Museveni brouille les cartes

30 mai 2013

Actualités

par le Potentiel

Pour contourner la proposition tanzanienne

La proposition du président tanzanien Jakaya Kikwete, consistant à amener d’autres Etats de la région des Grands Lacs à engager des discussions directes, à l’instar de la RDC, avec leurs rébellions, fait des vagues à Kigali et à Kampala. Si Kagame s’est renfermé dans un mutisme coupable laissant à son porte-parole le soin de répondre à Jakarta Kiwete, Museveni a, par contre, proposé une piste de solutions à trois volets. A y regarder de près, il s’agit d’une manière subtile de brouiller les cartes afin de gagner du temps et maintenir le statu quo qui prévaut dans la sous-région.

En marge du dernier sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le président tanzanien, Jakaya Kikwete, a appelé ses collègues de la région des Grands Lacs, particulièrement le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, à engager des négociations directes avec leurs rébellions respectives. Cela à l’exemple de la RDC qui est en pourparlers avec le M23 dans la capitale ougandaise.

Coordonnateur des opérations de la Brigade d’intervention des Nations unies, le président tanzanien a voulu apporter sa contribution au retour d’une paix durable dans la sous- région, particulièrement en RDC. Jakaya Kikwete a estimé que, dans la configuration actuelle des conflits dans les Grands Lacs, Kinshasa ne devait pas être le seul à négocier directement avec les rebelles. Au nombre des groupes armés qui rongent la partie orientale de la RDC figurent les FDLR, rebelles à Kigali, les ADF-NALU et la LRA qui contestent le pouvoir de Kampala.

L’arroseur arrosé

A Kigali, la proposition du président tanzanien a été prise comme un soufflet. Interrogée par RFI, la ministre rwandaise des Affaires étrangères a jugé aberrant qu’il soit demandé à Kigali de se mettre autour d’une table avec des génocidaires. C’est ici que Paul Kagame et son régime se mettent à nu. Ils ne veulent pas négocier avec leurs rebelles, les considérant comme des criminels. Autrement dit, le président rwandais et ses complices se complaisent à voir les FDLR prendre pied en RDC et, de leurs Mille collines, ils se délectent de la poursuite de l’œuvre criminelle chez le voisin ! Quelle belle rhétorique pour un pays qui se prévaut du leadership des Grands Lacs et prétend prêcher la convivialité dans la sous-région !

Voilà que l’arroseur se trouve tout à coup arrosé. Paul Kagame a crié sur tous les toits qu’il fallait, en ce qui concerne la crise en RDC, privilégier une solution politique, laquelle consiste en des négociations directes entre Kinshasa et le M23. Il s’est même autorisé de qualifier « de légitimes » les revendications de son filleul qu’il finance, arme et équipe sous la barbe de la communauté internationale, ci-devant représentée par la Monusco.

Maintenant que son collègue tanzanien lui fait la même proposition, le président rwandais trouve cela aberrant et impossible. Il dit, par sa ministre des Affaires étrangères interposée, que la Tanzanie ne maîtriserait pas la réalité rwandaise. Qu’est-ce qu’il est facile d’être un donneur de leçons ! Est pris qui croyait prendre ! Lui qui laissait entendre que le mal dans la sous-région c’est la RDC pour l’avoir transformée en un déversoir de ses ordures, il est mis face à la réalité, à savoir reprendre sa « crasse » et lui aménager un espace sur son territoire. Si les FDLR sont des criminels, il appartient à Kigali de les traduire en justice ; cela n’est pas du ressort de Kinshasa. Le moment est venu de s’y mettre.

Ce qui est étonnant c’est que des puissances occidentales marchent avec Paul Kagame dans cette approche, à la limite démentielle, de la crise dans les Grands Lacs. En son temps, le Français Nicolas Sarkozy s’est soucié « de l’avenir du Rwanda, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite » et s’est montré intrigué par « la question de la RDC, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières ». En guise de conclusion à sa réflexion, l’ancien président français avait recommandé « une gestion partagée des ressources ».

L’Américain Johnnie Carson lui a emboité en proposant qu’il soit procédé à la balkanisation de la RDC tel que les Nations unies l’avaient fait en ex-Yougoslavie et ex-Soudan. C’est de cette manière que les grandes puissances occidentales entendent accompagner la RDC dans ses efforts pour le redressement économique et politique. C’est faire preuve d’absence d’équité et d’humanisme. Les injustices se sont tellement succédé qu’elles ont fini par éveiller la conscience du peuple congolais. Celui-ci n’est plus dupe. Il sait tout ce qui se prépare sur son sort, il connaît aussi ses ennemis et les amis de ses ennemis. Il n’a plus besoin de cadeaux empoisonnés du genre aide humanitaire et autres divers dons offerts par ceux-là qui mijotent l’émiettement de son pays.

Le saupoudrage de Kampala

Se sentant indexé à l’instar de son comparse de Kigali, dans l’insécurité qui prévaut dans les Grands Lacs, l’homme fort de Kampala a pris la tangente. A en croire le journal ougandais The Independant dans son édition du lundi 27 mai 2013, Yoweri Museveni a réagi à la proposition tanzanienne en présentant une piste à trois volets. Ce triptyque comprend la participation des communautés locales qui portent le poids du combat et ses conséquences, l’effort régional impliquant la RDC et ses pays voisins, enfin l’effort international impliquant les pays de la région et les partenaires au développement.

A y regarder de près, tous les observateurs sont d’avis qu’il n’y a rien de neuf dans la recette Museveni. Qu’est-ce que l’homme fort de Kampala entend faire participer les communautés locales à la résolution de la crise ? Quel rôle voudrait-il leur faire jouer dans une « affaire » où elles sont complètement ignorées par des régimes à la solde de la maffia internationale ?

Ce qui est vrai, c’est que le président ougandais voudrait reprendre pour son propre compte ce qui est connu de tous ceux qui sont impliqués ou intéressés par la situation dans les Grands Lacs. C’est bien de reconnaître que les communautés locales sont les victimes des confits armés mais cela ne suffit pas ; il faudrait arriver à désigner les bourreaux, les condamner et les obliger à procéder aux réparations des préjudices causés sur ces communautés. Sait-il combien des propositions faites par les sociétés civiles de la sous-région ont été rejetées comme des chiffons ?

S’il veut parler de la coexistence, ce serait de la supercherie. Les conflits politiques ou politico-armés n’ont jamais interrompu les échanges séculaires entre les peuples congolais, rwandais et ougandais. Yoweri Museveni voudrait distraire l’opinion en l’entraînant sur une piste qui va prendre du temps pour être définie et cernée avant qu’on l’entache, au finish, d’ingrédients du genre stigmatisation

La recette a été essayée en RDC (Nord-Kivu). Il s’agit de STAREC (Plan de stabilisation et de reconstruction de l’est du Congo).On connaît le résultat. Point n’est besoin de revenir sur les financiers de STAREC et de quel bord ils se trouvent dans le projet de balkanisation de la RDC.

S’agissant de l’effort régional, c’est sur la recette du Tandem Sarkozy-Cohen que Museveni voudrait revenir en se disant que les ressources aux frontières entre la RDC et ses voisins doivent profiter à tous. Pourquoi ne fait-on la même proposition concernant les ressources des voisins de la RDC ? Ignominie !

Quant au dernier volet, c’est l’insulte que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et le président de la Banque mondiale Yong Kim Jing viennent de proférer à la sous-région en proposant la modique somme d’un milliard USD alors que les besoins ressentis sont estimés en termes de dizaines de milliards USD.

Tout compte fait, la proposition de Museveni est une fuite en avant. Ce n’est ni plus ni moins que du saupoudrage destiné à brouiller les cartes sur la sortie de crise dans les Grands Lacs. But : maintenir le statu quo dont tous tirent le meilleur parti.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22