La pauvreté de Mgr. Munzihirwa

13 novembre 2013

Au fil des jours

La pauvreté de Mgr. Munzihirwa
La grandeur part de la simplicité et de l’’humilité

Parler de la pauvreté de Munzihirwa, c’est parler de lui même, des ses convictions, de sa manière de vivre et de se rapporter aux autres. Pas d’extravagance en Lui, pas d’être divers pour se différencier, pas de snobisme. Sa pauvreté extérieure faisait partie de son DNA d’homme, de chrétien, de religieux, de prêtre, et enfin d’évêque. Pour lui s’était naturel vivre pauvrement.
Munzihirwa était un jésuite, et comme tout membre de la Compagnie de Jésus il avait librement choisi de vivre sa vie religieuse en obéissance, pauvreté et chasteté.
Nous connaissons bien que dans la Compagnie de Jésus (les Jésuites) le vœu d’obéissance , parfois aveugle et indiscutable, est très important et il marque d’une manière tout à fait particulière la vie et l’engagement de tout jésuite. Malgré les ouvertures du Concile Vatican II, tout jésuite tient main forte sur cet engagement « d’obéissance inconditionnée » et en fait son cheval de bataille et d’appartenance à la Compagnie et à l’Eglise. La pauvreté de Mgr. Munzihirwa dans Au fil des jours munzihirwa5-121-151x300
Mais avec l’obéissance il y a aussi les vœux de pauvreté et chasteté, qui pour un véritable jésuite,, mais c’est égal aussi pour tout religieux et religieuse dans le monde entier, sont liés fortement entre eux et qui font du religieux un témoin et un apôtre.
La saison des pluies battait bien son pas et peignait de gris nuageux et pluvieux les montagnes de Walungu. Les routes en terre battue rouge étaient devenues plus que jamais une piste glissante et dangereuse. Mais la route était bien trafiquée par des camions que de la ville Bukavu, transportaient marchandises et personnes à Kamituga. De la mission je voyais les camions embourbés sur la route des planteurs, au alentours de Izege et Mudusa. Au-delà du brouillard je voyais une longue colonne de voitures, et tout à coup voila une voiture s’arrête ò l’entrée de la mission de Walungu. De Land Rover je vois descendre une personne que je ne connaissais pas, déjà âgée et habillé en pantalon, une capote noire, comme pardessus, et des anciennes chaussures aux pieds. C’était Monseigneur Christophe Munzihirwa.
Cette capote noire, décolorée, ferai partie de son bagage de voyage dans les différents déplacements qu’il fera à l’intérieur du Congo, mais aussi à l’étranger, et cela jusqu’au soir de son assassinat à Nyawera de Bukavu.
La pauvreté constitue un aspect très remarquant dans la vie de Munzihirwa. Une pauvreté d’esprit, qui prenait ses racine de ses convictions et sa radicalité à vivre la vie religieuse et qui se manifestait aussi extérieurement dans sa manière de vivre, de se déplacer, et en manière particulière dans sa manière de s’habiller.
Munzihirwa était arrivé à Kasongo, comme Evêque Auxiliaire, pas habillé ni en clergymen, ni en veste talaire mais normalement en pantalon et en chemise, comme un homme commun, sans des signes extérieurs pouvant remarquer son nouveau état d’être évêque. Evêque auxiliaire il avait commencé comme ça son épiscopat. Pas d’extériorités qui pouvaient marquer la grandeur et le pouvoir d’un homme.
Sa croix pectorale, très simple et en métal, était l’unique signe qu’il portait, et sans aucune ostentation. Pour lui l’Episcopat n’était pas un pouvoir mais un service à donner à l’Eglise et à la societé, comme un « un homme parmi les hommes ». Et sa maniére de s’habiller en était le signe.
Tout cela avait créé pas mal de rumeurs et de commentaires, surtout du coté du clergé. Et Munzihirwa était bien en connaisance ; mais, tout en sachant cela, il se montrera toujours lié à ses convictions profondes de se faire « davantage plus proche de ceux qui souffrent « .
J’ai eu toujours l’impression que cela faisait partie intégrante de sa personnalité, de ses convictions religieuses, de vouloir vivre pleinement et radicalement ses engagements religieux à la suite de Jésus Christ.
Permettez moi alors de vous raconter quelque chose, ainsi comme je l’ai vécu, avec Monseigneur Munzihirwa à Kasongo. C’est lui qui m’avait demandé auprès de mon Supérieur Régional, de voir m’occuper de la Jeunesse de Kasongo à partir de la Paroisse de Ngene. Les écoles de Kasongo, même si conventionnées catholiques, ne semblait plus suffire à encadrer religieusement la jeunesse et leur annoncer l’évangile de Jésus. La jeunesse était complètement délaissée. Le milieu de Kasongo est un milieu musulman, et la majorité des jeunes qui fréquentaient nos écoles catholiques provenaient des familles musulmanes. Mgr Munzihirwa m’avait demandé de chercher de créer une « Pastorale des Jeunes » à partir des deux Paroisses de Kauta et de Ngene.
Etre proche des gens, voila son soucis permanent. Il poussait constamment ses prêtres à s’occuper de prés des problèmes des gens et à les vivres constamment dans un partage réel de pauvreté. » Etre Eveque c’est etre sentinelle », homélie du 27 mars 1994.
Le milieu de Kasongo c’est un milieu enclavé, habité par des contadins, qui vivent de petites cultures et de pèche, mais aussi de creuseurs d’or et de petits commerçants.
J’ai eu toujours l’impression que Munzihirwa en vivant pauvre, c’est à dire du stricte nécessaire, avait fait de la pauvreté évangélique son choix préféré pour témoigner la grandeur et l’amour de Dieu et pour être comme Jésus de Nazareth. Il n’a jamais voulu l’étaler pour apparaitre différemment des autres évêques du Congo, il n’a jamais voulu se montrer au dessus des autres, il a seulement voulu nous montrer qu’en vivant pauvre on peut aimer plus et se donner de plus.

Sa chemise, ses souliers, sa soutane
Sa chemise, toujours la même, toujours de la même couleur; cette chemise jaune, qu’il gardait dans son sac de voyage. Son garde-robe était bien gardé dans cette sacoche noire et il était très pauvre, avec seulement le stricte nécessaire. Il se déplaçait toujours avec cette sacoche en cuir noir, où mettait ses habits intimes et ses documents. A Kasongo, à Bukavu, au Congo on n’était pas habitué à voir une évêque toujours en chemise et sans une soutane blanche doublée et filetée de cramoisi avec des boutons de couleur violette. Son habillement avait bien étonné les gens et, surtout, un certaine partie de clergé, qui, en ce temps, ne l’épargnaient pas de commentaires et critiques un peu trop sévères.
Nous le savions très bien que « n’est pas l’habit qui fait le moine » . Une chemise jaune avec un col blanc, comme les couleurs du drapeau Vatican. Toujours la même, Une chemise que lui-même lessivait, chaque soir, avant de se mettre au lit. Un signe, un message, une manière nouvelle d’être évêque et pasteur !
Avec sa chemise voila aussi ses gros souliers. Des souliers d’un contadin, et qui me rappelaient autres époques et autres espaces: les soulier de nos paysans campagnards, les soulier du Saint Curé d’Ars. Les souliers du Journal d’un Curé de Campagne de Georges Bernanos. Des souliers qui alourdissaient son pas et sa mouvance légèrement boiteuse. De souliers un peu délabrés, mais qu’il sentait bien à l’aise. .
Je vous raconte un petit épisode, probablement inédit, d’un vaste florilège de sa vie. Tous ceux qui ont eu la chance de le contacter n’en ont certainement, et je les prie de nous contacter ou de nous les envoyer (kakaluigi@gmail.com ). Ca serait un bon service pour ne pas oublier ceux qui nous ont aidés à grandir.
Mais venons à l’épisode.
J’étais arrivé à Rome, avec le P. Amato, Econome en ce temps de l’Archidiocèse de Bukavu et Monseigneur Munzihirwa. Nous etions arrivés pour pouvoir contacter certains organismes et leur demander demander de l’aide pour l’Archidiocèse de Bukavu. Je me rappelle bien ce matin de ce mois de septembre, dans une Rome assez ensoleillée et marquée par son léger souffle de vent d’ouest. Nous avions choisi ce debout du mois de septembre pour présenter à certains organismes des projets. Monseigneur Munzihirwa logé à la maison généralice des Pères Jésuites.
« Une occasion à ne pas gaspiller inutilement. » j’avais répété à Monseigneur Munzihirwa.
De bon matin nous étions au rendez-vous. Nous montions à l’étage et nous rencontrions Monseigneur dans sa chambre, habillé comme d’habitude, avec sa chemise jaune, ses anciens pantalons et ses vieux souliers. Il nous attendait.
Apres avoir préparé ensemble le programme de la journée, je demande à Monseigneur de s’habiller en soutane, car cela, à Rome, pouvait nous faciliter les rencontre. La soutane , filetée des petits cordons violets que je l’avais bien aperçue dans l’armoire, semi-ouvert, en entrant dans sa chambre, était là.
« Pourquoi ? », m’avait répondu. « Pour prendre des photos, car à Bukavu on n’a pas encore une votre photo officielle, à afficher dans les Paroisses. Et en plus cet habit peut nous ouvrir avec facilité les portes, sans attendre beaucoup. » j’avais répondu. « Mais est-il nécessaire ? » m’avait encore répondu avec un ton mortifié, tout en allant vers l’armoire et prendre dans ses mains sa soutane.
Tous cela n’est qu’un signe de témoignage profond, mais aussi un appel contre toute contrefactions d’une Eglise qui fatigue à se libérerez des incrustations qui au long des années l’ont terriblement affaiblie et rendue de plus en plus moine crédible. L’Eglise toute entière du Congo, encore très jeune, doit pouvoir en tenir compte des exemples prophétiques de ses pasteurs plus courageux. Elle ne peut pas les oublier, mais au contraire elle devrait bien s’en donner à perpétuer leur mémoire et les montrer comme ses modèles de vie chrétienne.

13 novembre 2013
P. Luigi Lo Stocco
kakaluigi@gmail.com

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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