jamais manifesté la volonté politique de mettre sur pied une véritable armée.

Pourtant, les Belges et des Sud Africains ont été appelés à la rescousse pour ce faire…

On a parlé de partenariat et de brassage. Que brasse-t-on ? Jamais au grand jamais, une armée ne prend un mutin pour en faire un nouveau soldat.

Le président Mobutu avait donc commis l’erreur de réintégrer les militaires impliqués dans les pillages au début des années 90…

Absolument. J’ai été le premier à demander au ministre de la Défense nationale d’alors, l’Amiral Mavua Mudima, d’aller voir le chef de l’Etat pour lui demander qu’on sonne l’alerte pendant que les troupes sont entrain de piller. Ainsi, on allait rassembler les pillards et les dans leurs villages. J’ai dit la même chose au général Baramoto.

Dans cette logique, le «mal être» de l’armée nationale a commencé en juillet 1960 lorsque s’est produit la première mutinerie …

(Rire). Je suis très content de vous l’entendre dire. C’est la première erreur monumentale commise par le président Mobutu, alors commandant en chef l’ANC. Quand les troupes de l’ONU sont arrivées au Congo, le représentant des Nations Unies au Congo a demandé au président Joseph Kasa Vubu de renvoyer tous les soldats et de bâtir une nouvelle armée. Cette idée n’avait pas trouvé grâce aux yeux du colonel Mobutu. C’est ainsi que tous les mutins ont été gardés au sein des Forces armées. Ces mutins ont continué à diriger les troupes. Certains d’entre eux sont devenus des officiers supérieurs. Il est très difficile de restaurer la discipline au sein d’une armée qui a connu la mutinerie.

Avez-vous déjà été approché par «Joseph Kabila» ?

En 2008, lorsque Laurent Nkunda avait le vent en poupe, un officier m’a laissé entendre que Joseph Kabila voudrait faire appel à moi. J’ai dit à cet officier que ce n’est pas le vœu du président. Car, c’est lui qui entretient l’instabilité à l’Est. Et il ne peut pas demander à quelqu’un d’autre d’aller rétablir la paix. J’ai néanmoins dit à mon interlocuteur que je suis disposé à rendre service à mon pays. J’ai ajouté que si le Président faisait appel à moi, je poserais trois conditions : une totale liberté d’action, les moyens et le recrutement et la formation du personnel. Au bout de six mois, il est possible de former deux bataillons. Après avoir rétablir la paix et la sécurité, je prendrai congé. Je suis sûr et certain que ces conditions ne peuvent être acceptées.

Que pensez-vous de la «mutinerie» des ex-combattants étiquetés CNDP-M23 ?

Il ne s’agit nullement d’une mutinerie. Cet un «arrangement» entre Joseph Kabila et les initiateurs du M-23 dans le but de déstabiliser et d’affaiblir le Congo.

Que faire ?

Il faut un changement à la tête du pays.

Comment ?

Le Sénat et l’Assemblée nationale disposent des prérogatives pour destituer Joseph Kabila. Les membres du Parlement congolais n’ignorent nullement que cet homme est un traître. Il a trahi la Constitution congolaise. Un chef d’Etat qui commet le parjure doit être traduit devant la Justice. Toutes les autorités congolaises qui travaillent actuellement avec Kabila seront jugés demain comme ses complices. Tous les Congolais souhaitent vivement que la situation change. Lors de l’élection présidentielle du 28 novembre dernier, Kabila n’a pas été réélu. Malgré sa tricherie, il n’a pas gagné. Il appartient au personnel politique congolais de dire «Non !» à la poursuite de cette politique que Kabila applique dans notre pays.

Propos recueillis à Bruxelles par Baudouin Amba Wetshi

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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