23/02/13/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI

23 février 2013

Aujourd'hui dans la presse

(CongoForum)

La nouvelle brigade de la Monusco, le dialogue national, le Maï-Maï Gédéon au Katanga sont les sujets exploités dans la presse parue ce matin à Kinshasa. La presse de ce samedi, si elle est donc toujours maigre quant au nombre de titres parus, est donc plutôt riche quant à son contenu.

Dialogue national

Le Potentiel titre à la Une « Dialogue national : le gouvernement refuse la médiation étrangère ».
Selon ce journal, pas question pour le gouvernement de faire appel à un médiateur étranger dans la tenue du dialogue national annoncé par le chef de l’Etat. Lambert Mende, son porte-parole, l’a dit tout haut sur les antennes de RFI, rejoignant la position exprimée quelques jours auparavant par le MSR, un parti de la Majorité présidentielle. Pendant ce temps, à Kinshasa, les consultations se poursuivent pour baliser la voie à ce grand forum.

Il faut rappeler que la grande question de fond qui devra être traitée par ce grand forum est celle des élections du 28/11/11. Elles ont été organisées, tout comme celles de 2006, en faisant voter un « corps électoral inconnu », faute de recensement préalable de la population. Ce fait à lui seul suffirait à en « plomber » gravement la crédibilité. Elles ont, par-dessus le marché, été entachées de fraudes et de manipulations à un point tel qu’elles ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.

Ce pouvoir de fait a prouvé ses capacités à user de la force, de l’intimidation et de la corruption de manière suffisamment efficace pour se maintenir en place. Il a donc tout avantage à maintenir le débat dans ce contexte qu’il contrôle. C’est donc l’opposition – plus précisément Kamerhe et Kengo – qui avait proposé une délocalisation et un médiateur étranger, à savoir Brazzaville et Sassou Nguesso. L’idée d’une ville hors-RDC vise bien sûr à se trouver un peu plus loin de la police et des chars du pouvoir. Par contre, on voit mal qui pourrait servir de médiateur, les Présidents africains qui ne doivent pas leur élection à des magouilles pouvant se compter sur les doigts d’une seule main. L’autre partie de l’opposition, les partisans de Tshisekedi, se cramponnent à la thèse d’une victoire de leur candidat.

Katanga

Le Potentiel titre aussi « Katanga : les Maï-Maï Gédéon toujours actifs à Manono et Pweto, selon la Monusco ».
Selon la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en Rdc (Monusco), ces miliciens continuent de mener des attaques dans les territoires de Manono et de Pweto.
Les hommes du chef milicien Gédéon et de Kata-Katanga ne s’en prennent pas seulement aux paisibles citoyens, mais aussi aux éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Le 12 février, les Maï-Maï Kata-Katanga s’étaient affrontés avec les Forces gouvernementales au village Lenga-Lenga de Kalemie, situé à 60 km de Kyambi, rapporte ce journal.
(Voir aussi l’article de La Libre », dans la partie « presse étrangère »)

Monusco

La Prospérité titre « Dernière ligne droite à New York et Addis-Abeba, Monusco : la nouvelle brigade d’intervention va combattre les groupes rebelles ! ».
Selon ce quotidien, devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l’Onu, M. Ban Ki-moon, a présenté hier, vendredi 22 février 2013, son rapport sur la situation sécuritaire à l’Est de la RD-Congo. Dans ce rapport, il est également question du renforcement du mandat de la Mission de l’Onu pour la Stabilisation en RD-Congo, Monusco.
En effet, après la chute de la Ville de Goma, les troupes de la Monusco ont été prises à partie par une frange non négligeable de la communauté tant nationale qu’internationale.
L’occupation de la capitale provinciale du Nord-Kivu a été vécue comme un cuisant échec des casques bleus. Depuis, un débat a vu le jour tant en RDC qu’au niveau des principaux bailleurs de la mission onusienne pour sa transformation en une force d’imposition de la paix.

Presse et documents étrangers

Un an après sa disparition, Katumba Mwanke n’a jamais été remplacé
Blog de C. Braeckman, 20 02 13

Voici un an, lorsque le Gulfstream 200 en provenance de Kinshasa via Goma s’écrasa dans un ravin au-delà de la piste du petit aéroport de Bukavu, la mort de Katumba Mwanke, 48 ans, député de Pweto et éminence grise du président Joseph Kabila, provoqua plus de stupeur que de véritable chagrin.

Les Occidentaux ne voulaient voir en lui que l’homme des contrats avec la Chine et ils avaient le sentiment que cet ingénieur de formation, qui avait longtemps travaillé dans une banque sud africaine, privilégiait désormais d’autres partenaires, dont le diamantaire israélien Dan Gertler. La paternité de contrats opaques, désavantageux pour les finances publiques, lui était imputée et bon nombre de Congolais, au-delà de la discrétion du personnage, le désignaient comme le pilier du régime sinon le faiseur de rois.
Les Rwandais furent les seuls à ne pas se méprendre et Kigali déplora immédiatement la disparition d’un grand Africain, d’un homme fiable avec lequel il était possible de discuter d’affaires d’Etat. Quant au président Kabila, au-delà du choc provoqué par cette disparition brutale, chacun put constater son réel désarroi.
C’est qu’Augustin Katumba Mwanke, qui avait connu Joseph Kabila alors qu’il n’était encore lui-même que gouverneur du Katanga, exerçait sur le président une sorte d’emprise paternelle, allant bien au-delà de son simple statut de parlementaire : il était la cheville ouvrière du parti présidentiel, le PPRD (parti populaire pour la reconstruction et le développement), il donnait son feu vert à toutes les nominations importantes et surtout il était personnellement chargé de tous les dossiers délicats.
C’est ainsi qu’en février 2012, alors qu’il préparait la signature d’un contrat immobilier sur l’île d’Idjui, Katumba Mwanke gérait aussi les relations avec Kigali et en particulier le sort du général Bosco Ntaganda. A l’époque, les Occidentaux, sous la pression de Human Rights Watch, exigeaient l’arrestation immédiate et le transfert à la Cour pénale internationale de ce chef de guerre qui dirigeait, avec l’accord de Kigali, les opérations militaires dans l’Est du Congo et s’était considérablement enrichi au passage.
La brutale disparition de Katumba allait torpiller les délicates négociations en cours, qui auraient sans doute abouti à la discrète mise à l’écart de Bosco, sans qu’il soit pour autant transféré à La Haye. Elle allait aussi ouvrir la voie à la recherche par Kinshasa d’une solution militaire, dans le but d’asseoir l’autorité de l’Etat dans l’Est du pays et de mettre fin à l’ « armée dans l’armée » que représentaient Bosco et ses officiers. Cette tentative de remise au pas allait accélérer le développement du M23, un mouvement composé d’officiers tutsis qui se lancèrent dans une mutinerie et, dès avril, infligèrent de cuisantes défaites à l’armée gouvernementale, les rebelles bénéficiant à la fois du soutien rwandais et de trahisons internes.
En plus des dossiers politiques et diplomatiques dont lui seul possédait la clé, Katumba Mwanke allait aussi emporter le secret de certaines tractations économiques. Certes, -son domaine de Pweto avec hôtel de luxe et aéroport en témoigne- il s’était personnellement enrichi et avait sans doute partagé. Mais ce nationaliste avait aussi veillé à constituer une « cagnotte » importante, afin de permettre au pouvoir de résister aux pressions et au chantage financier, d’organiser sur fonds propres les élections (puisque les Occidentaux refusaient de s’engager), de financer la campagne électorale, et, comme le faisait déjà Mobutu, de s’acheter fidélités ou redditions. Des pratiques peu orthodoxes qui furent régulièrement dénoncées par les experts onusiens enquêtant sur le pillage des ressources du Congo et le développement des « réseaux d’élite… »
Un an après sa disparition, qui suivit le décès, en 2007, du professeur Samba Kaputo, et la mise à l’écart du général John Numbi (tenu pour responsable de l’assassinat de Floribert Chebeya), la plupart des observateurs estiment que Katumba Mwanke n’a pas été réellement remplacé et que, privé de ses principaux conseillers ou fusibles, le chef de l’Etat se retrouve désormais en première ligne.
Kigali n’ayant plus retrouvé d’interlocuteur fiable du côté congolais, les relations entre le Rwanda et le Congo se sont dangereusement dégradées. Certes, Kinshasa a mené contre son voisin une offensive diplomatique assez efficace, dénonçant tous azimuts le soutien apporté au M23 et amenant la communauté internationale à adopter des sanctions contre Kigali. Cependant, face à un adversaire tel que Paul Kagame, la politique du choc frontal, du « quitte ou double », n’est pas sans risque, ainsi que l’expérimenta Laurent Désiré Kabila, père du président actuel, qui finit par être assassiné en 2001.
Avec les Occidentaux, et en particulier la France, les relations ne sont guère meilleures. Certes, au Conseil de Sécurité, la diplomatie française défend vigoureusement l’intégrité et la souveraineté du Congo et inspire les résolutions condamnant le M23. Cependant, -l’attitude de François Hollande l’a démontré lors du sommet de la francophonie-, le président Kabila lui-même, mal défendu à Paris, n’est pas bien en cour. Non aligné, mauvais communicateur et mal rompu aux usages du « pré carré », Kabila n’a pas fini de payer (bien plus que bon nombre de ses collègues africains guère mieux élus…) les irrégularités constatées lors des élections de novembre 2011. Quoiqu’en dirent ses adversaires, ces fraudes ne remirent guère en cause l’ordre d’arrivée des candidats mais elles ternirent durablement la victoire du chef de l’Etat et elles hypothéquèrent son second mandat.
Pour tenter de renverser la vapeur, le président Kabila compte aujourd’hui sur son Premier ministre, Matata Mponyo Mapon, qui avait failli être emporté dans le même crash aérien que Katumba alors qu’il était encore en charge des Finances. Cet économiste rigoureux, travailleur, est désormais envoyé sur tous les fronts, qu’il s’agisse de renouer avec le FMI, de procéder au recrutement et à la formation de jeunes militaires afin de recréer une meilleure armée, de stabiliser l’économie et de poursuivre la reconstruction du pays et de ses infrastructures. Mais le chef du gouvernement, -un technocrate qui n’a guère de base partisane- se fait beaucoup d’ennemis, à tous les niveaux. Non seulement la population s’impatiente, car les fruits de la croissance se font attendre tandis que les taxes se multiplient, mais de puissants intérêts mafieux, actifs entre autres dans le blanchiment de l’argent sale via les exportations de diamants, ne sont pas disposés à se laisser remettre au pas. Quant aux milieux d’affaires, ils dénoncent la « rage taxatoire » d’un gouvernement désireux d’accroître les recettes de l’Etat.
Si le Premier ministre est souvent envoyé au feu, le président est lui aussi obligé de s’avancer en première ligne et il vient de convoquer un « dialogue national » qui devrait, en principe, réunir tous les partis et consolider l’unité face à la guerre aux frontières. Majorité comme opposition sont invités à débattre, à Kinshasa cette fois, de certains points de gouvernance qui avaient été soulevés, à Kampala, par la délégation du M23 qui, de simple groupe rebelle s’est transformée en mouvement politico militaire. Bon nombre de ces reproches et de ces attentes sont largement partagés, qu’il s’agisse de la décentralisation, de la réforme de la commission électorale indépendante, de la lutte contre la corruption. Mais à Kampala, le dialogue n’a pas abouti car la délégation gouvernementale ne s’est pas estimée mandatée pour discuter de ces sujets de fond avec les porte parole d’un mouvement armé, soutenu par un pays voisin et dressé contre les institutions du pays.
Un an après la mort de Katumba, privé de ses fusibles et de l’appui d’un certain nombre d’ «hommes forts », décédés ou mis à l’écart, largement critiqué au sein de la population, le chef de l’Etat congolais apparaît comme un homme assez seul et menacé : il vient d’échapper à –au moins- deux tentatives d’attentat, un complot a été déjoué en Afrique du Sud, des infiltrations d’hommes armés s’opèrent au départ de Brazzaville, les diamantaires mettent de l’argent à la disposition de groupes factieux, d’anciens amis occidentaux, avec lesquels le contact n’a pas été bien entretenu, le désignent désormais comme la principale source des problèmes ! Et même les pays d’Afrique australe (Tanzanie, Mozambique, Angola, Afrique du Sud) considérés comme ses principaux soutiens, ne se pressent guère pour envoyer au Kivu la «force africaine » censée surveiller la frontière et désarmer les « forces négatives ».
Paradoxalement, un an après la disparition du député de Pweto, les efforts de remise en ordre (au sein de l’armée, des finances, des circuits commerciaux, de la commission électorale, du dialogue politique) s’avèrent plus dangereux que les agencements opaques mais efficaces que contrôlait l’éminence grise du régime. A la limite, le meilleur atout dont dispose Kabila, aléatoire s’il en est, (car le retour au chaos demeure une très profitable hypothèse) c’est que nul n’a encore identifié celui qui pourrait le remplacer et satisfaire les exigences contradictoires des uns et des autres

RDC : gangs of Kinshasa
Jeune Afrique 20/02/2013
Tant pis si, pour un téléphone ou quelques billets, ils doivent sortir la machette. Violents et sans états d’âme, les Kuluna sèment la terreur dans les rues de Kinshasa, capitale de la RDC.

Dans les rues de Kinshasa, ils sont là. Toujours en bande, armés et dangereux. Pour un peu d’argent, un téléphone ou quelques bijoux, ils sortent un bâton, un couteau, parfois une machette. Ici, on les appelle les « Kuluna ». « Il y a des quartiers, comme Ngaba, Yolo-Sud ou Yolo-Nord, où l’on n’ose plus aller, ni le jour ni la nuit », explique Pitchen, un étudiant kinois. Lui a été victime en décembre dernier de l’une de ces bandes de brigands qui terrorisent la capitale congolaise. Il évoque une agression « d’une violence inouïe », au milieu de la place de la Victoire. « Ils ont surgi de partout, se souvient-il. Je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Ils m’ont poignardé dans le dos et m’ont arraché ma montre avant de s’en aller tranquillement. »

Un récit parmi des milliers d’autres. « Chaque jour, on reçoit une centaine de plaintes », confirme, assis sur une vieille chaise en bois qui grince, Paul Bilonda, officier de police judiciaire dans le quartier de Lualaba, près du centre-ville. Sur son bureau, des procès-verbaux, de la paperasse qui s’entasse, des stylos, une règle… Mais pas de machine à écrire et encore moins d’ordinateur. Le « sous-ciat », entendez sous-commissariat, n’en a pas les moyens. Dehors, quelques agents en uniforme, fatigués par la chaleur, se laissent tomber sur un banc. Ils viennent d’essayer d’arrêter des Kuluna et rentrent tout juste de mission, à pied. « Pas facile de travailler dans ces conditions », murmure l’un d’eux, désabusé.

Cet après-midi-là, le soleil luit férocement sur Kinshasa. Nous avons rendez-vous avec des Kuluna qui ont accepté de nous parler. Ils appartiennent à la bande des Lions. Ils arrivent par petits groupes de deux, trois, cinq. Bientôt, tout le « staff » est en place. Ils ont entre 12 et 25 ans et revendiquent une hiérarchie quasi militaire. Il y a le « maréchal », le chef. Plus loin, le « général », reconnaissable au cobra qu’il s’est fait tatouer sur l’avant-bras droit. Bruno, surnommé « 600 camouflages » pour son habileté à échapper à la police, est l’un des rares à accepter de donner son prénom. « Mes amis ne diront pas un mot avant de savoir si nous ne sommes pas piégés », explique-t-il en lingala. Le gang surveille le moindre de nos gestes. « Pas de photo, pas d’enregistreur », ajoute un autre, méfiant. Avant de poursuivre : « Nous sommes aujourd’hui ce que nous sommes parce que l’État nous a abandonnés. Chaque jour qui passe, nous voyons les riches devenir plus riches et les pauvres devenir plus pauvres. Que faire lorsqu’on galère ? Que faire lorsqu’on croise des gens qui se la coulent douce ? » « Kobotola ! » répondent en criant ses compagnons d’armes. « Extorquer ! »

Viol

Bruno et ses amis sont convaincus que « c’est tout ce qui leur reste pour survivre » – même si, contrairement aux « shegués », les enfants des rues, les Kuluna ont pour la plupart un toit et une famille. Pour minimiser les risques de se faire arrêter, ils s’imposent certaines règles. La première ? Ne jamais s’attaquer aux habitants de leur « secteur ». En retour, ceux-ci s’abstiennent de les dénoncer. « Nous vivons avec eux, se justifie James, le plus jeune de la bande. Ce sont nos pères, nos mères, nos soeurs et nos frères. Tant que nous ne les dérangerons pas, pourquoi nous dénonceraient-ils ? »

Mais malheur à ceux qui ne sont pas de leur quartier. « Nous frappons à la machette seulement en cas de résistance, tient à préciser le « général » de la bande. Seulement quand la personne interceptée refuse de nous remettre calmement ce que nous lui demandons. » Les victimes sont souvent des passants qui ont laissé transparaître un quelconque signe de richesse. « Une poche de pantalon qui paraît remplie de billets de banque, un smartphone décroché dans la rue ou encore des bijoux autour du cou… Tout cela suffit pour qu’on attaque le propriétaire », explique James avec indifférence. Parfois, les Kuluna agressent aussi des jeunes femmes qu’ils jugent trop « légèrement vêtues » et qui se sont aventurées seules sur leur territoire. « Mais c’est une réponse à une provocation, se justifient-ils. Ce sont des prostituées. Nous ne faisons que les corriger. » Une « correction » qui peut aller jusqu’au viol. Une jeune fille de 16 ans nous raconte ainsi avoir été agressée l’an dernier. « Ils m’avaient arraché mes habits, puis ils s’amusaient à introduire, à tour de rôle, un doigt dans mon sexe. »

Bataille rangée

Les Lions sont sans scrupule, mais ne se hasarderaient pas hors du quartier de Lualaba, ni même d’ailleurs de l’autre côté de l’avenue où nous les avons rencontrés. Là commence le territoire d’une bande rivale, les Suajamas. Parfois, pour des broutilles et la bière aidant, ils se livrent à de véritables batailles rangées dans les rues de Kinshasa. Les Lions ne s’entendent pas davantage avec les Jamaïque, les Banzoyi (« abeilles », en lingala), les Arabes et les Staff Somalie – des gangs qui comptent tous entre 10 et 30 membres et qui, armés de machettes, de couteaux ou de pierres, s’affrontent le long des avenues résidentielles, obligeant les riverains à se terrer des heures durant dans leurs maisons. « Nous sommes confrontés à une insécurité permanente avec ces groupuscules criminels qui se sont imposés dans nos quartiers et dans nos vies », déplore Hyacinthe Kamango, instituteur dans une école primaire du quartier.

Alors qu’il ne touchait que les quartiers périphériques il y a quelques années (et notamment celui de la Cité), le phénomène a aujourd’hui gagné toute la capitale, jusqu’à La Gombe. Et ce malgré plusieurs initiatives mises en place par les autorités pour tenter de l’éradiquer. En 2008, lorsqu’il est nommé ministre de la Justice, Luzolo Bambi fait de la « traque des opérateurs de la criminalité urbaine » l’une de ses priorités. La lutte anti-Kuluna est lancée. L’homme de la « tolérance zéro » joue sur l’effet psychologique de la sanction, en instaurant le « transfert croisé » des délinquants condamnés : le Kuluna arrêté est jugé en audience foraine, là où il a commis son forfait, puis, lorsqu’il a été condamné, il est transféré vers une prison située à l’intérieur du pays. « Pendant cette période, nous avons constaté une baisse de la petite criminalité, affirme le commandant Guylain Sangwa, chargé notamment de la lutte contre les Kuluna à la police provinciale de Kinshasa. Leurs complices ne pouvaient plus tenter de les faire libérer par la corruption ou les aider à s’évader. » Mais Luzolo Bambi est éjecté du gouvernement en avril 2012, et son successeur renonce à poursuivre la même politique. Retour à la case départ donc. « Aujourd’hui, vous pouvez arrêter un Kuluna. Le lendemain, vous le transférez au parquet. Deux jours plus tard, il vous revient après avoir commis un autre forfait dans la rue », regrette un officier de police, convaincu que, « si la justice faisait bien son travail, le phénomène serait déjà éradiqué ».

Brigade anti-Kuluna

En attendant, André Kimbuta, le gouverneur de Kinshasa, tente une autre approche et propose aux Kuluna qui renonceraient à la délinquance une formation, aux frais de la ville, à l’Institut national de préparation professionnelle (INPP). « C’est toujours mieux de gagner sa vie à la sueur de son front », se réjouit Kem’s, un ancien Kuluna d’une vingtaine d’années devenu cantonnier.

En juillet dernier, le gouvernement a décidé de créer une brigade spéciale anti-Kuluna. Officiellement, elle sera composée de 1 000 hommes placés sous le commandement du colonel Eyala, mais, dans les salons climatisés des institutions de la République, on ne s’est pas encore mis d’accord sur les modalités de leur déploiement. « Dans six mois, on ne parlera plus des Kuluna », promet pourtant Guylain Sangwa. Cette brigade, aussi spéciale soit-elle, pourra-t-elle réussir là où les 522 sous-commissariats et 324 postes de police de Kinshasa ont échoué ? Rien n’est moins sûr.

Ban Ki-moon : le M23 a bénéficié d’une « aide extérieure »
AFP 20/02/2013

Des experts onusiens ont plusieurs fois assuré que les rebelles du M23 ont été soutenus par le Rwanda et l’Ouganda, ce que ces deux pays démentent fermement.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a de nouveau assuré mardi que les rebelles sévissant à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) avaient bénéficié d’une « aide extérieure » et a prévenu que le conflit risquait de s’embraser à nouveau.

Le dernier rapport de Ban Ki-moon au Conseil de sécurité de l’ONU sur la RDC ne mentionne toutefois explicitement aucun pays susceptible d’avoir aidé les rebelles du M23, qui ont brièvement occupé fin novembre la ville stratégique de Goma, dans l’est du pays.

Mais des experts onusiens ont plusieurs fois assuré que ces derniers ont été soutenus par le Rwanda et l’Ouganda, ce que ces deux pays démentent fermement. M. Ban a de son côté affirmé que les rebelles du M23 avaient enrôlé des enfants soldats au Rwanda.

« Les observations (de l’ONU) des capacités de commandement et de contrôle de l’assaillant, la coordination efficace de ses tirs d’appui, la qualité de son équipement et sa capacité générale à se battre, en particulier la nuit, laissent supposer l’existence d’une aide extérieure, à la fois directe et indirecte », souligne M. Ban dans son dernier rapport.

La Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo (Monusco), forte de 17.000 hommes, reste critiquée pour n’avoir pas pu mettre fin aux violences dans l’est de la RDC, riche en minerais, où depuis avril 2012 l’armée congolaise lutte contre le Mouvement du 23 mars (M23).

Les Nations unies souhaitent créer une brigade d’intervention rapide plus robuste, avec 2.500 hommes.

Les combats avec l’armée ont été suspendus en décembre et des discussions se tiennent actuellement à Kampala. Mais pour le secrétaire général de l’ONU toutefois, la « possibilité d’une reprise des hostilités reste une menace sérieuse ».

Le futur accord-cadre pour la pacification de l’Est critiqué
RFI – 21/02/2013

Ce dimanche 24 février onze pays africains signeront à Addis Abeba un accord-cadre pour la pacification de l’est congolais. Ban Ki-moon a prévu de faire lui-même le déplacement. Pas encore signé, cet accord est déjà critiqué dans la classe politique kinoise.

Un quotidien de Kinshasa, le Phare, a publié l’accord tel qu’il est prévu d’être signé dimanche. Il stipule, entre autres, l’obligation pour le Congo de procéder à une démocratisation et à une réconciliation, et pour les pays voisins, tel le Rwanda, l’interdiction de soutenir des groupes armés. Cette façon de voir les choses déplait à l’opposition, qui estime que l’on devrait aussi insister sur la démocratie chez les voisins.

« Le Rwanda n’est pas un pays démocratique, et vous savez bien tout ce qui se passe en Ouganda, déclare Martin Fayulu, député des Forces acquises au changement. Vous connaissez le problème que nous pose la LRA ici et les problèmes des FDLR. Et pourquoi on ne demande pas au Rwanda ou à l’Ouganda de se réconcilier ? Pourquoi on ne leur demande pas, à eux, de se démocratiser ? Ce que l’on impose aux congolais, on n’arrive pas à l’imposer aux autres ! »

Du côté des Nations unies qui sont le principal maître d’œuvre de ce projet d’accord, on appelle à la patience. « Attendons la signature », dit le porte-parole de la Monusco à Kinshasa.
Denis Sassou Nguesso, sollicité par le Renadhoc pour faciliter un dialogue national à Brazzaville
VOA News -20/02/2013

Suite à la proposition de dialogue national faite par le président congolais Joseph Kabila, les initiatives se multiplient et plusieurs idées sont avancées ici et là par divers acteurs de la vie politique et de la société civile.

Le Mouvement Social pour le Renouveau de Pierre Lumbi Okongo avait proposé que ce dialogue soit tenu à Kinshasa, et coordonné par les présidents des deux Chambres parlementaires. De son côté, le Renadhoc, le Réseau National des Organisations de Droits de l’Homme de la République Démocratique du Congo, a une toute autre idée sur la question.
Il propose notamment le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, comme facilitateur. Fernandez Murhola, Secrétaire exécutif du Renadhoc, a déclaré, le 19 février, à Kinshasa, lors d’une conférence de presse, qu’il souhaitait voir la tenue de ces assises en mars prochain, à Brazzaville, et pour une durée de 15 jours maximum.

Un colonel déserteur des FARDC arrêté par les RahiyaMutomboki dans le Sud-Kivu
Xinhua 21/02/2013

Le colonel Kahasha, déserteur des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a été arrêté par les Maï Maï Rahiya Mutomboki, a annoncé mercredi le colonel Félix Basse, porte-parole militaire de la MONUSCO, lors de la conférence de presse de Nations unies tenue à Kinshasa.

« Le 14 février 2013, le colonel Kahasha, alias Foka Mike, a été arrêté à Luntukulu, ville située à 60 kilomètres au nord de Mwenga, par des éléments Maï Maï Rahiya Mutomboki, appartenant au groupe du colonel Maheshe », a indiqué le colonel Basse, sans donner de détails sur cette arrestation.

« Le colonel Foka Mike a été transféré ici à Kinshasa le 17 février », a indiqué une source de l’Agence nationale de Renseignement (ANR).

Le colonel Foka Mike avait fait défection aux FARDC pour intégrer le Mouvement du 23 mars (M23), et il a quitté le M23 pour regagner les FARDC. En novembre 2012, Foka Mike a de nouveau quitté l’armée régulière pour créer l’Union des Forces révolutionnaire du Congo (UFRC), coalition regroupant des groupes armés basés dans la province du Sud-Kivu, qui a exigé des poursuites judiciaires contre Joseph Kabila.

Nord Kivu : La police tire à bout portant sur des manifestants à Kasindi ; au moins un mort et un blessé
VOA 20/02/2013

Dans l’Est de la RDC, ce mercredi 20 février 2013 à Kasindi, ville frontalière avec l’Ouganda, la police a tiré à bout portant sur des manifestants, ont indiqué des sources locales à la VOA. Bilan : au moins un mort et un blessé.

La population, révoltée par l’incident, n’a pas voulu que le corps soit retiré avant constat officiel et l’arrivée d’une délégation gouvernementale venue de Béni. Toute activité a été suspendue le jour même dans la ville, où la population s’était mêlée à des chauffeurs de taxi-motos qui manifestaient contre l’assassinat d’un des leurs la veille et pour dénoncer l’insécurité.
Jaribu Muliwavyo, député du territoire de Béni, parvenu sur les lieux avec d’autres officiels, a dit à la VOA se trouver à côté de la victime qui gisait sur le sol, et espérer qu’une « enquête objective » sera menée pour que justice soit faite.

L’insécurité est constante dans cette ville depuis 2010. Le 18 janvier dernier, les activités avaient également été suspendues à Kasindi, située à 80 kilomètres au nord-est de Beni. Les habitants avaient organisé des marches pour protester contre l’assassinat par balle le jour même d’un infirmier par des hommes armés.
Durant la matinée du 26 décembre 2012, des manifestations contre l’insécurité avaient également paralysé les activités commerciales dans cette ville frontalière. Des hommes armés avaient abattu un jeune homme et blessé d’autres personnes dans la nuit précédente, indique Radio Okapi. Les habitants en colère accusaient alors des militaires « incontrôlés », qu’ils disaient associés à des civils.

2.030 cas de violences sexuelles rapportés pendant les dix derniers mois en Ituri
Xinhua – 20/02/2013

KINSHASA — Un total de 2.030 cas de violences sexuelles ont été rapportés dans le district de l’Ituri, dans la province Orientale, entre mars 2012 et janvier 2013, selon une note d’information de l’Association pour la Protection de l’Enfance au Congo (APEC), remise à la presse mercredi.

Ces violences ont notifiées dans les territoires de Djugu et de Mambasa. « Une moyenne d’environ 200 cas par mois ont été enregistrés », indique le document, ajoutant que 75% des cas proviennent de la seule région de Mambasa où le personnel des rares structures de santé n’est pas formé pour la gestion et la prise en charge des cas de violences sexuelles ».

Selon la même source, le programme d’assistance de l’APEC s’achève en mars prochain. Un appel a été lancé aux bailleurs de fonds pour permettre la poursuite de la prise en charge des cas.

Au cours de la période susmentionnée, l’APEC a apporté une assistance multisectorielle à quelques 2.000 personnes en Ituri, grâce à un financement du programme de stabilisation de l’est du Congo (STAREC) et de l’UNICEF, précise le document.

RDC: un diamant de plus de 114 carats ne trouve pas preneur
AFP – 20/02/2013

KINSHASA — Un diamant de 114,63 carats trouvé dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC) n’a pas trouvé preneur lors de l’enchère organisée par son propriétaire la société minière du Bakwanga (MIBA) qui comptait sur cette vente pour payer son personnel, apprend-on de diverses sources.

Cette pierre de 23 grammes, non taillée, a été mise en vente pour un million de dollars le 12 février dernier mais a été retirée de l’enchère faute d’avoir trouvé preneur à 480.000 dollars, a révélé Radio Okapi.
Selon la radio, d’autres diamants ont été vendus par lot à l’occasion de cette vente organisée à Mbuji Maï, dans le centre de la RDC, et ont rapporté 28.200 dollars.
Ce diamant a été découvert à la fin de l’année dernière parmi du gravier dans le « polygone Miba » situé à quelques kilomètres de Mbuji Maï, la capitale régionale du Kasaï oriental, a expliqué à l’AFP un syndicaliste de la Miba.
Sa vente, avait annoncé la direction, devait permettre de régler les salaires en retard et de réajuster ceux des mineurs qui ont été réduits des deux tiers au cours des dernières années, a expliqué M. Dieudonné Kabamba vice-président de la délégation syndicale. « Les travailleurs sont déçus, ils espéraient alléger la misère » a-t-il dit.
Le président de l’Union des creuseurs artisanaux de Mbuji Maï, Jean Marie Kabuya, sans avoir vu la pierre, estime que de nombreux facteurs entrent en ligne qui pourraient expliquer cette mévente. Sa couleur ou d’éventuels défauts perceptibles grâce à un examen approfondi peuvent selon lui jouer en sa défaveur.
Il s’est cependant félicité de cette vente publique car selon lui dès qu’une pierre importante est découverte, des acheteurs clandestins se précipitent. Il a salué l’action du gouverneur de la province qui a mis en place une surveillance pour lutter contre cette pratique.
Un diamantaire occidental interrogé par l’AFP s’est dit surpris de l’échec de cette vente. « Une pierre de 114 carats est rare et chère » a-t-il dit. « Il y a un truc qui cloche, la pierre est sans doute pas belle et très surcotée … si elle n’est pas cristallisée, elle ne vaut rien, qu’elle pèse un gramme ou 100 kilos » a-t-il ajouté.
Selon Kabamba, le diamant, qui avait d’abord été envoyé à Kinshasa mais est revenu à Mbuji Maï pour la vente, aurait été découvert aux environs de midi le 12 décembre dernier. Cette information n’a pu être confirmée.
Paris dénonce « un génocide » et annonce un forum mondial des femmes le 20 mars
AFP – 21 fév 2013

Un premier « forum mondial des femmes francophones », réunissant 400 femmes de 77 pays, se tiendra à Paris le 20 mars, a annoncé jeudi la ministre française à la Francophonie, Yamina Benguigui, en dénonçant un « véritable génocide » en RDCongo dans l’espace francophone.

« C’est bien dans l’espace francophone qu’un véritable génocide au féminin s’est déroulé depuis des mois dans un silence assourdissant. C’est bien dans l’espace francophone que des escadrons de la mort, des groupes armés rebelles en République démocratique du Congo au Nord-Kivu ont progammé le viol de milliers de femmes devenues butin de guerre », a déclaré la ministre au Sénat.
Mme Benguigui avait dénoncé une « catastrophe humanitaire au féminin » après un déplacement à Goma en octobre. L’Est de la RDC, riche en minerai, a été en 2012 soumis à l’activité de groupes armés locaux et étrangers, combattus par Kinshasa.
« C’est bien dans l’espace francophone, en Tunisie, au Mali, en Egypte, que les acquis des femmes sont en régression », a aussi déclaré la ministre.
« Le 20 mars prochain à Paris, 400 femmes venues des 77 pays de l’espace francophone, dont beaucoup portent les stigmates de leurs droits bafoués, viendront faire entendre leur voix pour le respect de leurs droits à la dignité, à l’égalité, à l’intégrité de leur indentité », a-t-elle précisé.
La ministre a souligné que c’était la première fois qu’un tel rassemblement aura lieu. « Ce forum portera les fondations d’un nouveau statut des femmes francophones et la défense de leurs droits partout où ils sont menacés », a-t-elle promis.
Un prêtre belge a pu fuir les Maï Maï du Katanga
Marie-France Cros – La Libre – le 21/02/2013

Tuant, mutilant, torturant, les Maï Maï sèment la terreur au Nord-Katanga.

« On ne peut imaginer quelque chose de plus repoussant », dit le père Raoul de Buisseret dans un doux sourire que contredit son regard bleu troublé. Il y a quinze jours, le village du Katanga où ce missionnaire belge est curé depuis 16 ans, Lukafu, au sud de Mitwaba, a été envahi par les Maï Maï. Ces villageois armés et « protégés » par des pratiques magiques terrorisent depuis plusieurs mois le Nord-Katanga.
« C’était le 6 février dernier et ils étaient une trentaine », venant de plus au nord, « de Mwemena, où ils avaient tué le frère du chef, et de Kabinga. Ils n’ont pas de chez eux, alors ils nomadisent en semant la mort et la destruction », dit le père.
« Leur objectif avoué est de ‘nettoyer’ le pays des agents de l’Etat et assimilés – comme les notables, des commerçants parfois – qui font souffrir les villageois » en vivant sur leur dos et en les mettant sous pression . « Ils ‘nettoient’ aussi le village de ceux qu’on accuse d’être des sorciers – et donc de faire du mal à leurs voisins », ajoute le religieux.
Pour reconnaître les sorciers, explique-t-il, « il suffit qu’il y ait un consensus, même réduit, entre quelques personnes du village pour désigner comme tel un habitant. Et c’est fini pour lui. Les femmes sont égorgées. Pour les hommes, c’est pire : les Maï Maï dansent autour d’eux en un affreux rituel, tout en leur coupant les oreilles, en les éviscérant, en les lardant de coups de lance, en arrachant certains de leurs organes – parfois lorsqu’ils sont encore vivants ! – pour en faire des fétiches », des grigris censés protéger celui qui les porte. Ces exécutions se font en public, devant la population réunie, « qui applaudit par peur d’être considérée comme complice de celui qui est tué », dit le père Raoul.
« La manière de procéder est toujours la même : ils envoient d’abord des espions en civil dans une localité pour repérer ceux qui font souffrir la population. Puis arrive une avant-garde, plus brutale, pour le ‘nettoyage’. Elle tue puis vide les maisons des exécutés et vend leurs biens à un prix dérisoire – par exemple moins d’un euro pour une batterie de 200 dollars. Et ce qui n’est pas vendu est donné à la population. Avec l’argent qu’ils récoltent, les Maï Maï s’achètent des cigarettes, du chanvre et des femmes; ils ne s’enrichissent pas « , souligne le missionnaire.

Couverts de kaolin et de fétiches
Lorsque les Maï Maï sont entrés à Lukafu – village d’environ 3500 habitants – le 6 février, « ils étaient recouverts de kaolin (poudre blanche), destiné à les ‘blinder’ contre les attaques, et porteurs de fétiches, lances, couteaux, haches, vieux fusils et quelques armes modernes récupérées sur des policiers tués. C’était un mercredi. Ils sont d’abord venus à la mission parce que les prêtres sont considérés comme de grands sorciers, plus puissants que les autres, et parce que, c’est vrai, il y a souvent une collusion entre l’Eglise et l’Etat, les évêques recevant souvent des cadeaux des autorités. Les Maï Maï nous ont ordonné de donner tous les objets de culte – calice, vêtements liturgiques, croix, etc. Ils les ont cassés, parce qu’ils croient qu’ils contiennent des « médicaments » (matière supposée soutenir un pouvoir magique) et se sont revêtus – déguisés plutôt – des étoles. »
« Le jeudi, ils ont commencé le ‘nettoyage’. Ils ont vidé les maisons des agents de l’Etat, brûlé des biens. Les villageois, d’abord effrayés, se sont retournés en leur faveur lorsqu’ils ont reçu des biens pillés », nuance le père Raoul.
« Vendredi, les Maï Maï se sont attaqués aux ‘sorciers’. Heureusement, personne n’a été tué, sans doute parce que nous sommes restés, précisément pour cette raison, un autre prêtre, deux médecins, l’administrateur de l’hôpital et moi-même. Les médecins ont soigné une femme d’une localité voisine, qui, enceinte, avait été battue par les Maï Maï parce que son mari avait, il y a plusieurs années, été agent de l’Etat. Elle a perdu le bébé mais elle était vivante lorsque je suis parti. »

Un sexe coupé en guise de collier
« Le samedi, les Maï Maï sont venus danser devant la mission. Je n’en menais pas large. Puis, quatre danseurs se sont détachés du groupe et sont venus me chercher parce que leur commandant voulait me voir. On essaie alors de garder son calme « , explique pudiquement le père Raoul. « Tout autour, il y avait, parmi les Maï Maï, des gens de la région qui me connaissaient et qui compatissaient. Car il y a parmi eux d’anciens élèves de notre école, même si ces groupes sont surtout formés de gens sans éducation, de chômeurs, sans perspectives. Ceux qui ne me connaissaient pas, eux, me promettaient des horreurs « 
Le missionnaire est amené dans une petite pièce. « Entre alors leur commandant. Il portait sur la tête un foulard de femme, surmonté de tiges et dans lequel étaient plantés des couteaux. Un sexe coupé était accroché à un collier sur sa poitrine. Il m’a regardé d’un air féroce puis s’est adressé en kiluba (langue des Lubas, majoritaires dans le Nord-Katanga) à un traducteur, qui parlait, comme moi, la langue locale des Bembas. Il a commencé par me remercier pour mon travail à Lukafu, dans l’école et dans le diocèse. Puis il m’a fait demander un fusil. ‘Je n’en ai pas’, ai-je répondu. ‘Quoi ? Un missionnaire sans fusil ?’ – il devait penser aux missionnaires de la période coloniale, qui possédaient des armes Comme je lui parlais doucement, il a fini par se calmer et m’a dit de sortir. Ses ‘Tigres’ – c’est ainsi qu’ils s’appellent eux-mêmes – se sont écartés et, dehors, des femmes m’ont blanchi : elles ont jeté sur moi de la farine, signe que je n’étais pas coupable. Et la population m’a raccompagné chez moi en chantant et dansant. »
En apparence, le père Raoul est libre et pense alors rester à Lukafu pour continuer, par sa présence, à éviter au maximum les débordements violents qui accompagnent parfois le « programme » de nettoyage des Maï Maï. « Mais le soir, un des amis de ce commandant est venu me dire qu’il était parti mais reviendrait demain avec ses hommes – soit quelque 200 personnes – et voulait me voir à nouveau parce qu’il avait quelque chose à me demander. C’est toujours ce qu’ils font : quand un village a été ‘nettoyé’ par la petite avant-garde, le groupe entier de Maï Maï s’y installe quelque temps – buvant, chantant – avant de repartir plus loin. J’ai pensé que si nous nous en étions bien sortis avec une trentaine de Maï Maï, nous n’y arriverions plus avec 200. Et que le commandant me demanderait quelque chose en échange de la vie qu’il m’avait laissée. J’ai eu très peur. La nuit-même, avec l’autre prêtre, les docteurs et l’administrateur de l’hôpital, nous avons décidé de fuir. Ce que nous avons fait, le dimanche à l’aube. »
Bien leur en a pris car, dans l’après-midi, débarquent des militaires congolais, qui tuent deux Maï Maï dans Lukafu, font trois prisonniers et tuent encore cinq autres Maï Maï le lendemain juste à la sortie du village. « Ils n’ont même pas essayé de poursuivre le groupe de Maï Maï et ont plié bagage le mardi matin, laissant la population à la merci de représailles. Et, évidemment, juste après le départ des militaires, les Maï Maï sont revenus Ils m’ont accusé d’avoir appelé les militaires. Heureusement, je n’étais plus là, mais tout ce qui était rattaché à moi – la mission, l’internat, le foyer, la maison des sœurs, celle du catéchiste – a été vidé et cassé. »

« Même cette horreur attire »
Le missionnaire s’effare et se navre de voir que, « malgré leur cruauté », les Maï Maï « sont populaires une fois qu’ils distribuent des biens », comme des Robins des Bois, « y compris chez des gens qui ont été à l’école. La perte d’idéal et l’absence de perspectives sont telles que même cette horreur amène des gens à se rallier » aux Maï Maï. Car le boom minier du Katanga – où on est passé de 40000 T de cuivre en 2007 à près de 500000 T l’an dernier – « n’a pas de retombées pour la population. Seule une toute petite minorité en bénéficie », se désole le prêtre.
Il s’inquiète aussi du peu de réaction des autorités. « A Lubumbashi, la vie continue comme si de rien n’était alors que les violences sont aux portes de la ville. Dimanche dernier, il y a eu des combats à Kinsevere, à 6 km de Lubumbashi, et un agent de l’ANR (service de renseignement) a été égorgé. Beaucoup pensent que les espions des Maï Maï sont déjà à Lubumbashi, incognito. Quand se révéleront-ils ? Les Maï Maï, eux, assurent que ce sera pour le 25 février. »

Les étoiles et les ravines
Blog de C. Braeckman, 22 02 13

Un accord pour le moyen terme… Mais demain ?
Les étoiles et les ravines

Les Etats et les organisations régionales et internationales impliqués dans la recherche d’une solution à moyen et long terme pour la crise dans l’Est du Congo sont de plus en plus nombreux. Tout valant mieux que l’indifférence ou la duplicité, il faut donc se réjouir des bonnes et fortes résolutions contenues dans l’accord, ainsi que de l’assentiment des voisins les plus concernés, en l’occurrence l’Ouganda et surtout le Rwanda, soumis à de fortes pressions internationales et désireux de regagner son titre d’élève modèle.
Cependant, à court terme, c’est-à-dire demain, toutes les questions demeurent posées : à Kampala, deux mois de négociations entre le gouvernement et les rebelles du M23 (qui avaient accepté de se retirer de Goma en échange de ces pourparlers) se sont terminées en queue de poisson. Si les accords militaires de 2009 ont bien été revisités, les revendications politiques des rebelles ont été jugées « hors cadre » et devraient être traitées lors d’un dialogue national qui devrait se tenir à Kinshasa.
Au-delà de la politique et de la diplomatie, la situation sur le terrain demeure sérieuse : les rebelles campent aux portes de Goma, occupent et administrent un vaste territoire et on ne sait qui pourra les déloger. Dans tout l’Est du Congo, et en particulier au Sud Kivu et au Nord Katanga, de nouveaux groupes armés aux noms ronflants apparaissent, relayant plus ou moins ouvertement le M23 qui rêve d’un changement de régime. Même au Katanga, fief de Kabila, l’instabilité gagne du terrain. Quant à la classe politique, l’opposition récuse déjà l’accord cadre d’Addis Abeba, qu’elle juge déséquilibré au bénéfice des pays voisins et, revenant sur la contestation des élections, elle estime que les autorités n’ont pas la légitimité requise pour convoquer un dialogue national. Autrement dit, à Addis Abeba, la communauté internationale, signant un accord longuement négocié et bien ficelé, aura la tête dans les étoiles. Mais sur le terrain, les ravines se creusent, les chausse-trappes se multiplient…

L’accord cadre sur la pacification de l’Est du Congo est enfin prêt
Blog de C. Braeckman, 22 02 13

Le cercle de famille s’élargit. Dimanche prochain à Addis Abeba, pas moins de onze chefs d’Etat africains seront invités par le secrétaire général de l’ONU à signer un accord cadre sur la pacification de l’Est du Congo. Les proches voisins du Congo, membres des organisations régionales (Conférence internationale pour la sécurité dans les Grands Lacs et Conférence pour le développement en Afrique australe, SADC) y côtoieront trois nouveaux venus, le Sud Soudan, le Mozambique et la République centrafricaine.

Si les problèmes s’enchevêtrent (deux millions de déplacés et réfugiés, prolifération de groupes armés, exploitation des ressources naturelles, violences à l’encontre des civils, enkystement de la rébellion du M23 aux portes de Goma) le texte est bref : trois pages, qui sont cependant davantage qu’un « ixième » catalogue de bonnes intentions. En effet, M. Ban Ki Moon s’est personnellement impliqué dans la rédaction et la présentation de cet accord cadre, les chefs d’Etat les plus concernés (Joseph Kabila et Paul Kagame ainsi que, de manière moins évidente l’Ougandais Museveni) appuient explicitement les résolutions du document et les pays d’Afrique australe sont prêts à s’engager militairement pour faire respecter les dispositions prévues.
A l’égard des autorités congolaises, les recommandations sont nombreuses : Kinshasa est invité à poursuivre la réforme du secteur de sécurité, c’est-à-dire à rendre plus opérationnelles la police et l’armée, à faire progresser la décentralisation et la réforme des finances, à promouvoir démocratisation et réconciliation nationale. Mais au-delà de ces conseils (qui ne sont pas prodigués à d’autres pays…) le Congo peut se réjouir de la réaffirmation solennelle de certains principes et en particulier celui de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, celui de la non ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Ce qui met à mal la thèse d’une « souveraineté partagée » avec le Rwanda pour la gestion de l’Est du Congo…Les recommandations adressées à la région sont d’ailleurs assez précises : elles demandent de ne pas tolérer et de ne pas fournir assistance ou soutien à des groupes armés (dans des déclarations récentes, M. Ban Ki Moon avait clairement confirmé le soutien apporté par Kigali au M23), elles suggèrent de respecter les préoccupations et intérêts légitimes des Etats voisins en particulier en matière de sécurité. Si entre les lignes, il est question de la présence au Congo des rebelles hutus FDLR et de divers mouvements armés ougandais (ADF Nalu, Armée du Seigneur), ce qui peut satisfaire Kampala et Kigali, un point se veut très explicite : l’accord demande aux signataires de s’abstenir d’héberger ou de protéger des personnes accusées de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, ou visées par des sanctions onusiennes. Ce qui vise directement le général congolais Laurent Nkunda qui coule des jours tranquilles au Rwanda et le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international…
Alors qu’en janvier dernier, la signature du document avait capoté en dernière minute à cause de divergences entre les Nations unies et les pays d’Afrique australe, cette fois les divergences ont été aplanies : le rôle de la Monusco (Mission des Nations unies au Congo) est réaffirmé comme « étant partie de la solution… » (une formule « reyndersienne » qui fait son chemin…) mais il sera revu et l’appui au gouvernement congolais sera renforcé. En outre, tous les chefs d’Etat signataires seront engagés dans un mécanisme de suivi qui impliquera aussi des pays comme la France, la Belgique, les Etats unis, la Grande Bretagne. Respect de la souveraineté oblige, la situation intérieure au Congo échappera cependant à ce monitoring international.
Cet accord ouvre la voie à des éléments nouveaux : une force africaine de 2500 hommes sera déployée dans l’Est du pays et agira en collaboration avec la Monusco qui lui fournira logistique et financement, le commandement général de cette force devant être confié à un Sud Africain tandis qu’un général tanzanien dirigera la brigade d’intervention. Le mandat de cette force devrait lui permettre d’entrer en action contre les rebelles du M23 et autres groupes armés.
Kinshasa espère que, lorsque sa mission aura été accomplie, le retrait de cette « force neutre » amène la transformation sinon le départ de la Monusco elle-même. En outre, l’ONU devrait bientôt nommer un «représentant spécial pour les Grands Lacs ». Reste à trouver l’oiseau rare : aucun des Africains pressentis ne fait l’unanimité. Quant aux Européens, rares sont les diplomates qui possèdent à fond le dossier et suscitent l’assentiment de tous les acteurs concernés. Dans les coulisses de l’ONU, la diplomatie belge s’est vivement activée pour faire aboutir cet accord global, mais cette implication sera-t-elle suffisante pour se voir proposer le poste ?

Katumbi : retarder le découpage du Katanga
MFC – La Libre – le 23/02/2013

La peur de celui-ci va entraîner des violences pour le pouvoir, juge-t-il.

Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga, était vendredi à Bruxelles. « La Libre Belgique » l’a interrogé sur l’impressionnant boom minier que connaît sa province (voir LLB du 19/2) et sur la terreur que font régner, en brousse, les bandes de Maï Maï (milices peu armées mais chanvrées) qui la ravagent (LLB du 21/2). Ceux-ci seraient, en effet, aux portes de Lubumbashi, sans que les autorités semblent réagir. « C’est un grand problème », reconnaît le gouverneur.
Depuis l’évasion de prison du chef maï maï Gédéon en 2011, ces groupes se sont morcelés et multipliés. « Ce sont des groupes de petite taille, qui recrutent des jeunes, qu’ils droguent. Il n’y a qu’un tiers d’adultes », assure-t-il. « Mais il est très difficile pour l’armée d’intervenir. Jusqu’ici nous n’avions qu’un millier d’hommes, pour un territoire grand comme la France; des renforts de 1500 hommes sont en train d’a rriver et nous espérons ainsi pouvoir améliorer la sécurité des villages. Mais cela reste très difficile parce que ceux-ci, au Nord-Katanga, sont très éloignés les uns des autres; on ne peut pas tous les protéger. Et puis les Maï Maï circulent par des sentiers de brousse » impraticables par l’armée, déjà entravée par la saison des pluies, qui transforme les pistes en bourbiers.
Moïse Katumbi ne croit cependant pas à la possibilité de voir ces mouvements grossir beaucoup à cause de revendications de type indépendantiste ou parce que la population nord-katangaise, pauvre, manque de perspectives d’avenir. « Les indépendantistes sont très minoritaires », assure-t-il. « La population est pour l’unité nationale. Et si les gens suivent les Maï Maï, c’est uniquement par peur, cela n’a rien à voir avec l’accueil reçu », en 1996-97, par la rébellion de l’AFDL de « Laurent Kabila ».

Les gens résistent
« Des gens qui prennent un bébé à sa mère et le donnent à manger aux chiens, comme ils l’ont fait à Mukobe, vous croyez qu’ils sont populaires? », jette-t-il, indigné. « Dans certains villages, là où il y a des radios communautaires, nous encourageons la population à résister. A Pweto, Lupembe, Kiluwa, les villageois ont attrapé des Maï Maï – une trentaine en tout. »
Le gouverneur reconnaît que les Maï Maï ont provoqué le déplacement de « 350000 personnes. Comme nous sommes en pleine saison de culture, nous aurons des problèmes d’approvisionnement. Grâce aux routes, le prix du maïs (nourriture de base) avait pourtant baissé de 1200 à 450$/T ». Cependant, dit-il, « des déplacés rentrent chez eux . A Mitwaba, par exemple, ils disent que l’armée les a protégés, au lieu de les tracasser (formule congolaise pour « racketter ») et ils se cotisent pour donner de la nourriture aux militaires ».
Plusieurs sources évoquent les tentatives de récupération politique des Maï Maï; une fois structurés, ils seraient plus dangereux, dit l’une d’elles. Ces tentatives sont liées au projet de découpage du Katanga en quatre provinces – deux riches, au sud, et deux pauvres, au nord. Le gouverneur admet le danger: « Cela créera la guerre. Mais ceux qui poussent au découpage sont ceux qui espèrent être gouverneurs des futures provinces. Moi je dis: la richesse du Sud (NdlR: dont il est originaire) n’a pas été construite que par les sudistes. Alors il faut reporter le découpage jusqu’à ce que le Nord soit riche. En attendant, il faut que le gouverneur du Katanga vienne des quatre régions à tour de rôle. Jusqu’ici, le Nord a eu 7 gouverneurs; pour le Sud, il y a eu moi et feu Augustin Katumba. Le Lualaba (sud) n’en a plus eu depuis Moïse Tshombé. Moi, je ne m’accroche pas au poste de gouverneur… »
Après qu’il eut annoncé son retrait de la vie politique – « il y a de la haine dans la politique, je préférais partir. J ’ai une autre vie : les affaires, le sport… » -, une pétition lui demandant de « rester » a été signée par 2,2 millions de personnes en deux mois. « Alors j’ai décidé de rester mais pas comme gouverneur. Comme député. Il faut donner une chance aux autres de faire mieux. »

© CongoForum, le samedi 23 février 2013

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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