L’EXPÉRIENCE, ÇA SE PARTAGE !

3 septembre 2013

Au fil des jours

par Richard Valentin Babadi

http://lettres-de-monsieur-babadi.overblog.com/

Chers compatriotes,

Par la présente, je me livre à un autre genre d’exercice, celui qui consiste à parler de moi-même, non pour étaler toute ma vie, cette modeste vie, plutôt pour partager certaines choses que j’ai pu faire. Auteur de toutes ces choses, je me trouve être le mieux placé pour en parler et je tiens à le faire sans exagération…et la main sur le coeur,  » je jure de ne dire que la vérité, toute la vérité, rien que la vérité « 

Mais hélas, il ne faut pas que je me méprenne. La vérité, dite dans un monde injuste est justement tout ce qui est tourné en dérision et combattu vertement par les injustes. Et c’est justement ça qui me pousse à parler davantage pour partager ce que j’ai pu faire, sans avoir la prétendre de dire que ngayi nde naza danzé ! Mon but, c’est de dire aux congolais en général et en particulier aux combattants et surtout aux jeunes gens qu’à force de regarder sans réagir contre le mal de la société, il finit toujours par prendre racine et droit de cité et que pour combattre, ce n’est ni l’âge ( en tout cas, moi je l’ai fait tout en étant tout petit et c’est ça qui s’appelle  » âme bien née « , contrairement à celui-là qui a été recompensé pour avoir trahi et tué le concubin de sa mère. Suivez mon regard ), ni le diplôme, ni les richesses, ni être politicien qui compte, c’est tout simplement question d’être humain, d’avoir un peu d’humanité, de connaître ce qu’il faut faire pour le bien de la société, de savoir ce qu’on veut et d’avoir un peu de détermination et de courage.

Courage, il y en a toujours et encore en moi, mais qu’il ne me pousse pas pour le cas présent à tout raconter. C’est ainsi que je vais m’arranger à ne pas citer certains noms et ne parlerai que de ceux-là dont j’estime qu’ils n’en seront pas incommodés.

L’incommodité, c’est moi qui l’ai éprouvé au moment où je me suis décidé de passer toute ma vie en revue et c’est juste en ce moment que j’ai eu conscience, mine de rien, que je traîne derrière moi toute une histoire, une longue histoire mouvementée dont tout le contenu ne sera pas dévoilé ici, à cause de son abondance et aussi pour le respect que j’ai envers certaines personnes qui en sont directement liées.

Lequel respect ne me sera nécessairement pas rendu par ceux-là d’en face qui diront, même intérieurement : » Que croit-il ce Richard-là avec ses provocations, sa haine, son sophisme, son fanatisme, son orgueil, sa suffisance, ses léçons de moral, ses manies de condamner tous les congolais et de croire qu’il n’y a que lui et son président qui son bons…? « . J’en suis habitué et je n’ai que faire…de certaines réactions sans queu ni tête et des contrevérités.

Et la vérité, c’est cette chose qui affranchit et qui fait progresser l’esprit humain, c’est ainsi qu’elle vaut la peine d’être partagée à travers ces lignes ci-dessous :

Je suis encore en 5è de l’école primaire Saint Victor de Bipemba à Mbujimayi. Pour protester contre les fessées, les fouets et les injustices de mon enseignant ( maître ), je me décide d’écrire une lettre anonyme, je déforme l’écriture et je la jette dans le bureau du directeur, le renommé François Longo Mukishi. Celui-ci nous arrive en classe, non pour la demande d’explication à l’enseignant ( peut-être il l’a fait en aparté, ce dont je ne suis pas très sûr compte tenu des mentalités de l’époque ), mais pour chercher, menacer, intimider et décourager l’auteur et toute notre classe. Sa démarche, a-t-elle porté des fruits ? – Non, parce qu’une année plus tard, suis déjà en 6è, c’est fut aussi son tour de recevoir une autre anonyme pour protester contre ses fameuses et terribles baffes. Trouver l’auteur, c’était chercher une aiguille dans un foin, même s’il disait que ça devrait être l’oeuvre de l’anonyme d’il y a une année passée.

Observation : En pleine dictature obscurantiste, un enfant de 11 ans de l’école primaire sait déjà se battre pour défendre ses droits en écrivant des tracts. Ça s’appelle avoir une âme bien née !

Je suis en 1ère de cycle d’orientation ( CO ) à l’Institut Mudishi ( Saint Jean-Baptiste de la Salle ) à Mbujimayi. Mon professeur de français me met dehors de son cours. J’avais dérangé, j’étais un dérangeur certes, mais est-ce une raison pour m’exiler pendant 3 mois ? – Non, la punition était disproportionnée à la faute commise ! Suivons la suite :

Le prof pose une interrogation et pendant la récré, il laisse les questions au tableau et les cahiers d’interro sur son bureau. Pendant que tout le monde est à l’extérieur, j’entre et je me sers du livre pour répondre à toutes les questions et j’introduis mon cahier dans le tas des autres et je sors comme si de rien n’était. Quelques semaines plus tard, suis encore dehors, je vois un condisciple, c’est Biayi Kadiebwa ( fils de Tatu Nkolongo Tanko ). Le prof t’appelle, me dit-il sans commentaire et je le suis non sans inquietude. Mon Dieu, on m’a eu, m’exclamé-je intérieurement ! – Arrivé en classe, le pauvre ( prof ) qui ne savait plus exactement quand il m’avait exilé et quand il avait posé l’interrogation m’accueille avec des éloges : » Voilà un élève très intelligent, il m’a fait 9 sur 10 pendant que celui qui vient après lui n’a que 6. Félicitations Babadi, tu peux regagner ta place « .

Hum, je vois les mauvaises langues dire qu’il y a eu tricherie. D’accord, mais laissez-moi leur dire que s’il y a eu tricherie, c’est une sainte tricherie qui n’a rien à voir avec les puantes et méchantes tricheries et fraudes de Kanambe et rester bras croisés devant une telle méchanceté, celle de mon prof, c’est donner gage au mal. À malin, malin et demi !

Leçon : On ne lâche rien quand il faut se battre pour la survie !

Arrivé en 2è, toujours à Mudishi, j’écris encore une anonyme contre un méchant prof de math et comme à l’école primaire, le préfet n’avait trouvé bon que de menacer et intimider, mais en vain parce qu’il n’avait aucun moyen matériel de connaître l’auteur. Et quelques mois plus tard, c’est le préfet qui était aussi tombé dans mes filets. Et le sous-préfet ne l’échappera pas non plus. Mais, lui, c’était une autre histoire. Un jour, pour punir notre classe d’avoir dérangé, il prend une drôle de mesure. Celle de confisquer nos souliers avant de nous renvoyer à la maison et le lendemain, je demande aux condisciples de nous présenter au fameux salut au drapeau pieds nus, comme il n’y avait toujours pas de réaction. nous avons reporté notre pression silencieuse pendant le temps de la récré et devant la préfecture. Au bout de 10 minutes, le préfet se décide de nous remettre nos souliers.

Leçon : Le mal, ça se dénonce, même anonymement !

Revenons encore à mon prof de math. Un jour, il m’a battu comme s’il se battait contre une personne de son âge et à un certain moment, je n’en pouvais plus et je lui ai dit : » SVP, ne me battez plus, si vous levez encore votre main sur moi, je vais oublier qui vous êtes ! « . Le sérieux avec lequel j’avais parlé ne l’a pas laissé indifférent et Il a arrêté.

Leçon : Dans un monde pourri, les droits ne s’arrangent pas, ils s’arrachent !

Après le CO, je suis allé au collège Saint Pierre ( Dibua dia Buakana ) et à partir de 5è, on m’appelait déjà parlementaire dans la mesure où je faisais toujours miens les problèmes de tous les élèves punis injustement :

- Un jour, un condisciple en la personne de Mpiana, à partir de la fenêtre d’une classe de 4è , fait remarquer aux élèves que la formule chimique qui se trouvait au tableau n’était pas correcte. Le prof entend, se met dans tous ses états et porte le problème à la préfecture. Le conseil de discipline se tient et prend la grave sanction : le renvoi définitif du collège. Le représentant des parents qui est chargé de nous porter la mauvaise nouvelle et de nous prodiguer des conseils qui en fait, ne sont que des menaces, n’est autre personne que le père d’un ami. Imaginez-vous toute ma difficulté !

Mais, mais…il avait tellement poussé le bouchon trop loin que je n’en pouvais plus et j’ai pris parole en ce terme :  » Papa, vous nous avez envoyé à l’école pour apprendre et si vous nous avez envoyé ici au collège c’est parce que vous avez estimé que c’est ici qu’il y a des bons enseignements. Si vous êtes logique envers vous-même, vous ne pouvez pas accepter que les enseignants trompent vos enfants… » – Je n’ai même pas terminé ma phrase, il m’a demandé de me taire. Mais quelques minutes plus tard, je me suis mis debout sans permission pour lui dire que la sanction était injuste et qu’entre celui qui avait trompé les enfants et celui qui leur a ouvert les yeux, je pense que c’est le prof qui devrait partir du collège. Et là, il m’a sérieusement sermonné : » Qu’est-ce que tu crois, tu penses que tu es le plus intelligent de tous ici, pourquoi il n’y a que toi qui interviens ? – Mais au nom de nos amitiés avec son fils, je n’ai plus réagi. Ayant appris plus tard que j’étais ami à son fils, il m’a invité chez lui pour me féliciter de mon courage et aussi pour me prodiguer des conseils :  » Tu vois mon fils, toute vérité n’est pas bonne à dire, on ne sait jamais comment les autres peuvent réagir…il faut être prudent et sage…. »

Leçon : Ne jamais laisser les injustices, d’où qu’elles viennent, courir les rues au risque de les voir s’installer définitivement sur notre planête.

- Une fois, le proviseur fait agenouiller injustement 2 à 3 éleves de ma classe pendant toute la récré dont un certain Godé Belangana. Informé de cette injustice, je suis allé auprès d’eux et en présence d’ailleurs du proviseur, je leur ai intimé l’ordre de se mettre debout et comme ils hésitaient, je les ai pris de force par les bras en leur disant qu’il ne faut jamais obéir à une décision injuste et on est allé en classe sous un regard étonné et impuissant du proviseur.

Observation : Nous avons tous le devoir de protéger les faibles en esprit contre les injustices de ce monde !

Suis déjà en 6è : Mes condisciples se plaignent de temps en temps des injustices du proviseur, mais moi je leur disai toujours qu’ils exageraient. Mais un jour et à ma présence, le proviseur fait agenouiller tous mes condisciplines. Il les accuse d’avoir dérangé pendant l’hymne national pendant qu’il n’en était rien de tel. Ne pouvant laisser régner une telle injustice, j’intime l’ordre à tous de se mettre debout et d’entrer en classe. Pendant qu’ils entrent, les autres élèves se mettent à murmurer d’étonnement. Quant au proviseur, il affiche une mine grave et impuissante. Le pauvre, il ne savait plus à quel saint se vouer !

Observation : C’est ça la vraie preuve de courage et si un grand nombre en avait, le Congo ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui !

J’ai été élu major ( représentant des élèves ) en 3è, en 4è et en 5è. Quant au major scolaire ( représentant de tous les élèves du collège ), il était nommé par la préfecture. Arrivé en 6è, la préfecture était dans l’embarras de choix, ainsi, sans nous livrer sa stratégie, elle a nommé 3 élèves, un par chaque classe de 6è. Au bout d’un mois, un certain Vendredi-Saint ( Tous les vendredis, avant d’entrer en classe et sous la supervision de l’abbé préfet et du proviseur, on organisait certaines activités culturelles comme le génie en herbe, question pour un champion, des comédies  » là je vois un certain Mulumba dit Utshutshu « , des actualités et des informations de culture générale  » l’oeuvre de mon ami Ado Cikaya qui fut rédacteur en chef du journal Plume de Dibua  » ). le proviseur prend la parole et dit :  » Contrairement aux autres années, on a été dans l’embarras quand au choix du major scolaire, c’est ainsi qu’on a choisi 3 élèves, mais après observation, débat et délibération tout le monde a jeté son dévolu sur Babadi et à titre d’exemple, un jour il est venu nous dire, qu’au lieu de renvoyer à la maison les élèves qui ont dérangé ou qui sont venus en retard, mieux vaut qu’ils fassent le salongo pendant les 3 premières périodes et regagner leurs classes respectives après la récré « 

J’étais non seulement Représentant des élèves, mais aussi Directeur de la  » Plume de Dibua « . Avant d’être élu Directeur, je m’occupais déjà du secrétariat du journal quand j’étais en 5è,

Un jour, dans une réunion du comité directeur du journal ( je suis encore en 5è ) je propose aux collègues la suppression de la rubrique  » Coin du militant de la JMPR « , mais malheureusement aucun n’était encore prêt pour une telle révolution, le mobutisme et le statu quo regnant encore en maîtres absolus dans leurs cervelles, je les comprend car nous sommes encore dans les années 80 et que ce n’est pas tout le monde qui pouvait être déjà éveillé en ces temps !

À la prise de mes fonctions de Directeur et dès la toute 1ère réunion du comité directeur, je mets ma fameuse proposition sur table, la table occupée par des amis ( le redacteur en chef Ado Cikaya Nsanza, le trésorier Willy Mbombo Kamalenga et le secrétaire dont j’oublie le nom ) aussi droits dans leurs bottes que moi et rien n’a été compliqué. Il restait donc à trouver un autre titre. Jeu d’enfant car j’en avais déjà un de révolutionnaire dans ma gibecière et c’était  » L’oeil de la plume a vu et son oreille a entendu « . Chut ! Vous comprenez maintenant pourquoi je signe mes articles sous le nom de Kâmona Kûnvua Kâmba, Tshiondo wa Mbîsha Balâla ! – Passons à autre chose !

Cinquante-deuxmanie :

C’est à la parution du dernier Nº de l’année que  » l’oeil de la plume a vu et son oreille a entendu  » a provoqué un tsunami et un véritable tollé pour avoir dénoncé toutes les injustices et toutes les bêtises qui se commetaient au Collège. De l’abbé préfet aux élèves, en passant par certains prof, tous y étaient passés. Même si j’avais pris soin de ne pas citer les noms, mais chacun d’eux se reconnaissait et tout le monde savait de quoi il était question. Les cours n’ont pas lieu, la préfecture et ma classe envahies par les élèves qui réclamaient ma tête. Les injures ( mona mudiku kanyana ) et la malédiction ( tu vas rater le diplôme, tu vas voir ) venaient de toute part. Et le chargé de discpline de s’exclamer : » ces enfants nous ont écrit les 52 pages.

Observation : Quand on a un objectif ( comme celui de se battre contre le mal ), on se bat, même au prix de sang pour l’atteindre !

- Il ne faut pas être cadre du parti ou être inscrit dans une fédé donnée pour se battre contre le mal. Ma lutte, je l’ai mené d’ailleurs avant la naissance de l’UDPS.

- Je n’ai pas comme passion, écrire. Au contraire, c’est dénoncer le mal qui en est une…et celle-ci a fini par se transformer en un devoir !

Renvoi d’un prof

On avait un prof de biologie et de chimie qui n’était pas à la hauteur. Malgré nos doléances, la préfecture ne réagissait pas. Un jour, je réunis d’abord quelques condisciplines triés sur le volet et je leur dis que la meilleure façon de trouver solution à ce problème c’est de boycotter l’interro de biologie qui était prévue à la semaine suivante et attendre sa réaction, laquelle allait nous permettre de le mettre dehors. Tout se passa comme prévu, mais non sans conséquence dans la mesure où un grand zéro sur 40 a été donné à toute la classe pour la 1ère période. Quant aux meneurs ( Dieudonné Mukanda Diyi dia Mpatu  » actuellement pharmacien  » pour avoir joué le rôle de sensibilisateur et de votre serviteur, le concepteur et le promoteur de l’idée ) le zéro le poursuivra jusqu’à la 2è période. C’est-à-dire qu’on avait déjà 0 sur 80 avant de passer l’examen du 1er semestre sur 120. Et pour réussir au 1er semestre, il fallait avoir au moins 100 sur 120 et c’est justement ça que j’ai eu à l’examen. Le zéro n’avait en rien modifié notre décision et la préfecture a été contrainte de céder, mais pas totalement. C’est-à-dire, qu’elle ira voir le prof que nous avions déjà contacté ( Jean-Pierre Bakupa et moi ) et qui ne faisait pas partie du personnel du collège et qui avait accepté de nous donner cours gratuitement, pour lui dire qu’il était déjà trop pris à l’ISP pour encore accepter 2 autres cours pas moins importants. Le prof en question n’était autre que le père François Dufey, un sujet belge qui donnait la biochimie à l’ISP Mbujimayi.

Observation : Voilà ce qui s’appelle  » avoir le courage de se prendre seul en charge et s’assumer pour ne pas se consumer « 

Tu n’auras pas le diplôme, avais-je été maudi ! – Sans effet na bango. Bango na ba malédictions na bango, basukaki na bisika bikawuka ! Avec mon petit diplôme entre les mains je prends la route de Kin. Là je passe par l’IBTP grâce à un de mes vieux qui est entrain de me lire en ce moment ( Merci vieux na ngayi, yaya ya ba leki, nabosanaka yo te ). 2è session, IBTP fermé. Quoi faire si ce n’est pas passer par le journalisme, ce métier qui devrait me permettre d’accomplir mon devoir, celui de dénoncer le mal, ainsi je prends la route de l’ISTI et je réussis brillamment au concours, mais c’était sans compter avec le fameux quota régional dont j’ai été victime. Je vois encore un prof, de je ne sais quelle province et qui m’appelait déjà monsieur le journaliste pour les avoir épater dans l’examen d’actualités me dire : » si tu étais de ma province, tu serais retenu, mais dans la tienne, vous êtes trop nombreux…· Pauvre de moi, je me vois obliger de quitter Kin pour retourner à Mbujimayi. Je suis alors à l’Institut Supérieur des Études Agronomiques  » ISEA  » de Mukongo.

Mais parlons d’abord de mon sejour kinois avant de rentrer à Mbujimayi : Un jour il y avait procès de 13 parlementaires à l’ASSANEF, je m’y suis rendu contre la volonté de ma famille et comme je m’étais blessé en fuyant ( il y a eu des morts, des blessés graves et des arrestations ) je m’étais arrangé de ne rien dire et de me faire soigner tout seul.

Autre fait bien osé pour un garçon de mon âge, c’est quand je me rendais á Gombe. Tout seul, en véritable loup solitaire, j’allais jeter des tracts en pleine journée contre Mobutu.

Leçon : Quand Il faut se battre pour son pays, chacun doit le faire dans son secteur comme un loup solitaire sans compter sur les autres !

Me voilà à l’ISEA Mukongo. 50 km de Mbujimayi : Les étudiants réclament le départ du Dg, et du comité de la JMPR estudiantine. C’est dans ce contexte que le gouverneur Konde Vila Kikanda convoque en réunion au gouvernorat la délégation des étudiants ainsi que le comité de gestion contesté. Mes copains de 1er graduat me choisissent comme leur représentant. Au gouvernorat, après avoir entendu les 2 parties, le gouverneur va nous remettre une enveloppe en nous demandant de reprendre les cours en attendant sa décision. Mais pendant qu’il s’apprêtait à lever la séance, je lève la main et tout le monde réagit négativement, j’insiste et il m’accorde la parole à contre coeur et je lui dis : » Monsieur le gouverneur, tel que vous nous voyez ici présents, nous ne sommes que les représentants des étudiants sans pouvoir de décision. Ce sont les étudiants qui sont restés à Mukongo à qui nous allons faire rapport qui diront s’il faut continuer avec la grève ou pas « , Sur ce, le gouverneur, visiblement agacé dira qu’il entendait faire règner l’ordre et qu’il attendrait la réponse endéans 48 heures. À l’extérieur, les autres représentants qui étaient en fait membres du comité de la JMPR contesté se sont pris à moi et comme ils savaient que je tenais le bon bout du bâton, ils se sont gardés d’aller loin et m’ont demandé de donner mon avis à propos de l’enveloppe. Je leur ai dit que nous allons tout de suite nous partager cet argent, mais quant à la fin de la grève, il n’en est pas question, c’est aux étudiants de décider et c’est ainsi qu’ils vont me confier la mission de rapporteur. Je l’ai fait et comme il fallait s’y attendre, il y a eu un gros NON et c’est encore à moi qu’on demandera d’aller voir le gouverneur à Mbujimayi. Là je suis réçu par le secrétaire provincial en charge de la JMPR. Après m’avoir écouté, il va voir le gouverneur et ce dernier dira qu’il n’en est plus question de me recevoir pour écouter de telles bêtises et qu’il savait ce qui lui restait à faire. Le pauvre, 3 jours aprés, je crois, il sera rappelé à Kin pour avoir mal géré le dossier Étienne Tshisekedi qui était en rélégation à Mupompa. En fait, il avait transmis un S.O.S à Kin contre les natifs de Mupompa. Les militaires, venus tout droit de Kin, avaient semé la désolation, la terreur et la mort au village. Ça c’est une autre histoire dont l’histoire s’occupera un jour !

Finalement on aura gain de cause : Un nouveau président du Conseil d’administration ( Mwamba Nduba, un ex-ministre ) et un nouveau Dg furent désignés ( prof. Tshitambwa Kazadi ). Et le président Mwamba viendra lui-même à Mukongo installer le nouveau comité de gestion. Lors de cette céremonie, Mwamba Ndumba fera des très belles promesses et aucune n’avait été tenue, ce qui provoqua une autre tension sur le campus. Informé de la situation, il quittera Kin pour Mbujimayi et enfin Mukongo. Sur place, il n’a conféré qu’avec le Comité directeur et quelques membres de la JMPR triés sur le volet.

Moi qui faisais déjà partie de ce comité, je fus mis à l’ecart. Pendant qu’il était en réunion, nous, nous organisions pour lui barrer la route de la sortie et comme la nouvelle avait fuité, il était bien obligé de nous recevoir tous et comme il ne tenait pas à nous accorder la parole, il a fait le malin en posant des questions dans la foulée et la stratégie lui réussit bien, mais pour combien de temps ? – C’était sans compter avec Wa Ba Tshiondo. Je demande aux étudiants de garder silence et dès que le calme est revenu j’ai demandé et obtenu la parole. Je me suis adressé à lui en ces termes : » Citoyen président, je prend la parole, non pour poser une question, mais pour vous dire ce qui se dit sur le campus. Rappelez-vous quand vous avez installé le nouveau comité de gestion, vous nous avez fait tant de promesses, nous sommes déjà à la fin de l’année et on constate que rien n’a été fait et les étudiants de se dire entr’eux comme les juifs, terrassés, par des souffrances après avoir quitté l’Egypte, ne serait-il pas mieux de rester en Egypte que venir souffrir de la sorte en plein désert ? Je dis et je vous remercie « . Son ego, sécoué, anéanti et sali. Il monte au créneau, il me menace et comme pour esquiver, il dit que tous les problèmes avaient déjà été posé par la délégation des étudiants. Il en a énuméré avant de poser une question : » Que ceux qui sont d’accord avec les questions déjà soulevées par la délégation des étudiants que j’ai déjà réussie, qu’ils lèvent la main  » – Une partie importante avait levé la main. Il continue :  » Que ceux qui ne le sont pas se manifestent « . – 2 ou 3 personnes s’étaient manifestées. – Dans tout ça, l’homme avait un oeil rivé vers moi et je ne m’en suis rendu compte que quand je l’ai entendu m’interpeller :

 » Et toi-là, tu es de quel côté, un agronome est un homme positif et scientifique. Ou c’est un non ou c’est un oui, mais jamais deux à la fois. Celui qui n’a pas de position est un imbécile et toi, tu es de quel côté ?

- Tout serein, je me mets debout et dis :

 » je dis oui et non à la fois et je m’explique : – Je dis oui parce que je suis d’accord avec les questions soulevées par les autres et je dis également non parce que certaines questions et très importantes n’ont pas été soulevées « .

L’homme ne savait plus quoi dire si ce n’est pas encore me menacer jusqu’au moment où il a levé la séance. Il reviendra plus tard lors de la céremonie de la cloture de l’année académique. En me voyant aller retirer mes notes, il dira au Dg :

 » Est-ce le garçon de l’Egypte ou pas ? – Il est alors intelligent celui-là « 

Je passe en 2è graduat et je pose ma candidature au poste de dirigeant de la JMPR estudiantine. Presque tous mes concurrents coalisent, protestent et écrivent une lettre au secrétariat provincial de la JMPR m’accusant d’être de l’UDPS. Et comme la réponse tardait de venir, ils vont procéder par la campagne de diabolisation et 2 semaines avant les élections, je tombe malade et on m’amène d’urgence à Mbujimayi et une semaine après, je rentre à Mukongo,…campagne jour et nuit …débat contradictoire et le lendemain je bats mon adversaire à plate couture. Et quand Mwamba Ndumba l’apprendra depuis Kin, il s’exclamera ;  » Mais ce garçon-là doit être très fort « . Mais il m’a attendu au tournant. Ayant appris qu’il y avait encore grève des étudiants, il a quitté Kin d’urgence et à partir de Mbujimayi, il a requisitionné quelques élements des services de renseignement et de la police. Arrivés à Mukongo, ne m’ayant pas trouvé ils ont arrêté et torturé quelques membres de mon comité dont le commandant Mudibu. Quant au pauvre Babunda, il a vu sa barbe brûler avec les mégots de cigarette… et sans être entendus, nous avons été renvoyé définitivement de l’Institut.

Observation : C’est ça la véritable preuve de courage, de défense des droits de l’homme, de défense des intérêts de la communauté et du rejet du mal de la société !

Votre Wa Ba Tshiondo se trouve une fois de plus en l’air et c’est ainsi qu’il ira à Kisangani dans le but d’étudier soit à l’Univesité agronomique de Yangambi soit à l’ISEA Bengamisa et rien n’avait marché, c’est ainsi qu’un papa à moi, grâce à ses contacts, finira par arracher pour moi une place en Sciences Po à l’UNIKIS. J’en profite pour lui présenter des très gros remerciements !

L’étape de Kis était beaucoup plus concentrée sur l’installation de la JUDPS sur le campus, les marches, les tracts et les écrits contre Mobutu et le désaffichage de ses portraits partout où je pouvais les trouver..

Quand je faisais le jogging, j’amenais avec moi un morceau de craie et de charbon pour écrire des messages ( désacralisant ) sur des murs contre Mobutu ( nous sommes avant 1990 ). Et 2 jours après le  » Comprenez mon émotion « , je crois que j’ai été le 1er à porter une cravatte et sur le campus et à Kisangani.

Après Kis, je suis allé à Kin et de là je suis retourné ( encore ) à Mbujimayi :

- Je compte à mon actif ( ou passif, c’est selon ) 2 démissions :

La 1è fois, c’est à cause de la politisation des fonctionnaires à qui on demandait d’aller marcher et défiler pour la gloire de l’AFDL que j’ai du démissionner. J’ai dit ceci à mon chef : » Chef, quoi que vous fassiez, moi je ne pourrai jamais défiler, alors, pour vous éviter des ennuis, je préfère démissionner et suis parti sans demander le reste.

La 2è fois, je passais presque tout mon temps au travail et je n’en avais aucun pour le compte de l’UDPS où je m’occupais de la JUDPS à la fédé de Mbujimayi en tant qu’adjoint de mon ami Jean-Paul Mbwebwa. Je me suis donc décidé de partir ( pour m’occuper de mes affaires propres ) en déposant ma démission en bonne et due forme.

Parlons de l’AFDL : La 2è semaine, après l’entrée de l’AFDL à Mbujimayi, Buguera Déogracias, Mwenze Kongolo et Mawapanga Mwana na Ngayi organiseront une rencontre avec la société civile. Après leurs interventions, ils donneront la parole à l’assemblée et j’étais le tout dernier à prendre la parole dans un groupe de 5 intervenants.

Mon intervention :

 » Messieurs de l’AFDL, je viens de vous suivre tout comme j’avais suivi le discours de votre porte-parole depuis Goma et j’ai comme impression que vous êtes déjà grisés par les victoires que vous remportez sur terrain oubliant ceux-là qui vous ont balisé le chemin et que si vous continuez dans ce sens, sachez que vous n’aurez jamais notre appui « .

Silence de cimètiere et c’est Buguera qui prend la parole :

 » Je commence par le tout dernier, qu’il se mette debout « 

Je me suis mis debout. Il continue :

 » Mr. quand vous parlez de ceux-là qui nous ont balisé le chemin, est-ce à l’UDPS que vous faites allusion ? « .

- Je réponds par l’affirmative. Et il continue :

 » Pourquoi aviez-vous peur de le dire ? « 

- Ma réponse :  » Je n’ai pas eu peur, je savais que vous alliez comprendre et d’ailleurs vous venez d’en faire preuve « 

- C’est alors-là qu’il se mettra à me menacer et à critiquer Etienne Tsisekedi en ces termes :

 » Votre type-là, si on arrive à Kin et qu’il ne marche pas avec nous, il va couler avec son orgueil. C’est lui d’ailleurs qui a été contacté le 1er, il n’a pas voulu prendre les armes et ce n’est pas à nous de courir derrière lui « 

- Pendant qu’il parlait ainsi tous les gens qui étaient à mes côtés me demandaient de sortir et moi je leur ai dit qu’il n’en était pas question et que c’est à cause de la peur que tous ces gens se moquent de nous. Et Buguera continue en disant que tous les congolais font partie de l’AFDL. Je ne lui ai pas donné le temps de continuer. De là où j’étais assi, j’ai crié : » Non « .

De son côté, il réagit : » que celui qui a dit non se mette debout « .

Quand je me mets debout, il dit : » encore toi « . Sans attendre une autre réaction de sa part, je commence à parler sans le regarder, mais avec le regard tourné vers mes compagnons de la société civile et je dis :

 » l’AFDL est composé de 4 partis politiques, ce n’est pas moi qui le dis, mais le secrétaire général de l’AFDL ici présent ( je pointe Buguera du doigt ) et l’UDPS n’en fait pas partie « 

Couroussé, Buguera se met encore à me menacer pendant que les compagnons me demandaient encore de sortir. – À un certain moment, il incline la tête pendant quelques secondes, Il faut avouer que c’est pendant ce moment que j’ai eu peur, et quand il relève la tête c’est pour dire :  » Excusez-moi si je suis émotif « . Il a été tellement sécoué qu’en répondant aux autres questions, il se perdait et revenait à moi, et c’est ça qui inquiétait plus mes compagnons qui ne cessaient de me prier de sortir. À la fin, au lieu de sortir, je suis allé vers les orateurs qui étaient accompagnés du vice-gouverneur ( Kabaya Matungulu ). Quand ce dernier me voit, il m’appelle sous mon nom et Buguera se retourne, je lui tends la main et il l’accepte sans me regarder. Et une fois dehors, que des félicitations et aussi les  » Bons courages  » de la part de ceux-là qui me demandaient de fuir . marrant, non !

Observation : C’est par expérience que j’ai toujours dit qu’il ne faut pas compter sur la population pour chasser Alias Kabila du pouvoir et qu’un petit groupe, courageux, sérieux et déterminé peut bien le faire pour le bien de tous. Si nous étions un peu plus nombreux à tenir tête à ces aventuriers qui nous ont laissé Kanambe en héritage, les choses ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui !

Un autre fait très important, c’est celui d’avoir cracher dans un plateau d’or portant une offre d’emploi au cabinet du gouverneur Paul Kabongo wa Misasa, l’obligeant ainsi, sous le regard étonné et envieux de tous, de jeter l’arrêté déjà signé dans la poubelle provinciale. Ce qui m’avait indigné et attristé c’est la réaction d’un  » combattant  » qui s’occupait de la JUDPS dans ma section. Ayant appris la nouvelle, il viendra me voir et me dira, pince sans rire :  » Richard, tout ce que nous faisons ici, c’est pour gagner notre vie, rejeter une telle opportunité, c’est se condamner à mourir pauvre. Vraiment tu mourras pauvre  » Un autre cadre de l’UDPS me posera la question de savoir ce que je gagnais là où je travaillais et quand je le lui ai dit, il m’a traité de fou et me dira : » Oui, je te comprends parce que tu vis bien chez tes parents qui s’occupent de toi et de ta famille, mais c’est pas une raison pour que tu ne t’enrichisses pas personnellement « .

L’aventure ne s’est pas pourtant arrêtée avec Paul Kabongo, elle a continué avec ses deux successeurs et ma réaction avait été la même, ne jamais travailler avec les criminels et les usurpateurs de la congolité.

Observation : Qu’ils soient avec Kanambe ou pas, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, ils sont presque tous pourris, ces prétendus politiciens qui ne se battent que pour leur ventre !

Chers compatriotes,

Souffrez que je m’arrête par ici pour ne pas trop abuser de votre temps, mais avant de terminer, j’aimerai vous dire que le mal persiste au Congo à cause de l’ignorance, de manque de courage et de la démission des hommes de bien !

Croyant pouvoir partager avec vous, cette modeste expérience, je vous prie d’agréer, chers compatriotes, l’expressions de mes sentiments patriotiques.

Kâmona Kûnvua Kâmba, Tshiondo wa Mbîsha Balâla, Richard Babadi

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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