Enfants chair à canon dans la guerre de l’Est

28 août 2012

Actualités

Lundi, 27 Août 2012 16:33 – Sifya
Une augmentation alarmante

Kinshasa, le 27 août 2012 – (D.I.A) – La guerre qui sévit dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) met non seulement à nu l’agression rwandaise en territoire congolais, mais aussi la problématique de l’enrôlement des enfants par les groupes armés. Au cours de ce mois d’août 2012, la Mission des Nations Unies au Congo, Monusco, a dénoncé le recrutement d’enfants et de jeunes adultes par les rebelles du M23. Les auteurs de ces crimes se verront un jour rattrapés par la justice.

« Bien que le recrutement forcé par différents groupes armés caractérise depuis longtemps les conflits en RDC, le nombre des personnes recrutées a augmenté considérablement depuis la reprise des hostilités dans l’Est du pays, et plus particulièrement du fait des actions du M23 dans le Territoire de Rutshuru dans la province du Nord-Kivu », avait fait remarquer le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, M. Roger Meece, il y a deux semaines. Tout en appelant le M23 et tous les autres groupes armés à cesser immédiatement cette pratique inhumaine, le patron de la Monusco avait souligné qu’ « utiliser des enfants et des jeunes dans les conflits armés ne peut que créer des générations formées à la violence et déchirer le tissu social congolais ». Mais sur le terrain, malheureusement, cet appel n’est pas entendu. Le M23 continue à enrôler les jeunes. En effet, plus de 100 cas de recrutement forcé de civils par le M23 – la plupart d’entre eux ayant 24 ans et moins, dont 26 enfants – ont été documentés depuis le mois d’avril 2012. Des rapports indiquent néanmoins que le nombre total pourrait être largement supérieur. Selon la Monusco, plus de 150 enfants auraient été recrutés par des groupes armés dans l’Est de la RCD, depuis le début de cette année 2012, que ce soit par le M23 ou par d’autres groupes armés comme des combattants Maï-Maï, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).

Enrôlement d’enfants, un crime de guerre condamnable devant la CPI

Les auteurs de ces crimes, dont les rebelles du M23 et leurs parrains, doivent garder à l’esprit que leurs actes ne resteront pas impunis. Car, aussi bien l’opinion nationale qu’internationale demande qu’ils répondent de ces crimes. Il faut dire que des voix ne cessent de se lever pour demander à la justice congolaise et à d’autres juridictions de les poursuivre. Cela se réalisera d’autant plus qu’un autre criminel de guerre congolais venait d’être condamné par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour avoir commis les mêmes crimes en Ituri, dans la Province Orientale. Thomas Lubanga Dyilo, car c’est de lui qu’il s’agit, a été la première personne arrêtée, transférée à La Haye pour y être jugée par la CPI, avant d’être condamnée à 14 ans de prison. Son coaccusé, réclamé par la CPI, le Général dissident Bosco Ntaganda, est toujours en liberté, n’a pas encore été arrêté ni jugé et continue de narguer la Communauté Internationale.

Le condamné de la CPI, Thomas Lubanga, était le président de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), « un groupe armé brutal prétendant agir au nom de la population appartenant à l’ethnie Hema en Ituri », selon les défenseurs des droits de l’homme. L’UPC a été impliquée dans de nombreuses atteintes graves aux droits humains, notamment des massacres perpétrés contre d’autres groupes ethniques, des exécutions sommaires, des actes de torture, des viols, l’enlèvement et l’utilisation d’enfants comme soldats, et des pillages, comme continuent à le faire plusieurs autres groupes armés actifs sur le territoire congolais.

La CPI avait mis Thomas Lubanga en accusation pour les crimes de guerre d’enrôlement et de conscription d’enfants âgés de moins de 15 ans comme soldats, et leur utilisation active dans des hostilités en 2002-2003. Les charges pesant contre Lubanga ont été confirmées en janvier 2007, et son procès s’est ouvert devant la Chambre de première instance 1 de la CPI en janvier 2009.

Comme l’avait demandé l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch pour le cas Lubanga – bien que n’ayant pas encore trouvé gain de cause -, il paraît important que le Bureau du Procureur de la CPI lance un mandat d’arrêt contre les criminels du M23 tout en élargissant son action au-delà des chefs rebelles et mène également des enquêtes sur les autorités gouvernementales et les commandants, tant en RDC que dans d’autres pays de la région, le Rwanda et l’Ouganda, notamment, en relation avec leur rôle dans les crimes commis dans l’Est de la RDC et relevant de la compétence de la CPI.

Les uns et les autres doivent savoir que « l’affaire Lubanga » a développé la prise de conscience par rapport au fléau des enfants-soldats en RDC. Les chefs des milices savent tous que Lubanga était jugé pour des charges liées à l’enrôlement d’enfants-soldats et nous sommes convaincus qu’à la lumière de ce procès, ils sont conscients de leur propre vulnérabilité en étant exposés à des poursuites judiciaires de ce fait.

Malheureusement, des milices dont le M23, continuent à enrôler des enfants dans leurs rangs. La justice pénale internationale doit apporter une contribution efficace pour améliorer le respect envers l’État de droit et prévenir les crimes, à l’instar de Human Rights Watch, car plusieurs défenseurs des droits humains sont d’avis qu’il faut arrêter tous ceux qui ont commis des crimes et entamer des poursuites judiciaires contre eux. Il est tout aussi important pour le gouvernement congolais, avec l’assistance de la Communauté internationale, d’encourager l’engagement des procédures devant les tribunaux nationaux contre les individus qui se livrent au recrutement d’enfants-soldats et commettent d’autres crimes internationaux.

Privilégier l’aspect régional du conflit dans l’Est de la RDC

Human Rights Watch a appelé à plusieurs reprises le Procureur de la CPI à explorer la dimension régionale du conflit en RDC, notamment en enquêtant sur de hauts responsables politiques et militaires en RDC, au Rwanda et en Ouganda qui ont soutenu, armé et financé des groupes armés en Ituri. Cette ONG de défense des droits de l’homme a également appelé le Procureur à enquêter sur des allégations pertinentes contre toutes les parties au conflit dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment les FDLR, le CNDP et les combattants Maï Maï, ainsi que l’armée congolaise et, si toutes les preuves sont là, à engager des poursuites contre les principaux responsables des atrocités commises par leurs groupes. A cette liste s’ajoute le M23 qui, en réalité, est soutenu par le Rwanda et l’Ouganda qui ont pris goût à déstabiliser leur voisin congolais par rébellions interposées.

La réception par le Bureau du Procureur de la déposition contre le président Paul Kagame est peut-être le début de la fin du feuilleton congolo-rwando-ougandais. En effet, les deux principaux partis de l’Opposition rwandaise en exil ont déposé le 17 août dernier, avec des organisations de la Société civile congolaise, une plainte devant le Bureau du Procureur de la CPI contre le président rwandais Paul Kagame. Ce dernier est accusé de soutenir les rebelles du M23, comme le confirme un rapport des experts de l’ONU. Les opposants rwandais ont demandé à la CPI d’examiner les accusations selon lesquelles le régime rwandais recrute et arme les rebelles au Kivu. Ils demandent aussi l’ouverture d’une enquête sur les soupçons faisant état des pillages des ressources minières de l’Est de la RDC par le Rwanda.

Un mot sur Bosco Ntaganda

Coaccusé de Thomas Lubanga, Bosco Ntaganda a été impliqué dans de nombreux groupes rebelles. De l’Ituri, Ntaganda est passé dans la province du Nord-Kivu, où il a rejoint le groupe armé Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) en tant que chef d’Etat-major. Selon Human Rights Watch, en janvier 2009, avec le soutien d’officiers de l’armée rwandaise, Ntaganda a évincé le leader du CNDP, Laurent Nkunda, et a facilité l’intégration du CNDP au sein de l’armée congolaise à la suite d’un accord secret entre les autorités congolaises et rwandaises. En guise de récompense pour avoir mis un terme à la rébellion, Ntaganda a été promu général de l’armée congolaise et sous-commandant des opérations militaires dans l’Est de la RDC. Dans ce rôle, Ntaganda a été impliqué de diverses façons dans des crimes graves, notamment en les ordonnant, soutient Human Rights Watch qui a insisté auprès du Procureur de la CPI pour qu’il modifie les charges retenues contre Ntaganda afin d’y inclure d’autres crimes commis par l’UPC en Ituri, ainsi que des crimes qu’il aurait commis alors qu’il occupait des fonctions au sein du CNDP et de l’armée congolaise. Aujourd’hui, son rôle très important dans le Mouvement du 23 mars (M23) – date de la signature de l’Accord entre le CNDP et le Gouvernement congolais – serait évident.

M. Bosuandole

© Sifa System 2009

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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