CONGO ACTUALITÉ 172

16 janvier 2013

Actualités

15 janvier 2013

SOMMAIRE

EDITORIAL: Dépasser les anomalies, complicités et contradictions
1. LES POURPARLERS ENTRE LE GOUVERNEMENT ET LE M23 À KAMPALA
2. LA POLITIQUE FACE AU CONFLIT AU KIVU
3. LES RÉACTIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE
4. LES PROPOSITIONS ET DÉCISIONS DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
a. Vers une nouvelle stratégie plus robuste?
b. De nouvelles sanctions
5. À PROPOS DU MANDAT DE LA MONUSCO

EDITORIAL: DEPASSER LES ANOMALIES, COMPLICITES ET CONTRADICTIONS

Les pourparlers entre le gouvernement congolais et le groupe armé appelé Mouvement du 23 Mars (M23) ont repris à Kampala. Certaines informations ont causé une certaine surprise.

Un étrange «cessez-le-feu».
Le M23, qui avait fermement conditionné la reprise des pourparlers à la signature d’un cessez-le feu bilatéral, a déclaré qu’il était prêt à poursuivre les rencontres, même si le gouvernement n’avait pas encore accepté de signer un accord de cessez-le-feu. Il a même annoncé une trêve unilatérale. Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur ce changement d’attitude de la part du M23.
Selon certains d’entre eux, il pourrait être dû à la pression exercée par la communauté internationale. En effet, le 31 décembre, le Conseil de Sécurité de l’Onu avait inscrit sur la liste des sanctions (gel des avoirs et interdiction de voyager à l’étranger) les noms de deux autres personnalités du M23, y compris Jean-Marie Runiga, responsable politique du mouvement. L’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Union africaine (UA) envisagent également un renforcement du mandat de la MONUSCO et l’envoi d’une force internationale neutre dans l’est de la RDCongo, ce qui pourrait mettre en difficulté le même M23.
Selon d’autres observateurs, le M23 pourrait avoir cédé face à l’intransigeance du gouvernement, mais il aurait déjà reçu, du même gouvernement, la promesse de futures concessions (des rôles importants dans l’armée et les institutions politiques, dans l’administration territoriale et certaines institutions économiques de l’État).
Selon d’autres observateurs encore, il s’agirait d’une stratégie bien orchestrée. Cette «concession» du M23 ne serait pas du tout gratuite. Au contraire, elle serait la prémisse pour obtenir du gouvernement, dans un proche avenir, une réponse positive à toutes ses revendications. Il s’agirait d’une forme de chantage dans la logique du donner pour obtenir (do ut des). La délégation gouvernementale devra faire très attention à ne pas tomber dans ce piège.

Complicités.
Dans cette deuxième phase des négociations, dans la délégation du M23, on a remarqué la présence d’une personnalité bien connue de l’opposition politique congolaise, le député national Roger Lumbala. Selon ses déclarations, il a nié avoir intégré le mouvement. Il indique seulement qu’il est d’accord avec les objectifs de ce mouvement et il justifie sa présence dans la délégation du M23 par le simple fait qu’il a été invité en tant que membre de l’opposition. Il n’est pas du tout facile de déterminer la ligne rouge entre une vision commune des objectifs et une adhésion au mouvement, surtout quand il a été présenté comme vice-président de la délégation du même M23. Pendant des mois, il avait été soupçonné, par le gouvernement congolais, de coopérer avec le M23 et d’avoir eu des contacts avec des autorités rwandaises accusées par l’ONU de soutenir le M23. Selon ses propres déclarations, l’un des objectifs du M23 est de renverser le président Kabila à cause de sa mauvaise gestion. Il s’agit certainement d’une revendication légitime, mais il est triste de voir comment une personnalité politique, par ailleurs député de la République, n’a pas encore compris que le seul moyen démocratique qui peut conduire à l’alternance du pouvoir n’est pas celui de la violence et de la guerre, mais celui d’élections libres et transparentes. Selon le principe de la «par condicio», ce dernier principe (la conquête du pouvoir par des élections libres et transparentes) est aussi valable pour ceux qui détiennent le pouvoir actuellement, suite à un processus électoral entaché d’innombrables fraudes et irrégularités.
Souvent on accuse le président Kabila de haute trahison vis-à-vis de la Nation, car soupçonné comme complice avec le régime rwandais qui, pour continuer à tirer des avantages économiques de l’exploitation illégale des minerais, travaille pour l’émiettement du Pays en de petites entités sur lesquelles exercer son influence politique , militaire et économique. Dans ce contexte, il est absurde de vouloir mettre un terme à l’actuel régime congolais, accusé d’être au service des intérêts rwandais, par l’entremise d’un groupe armé soutenu par le même régime rwandais, comme démontré par les différents témoignages locaux et les rapports internationaux. Selon cette logique, tout éventuel nouveau régime congolais serait toujours dominé par le régime rwandais. L’on ne changerait que quelques noms et acronymes, mais le vrai problème ne serait pas résolu. En effet, si à la suite des successives victoires militaires, aidé par le soutien du Rwanda et de l’Ouganda, le M23 a élargi la portée de ses revendications et récupéré celles de l’opposition, y compris la vérité des urnes, la défense des droits de l’homme et l’amélioration des conditions sociales, ce n’est certainement pas dans l’intérêt du peuple congolais, mais pour cacher sa véritable identité, ce qui lui permet de se présenter de manière plus crédible et d’accroître son prestige et sa force.

Contradictions.
D’autre part, au sein de la délégation du gouvernement lai situation n’est pas meilleure. En effet, on y note la présence de certains membres du CNDP, signataire des accords du 23 Mars 2009. Selon de nombreux observateurs, le M23 est une faction dissidente, si pas la nouvelle aile militaire, du CNDP. Ainsi, le M23 et le CNDP serait la même réalité. Considérée de l’extérieur, la position du gouvernement congolais apparait ambigüe et contradictoire, si pas complice. Il est difficile de comprendre comment le gouvernement pourra faire preuve de fermeté face au M23, un groupe armé adversaire et collaborer, en même temps, avec le CNDP, son correspondant politique. Le gouvernement congolais doit clarifier cette question.

Une cohésion nationale nécessaire.
Dans cette situation, il est difficile d’attendre un résultat positif des pourparlers de Kampala. Pour dire NON au M23 et à ses complices, internes et externes, on devra trouver une alternative, qui pourrait provenir d’une cohésion nationale, pas autour d’une Institution de l’État, car presque toutes se trouvent dans une profonde crise de légitimité politique après les élections truquées de novembre 2011, mais autour de la demande de paix, de justice et de respect des droits de l’homme exprimée par la population entière et autour de la sauvegarde de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de la Nation. Ce sont ces valeurs fondamentales, pas la guerre du M23, qui permettront au peuple congolais d’avancer sur la voie de la démocratisation du Pays.

1. LES POURPARLERS ENTRE LE GOUVERNEMENT ET LE M23 À KAMPALA

Le 21 décembre, les pourparlers entre le Gouvernement et le M23 à Kampala ont été suspendus, officiellement en raison des festivités de fin d’année. Le dernier point d’achoppement à la base de l’impasse constaté à propos de ces pourparlers concerne l’exigence d’un cessez-le-feu imposée par le M23 comme préalable majeur à l’adoption de l’ordre du jour des travaux. Outre cette exigence, les rebelles du M23 continuent à réclamer le gouvernorat du Nord-Kivu, le contrôle de l’État-major de la huitième région militaire et un débat général sur la gouvernance du pays et le manque de légitimité des institutions issues des élections de 2011. Les visées politiques du M23 qui tient mordicus à participer à la gestion du pays via ses représentants dans les institutions ne sont plus qu’un secret de polichinelle à Kinshasa. Tout est fait sournoisement pour bloquer les travaux et trouver un alibi pour reprendre les hostilités. Le gouvernement qui cerne parfaitement les astuces du M23 n’a pas, jusqu’à ce stade, cédé à ses revendications sordides, s’en tenant uniquement à l’évaluation des accords du 23 mars 2009. Les positions sont tellement aux antipodes qu’il y a lieu de se demander si Kampala accouchera de quelque chose de concret et le commun des congolais ne croient plus à ces pourparlers qui se révèlent un véritable gâchis.

Des sources internes de la CIRGL ont indiqué que la présidence tournante de l’Ouganda expire le 31 décembre 2012 et que c’est le Congo/Brazzaville qui devrait succéder à l’Ouganda à partir du 1er janvier 2013. C’est donc Brazzaville qui devrait, vraisemblablement, accueillir la prochaine étape des pourparlers entre Kinshasa et le M23. Cette option exclut, ipso facto, Kampala de la facilitation du dialogue engagé entre les deux parties en conflit dans la partie Est de la RDC. Soulagement du côté congolais dans la mesure où l’Ouganda est expressément cité parmi les principaux appuis aux rebelles du M23, ce qui a toujours posé un problème de neutralité dans sa conduite des négociations menées dans le cadre de la CIRGL. Toutefois, les chefs d’Etat de la CIRGL peuvent en décider autrement et laisser l’Ouganda poursuivre sa facilitation. Le M23 pourrait aussi s’y opposer suite à la proximité à Kinshasa, hostile à ce mouvement créé et soutenu par Kigali et Kampala.

Le 1er janvier, Roger Lumbala, député national et président du Rassemblement Congolais pour la Démocratie Nationale (RCD/Nationale), parti d’opposition soutenant Etienne Tshisekedi comme président de la République élu, a rallié le Mouvement du 23 mars (M23). Les dirigeants rebelles ont officialisé son ralliement, en marge d’une cérémonie d’échanges de vœux tenue dans leur fief de Bunagana. « Le camarade Roger Lumbala est bel et bien membre du M23 (Mouvement du 23 mars) et il est ici avec nous », a indiqué Amani Kabasha, chef adjoint du Département de la Communication, de la Presse et des Médias du M23.
Dans une interview à Jeune Afrique, il a déclaré: «En 2011, j’ai battu campagne pour Étienne Tshisekedi. Je considère que Joseph Kabila n’a pas gagné la présidentielle du 28 novembre 2011. Dès lors que le M23 fait siennes les revendications de l’opposition politique congolaise relatives aux résultats frauduleux de cette élection, je me sens proche du M23. Par ailleurs, la Constitution de la RDC autorise tout Congolais à faire échec à celui ou ceux qui prennent le pouvoir par la force. Aujourd’hui, la solution aux problèmes de la RDC passera par le M23, qui a mis Joseph Kabila à terre, l’obligeant à accepter les négociations. C’est pourquoi je soutiens aujourd’hui le M23 qui mène une lutte armée contre le régime de Kabila. Je m’associe au M23 pour chasser Kabila du pouvoir et rétablir des bons rapports avec nos voisins». En septembre, Kinshasa accusait déjà cet élu de Miabi, dans le Kasaï oriental, d’être de mèche avec le mouvement rebelle qui sévit dans le Nord-Kivu.

Le 3 janvier, le M23 a renouvelé à Bunagana (Nord-Kivu) sa menace de ne pas reprendre les pourparlers avec le gouvernement à Kampala, sans la déclaration d’un cessez-le-feu, dont il fait un préalable avant la poursuite des pourparlers. Jean-Marie Runiga, responsable politique du M23, a déclaré: «Nous continuons à demander un cessez-le-feu ainsi que des négociations directes avec le gouvernement de Kinshasa. Si celui-ci ne veut pas, nous emploierons le langage que (le président Joseph) Kabila comprend. Et cette fois-ci nous irons très loin», en précisant que «le langage que Kabila comprend, est celui des armes».

Le 4 janvier, les délégations du Gouvernement et du M23 sont arrivées à Kampala, capitale ougandaise, après l’interruption de deux semaines observée pour les fêtes de fin d’année.
Jusqu’au 6 janvier, le ministre ougandais de la Défense et médiateur, Crispus Kiyonga, a rencontré séparément les chefs de deux délégations. Concernant la composition de deux délégations, du côté du Gouvernement les négociateurs sont restés les mêmes qu’il y a deux semaines. Raymond Tshibanda, le ministre congolais des Affaires étrangères, continue de conduire la délégation congolaise. En revanche, côté rebelle le nombre des négociateurs serait passé de 25 à 30 avec de nouvelles figures comme celle de Roger Lumbala, ancien député national de l’opposition qui a récemment rejoint le M23. Selon l’un des porte-parole du M23, Amani Kabasha, il remplira les fonctions de vice-président de la délégation.

Le 8 janvier, le M23 a accepté de poursuivre le dialogue à Kampala, malgré l’absence d’un accord sur le cessez-le-feu avec le gouvernement congolais et a annoncé un cessez-le-feu unilatéral. Le secrétaire exécutif et chef de la délégation du mouvement, François Ruchogoza, a déclaré: «Nous poursuivrons les négociations même en cas de refus du gouvernement de signer un accord de cessez-le-feu». Mais, les rebelles sollicitent, à travers la médiation ougandaise, l’intervention du Mécanisme conjoint de vérification de la CIRGL pour vérifier les allégations faisant état, selon François Ruchogoza, de «préparatifs de la guerre par le Gouvernement de Kinshasa».

Pourquoi ce changement de la part du M23? Deux hypothèses paraissent probables. Soit le M23 n’a pas pu supporter trop longtemps la forte pression exercée sur lui par la communauté internationale (Cf. les dernières sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu contre certains de ses dirigeants), soit Kinshasa a cédé, en catimini, au désidérata du M23. Certaines sources ont laissé entendre que la grande concession que le gouvernement aurait faite au M23 serait la promesse de diriger, très prochainement, la Banque centrale du Congo (BCC).
Au cas où cette information se confirmerait, le gouvernement aurait cédé le flanc à l’ennemi. Les parrains du M23, en l’occurrence le Rwanda et l’Ouganda, pourraient avoir l’emprise sur le dernier des fleurons de la souveraineté de la RDC: l’institut d’émission. S’étant rendu compte que le pillage des ressources naturelles devient hypothétique du fait de l’implication de la communauté internationale, les agresseurs du Congo n’ont trouvé mieux que faire un ancrage à l’intérieur.
En ayant le contrôle de la BCC, ils peuvent asphyxier le fonctionnement de l’Etat, s’ils le veulent et pousser le gouvernement à toujours céder à leurs revendications. Dans le cas d’espèce, le transfert des devises liquides pourrait se faire en toute aise de la BCC vers les banques de Kigali ou de Kampala. Ainsi, ce qu’ils auront perdu avec l’échec du réseau de pillage, ils vont le récupérer en puisant dans le Trésor public congolais. Le plus officiellement possible! Ce serait même, de l’avis de certains spécialistes des Grands Lacs, l’un des derniers actes de distraction avant la reprise de la mise en œuvre du projet d’émiettement de la RDCongo.

Le 11 janvier, quatre points de l’ordre du jour du dialogue ont été adoptés. Il s’agit de l’évaluation de l’accord de paix du 23 mars 2009 conclu par le gouvernement et l’ex-rébellion du CNDP; des questions sécuritaires; des questions sociales, politiques et économiques ainsi que du mécanisme de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation de l’accord de Kampala.

2. LA POLITIQUE FACE AU CONFLIT AU KIVU

Le 31 décembre, au cours de son message de vœux à la nation, le chef de l’Etat, Joseph Kabila, a appelé à la cohésion nationale pour mettre fin à la guerre qui sévit dans l’Est du pays. «Face à l’épreuve de la guerre, la cohésion nationale a été et demeure la condition de notre survie, le bouclier le plus sûr contre toute velléité de balkanisation et de destruction», a-t-il déclaré.
«La guerre dans laquelle nous sommes entraînés doit être une occasion pour nous unir davantage. Quelles que soient nos ambitions en tant que nation, aucun résultat positif n’est possible dans la division», a indiqué Joseph Kabila, affirmant que «la diversité de nos tribus, de nos croyances religieuses ou philosophiques et de nos opinions politiques constituent une richesse inestimable pour notre pays». Le président a invité tous les Congolais à «œuvrer pour que la nouvelle année soit effectivement celle de la cohésion nationale». Dans cette perspective, il a confirmé «l’organisation dès le début de l’année 2013 d’un cadre pour les échanges entre toutes les forces vives de la nation».

L’opposition n’est pas convaincue par l’appel au dialogue du président Kabila et a rejeté sa proposition. Pour l’opposition qui siège au Parlement, les contours du cadre de concertations et d’échanges, évoqués par le chef de l’Etat dans son message de vœux, sont encore flous. Les membres de cette opposition institutionnelle rappellent leurs exigences présentées lors du premier appel à la cohésion nationale, lancé le 15 décembre par le président devant les deux chambres du Parlement: un dialogue inclusif avec un facilitateur international pour parler de tout ce qui divise les Congolais. Cela permettrait, dit-on dans les rangs de l’opposition, de parvenir à une véritable réconciliation et à des solutions durables. Pour l’opposition institutionnelle, ce dialogue inclusif est un préalable à toutes nouvelles discussions depuis les résultats de la dernière présidentielle.
Le président du Mouvement des Congolais pour la République, Jean-Claude Vuemba, affirme:
«Réglons tout d’abord le contentieux électoral du 28 novembre 2011. Après, nous pouvons voir comment nous pouvons trouver un intérêt d’entente, afin que les Congolais puissent avoir un cadre permanent de concertation». De sa part, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), affirme ne pas se sentir concernée par cet appel qualifié de distraction.

Le 4 janvier, lors d’un point de presse à Kinshasa, le député Jean-Pierre Lisanga Bonganga, porte-parole des Forces Acquises au Changement (Fac/opposition), a affirmé que cette plate forme politique rejette catégoriquement le dialogue proposé par le chef de l’Etat, car il s’agit de «rencontres informelles qualifiées tantôt de cadre de concertation, tantôt de cadre d’échanges, aux contours et contenus flous, dont les recommandations ne sont opposables à personne». Il a précisé que «les facs/ opposition dénient au président Kabila la qualité d’organiser autour de lui le dialogue national, car c’est lui le problème. Il ne peut être à la fois le problème et la solution au problème. Il est l’un des protagonistes de la crise. Il ne peut pas être médiateur pour résoudre la crise au risque d’être juge et partie». Pour cette plate-forme de l’opposition, le dialogue doit être organisé «autour de la communauté internationale, sous la médiation d’un sage africain, président d’un pays non agresseur de la RDC».

Le 8 janvier, à l’issue d’un vote organisé à l’Assemblée Nationale, le député de l’opposition Roger Lumbala a perdu son immunité parlementaire, pour avoir récemment rejoint le M23. Le Procureur général de la République qui avait demandé cette levée d’immunité peut donc les poursuivre pour haute trahison. Les députés ont voté par 216 voix pour et 80 voix contre la levée de l’immunité de Roger Lumbala. En plus de la perte de son immunité, Roger Lumbala a perdu son statut de député national, l’Assemblée ayant décidé d’invalider son mandat. Le Procureur général de la République avait demandé à l’Assemblée nationale de lever son immunité, car il le soupçonnait de connivence avec le M23. Interpellé par les services de sécurité du Burundi en septembre dernier, Roger Lumbala avait d’abord nié tout lien avec le M23 avant de se rendre à Paris et de rallier officiellement ce mouvement rebelle début janvier.
Le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, a suspendu les activités du Rassemblement des Congolais démocrates et nationalistes (RCD/N) sur toute l’étendue de la RDCongo, affirmant avoir entrepris une démarche pour obtenir la dissolution de ce parti. D’après lui, le président de ce parti, Roger Lumbala, a fait alliance avec les rebelles du M23 et les ténors du RCD/N n’ont pas dénoncé sa démarche. Ces derniers ont promis, de leur côté, de saisir la justice pour annuler la décision du ministre.

3. LES RÉACTIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Un membre de la diaspora congolaise en Belgique, Roger Manangu, a affirmé de ne pas comprendre «pourquoi le gouvernement congolais s’engage dans des discussions avec un mouvement politico-militaire terroriste». A son avis, «le M23 n’as pas la force politique et militaire d’aller soit à Bukavu soit à Kinshasa sans l’aide militaire et logistique, des conseils stratégiques et politiques du Rwanda et de l’Ouganda». Selon lui, «Kinshasa doit donc quitter la table des pourparlers de Kampala et saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies, pour signaler les nombreuses agressions que subit la RDCongo de la part du Rwanda et de l’Ouganda». Roger Manangu accuse par ailleurs l’ONU de «complicité» dans le conflit congolo-rwando-ougandais alimenté par les multinationales dans le «but d’obtenir la balkanisation de la RDC». Il demande à la communauté internationale d’obliger Kigali et Kampala à un dialogue avec leurs rebellions respectives (FDLR, LRA et ADF-Nalu) pour qu’elles puissent quitter le territoire congolais et rentrer dans leurs Pays d’origine, le Rwanda et l’Ouganda. Selon lui, «si des vraies négociations doivent avoir lieu, ça sera entre le Rwanda, la RDC et la communauté internationale pour définir les modalités de retour des FDLR et de la LRA dans leurs pays, pour retrouver enfin la paix dans la région».

Selon la Société Civile du Nord Kivu, la population de cette province refuse que les pourparlers de Kampala deviennent un cadre de partage du pouvoir entre le gouvernement et les rebelles. Selon la Société civile, qui le rapporte, plusieurs habitants de Beni, Butembo, Lubero et Goma l’ont affirmé au cours de séances de dialogue social qu’elle a organisées du 28 décembre 2012 au 3 janvier 2013.
Selon le porte-parole de la Société civile du Nord-Kivu, Omar Kavotha, les personnes interrogées s’opposent aussi à «toute signature de cessez-le-feu» entre l’armée nationale et le M23 et à toute intégration des hommes de troupe du M23 dans l’armée et dans la police. Pour cette population, les pourparlers de Kampala doivent «rester dans l’évaluation des accords du 23 mars et dans le respect strict de la constitution». Toujours selon la société civile, la population recommande que ces pourparlers soient délocalisés de l’Ouganda, «d’autant plus que, à partir du 1er janvier 2013, cet Etat n’assure plus la présidence de la CIRGL et que son allégeance avec le M23 est confirmée». Dès janvier 2013, la présidence tournante de la CIRGL devrait passer, en effait, au président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso.

Réagissant à la déclaration du M23 du 8 janvier, la Coordination Provinciale de la Société Civile du Nord Kivu en appelle aux observations ci-après:
- D’abord au sujet du cessez-le-feu unilatéral, au lieu d’obtempérer à l’injonction des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CIRGL de mettre fin à toute activité militaire et anti constitutionnelle, le M23 poursuit le recrutement (surtout forcé et de surcroît des mineurs-enfants), la formation, l’approvisionnement en hommes, en armes et en munitions ainsi que la désignation des autorités administratives dans le territoire sous son contrôle. Parler du cessez-le-feu, n’est, pour le M23 et ses alliés, qu’un subterfuge pour tromper l’opinion locale, nationale et internationale.
- Au sujet de l’intention belliqueuse imputée au gouvernement congolais, la société civile déclare qu’il n’a jamais été question dans toutes les recommandations et décisions des chefs d’Etat et de Gouvernement d’interdire le fonctionnement normal des institutions et services de l’Etat congolais dont les FARDC.
- Par contre, le M23 n’a jamais respecté jusqu’à ce jour la décision des Chefs d’Etat de la CIRGL lui intimant l’ordre de rentrer à ses positions d’avant le 30 juin 2012, d’une part, et d’autre part, celle de se positionner à 20 Km de la ville de Goma. « Quelle n’a pas été notre surprise d’apprendre que le M23 aurait affirmé devant la facilitation qu’il se trouverait à 60 Km de la ville de Goma et cela en comptant à partir de la grande barrière entre la RDC et le Rwanda. Quel mensonge flagrant de ces drôles de démocrates », s’étonne la société civile du Nord-Kivu dont M. Negura Barry Bonaventure, Rapporteur général et Président a.i. a signé cette déclaration.
- Le M23 continue à faire des incursions dans la ville de Goma et à y entretenir la criminalité et le terrorisme; Se livre à des attaques répétées des camps de déplacés de Mugunga; Procède au renforcement des positions au niveau de toutes les lignes de front; Continue à travailler étroitement avec le Colonel Mandevu, un des plus grands commandants FDLR notoirement connu.
Tout porte à croire qu’avec cette déclaration de cessez-le-feu unilatéral, le M23, affaibli par les sanctions de la communauté internationale dont les Nations Unies contre ses leaders, tente de mener une campagne de charme.

4. LES PROPOSITIONS ET DÉCISIONS DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

a. Vers une nouvelle stratégie plus robuste?

Alors que, fin décembre, les rebelles congolais du Mouvement du 23 mars (M23) effectuaient des déplacements «erratiques mais inquiétants» autour de Goma, à l’intérieur d’une zone «neutre» à moins de 20 km de la ville, l’ONU a dit travailler à l’élaboration d’une nouvelle stratégie plus «musclée». A la fois sur le plan politique, en impliquant les pays voisins, et sur le plan militaire avec la création d’une sorte de brigade d’intervention rapide qui serait intégrée à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco).
Sur le plan politique, selon une source proche du dossier, l’idée serait de réunir les pays de la CIRGL (RDCongo, Rwanda, Ouganda, Burundi, Tanzanie, Congo-Brazzaville, Angola et l’Afrique du Sud aussi) lors d’un sommet à Kinshasa, avec l’ONU «comme témoin et garant», afin de leur faire signer un «accord-cadre» porteur de grands principes comme le respect de la souveraineté nationale, l’interdiction de soutenir les milices et la fin de l’impunité pour les criminels de guerre. Le président rwandais Paul Kagamé, dont le pays est –avec l’Ouganda– accusé de soutenir les rebelles du M23, aurait donné son accord, tout comme ses sept autres homologues. La tenue de rendez-vous réguliers avec les acteurs concernés est envisagée, notamment à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies ou lors du sommet annuel de l’Union africaine (UA).
Sur le plan militaire, dans ses recommandations au Conseil de sécurité, le Secrétaire Général Ban Ki-moon devrait bientôt proposer la création d’une unité d’intervention rapide de 2 000 soldats africains, extrêmement mobiles, à même de «jouer les pompiers à chaque coup dur éventuel».
La Tanzanie et l’Afrique du Sud seraient prêtes à y contribuer. Ces futurs «Rambos» de la Monusco seraient clairement différenciés des casques bleus mais répondraient au même commandement et seraient financièrement pris en charge par l’ONU. L’autre proposition du secrétaire général, dont la paternité revient au chef des opérations de maintien de la paix Hervé Ladsous, serait le recours à des drones pour surveiller les frontières et les mouvements de groupes armés.

Le 8 janvier, le Conseil de Sécurité a examiné la possibilité pour la mission de l’ONU en RDCongo (Monusco) de se doter de drones pour mieux surveiller l’est du pays. «Il s’agit de mettre la Monusco mieux en mesure de faire son travail. Il faut donc plus d’hélicoptères, peut-être certains avec vision nocturne, et puis des capacités fluviales et des équipements de surveillance aérienne, des drones», a expliqué à la presse le responsable des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous. L’ONU envisage aussi d’accroître l’effectif de la Monusco, actuellement de 17.500 hommes mais pouvant être porté à 19.500 hommes, et de la redéployer.
Le Rwanda s’est opposé au projet des Nations unies d’utiliser des drones, ces avions de surveillance sans pilote, dans l’est de la RDCongo. Kigali dit ne pas vouloir que l’Afrique devienne le laboratoire d’équipements pour des services de renseignement étrangers. Le Rwanda, qui doit se défendre des accusations lancées par des experts de l’Onu selon lesquels les rebelles du M23 bénéficient de son soutien, a clairement estimé que la demande d’Hervé Ladsous était prématurée. «Il n’est pas avisé d’utiliser un équipement sur lequel nous n’avons pas suffisamment d’informations», a dit à Reuters le numéro deux de la délégation rwandaise à l’Onu, Olivier Nduhungirehe qui a précisé qu’il était vital de faire le jour sur les implications que de tels moyens aériens auraient sur la souveraineté territoriale des Etats de la région. Une source diplomatique a rapporté que les Rwandais ont prévenu le Conseil de sécurité que les casques bleus de la Monusco seraient considérés comme des «belligérants» s’ils déploient des drones dans l’Est congolais.
Selon certains diplomates à l’ONU, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni sont favorables à l’utilisation des drones. Toujours selon ces diplomates occidentaux, l’opposition du Rwanda est la première manifestation des difficultés attendues sur le dossier de la RDC pendant que le Rwanda siégera au Conseil de sécurité au cours des deux prochaines années.
L’Onu demande de tels drones de surveillance depuis 2008. Cette requête n’a jamais été acceptée, mais elle a été relancée ces dernières semaines avec la progression des rebelles du M23 dans la province du Nord-Kivu, dont les casques bleus de la mission de stabilisation de l’Onu au Congo n’ont pu enrayer l’avancée.

Le 8 janvier, une réunion ministérielle de haut niveau s’est tenue à Addis-Abeba au siège de l’Union africaine, à propos de la future Force Internationale Neutre (FIN) de 4 000 hommes à déployer en RDCongo. La FIN devrait être intégrée à la Monusco déjà présente sur le terrain, même si des détails techniques restent à clarifier. «La tendance générale est d’aller vers une seule force, explique Ramtane Lamamra, le commissaire Paix et sécurité de l’Union africaine. Cela permettrait une stabilité par rapport aux financements, aux ressources, à une unité de commandement et d’objectifs». Il est prévu d’énoncer une nouvelle résolution des Nations unies qui accorderait à la Monusco un mandat renforcé, robuste, lui permettant de recourir à «la violence légitime» pour imposer la paix. «Dans le langage des Nations unies, précise Ramtane Lamamra, c’est aussi, cette fois-ci, un mandat d’imposition de la paix et non pas de maintien de la paix, signifiant qu’il y aura un certain nombre d’objectifs exprimés très clairement et que dans la mesure où les dites tâches ne peuvent pas être accomplies pacifiquement, il sera fait recours à la violence légitime». Il reste encore à discuter si l’armée congolaise sera soutenue par cette nouvelle force ou si seule cette dernière opèrera sur le terrain. À la réunion participaient, entre-autres, les ministres des Affaires étrangères de RDC et du Rwanda, des chefs d’état-major des pays de la région, mais aussi le conseiller militaire du secrétaire général des Nations unies.

Le 10 janvier, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a déclaré que le gouvernement congolais se réjouit du prochain déploiement de la Force internationale neutre et «des trois drones des Nations unies». Selon lui, ces engagements de l’Union africaine et des Nations unies traduisent la volonté de la communauté internationale de sécuriser le Nord-Kivu et d’arrêter la catastrophe humanitaire. Le ministre Mende a qualifié de bon sens la proposition de déployer les avions sans pilotes dans l’Est de la RDC, «dans la mesure où c’est une frontière qui est source des problèmes, aussi bien pour la RDC que pour le Rwanda».
Les drones, selon lui, «donneront à cette Force internationale neutre aussi bien qu’à la Monusco, qui va faire partie du dispositif, une vision un peu plus affinée de tout ce qui se passe sur cet espace problématique et permettra des interventions bien ciblées et plus efficace pour rétablir une paix durable dans cette région qui a trop souffert».

Le 11 janvier, le ministre ougandais de la Défense et médiateur entre le Gouvernement et le M23 dans les pourparlers de Kampala, Crispus Kiyonga, a affirmé que son pays n’était pas opposé à l’utilisation envisagée de drones par la mission de l’ONU en RDC (Monusco) pour surveiller l’est de la RDCongo. Il a reconnu que ces avions autopilotés aideront la région à améliorer la collecte des renseignements dans l’Est de la RDC où il y a des montagnes et des forêts et il a déclaré que «si cet avion est utilisé pour des raisons de renseignement et qu’il adhère au principe de souveraineté, ca serait acceptable», mais que «il doit y avoir des consultations appropriées au préalable, notamment pour s’assurer que cela respecte la souveraineté des pays voisins de la RDCongo».

b. De nouvelles sanctions

Le 31 décembre, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a pris de nouvelles sanctions contre des responsables du M23 et des FDLR, deux rébellions qui sévissent dans l’est de la RDC. Le placement sur cette liste noire impose notamment aux entités ou individus sanctionnés un gel des avoirs et une interdiction de voyager. Le Conseil a ainsi placé sur la liste deux dirigeants du M23: Jean-Marie Runiga Lugerero, qualifié de «chef civil du Mouvement», et Eric Badege, présenté comme «un commandant du M23 soupçonné d’exactions contre des femmes et des enfants».
Cette décision intervient à quelques heures de l’entrée du Rwanda au Conseil, comme membre non permanent, à partir du premier janvier et pour deux ans.
«Nous estimons que ces décisions vont faciliter des progrès vers une paix durable dans l’est de la RDC», a déclaré dans un communiqué l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, Suzanne Rice, demandant aux membres du M23 et du FDLR de «faire défection et de se démobiliser afin de se dissocier des groupes sanctionnés». La diplomate américaine a évoqué l’éventualité de «mesures supplémentaires du Conseil contre ceux qui persistent à fournir un appui extérieur au M23 ou à contrevenir à l’embargo sur les armes» imposé aux groupes armés actifs en RDC. Des experts de l’ONU ainsi que plusieurs organisations et le gouvernement de la RDCongo accusent le Rwanda et l’Ouganda de soutenir le M23, ce que ces deux pays réfutent. Le Conseil a dénoncé dans plusieurs déclarations tout «soutien extérieur» au M23 mais sans jamais désigner nommément le Rwanda ni l’Ouganda.
En novembre dernier, l’Onu avait pris des sanctions contre deux autres dirigeants du M23, Baudouin Ngaruye et Innocent Kaina. Le premier est accusé entre autre d’exécutions et de tortures contre des déserteurs du M23, ainsi que de graves violations des droits de l’homme et du droit international. Il aurait commis des meurtres, des mutilations et des enlèvements des femmes. Le second est accusé d’avoir supervisé le recrutement et l’entraînement de plus de 150 enfants pour la rébellion du M23. Il aurait également tué des rebelles qui avaient cherché à s’enfuir. Le chef militaire du M23, Sultani Makenga, est lui aussi sous le régime des sanctions du Conseil de Sécurité de l’Onu depuis le 13 novembre 2012.

Maintenant que le Conseil de sécurité des Nations Unies vient de sanctionner globalement le M23 ainsi que tous ses dirigeants, avec qui le Gouvernement de la RDCongo va-t-il évaluer les accords du 23 mars 2009? Va-t-il négocier avec ceux qui sont interdits de voyager et dont les avoirs ont été gelés? Le Gouvernement ne doit pas négocier avec des criminels de guerre accusés de graves violations des droits de l’homme et actuellement sanctionnés par le Conseil de Sécurité. Accepter de négocier avec eux, c’est leur dire que le Conseil de sécurité s’est trompé. Accepter de dialoguer avec eux, c’est un piège dans lequel la délégation de la RdCongo devra éviter de tomber.
Selon d’autres observateurs, les sanctions décrétées contre Jean-Marie Runiga et Eric Badege ne changeront rien aussi longtemps qu’on n’aura pas sanctionné le Rwanda, accusé par le groupe des experts des Nations Unies de soutenir le M23. Au finish, ce sont des sanctions inefficaces qu’on adopte contre les rebelles du M23 et qui n’ont aucune répercussion sur le terrain des opérations. Bien au contraire, habitués à opérer dans le noir et dans la contrebande, ces derniers s’en moquent éperdument et font comme si de rien n’était. Pendant combien de temps ce double jeu des américains et des britanniques continuera-t-il?

Le 11 janvier, le ministre ougandais de la Défense et médiateur entre le Gouvernement et le M23 dans les pourparlers de Kampala, Crispus Kiyonga, a affirmé de ne pas apprécier la décision des Nations Unies à propos des sanctions décrétées contre certains dirigeants du M23. «Nous l’Ouganda, nous avons mis l’accent sur quatre points selon leur importance à savoir: la paix, la réconciliation, la démocratie et la justice. Il y a des gens au sein de la communauté internationale qui renversent l’équation en mettant l’accent d’abord sur la justice. Ça perturbe lorsqu’on parle toujours de sanctions», a déclaré Crypsus Walter Kiyonga.
Selon le quotidien kinois Le Potentiel, en prenant ouvertement la défense du M23, le ministre ougandais de la Défense et facilitateur des pourparlers entre la délégation gouvernementale et le M23 fait preuve d’un parti-pris évident. Indexé par l’Onu pour son soutien aux rebelles du M23, l’Ouganda vient de dévoiler ses vrais penchants. En mettant en cause les dernières sanctions de l’Onu contre certains dirigeants du M23, Kampala jette un discrédit sur sa facilitation dans le règlement de la crise dans l’Est de la RDC. Malheureusement, en la partie congolaise continue d’adopter une approche pour le moins naïve, voire complice et accompagnateur de cette stratégie contraire aux intérêts du pays.
Selon certains observateurs, l’attitude du facilitateur ougandais pourrait être l’occasion propice qui se présente au Gouvernement congolais, pour récuser la médiation ougandaise liée à la présidence tournante de la CIRGL, arrivée à son terme le 15 décembre 2012, en vue d’une nouvelle médiation, celle de la République du Congo-Brazzaville, qui devrait assurer la présidence da la CIRGL en 2013.

5. À PROPOS DU MANDAT DE LA MONUSCO

Le 25 décembre, jour de Noël, dans une tribune publiée dans le journal français Le Monde, un groupe de personnalités de la vie politique et de la culture dénonce une faute d’application réelle du mandat de la MONUSCO. Selon le groupe, sans pouvoir intervenir directement, les dix-sept mille casques bleus de la Mission «regardent et constatent» la détérioration de la situation. Ce groupe de personnalités a plaidé pour une résolution des Nations unies permettant aux casques bleus de la Monusco d’appliquer réellement un mandat conforme aux attentes des populations civiles congolaises. Par là, ils attendent voir la mission onusienne faire réellement usage de la force pour neutraliser les groupes armés qui violent, terrorisent, massacrent chaque jour des centaines de Congolais.
Ces personnalités déplorent que le drame qui se joue en ce moment au Kivu, à l’Est de la RDC, ait déjà fait des millions de morts et de millions de vies dévastées. Un drame que la communauté internationale pourrait arrêter à l’instant, selon eux, en donnant l’ordre aux dix sept mille soldats de la Monusco de faire leur métier et d’appliquer réellement leur mandat, leur métier de soldat et leur mission étant de garantir la paix et la dignité de l’espèce humaine. Pour cela, pensent-ils, il faudrait une résolution du Conseil de sécurité qui permettrait aux casques bleus d’agir.
Les signataires placent le M23 parmi les nombreux groupes armés qui sévissent dans l’est de la RDCongo et le qualifient comme un «escadron portant de beaux uniformes et brandissant des armes neuves, faisant des incursions à Goma, semant la terreur dans sa périphérie, ravageant et tuant». «Ils violent par centaines de milliers les femmes et les enfants pour terroriser la population. Ils violent pour détruire. Ils violent pour arracher à jamais les identités. Et les enfants qu’ils n’ont pas massacrés, ils les enrôlent de force», affirment-ils.
Parmi les vingt signataires de cette tribune figurent, entre autres, l’ancien président français Jacques Chirac, l’ambassadrice de la Fondation Danielle Mitterrand, Valérie Trierweiler, compagne de l’actuel président français, la ministre française de la francophonie Yamina Benguigui, l’ancien président sénégalais et secrétaire général de la francophonie Abdou Diouf, de même que le docteur gynécologue congolais Denis Mukwege.

Le 7 janvier, Camille Dugrand réagit à l’appel avec un article intitulé: «La situation au Kivu est bien plus complexe qu’un appel à intervenir».
Selon les signataires de l’appel, le drame qui se joue dans la région des Kivus depuis vingt ans pourrait s’évanouir «à l’instant»: il suffirait de modifier le mandat de la MONUSCO pour «garantir la paix» et que chacun puisse enfin «vivre heureux».
Le ton lyrique et simpliste de cet appel tranche avec l’extrême complexité de la situation à laquelle l’ONU est confrontée aux Kivus. Si la Monusco n’est pas exempte de reproches, il serait bon d’appréhender les enjeux profonds de la situation aux Kivus, pour penser la nature des actions nécessaires à mener.
Les ressorts du conflit et des exactions ne se limitent pas à la prédation des ressources minières. Les enjeux fonciers, démographiques, politiques et militaires sont autant des motivations qui poussent de nombreux groupes, alimentés par le trafic des ressources naturelles, à prendre les armes. Autour des bases de la MONUSCO évoluent des dizaines de milices et de groupes armés qui commettent tour à tour viols, pillages et exactions sur les populations civiles. L’opportunisme des acteurs, les soutiens et les agendas de Kinshasa, Kigali et Kampala rendent les jeux d’alliances particulièrement volatiles.
Viols, pillages et massacres ne sont pas uniquement le fait des éléments du M23. Armée nationale, milices, groupes armés et hommes isolés se rendent eux aussi fréquemment coupables d’exactions, de viols et de violence.
Face à cette situation, les soldats de la MONUSCO doivent, nous dit-on dans l’appel, «faire leur métier». C’est-à-dire? Doit-on leur demander, «en notre nom», de tirer davantage? Si oui, sur qui? Sur les Hutus Rwandais des FDLR? Sur les Hutus Congolais des Maï-Maï Nyatura? Sur les Tutsis et Hutus Congolais du M23, soutenus par Kigali? Sur les Hunde de l’Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverain? Sur les Maï-Maï Tcheka? Sur les Raïa Mutomboki? Sur les PARECO? Voire même sur les Forces Armées de la RDCongo, l’armée délabrée du pays, lorsque ses militaires sous-équipés et sous-payés (quand ils perçoivent leur solde…) commettent, à leur tour, des exactions contre les civils?
La MONUSCO est aujourd’hui composée de 17 049 soldats. Le caviardage des règles d’engagement et des chaînes de commandement des nations contributrices, les complexités du mandat sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies sont, sans conteste, des entraves au «métier de soldat». Une opération de maintien de la paix peut-elle avoir un mandat offensif? Appeler à un renforcement intelligent et nécessaire du mandat de la MONUSCO est une chose. Laisser entendre que ses soldats pourraient « à l’instant » mettre fin aux viols, aux meurtres, aux exactions commises du nord Katanga à l’Ituri, en passant par le Maniema, relève d’une grossière erreur d’analyse et de posture politique.
En pointant uniquement du doigt ceux qui sont accusés de «laisser faire», on laisse dans l’ombre les responsables de ces vingt ans de guerre aux conséquences humaines dramatiques.
Nulle nécessité pour Kinshasa de mettre sur pied une armée, une police et une justice véritable, nulle obligation pour l’Etat Congolais de garantir enfin la sécurité de son propre peuple. Kigali et Kampala sont absous de leur soutien à la rébellion du M23 et de leurs actes de prédation à l’Est de la RDCongo. Oui, l’impuissance de la MONUSCO est insupportable et son mandat doit être amélioré. Mais la «communauté internationale» ne devrait-elle pas, enfin, déterminer une position commune, afin de peser de tout son poids sur les premiers responsables du conflit aux Kivus, en ne ménageant aucun des acteurs en présence (y compris les grandes puissances et les multinationales occidentales – ndr)?

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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