24/11/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI

24 novembre 2012

Aujourd'hui dans la presse

(CongoForum)

La problématique de la situation à l’Est de la Rdc continue de préoccuper les journaux parus ce samedi matin dans la capitale congolaise.

Presse congolaise

Le Potentiel titre « Négociations avec le M23 : le oui de Kinshasa dédouane Kigali de tout soupçon d’agression »..
D’après lui, Kinshasa n’exclut plus l’option des négociations directes avec le M23 dont, curieusement, les revendications ont été jugées « légitimes » par la dernière tripartite qui a réuni à Kampala les chefs d’Etat de la Rdc, du Rwanda et de l’Ouganda. Kigali et Kampala n’attendent plus que ce moment pour se dédouaner de toute implication dans la crise qui sévit dans l’Est de la Rdc.
Après avoir longtemps résisté, Kinshasa serait sur la voie de lâcher du lest en acceptant enfin de rencontrer les rebelles du M23 pour, selon les de la déclaration du mini-sommet de Kampala, « examiner les causes du mécontentement » et voir dans quelle mesure « y répondre dans la mesure du possible ». Somme toute, renseigne ce quotidien, les négociations directes avec le M23 ont deux grandes conséquences fâcheuses sur le plan diplomatique. Dans un premier temps, elles légitiment le président Kagame dans sa position qui a toujours considéré la situation dans l’Est comme un problème congolo-congolais. Elles remettent par conséquent en cause le travail des experts de l’ONU sur la Rdc. Sur un autre tableau, le revirement de Kinshasa aura également des répercussions sur son crédit à l’étranger. Les négociations avec le M23 jettent un discrédit sur la Rdc.

(Le Potentiel s’est toujours fait le champion de la « lutte contre la balkanisation » et donc de toute autre attitude que le refus vis-à-vis du M23. Cette attitude implique la guerre, et implique donc que la RDC soit en mesure d’écraser militairement le M23, y compris ses soutiens extérieurs. La RDC n’y est pas arrivée, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle est donc forcée de faire des concessions, au moins verbalement. Tout le problème, c’est qu’il est fort bien d’avoir raison en droit et donc de se draper dans ce droit en disant sèchement « non », mais qu’il faut alors être capable d’appuyer son droit sur sa force. La RDC ne l’a pas. Cela ne change rien à la validité de sa position en droit.. Et cela ne change rien aux constatations des experts de l’ONU. Quant au crédit de la RDC l’étranger, il est d’ores et déjà faible, mais c’est moins parce que es FARDC ont été battues que parce que le pouvoir installé à Kinshasa n’est pas légitime. NdR)

Le Potentiel rapporte aussi « Guerre dans l’Est de la Rdc : l’Onu envisage d’utiliser des drones »..
En effet, écrit-il, pour renforcer la surveillance et la protection des civils dans la vaste zone de l’Est de la Rdc en proie à la rébellion, les Nations Unies comptent utiliser des drones pour la première fois. L’Onu a pour ce faire contacté plusieurs pays, dont les Etats-Unis et la France pour leur demander de lui fournir des drones.

La Prospérité titre « Guerre dans l’Est : Les Evêques africains prônent le dialogue dans la vérité et la transparence ! »
Ce quotidien indique que la reprise de la guerre à l’Est de la RD. Congo inquiète toute la communauté africaine, singulièrement les clergés de l’Eglise catholique romaine. Réunis à Kinshasa, du 20 au 22 novembre dernier, au Centre Caritas de la Gombe, les Evêques présidents des conférences épiscopales d’Afrique et les évêques présidents des Caritas d’Afrique ont lancé un appel pressant aux Nations Unies, à l’Union Européenne, et au Gouvernement congolais, de tout mettre en œuvre pour trouver une solution rapide à la crise.

La Prospérité titre aussi « Tous derrière Kabila, PPRD : Boshab mobilise les cadres et militants contre le M23 ! ».
Nombreux et vêtus pour la plupart de noir, traits du visage visiblement tirés, les hauts cadres, cadres ainsi que les militantes et militants du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) n’avaient pas pris d’assaut le siège du parti, le vendredi 23 novembre dernier, pour un grand festin. Non, c’était plutôt pour exprimer leur regret, mais aussi leur colère face à la désolation dans la partie Est du pays, notamment, à Goma, où les insurgés du M23 ont livré à l’errance des milliers des congolais.
Présent à cette matinée politique, le Secrétaire Général du PPRD, le Professeur Evariste Boshab, a circonscrit sa communication en quelque huit points, et dont l’essentiel a porté sur : l’appel à la résistance populaire des congolais face à l’agresseur rwandais porté par le M23.

(Ce n’est pas la première fois que les événements de l’Est servent à sonner l’appel au grand rassemblement patriotique autour du drapeau. Le pouvoir compte visiblement obtenir ainsi, à la faveur d’un sentiment d’urgence, un soutien qu’il ne peut tirer d’une légitimité démocratique qui lui manque. Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives.. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.
C’est peu après les élections, alors que les commentaires négatifs tombaient de partout, que JKK a brusquement décidé un retournement des alliances. De fin 2008 à fin 2011, la thèse officielle était que le Rwanda était un allié, que tous les ennuis venaient du FDLR et que Ntaganda était indispensable à la paix. Subitement, le Rwanda devenait un ennemi et il fallait arrêter Bosco Ntaganda. Cela prenait dans le sens du poil l’opinion congolaise et la communauté internationale. Mais il ne pouvait échapper à personne que cela allait rallumer la guerre, d’autant plus qu’au lieu d’arrêter Ntaganda par surprise, on annonça à grand bruit l’intention de le faire. Le bandit n’a bien sûr pas attendu les gendarmes ! Comment ne pas en retirer l’impression que le pétard a éclaté à Goma a été allumé volontairement et en connaissance de cause par le pouvoir, en vue, précisément, de créer la psychose d’urgence nationale dont il s’efforce, maintenant de profiter. L’une des tactique utilisée pour ce faire est d’assimiler toute opposition au M23 puisque celui-ci se proclame « anti-Kabila ». L’Opposition, de son côté, essaie bien sûr de mettre à profit la déstabilisation de JKK par ses échecs militaires pour le renverser, ce qui est au demeurant de bonne guerre, le régime étant issu d’un coup d’état de fait. NdlR)

Le Potentiel rapporte encore « Invité à s’expliquer sur la chute de Goma : Matata Ponyo esquive le Sénat pour raison de santé».
Le Premier ministre Matata Ponyo, pour raisons médicales, n’a pas répondu à l’invitation de la plénière du Sénat d’hier vendredi 23 novembre. Il était question qu’il s’explique devant les sénateurs sur la situation sécuritaire dans l’Est du territoire national et la chute de Goma.
Auteur de la question orale interpellant Matata Ponyo, le sénateur Mokonda Bonza s’est déclaré révolté et déçu de l’attitude du gouvernement. D’après lui, si le Premier ministre et les ministres ne veulent pas venir, c’est parce qu’ils ont peur.

La RTNC a annoncé que « Le lieutenant général Olenga remplace Amisi Tango Four au commandement de la force terrestre », par Ordonnance signée du Chef de l’Etat.

Presse et documents internationaux

La presse internationale, la semaine dernière, a largement diffusé la nouvelle, photos et vidéos à l’appui, d’un accord entre Kabila, Kagame et Museveni à Kampala. Il y a eu une exception, et elle est de taille, puisqu’il s’agit de Voice of America.
La radio porte-parole de l’administration américaine a, elle, fait référence à des entretiens Kabila – Kagame CHEZ Museveni, comme on peut s’en rendre compte à http://www.congoforum.be/en/nieuwsdetail.asp?subitem=1&newsid=190381&Actualiteit=selected. Qu’est-ce que ça cache ?

RD Congo: qui sont les rebelles du M23 qui menacent Goma?
Vincent Hugeux – L’Express -19/11/2012

Les rebelles du M23 affrontent depuis le 15 novembre l’armée congolaise aux abords de la ville de Goma, à l’Est de la république démocratique du Congo, ont demandé, ce lundi, l’ouverture de « négociations politiques ». Retour sur le Mouvement du 23 mars, et les liens obscurs qu’il entretient au-delà de la frontière congolaise.

Parvenus au prix d’une vigoureuse offensive déclenchée le 15 novembre en lisière de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu (extrême-est de la République démocratique du Congo), les rebelles du M23 ont exigé ce lundi l’annonce, dans un délai de 24 heures, de « l’ouverture de négociations politiques directes » et la « démilitarisation totale » de la ville, désertée par les gradés comme par des hordes de civils affolés.
Ils somment également la Mission des Nations unies pour le maintien de la paix au Congo (Monusco), dont les hélicoptères d’attaque et l’artillerie appuient les forces de l’ex-Zaïre, de s’en tenir à une stricte neutralité. En quatre questions-clés, gros plan sur une guérilla mal connue en Occident.

D’où vient le M23?

Rebaptisé en octobre dernier « Armée révolutionnaire du Congo », le Mouvement du 23 mars, ou M23, doit son nom à l’accord de paix signé le 23 mars 2009 par les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) et les rebelles pro-rwandais du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Ce texte prévoyait notamment l’intégration des combattants du CNDP au sein de l’armée régulière. Invoquant le non-respect de ce pacte, ceux-ci se sont mutinés et ont pris le maquis dès avril.
En fait, les réfractaires récusaient un « brassage » national qui les auraient éloignés de leurs fiefs -donc de leurs sources de revenus-, réclamaient le maintien de tous les officiers dans leur grade et redoutaient l’hypothétique extradition de leur « boss » Bosco Ntaganda, inculpé en juillet par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Le M23 a aussi reçu le renfort de transfuges des Forces armées de la RDC. Tel est le cas de l’actuel chef militaire du mouvement, Sultani Makenga, promu voilà peu « général de brigade » et placé le 13 novembre par les Etats-Unis sur leur « liste noire », car tenu pour responsable « d’horreurs à grande échelle » contre les civils.

Où opère-t-il?

Le M23 sévit pour l’essentiel au Nord-Kivu, région pourvue d’un sous-sol prodigue en minerais rares, de terres fécondes et de riches pâturages. Il contrôle une partie du Rutshuru, territoire adossé aux frontières rwandaise et ougandaise. Depuis le génocide perpétré en 1994 au pays des Mille collines, les paysages verdoyants du Kivu, mosaïque ethnique, sont le théâtre de guérillas récurrentes entre factions souvent manipulées par les puissances régionales, enclines à piller ses ressources. Enjeu central: la captation d’un pactole naturel fait d’or, de coltan, de tungstène ou de cassitérite.
Sur fond d’anarchie, les combattants de toutes obédiences se livrent à des exactions massives.
Le 11 novembre, l’ONG Human Rights Watch a ainsi accusé le M23 de « crimes de guerre à grande échelle », citant notamment l’exécution, sous les yeux de leurs compagnons d’infortune, d’enfants-soldats recrutés de force et coupables d’avoir tenté de fuir, ainsi que le viol d’une fillette âgée de 8 ans.

Que veut-il vraiment?

Dans le chaos chronique des confins orientaux de la RDC, les ambitions territoriales, politiques et identitaires ont tôt fait de supplanter les revendications corporatistes. La frange la plus radicale du M23 admet ainsi oeuvrer à la chute du président Joseph Kabila, fort mal réélu fin 2011. Au fil de l’été, ses leaders ont installé un « cabinet politique » de 25 membres et tenté d’instaurer un semblant d’administration locale dans leurs bastions. Ils s’efforcent, sans grand succès au demeurant, d’élargir leur assise et de s’affranchir de leur image de milice vouée à protéger les armes à la main les seules communautés tutsies.
Sont-ils en mesure de menacer le régime de Kinshasa, 200 kilomètres plus à l’ouest? A ce stade, la réponse est non. Après tout, le CNDP, qui étendait son influence sur un territoire trois fois plus vaste, n’a jamais mis en péril le trône de « Jo » Kabila.

Qui soutient la rébellion?

Deux rapports récents, rédigés par des experts de l’ONU, accusent clairement le Rwanda et l’Ouganda voisins d’épauler le Mouvement du 23 mars, lui fournissant hommes, renseignement, armement et munitions, quitte à bafouer l’embargo en vigueur. Le dernier en date, un document supposé confidentiel qui a « fuité » en octobre, désigne ainsi le ministre rwandais de la Défense, James Kabarebe, comme le patron de facto de la rébellion. « Une aberration », riposte sa collègue aux Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.
De même, les analystes onusiens dénoncent le « soutien actif » que de hauts responsables ougandais assurent au M23, à commencer par le déploiement de 600 soldats. En représailles, Kampala menace d’abandonner son rôle de médiateur et de retirer tous les contingents maison engagés dans des opérations de paix de par le monde. Notamment en Somalie, où l’armée de Yoweri Museveni procure plus du tiers des effectifs -soit 6500 Casques blancs sur 17000- de l’Amisom, la mission de l’Union africaine ONU. Laquelle est parvenue à desserrer dans l’année écoulée l’emprise des shebabs, miliciens islamistes.
De même, Kampala fournit le gros du contingent chargé de traquer les tueurs de l’Armée de résistance du Seigneur, insurrection millénariste à la férocité proverbiale qui, apparue dans le nord ougandais, a essaimé en RDC, au Soudan du Sud et en République centrafricaine. Comme il se doit, le chef de la diplomatie de Museveni assimile les griefs circonstanciés de l’ONU à une « plaisanterie ». Plaisanterie qui n’amuse personne. Car les démentis ougando-rwandais ne convainquent que les naïfs.
Après que plusieurs bailleurs de fonds occidentaux ont gelé leur aide, la Belgique vient de suspendre sa coopération militaire avec Kigali. Le 19 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs affiché son « soutien sans réserve » aux auteurs des rapports contestés, et menacé implicitement les deux cadors des Grands Lacs de sanctions.

Vers une résolution à l’ONU?

Le gouvernement de Kinshasa a refusé de négocier avec le mouvement du M23, qui a repris lundi après-midi ses tirs contre l’armée congolaise. Paris a demandé « sans tarder » à l’ONU une résolution condamnant le groupe rebelle.

RDC: le président Kabila appelle à la mobilisation
AFP / Le Point – le 20/11/2012

Mais la région composée des provinces des Nord et Sud-Kivu est aussi le théâtre de conflits quasiment ininterrompus depuis une vingtaine d’années en raison de ses richesses en ressources minières (or, coltan, cassitérite) et agricoles, que se disputent le gouvernement congolais, divers mouvements rebelles et les pays voisins de la RDC, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

Les rebelles du M23 sont entrés mardi dans Goma, capitale régionale du Nord-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une première depuis la conquête de cette ville stratégique aux mains de rebelles soutenus par le Rwanda en 1998.
A Kinshasa, le président congolais Joseph Kabila a aussitôt lancé un appel « au peuple ainsi qu’à toutes les institutions » à se mobiliser contre l’agression dont la RDC se dit victime de la part du Rwanda voisin. « Je demande la participation de toute la population à défendre notre souveraineté », a-t-il dit.
A Goma, où la situation militaire demeure confuse, l’armée régulière congolaise est en train de se retirer de la ville, selon une source militaire occidentale.
Seule une « arrière garde » « des Forces armées (FARDC) se trouve encore en ville, les blindés ont déjà quitté la ville. Ce retrait n’a été confirmé par aucune source congolaise.
La situation à la mi-journée restait complexe autour de l’aéroport de Goma, qui a été la cible de tirs de mortiers à l’aube.
Plusieurs sources avaient annoncé la chute à 10H00 locales de l’aéroport qui jouxte le Rwanda. Une source onusienne avait confirmé cette information mais une autre source des Nations Unies l’a ensuite démentie.
Un photographe de l’AFP a vu une colonne de rebelles progresser sans dire un mot, entre l’aéroport, à l’est de Goma, et la ville et combattre des soldats réguliers qui tentaient de les arrêter à un carrefour.
Les rebelles du M23 encerclaient la ville depuis plusieurs jours. Les combats ont repris mardi à l’aube à l’issue d’un ultimatum lancé par les rebelles à Kinshasa, exigeant la « démilitarisation » de la ville et l’ouverture de négociations.
Kinshasa a catégoriquement refusé de négocier avec le M23 qu’il qualifie de « forces fictives mises en place par le Rwanda pour dissimuler ses activités criminelles en RDC ». Selon un rapport des Nations unies, les rebelles du M23 sont soutenues activement par le Rwanda et l’Ouganda ce que Kampala et Kigali récusent.
Goma compte environ 300.000 habitants, plus de nombreux déplacés. La ville a déjà occupée à deux reprises en 1996 et 1998 par des rebellions, soutenues par le Rwanda voisin.
Un photographe de l’AFP a vu une colonne de rebelles progresser entre l’aéroport et la ville et affronter les soldats réguliers qui tentaient de les arrêter au carrefour Birere.
A Goma, située à 1.200 km de Kinshasa, les rues étaient désertes et des habitants restaient terrés mardi dans leurs maisons dans cette ville, adossée au lac Kivu. Redoutant les combats, des dizaines de milliers de personnes déplacées se sont regroupées au sud de la ville dans les camps de Mugunga pour se mettre à l’abri des combats.
Et à la frontière rwandaise, une foule grossissante tentait de se réfugier de l’autre côté de la frontière, dans la ville jumelle de Gisenyi.
Des pillages ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi dans le quartier de Katindo au sud par des militaires congolais qui ont ensuite pris la route de Sake, seul axe routier permettant de sortir de la ville en direction du sud.
Et pour ajouter à la confusion, plusieurs centaines de détenus de la prison de Munzenze se sont évadés lundi accentuant l’insécurité qui règne sur la ville, selon une source occidentale.
Le M23 a été créé début mai par des militaires, qui après avoir participé à une précédente rébellion, ont intégré l’armée en 2009, à la suite d’un accord de paix. Ils se sont mutinés en avril, arguant que Kinshasa n’avait pas respecté ses engagements.
Ils réclament notamment le maintien de tous les officiers dans leurs grades et refusent « le brassage » (affectations dans d’autres unités et d’autres régions) que veut leur imposer Kinshasa, ce qui les éloignerait de leur zone d’influence dans l’est.
Mais la région composée des provinces des Nord et Sud-Kivu est aussi le théâtre de conflits quasiment ininterrompus depuis une vingtaine d’années en raison de ses richesses en ressources minières (or, coltan, cassitérite) et agricoles, que se disputent le gouvernement congolais, divers mouvements rebelles et les pays voisins de la RDC, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.
Aucun bilan n’a pu encore être établi sur les derniers combats et bombardements.
De nombreuses ONG ont évacué leur personnel vers le Rwanda voisin et l’ONU a annoncé le départ de ses employés « non essentiels ».
Dimanche, le secrétaire général Ban Ki-moon, a assuré que les 6.700 Casques bleus basés dans le Nord-Kivu allaient y rester.
Sur le plan diplomatique, la communauté internationale a vivement réagi à la reprise des combats.
La France à de nouveau déposé une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU demandant un renforcement des sanctions contre les rebelles et évoque l’implication éventuelle d’autres pays dans le conflit.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a déjà demandé samedi l’interruption « immédiate » de tout soutien extérieur et de toute fourniture d’équipement au M23. L’Union européenne, l’Union africaine et les Etats-Unis ont également condamné lundi l’offensive rebelle.

Fabius veut revoir le mandat des Casques bleus

Nouvel Observateur – le 20-11-2012

PARIS (Sipa) — Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a estimé mardi que le mandat de la force de maintien de la paix en République démocratique du Congo (RDC, Congo-Kinshasa) était « à revoir », à la lumière de la prise de la ville de Goma par la rébellion du M23.
« C’est vraisemblablement le mandat de la MONUSCO qui est à revoir », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Paris, jugeant « absurde, pour employer un mot poli » que les Casques bleus n’aient pas pu se battre aux côtés de l’armée régulière pour empêcher « quelques centaines d’hommes » de s’emparer de la métropole de plus d’un million d’habitants située dans l’est de la RDC.
« Il faut se poser la question de l’efficacité de la MONUSCO », a insisté Laurent Fabius.
La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD-Congo (MONUSCO), créée sur résolution du Conseil de sécurité en 2010, compte quelque 19.000 soldats (17.000), policiers (1.400) et observateurs militaires (700), selon son site Web.
Son mandat donne la priorité à la protection des civils mais la MONUSCO doit également soutenir « l’action du gouvernement visant à lutter contre l’impunité et à protéger les civils contre les violations du droit international humanitaire et des droits de l’Homme, en particulier toute forme de violence sexuelle et sexiste ». Elle est par ailleurs chargée de « surveiller l’application de l’embargo sur les armes et de saisir ou récupérer toute arme ou matériel connexe dont la présence dans le pays serait une violation de cette interdiction ».

RDC : le jour où Goma a été prise par le M23
Pierre Boisselet, envoyé spécial Jeune Afrique 20/11/2012

Il n’aura fallu que quelques heures de combats, mardi 20 novembre, pour que les rebelles du M23 prennent le contrôle total de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu. Sous l’oeil des soldats de la Monusco.

Contrairement à la veille, ni les orages ni les tirs à l’arme lourde ne sont venus déchirer l’épais silence de Goma dans la soirée de mardi. Un calme trompeur au terme une longue journée. Dès le lever du soleil, une atmosphère d’explication finale flottait sur la ville. Et en quelques heures à peine, les rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23), qui menaçaient de conquérir la capitale provinciale du Nord-Kivu depuis des jours, ont mis en déroute les soldats de l’armée congolaise.

Kagamé et Kabila à Kampala

C’est chez le doyen de la région, l’Ougandais Yoweri Museveni, que devaient se retrouver Joseph Kabila et Paul Kagamé, le 20 novembre au soir. Après s’être entretenu séparément avec chacun des deux, Museveni les auraient reçu à dîner ensemble.
Depuis plusieurs semaines, le chef de l’État ougandais tentait de renouer le dialogue entre les rebelles du M23 et le pouvoir congolais. En vain.
Lors du sommet extraordinaire de la Conférence internationale des Grands Lacs (CIDGL) lancé à son initiative, les 20 et 21 novembre, il espérait pouvoir appeler les belligérants au calme.
Joseph Kabila, avant de s’envoler pour l’Ouganda, en milieu de journée, avait d’abord accusé le Rwanda de soutenir les rebelles qui venaient de s’emparer de Goma, dans une intervention télévisée.
Les ministres des Affaires étrangères de la CIDGL ont, quant à eux, condamné l’attaque du M23 et la prise de la ville de Goma.
Durant le week-end et dans la journée de lundi, les combats étaient arrivés aux abords de la ville, sans que l’on sache avec précision quelle position était tenue par qui. C’est tout près de l’aéroport que les combats ont repris à l’aube du mardi. La bataille a eu lieu, mais les forces congolaises ont rapidement perdu tout espoir de se maintenir. Dès 11 heures, ses soldats avaient abandonné leurs positions le long de la frontière avec le Rwanda, certains d’entre eux laissant même sur place leurs uniformes.

Rebelles taiseux

À cette heure, l’armée rwandaise, bien équipée, postée de l’autre coté de la frontière à raison d’un homme tous les dix mètres, observait la scène dans le silence et la concentration. Quant à l’armée du M23, composée de rebelles taiseux et visiblement très organisés, bottes en caoutchouc aux pieds et uniformes parfois dépareillés sur le dos, elle s’est installée du côté congolais sans tirer un coup de feu, d’après des témoins. Une heure plus tard, elle occupait déjà les berges du lac Kivu, au sud de la ville.
Peu après, un imposant convoi de la rébellion composé de cinq véhicules et de plus d’une centaine d’hommes pénétrait dans les rues de Goma. Puis un défilé était organisé en présence du porte-parole du mouvement, Vianney Kazarama, sur les larges avenues de Goma, et sous les acclamations de dizaines de personnes rassemblées pour l’occasion. Des informations contradictoires circulaient, en revanche, sur la particpation au convoi de Sultani Makenga, le chef militaire des rebelles.

Étrange cohabitation

La présence de plusieurs corps de soldats des Forces armées de RDC (FARDC), toujours abandonnés sur le bas côté en fin de journée, témoignait du fait que certains militaires ont tenté coûte que coûte de défendre la ville, laquelle n’était pas tombée aux mains de rebelles depuis 1998. À l’exception des patrouilles de la Monusco et du M23, qui ont débuté leur étrange cohabitation, peu de véhicules circulaient en fin de journée.
Des civils, assez nombreux et encore sous le choc, se déplaçaient en revanche sur les trottoirs à la tombée de la nuit. Ni exaltés, ni affolés. Soulagés sans doute de la fin des combats. Mais s’interrogeant, aussi, sur leur avenir dans une ville désormais sous administration du M23.

Accueil > Politique > dernière mise à jour: 15:34:10

A+ A- Imprimer cet article

Comment Kinshasa peut reprendre Goma?

Radio Vatican – 21-11-2012

La souveraineté territoriale de la RDC a été violée. Comment Kinshasa peut reprendre le contrôle de Goma, tombée aux mains du M23, qui serait soutenu par le Rwanda ? Avec les autorités politiques congolaises, la communauté internationale tente d’apporter une réponse à cette question.

Contre l’agression, le président de la RDC Joseph Kabila a immédiatement appelé à la mobilisation générale de tous les congolais. Pas certain, ceci dit, que les habitants de Goma, les premiers concernés, sachent interpréter ces propos pour oser une rébellion contre d’anciens soldats organisés en groupe armé. Sans doute terrorisés, ce n’est pas à eux de négocier un retrait.

Pour Washington, le Rwanda, qu’il soupçonne comme Kinshasa d’ailleurs de soutenir les rebelles du M23, seule Kigali peut aujourd’hui raisonner les mutins. Mais le président rwandais devrait à nouveau pousser son homologue Joseph Kabila qu’il doit rencontrer aujourd’hui en Ouganda à négocier avec les rebelles. Option souhaitée par le M23 dont les membres s’étaient rebellés pour obtenir en avril dernier le droit à ne pas être mutés au sein de l’armée régulière, afin de garder probablement le pouvoir dans leur zone d’influence.

Kinshasa rejette le dialogue. On ne négocie pas. Quelle option reste-t-il alors ? Pas celle de la force. L’armée congolaise accusée de débandade s’est repliée à Sake, à 20 km de là. Paris suggère donc la révision du mandat des 1 500 casques bleus qui se trouvent actuellement à Goma. La France estime qu’ils devraient pourvoir intervenir, mais pour faire quoi ? Repousser les rebelles ou protéger les femmes et les enfants qui ont été enlevés hier sous leurs yeux ? Mais l’ONU a affirmé mardi que sa mission ne pouvait pas être d’ouvrir le feu en mettant en danger la vie des civils. Sa mission est de rappeler au M23 qu’il est soumis aux lois internationales sur les droits de l’homme.

Goma-RDC : Kabila contraint à la négociation

Rodrigue Fénelon Massala – Les Afriques (CH) – 22/11/2012

La contre offensive lancée par les troupes de la rébellion du M23 depuis le week end dernier à l’Est de la RDC a abouti à la prise de Goma dans l’après midi du 20 novembre. Ce nouveau rapport de force contraint le président Kabila à la négociation.

Après avoir pris possession de l’aéroport de Goma en fin de matinée, les rebelles du M23 ont annoncé à la mi-journée du mardi 20 novembre contrôler l’ensemble de la ville. Une première depuis la conquête de cette ville stratégique par des rebelles pro- Rwanda en 1998 ; La prise de la capitale du Nord Kivu s’est faite curieusement sous les yeux de la Monusco qui dispose du plus grand effectif de casques bleus dans le monde.
A Kinshasa, certains opposants élus au parlement, à l’instar du député de la ville de Kinshasa, l’honorable Matin Fayilu, ont saisi l’occasion pour monter au créneau en appelant les patriotes Congolais à la mobilisation. Dans la soirée, c’est au tour du numéro un Congolais, le président Joseph Kabila, de lancer un appel « au peuple ainsi qu’à toutes les institutions » à se mobiliser contre l’agression dont la RDC se dit victime de la part du Rwanda voisin.

« Je demande la participation de toute la population dans la défense notre souveraineté », a-t-il dit. A Goma, où la situation militaire demeurait confuse, l’armée régulière congolaise s’était retirée de la ville dés les premières heures de l’offensive générale des rebelles du M23, selon une source militaire occidentale.

En outre, les rebelles du M23 ont pris le contrôle des deux postes-frontières avec la ville rwandaise voisine de Gisenyi, a constaté une journaliste de l’AFP côté rwandais de la frontière. Les rebelles du M23, fort de cette prise de position stratégique, exigent au gouvernement de Kinshasa d’ouvrir les négociations ;cette position a été appuyé par le Rwanda qui a demandé par voie diplomatique au gouvernement de la RDC de mener les négociation avec le mouvement armée du M23 .un autre opposant congolais ,l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Vital Kaméreh, à aussi demandé au pouvoir de Kinshasa de négocier avec les rebelles afin d’éviter à cette partie de la province dont il est origine une spirale de la violence .

L’ONU impuissante en RD-Congo
Adèle Smith –Le Figaro – 22/11/2012

Après avoir pris Goma, les rebelles du M23 ont poursuivi leur offensive et sont entrés mercredi après-midi dans la localité de Sake, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la ville. Les rebelles du M23 exigent un dialogue avec Kabila avant un retrait de Goma.

Tandis que la progression du mouvement rebelle M23 se poursuit dans l’est de la République démocratique du Congo et que la menace d’une sécession devient bien réelle, à New York, l’ONU semble impuissante à agir, à un mois et demi de l’entrée du Rwanda comme membre provisoire au Conseil de sécurité. Le voisin de la RDC, accusé dans un rapport d’experts des Nations unies de commander de fait les rebelles du M23, mais bénéficiant d’un puissant soutien au Conseil en les États-Unis, n’a pas été mentionné dans une résolution de l’ONU demandant aux «soutiens extérieurs» de cesser. Désormais autorisé à siéger au Conseil, le Rwanda réfute avec force toute implication. Selon Philippe Bolopion, de Human Rights Watch à New York, c’est un «conflit d’intérêts sans précédent» dans l’histoire récente du Conseil de sécurité. «À partir du 1er janvier, le Rwanda sera juge et partie, en position de peser lourdement sur l’avenir du voisin qu’il est accusé de dé­stabiliser, et de freiner toute sanction contre les hauts responsables rwandais accusés par les experts de l’ONU de diriger le mouvement sanguinaire du M23.»
Les diplomates onusiens admettent en coulisse que la présence du Rwanda au Conseil complique toute avancée sur le dossier. Le pays peut par exemple bloquer toute décision prise par consensus, en particulier celles du comité de sanctions. Selon Jason Stearns, ancien membre du groupe d’experts sur la RDC, le Rwanda pourrait ainsi empêcher que certaines personnes soient inscrites sur la liste des responsables soumis aux sanctions. «Le Rwanda pourra bloquer les déclarations au consensus, mais pas l’action du Conseil», tempère un diplomate occidental qui souligne que le Rwanda sera soumis à la pression des autres membres. «Avoir à subir les critiques et se justifier en permanence devant les membres du Conseil pourrait être bénéfique», veut-il croire. Les États-Unis et le Royaume-Uni, deux pays qui ont plus d’influence que les autres sur Kigali, ont suspendu leur aide financière au Rwanda, sans que cela produise d’effet jusqu’à présent.

Soutien américain
Pour l’instant, les États-Unis, qui ont, de source diplomatique, empêché que le Rwanda soit cité dans la résolution, ne semblent pas «bouger de position», selon un observateur proche du dossier. Pour Timothy Longman, spécialiste de l’Afrique à l’Université de Boston, les États-Unis mais aussi d’autres pays occidentaux refusent d’affronter le président Kagamé par culpabilité après le génocide mais aussi parce que le Rwanda est considéré comme un modèle de développement économique et joue un rôle déterminant dans la région, en apportant, par exemple, ses troupes à la mission de l’Union africaine au Darfour. «Il est temps d’arrêter de faire semblant de croire que Kagamé est un dirigeant inoffensif», souligne Longman. The Atlantic Journal décrit avec détails dans un récent article la façon dont le Rwanda, aidé par un puissant cabinet d’avocats américains – Akin Gump -, mène par ailleurs une campagne de communication sophistiquée et agressive contre le groupe d’experts de l’ONU, en cherchant notamment à discréditer son coordinateur, Steve Hege.

RDC : le M23 veut-il faire tomber Kinshasa ?
Par Charlotte Idrac – RFI – 22/11/12

Pas de retrait avant des négociations directes. Les rebelles du M23 qui contrôlent Goma dans l’est de la République démocratique du Congo ont exigé ce jeudi un dialogue avec le président congolais Joseph Kabila avant tout repli. Les chefs d’Etat congolais, rwandais et ougandais leur ont pourtant demandé de faire marche arrière. Mais quelles sont les véritables intentions du M23 ? Le mouvement veut-il aller jusqu’à Kinshasa ?

Au départ, les revendications du M23 sont inscrites dans le nom même du mouvement: Le M23, le mouvement du 23-Mars, se réfère aux accords du 23 mars 2009. Ces accords ont mis fin à l’ancienne rébellion du CNDP, le Conseil national pour la défense du peuple de Laurent Nkunda. Ils portaient notamment sur l’intégration des forces CNDP au sein des FARDC, les forces armées congolaises.
Selon les membres du M23, pour la plupart issus de l’ex-CNDP, ces accords n’ont pas été respectés. Inititialement, le mouvement créé en avril réclamait donc de meilleures conditions pour ses hommes, et de ne pas appliquer le « brassage ». Ce processus de réforme de l’armée prévoit de redéployer les nouveaux combattants intégrés à travers le pays.
Mais désormais, le M23 exige l’ouverture d’un dialogue politique national. C’est ce qu’a rappelé ce jeudi Jean-Marie Runiga. Le président du M23 a fait le déplacement à Kampala, en Ouganda. Il devrait rencontrer le président Museveni dans la matinée de ce vendredi. Une rencontre avec le président Kabila a été évoquée par le protocole ougandais. C’est ce que souhaite en tout cas le chef politique de la rébellion.
« Je suis disponible pour le rencontrer, affirme Jean-Marie Runiga. Ce sera une occasion pour moi de lui dire, s’il est d’accord avec les négociations, comment celles-ci doivent se passer. Nous sommes fatigués des négociations secrètes avec Monsieur Kabila, parce qu’il ne respecte jamais les engagements qu’il prend. Cette fois-ci, nous voulons qu’autour de la table, il puisse y avoir l’opposition politique, la société civile, les diasporas, le gouvernement et le M23, pour que nous puissions parler, analyser et traiter les problèmes de fond qui gangrènent la vie nationale congolaise. »

Motivations officieuses
Mais selon Saïd Abbas Ahamed, enseignant en négociation et géopolitique à l’école de Rouen Business School, ces revendications officielles ne sont qu’un prétexte. Pour lui, il faut toujours avoir à l’esprit la précédente rébellion du CNDP. Après l’arrestation de Laurent Nkunda en 2009, c’est Bosco Ntaganda qui avait pris la tête du mouvement. L’ancien colonel est aujourd’hui poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité .
« Les revendications affichées ne consituent pas une raison d’aller en guerre. C’est pour tromper les gens. Je pense qu’au début, entre avril et mai, il y a eu une convergence d’intérêts. Le premier, c’est l’agenda de Bosco Ntaganda. Il a senti la pression monter sur lui parce qu’à l’approche du sommet de la Francophonie, tout le monde a fait pression sur Kabila pour se soumettre à la CPI, explique Saïd Abbas Ahamed. Je crois que le Rwanda, qui a toujours besoin de garder un contrôle sur l’est du Congo, a raccroché ses wagons. Et c’est comme ça que le colonel Sultani Makenga, qui était au Sud-Kivu, a rejoint au Nord-Kivu les hommes qui étaient déjà avec Ntaganda quand il a fait défection. Et puis des soldats se sont joints. Il y a aussi l’appât du gain car il ne faut pas oublier que le poste-frontière de Bunagana génère beaucoup d’argent. Et cet argent, ils se le partagent ».

Prochaine étape : Kinshasa ?
Après la prise de Goma, le porte-parole militaire du M23 a affirmé que le mouvement marcherait « sur Bukavu, Kisangani, et Kinshasa ». L’un des objectifs est-il de renverser le régime ? Pour Saïd Abbas Ahamed, c’est très peu problable. Avec ce genre de déclarations, le M23 cherche surtout à faire monter la pression… et les enchères.
« Fin 2008, début 2009, Nkunda a tenu exactement le même discours. Il a dit : « Je marcherai sur Kinshasa, je vais faire tomber Joseph Kabila ». Sauf qu’on ne tient pas un pays qui a la taille de l’Europe occidentale avec 3 000 hommes. A moins d’avoir l’armée rwandaise et ougandaise derrière. Donc c’est plutôt de la rhétorique, pour faire monter la pression et s’assurer que Kabila décide de venir s’asseoir à la table des négociations », analyse encore Saïd Abbas Ahamed.
Et si négociations il y a, sur quoi porteront-elles ? Selon Saïd Abbas Ahamed, le M23 demandera de « re-protéger Bosco Ntaganda, puisque le Congo l’avait protégé de 2009 à 2011. Ensuite de garantir à ses hommes que, si ils rentrent dans les rangs, ils ne seront pas déployés ailleurs au Congo mais ils pourront rester chez eux. Enfin de pouvoir peser à la fois dans la province du Nord-Kivu mais également peser sur les affaires au niveau national en ayant plus de gens dans l’état-major et dans les circuits de prise de décision ».
Depuis le début de la rébellion, les autorités de Kinshasa ont toujours refusé de négocier avec le M23, qualifié de « mouvement fictif manipulé par le Rwanda ». Mais le président congolais envisage maintenant de discuter. Mercredi soir à Kampala, Joseph Kabila a déclaré que les contacts avec le M23 se feraient sur la base des accords de 2009 sur l’intégration dans l’armée. Mais de fait, après la prise de Goma, la rébellion est en position de force.

Nord Kivu: vers un basculement?
Blog de Colette Braeckman – 23/11/2012

Alors que les habitants de Bukavu craignaient l’arrivée des rebelles du M23 dont les premières colonnes étaient signalées à Katana, la situation semble avoir basculé, tant sur le plan politique que militaire. Le M23, qui se trouvait à Sake, au nord de Goma, en a été chassé par les forces gouvernementales alliés à des groupes Mai Mai, après trois heures de combat. Du côté congolais, on assure que les militaires rwandais, après avoir soutenu les rebelles, ont repassé la frontière jeudi tandis que des bombardements congolais sur la ville rwandaise de Gisenyi, en milieu de semaine, auraient fait des victimes. Mais la bataille est surtout diplomatique: alors qu’il se préparait à tenir une conférence de presse à Goma, le président du M23, Jean Marie Runiga, est brusquement parti pour Kampala, rappelé par le président Museveni. Rappelons que la veille, les trois présidents, Kabila, Kagame et Museveni, avaient appelé le mouvement rebelle à se retirer de la ville de Gomaet à stopper l’offensive tandis que le M23, de son côté, exigeait un dialogue avec le chef de l’Etat, portant sur des revendications d’ordre militaire mais aussi sur des problèmes de gouvernance et de démocratie.
En début de soirée, on s’attendait à ce que le M23 annonce son retrait de Goma, à la suite de fortes pressions exercées qui auraient été exercées par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon dans un message personnel aux deux présidents.
Il apparaît aussi que les pays de la SADCC (conférence des Etats d’Afrique australe) n’entendaient pas rester indifférents face aux développements de la situation au Kivu et au risque de déstabilisation à Kinshasa et que des pays comme l’Angola ou le Zimbabwe auraient accéléré des plans d’intervention directe. Cette internationalisation de la guerre aurait fait reculer la région d’une décennie, au temps où six armées africaines s’affrontaient en terre congolaise. Un risque que nul ne voulait prendre. Restera à savoir, si les hostilités devaient prendre fin, quel aura été le prix consenti par le président Kabila.

La chute de Goma
Jean-Claude WILLAME – 23/11/2012

Les derniers évènements survenus au Nord Kivu appellent de ma part les commentaires suivants.

1. La chute de Goma est une nouvelle humiliation pour un pouvoir mal réélu et qui a été l’objet, comme on pouvait s’y attendre, de violentes manifestations populaires dans tout le pays ; pour une armée dont le président Kabila est le commandant en chef ; et pour la MONUSCO et ses « unités d’action rapide » qui a montré une fois encore qu’elle n’était pas capable de remplir son mandat, quand bien même elle renvoie dans ce cas la balle aux FARDC (voir infra). Elle l’est aussi pour les institutions et diplomaties internationales qui ont été mêlées à ce dossier et qui n’ont pu que « déplorer », « condamner », « menacer » etc.

2. À ce stade, on ne voit pas très bien où pourraient mener d’éventuelles « négociations » avec le M23, qui exige « tout et n’importe quoi », comme avec toutes les autres milices armées ou même avec le voisin rwandais dans la mesure où il n’existe pas de dissuasion crédible côté congolais. Il est inutile à cet égard de réitérer sans cesse des « accords » du type 2009 qui n’ont fait que reproduire sans cesse des bandes armées aux agendas multiples, mais toujours pervers.

3. Le fait que le Rwanda, qui a joué un rôle direct et/ou indirect dans cette affaire, devient membre non-permanent du Conseil de Sécurité à partir de janvier 2013 est un sujet d’inquiétude pour l’avenir : il risque de ne plus y avoir de place pour un Groupe d’experts indépendants, qui, au-delà des limites de l’exercice auquel il se livre, se verra encore plus contraint dans son action. Certes, au lendemain de la prise de Goma, les présidents ougandais, rwandais et congolais ont conjointement adopté une résolution demandant au M23 de se retirer de Goma et déclaré qu’il n’était pas question d’ « accepter l’idée d’un renversement du gouvernement légitime de RDC ». Mais ce ne serait pas la première fois que la main droite du Rwanda, qui ne voit pas d’un œil favorable la constitution d’une force internationale neutre ayant pour mission de contrôler les frontières, veut ignorer ce que fait sa main gauche.

4. L’aggravation des sanctions à l’égard de ce dernier n’est pas la panacée, pas plus que l’application énergique du « Dodd-Frank Act » américain sur la certification de l’origine des ressources naturelles exploitées au Kivu-Maniema. On n’échappera pas à l’impératif premier de la réforme du secteur de la sécurité congolaise qui suppose entre autres un commandement structuré, responsable et non-corrompu, une justice qui a été mise au second rang au nom de la « pacification » (je renvoie ici au plaidoyer récent du Dr. Mukwege au Parlement européen), et, à moyen terme, la « neutralisation » d’une majorité des effectifs militaires au profit de quelques forces d’intervention rapide compétentes et motivées.

5. Faut-il renforcer le mandat de la MONUSCO ? La réponse est négative dans la mesure où celle-ci est autorisée et s’oblige à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour la protection des populations, un mandat qu’elle a échoué à remplir au vu des centaines de milliers de déplacés que les bandes armées ont induits depuis plus de dix ans. Ce qui par contre doit être « revu », c’est la manière dont sont appliquées les « directives opérationnelles » dérivant de ce mandat par les pays contributeurs qui sont très peu « proactifs » dans ce domaine. En 2008 comme aujourd’hui, la MONUSCO a utilisé, quelques jours avant la chute de Goma, « ses forces héliportées, ses chars, ses obus, ses roquettes et ses missiles » pour tenter de repousser les mutins du M23, ainsi que l’a rappelé le chef des opérations de maintien de la paix à New York, Hervé Ladsous. Elle invoque aujourd’hui le « décrochage » des FARDC présents à Goma (7.000 hommes), avec lesquels il est vrai qu’elle doit se concerter, pour justifier la cessation de son intervention. Cet argument me semble spécieux dans la mesure où une intervention aérienne musclée de la MONUSCO le jour de l’offensive du M23 aurait sans doute dissuadé la plupart des forces armées congolaises de « s’évaporer dans la nature ». Ou alors, il n’existerait pratiquement aucune concertation structurée entre les FARDC et la MONUSCO, comme le prévoit explicitement son mandat, ce qui est très grave. Quoi qu’il en soit, le porte-parole de la MONUSCO a d’ailleurs admis publiquement à Kinshasa que celle-ci portait une part de responsabilité dans l’échec. À toute le moins donc, une enquête indépendante doit être diligentée sur les circonstances précises de la prise de la capitale du Nord Kivu par les mutins.

6. À ce stade, il n’est pas impossible qu’un accord de façade soit trouvé au niveau étatique. Passant au-dessus de la tête de son gouvernement, le président congolais, resté jusqu’ici silencieux sauf à appeler une « mobilisation générale », accepterait finalement d’entamer des négociations avec les mutins du M23 autour de son intégration dans l’armée à ses conditions pour prix d’une condamnation formelle du mouvement par le Rwanda. Il serait poussé dans le dos par les diplomaties pour qui la seule solution acceptable est une « réconciliation » entre un Etat faible et mou et des dictatures voisines. Une telle hypothèse laisserait toutefois la porte ouverte à l’impunité, ce mal qui ronge la RDC depuis plus d’une décennie.

En RDC, les rebelles du M23 poursuivent leur avancée
Jean-Philippe Rémy Saké, envoyé spécial – Le Monde – 23.11.2012

Avec la tombée du jour, Saké prend une couleur de cendre d’après combat. Dans l’obscurité qui vient, les cris des femmes qui hurlent et les plaintes des blessés portent au loin dans les rues désertées. Des petits groupes de rebelles reprennent leur souffle. Ils viennent de repousser une attaque de troupes loyalistes dans la petite ville carrefour de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les tirs s’interrompent après une journée de bataille, avec assauts et appuis de mortiers.
Dans le quartier de Birere, les obus ont frappé au hasard. Ici, un trou dans le sol, là une maison percée comme un sac en papier. Il y a du sang sur le sol. Des cadavres qu’on tire à l’intérieur de maisons. Presque toute la population fuit à grandes enjambées sur la route de Goma.

A tous ceux qui pensaient que les affrontements au Congo-Kinshasa risquaient de marquer un temps d’arrêt après la poussée rebelle, entamée il y a une semaine, et conclue, mardi, par la prise de Goma, la capitale régionale, par le mouvement du M23, l’attaque de Saké, à une vingtaine de kilomètres seulement, montre que rien n’est joué dans l’Est du Congo.

L’ARMÉE CONGOLAISE S’EFFONDRE-T-ELLE ?
Le M23 n’a pas la moindre intention de céder à une série de pressions internationales et de quitter Goma. Au contraire, le mouvement rebelle se sent pousser des ailes et poursuit son avancée sur plusieurs axes à partir de la ville, collée à la frontière rwandaise et toute proche de l’Ouganda. Une partie de ses forces, dont l’effectif exact est un mystère (peut-être 2 000 hommes rejoints désormais par de nouvelles recrues à Goma), est engagée dans la poursuite des Forces armées de RDC (FARDC), qui ont décroché mardi de Goma « en bon ordre, et avec tout leur matériel », comme l’indique une bonne source de la ville.
Mais de quelles ressources dispose encore cette armée régulière ? Jeudi, le commandant des opérations pour l’Est du Congo, Gabriel Amisi, dit Tango Four, vétéran des conflits au Congo, a été démis de ses fonctions, après avoir été mis en cause dans un rapport par les Nations unies, qui l’accuse d’avoir vendu des armes aux rebelles. Est-ce que l’armée congolaise, à l’Est, ne serait pas en train de s’effondrer ?
Elle tente, de toute évidence, de prouver le contraire, d’où l’attaque de Saké, présentée hâtivement, jeudi, comme une victoire par les autorités à Kinshasa. Le coup, au demeurant, était bien conçu. Les loyalistes pouvaient espérer tirer parti de l’étirement des forces rebelles dans le territoire sous leur contrôle, dont la superficie a plus que doublé en l’espace d’une semaine d’affrontements.

PROTECTIONS MYSTIQUES
Aux côtés des FARDC et de leur artillerie, l’assaut vers Saké a été mené par des groupes armés locaux, essentiellement celles de l’Armée patriotique pour un Congo libre et souverain (APCLS) du colonel Janvier. Ces forces paramilitaires loyalistes ont été organisées dans les villages de la région avec des groupes maï maï, qui ont plus de cœur à l’attaque que les troupes régulières, notamment grâce à leurs protections mystiques, le dawa (médicament), supposé préserver ses combattants des balles.
Pour lancer cet assaut, les loyalistes s’étaient regroupés dans la localité voisine de Kirotsha, à cinq kilomètres seulement de Saké, ce qui montre leur proximité. Mais un officier loyaliste, joint par téléphone dans la région où se sont regroupés les FARDC, avoue son découragement après cet assaut promis à l’échec. « Toute la journée, les hommes ont attaqué et ils n’avaient pas à manger, ils n’avaient pas de munitions. Ils ont montré leur force mais ils n’avaient personne pour les appuyer. »
Après l’échec, ils se sont à nouveau repliés vers le sud, en direction de Minova, le long du lac Kivu, où se sont massées les forces loyalistes après leur départ de Goma. Sur la ligne de crête qui domine la ville, une longue colonne de soldats rebelles se dessine dans le jour finissant. Des renforts du M23 arrivent à pied et de nuit, le moyen favori de déplacement des rébellions congolaises.

DES CASQUES BLEUS QUI « VIENNENT NOUS PROTÉGER QUAND LA GUERRE EST FINIE ! »
Dans Saké, le sentiment d’abandon des habitants de la ville frappe au visage. Au hasard des quartiers, un adolescent criblé d’éclats au visage sort d’une maisonnette. On apporte un garçon blessé à la cuisse sur un porte-bagages de vélo. Une petite ambulance de casques bleus indiens venus de leur camp voisin essaye d’évacuer les cas les plus graves mais ne veut pas s’attarder à la nuit tombée. « C’est ça, la protection des civils [pour laquelle l'ONU dispose d'un mandat qui autorise le recours à la force]. Ils viennent nous protéger quand la guerre est finie ! », s’indigne un homme aux cheveux gris, entraînant aussitôt les rares passants dans sa colère.
Le chef du quartier, Kapitulo Musobaho, calme les esprits et demande qu’on se consacre plutôt à la recherche des morts et des blessés éparpillés dans le quartier, comme cet homme, Eric, qui tenait un moulin à manioc non loin, et dont la veuve, maman Mamou, crie sa douleur dans la nuit.
Saké est la porte du cauchemar logistique de la région. A droite, la région de hautes collines du Masisi, dans laquelle le M23, de sources concordantes, avance sans rencontrer de résistance. A gauche, une piste atroce qui tient lieu de route du lac en direction du Sud-Kivu, et mène vers les zones où se sont repliées les FARDC. Après trois mois d’immobilité sur les fronts, c’est une nouvelle guerre qui démarre à l’est de la RDC.

© CongoForum, le samedi 24 novembre 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22