04/04/14/REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE VENDREDI

(CongoForum)

Deux principaux sujets dominent l’actualité dans la presse congolaise : le retrait graduel de la Monusco et « Sauvons la RDC ». La plupart des journaux parus ce vendredi 4 avril reviennent sur la fin de la rencontre de formations de l’opposition formant cette plateforme opposée à toute modification de l’actuelle constitution. Lambert Mende a gratifié le public d’une conférence de presse sur la situation à l’Est et la traque des FDLR. Le nouvel hôpital du 50naire est tellement visité qu’on en vient à se demander s’il peut faire face à ses fonctions médicales.

« Sauvons la RDC »
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La Prospérité titre « Après l’UDPS & Alliés : ‘‘Sauvons la RDC’’ rejette la révision constitutionnelle ! » et indique que d’importantes résolutions ont été adoptées à l’issue des travaux en ateliers.
Les ténors de cette plateforme Vital Kamerhe, Martin Fayulu et Christopher Ngoyi estiment que la crise de légitimité des institutions de la République est totale et persistante. Aussi, proposent-ils la tenue d’un dialogue sincère, vrai et inclusif, qui demeure, selon eux, indispensable à la tenue des échéances électorales.
Au sujet des élections à venir, écrit le journal, cette plateforme propose sa propre feuille de route qui exige, entre autres, le dialogue inclusif en mai 2014 ; la révision de la loi électorale, la requalification du Bureau de la Ceni, l’audit du fichier électoral, l’élaboration de la cartographie électorale.
« Il faudra condamner le complot ourdi à la ferme de Kingakati contre notre peuple et sa constitution et inviter le peuple à se dresser comme un seul homme contre cet énième coup d’Etat, en recourant, au besoin, à l’article 64 de la Constitution qui impose à tout congolais le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions de la présente constitution… », lit-on dans les résolutions adoptées au cours de ces assises.
Forum des As s’intéresse également à cette rencontre de l’opposition organisée à Kinshasa. Apparemment, souligne le quotidien, les participants à cette rencontre demeurent loin d’apporter leur caution aux propositions du président de la Ceni qui souhaitait, pour les prochaines élections provinciales en RDC, un choix à opérer entre le suffrage universel direct et le suffrage universel indirect. Ces opposants récusent ainsi la présence de l’abbé Malumalu à la tête de la Ceni parce qu’étant, à leurs yeux, un conseiller du chef de l’Etat.
Au sujet du gouvernement de cohésion nationale, note le journal, « Sauvons le Congo » exige un Gouvernement responsable, composé des patriotes capables de lutter contre les antivaleurs telles que la corruption, l’impunité, le pillage des ressources de la RD Congo. Bref, commente le quotidien, tout sauf un Gouvernement issu des Concertations nationales auxquelles ces opposants n’ont pas pris part.
Le Phare met en exergue une déclaration de Vital Kamerhe : « l’Accès au strapontin ministériel passe par la révision de l’article 197 ».
«Une rumeur circule actuellement et laisse croire que le retard que connait la mise en place du gouvernement de cohésion nationale relèverait d’une stratégie qui ferait croire au plus grand nombre des députés et sénateurs que leur chance de faire partir de cette équipe gouvernementale, en contre-partie de leur adhésion à la feuille de route de la CENI qui prévoit la révision du mode de scrutin, donc la révision constitutionnelle » a déclaré Vital Kamerhe à la clôture de la convention de la plate-forme sociopolitique « Sauvons la RDC » hier jeudi 3 avril dans la salle des conférences de la paroisse Notre Dame de Fatima.
Le président de l’UNC a attiré l’attention des députés et sénateurs de la Majorité et de l’Opposition sur le fait que le peuple souverain a le regard fixé sur eux.
Tout en faisant remarquer que leur mandat au parlement n’est pas impératif, l’ancien président de l’Assemblée nationale a interpellé les députés et les sénateurs sur le fait que lorsque les options de leurs familles politiques sont en contradiction avec les aspirations du peuple, ils ont l’obligation de privilégier le peuple, leur électorat et ignorer tous les mots d’ordre qui violent la constitution, les lois du pays et les principes républicains.
«Toutes les couches de la population devront être sensibilisées pour empêcher ce coup d’Etat constitutionnel», a martelé l’autorité morale de la Coalition pour le Vrai Dialogue ».
(En d’autres termes, Kamerhe a rappelé que le vrai pivot de la vie politique congolaise est la « Lo de l’Entrecôte ». Aujourd’hui, il est question d’être ministre si l’on aide JKK à obtenir un troisième mandat. Hier, il s’agissait de faire semblant de ne pas remarquer qu’il avait obtenu le second par la fraude. Il faut rappeler que les élections de novembre-décembre 2011 ont donné des résultats qu’une personne avisée, réfléchie, d’esprit libre et critique devrait considérer comme nuls, donc sans gagnant. La suite aurait dû être l’annulation pure et simple, des enquêtes sérieuses pour déterminer les causes et origines des irrégularités, qu’on en tire les conséquences quant aux futures élections. Il aurait dû y avoir une protestation générale des démocrates de tous les partis, car un démocrate ne saurait accepter que son candidat gagne par la fraude, la corruption et le mensonge. Au lieu de quoi on n’a assisté qu’à des élucubrations pour défendre la victoire « officielle » de JKK, et à d’autres élucubrations pour défendre celle, tout aussi hypothétique, de Tshisekedi.
Les élections de 2011 avaient été organisées, tout comme celles de 2006, en faisant voter un « corps électoral inconnu », faute de recensement préalable de la population. Ce f ait à lui seul suffirait à en « plomber » gravement la crédibilité. Elles ont, par-dessus le marché, été entachées de fraudes et de manipulations à un point tel qu’elles ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus[1]. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. Malumalu, principal responsable de cette absurdité d’élections sans recensement préalable de la population, a été remis à la Présidence de la CENI, ce qui promet encore de beaux jours à l’avenir ! NdlR)
Est / Monusco
« Partira, partira pas ? La question est sur toutes les lèvres », titre Le Potentiel à propos des inévitables préalables pour le retrait de la Monusco. En effet, la simple volonté de vouloir le départ de la mission onusienne de la RDC ne suffit pas. Un cumul de réformes s’impose afin que ce départ soit sérieusement envisagé.Martin Kobler, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC, a fait savoir qu’une stratégie de retrait aurait été évoquée lors des débats pour le renouvellement du mandat de la Monusco.Martin Kobler est explicite : « On ne va pas quitter (le pays) demain, non. On a maintenant un mandat pour une année, mais il faut préparer une stratégie de retrait. C’est un processus graduel, mais c’est clair qu’on doit définir tout d’abord les critères qui doivent être remplis avant que la Monusco parte du pays ».
A propos de l’Est du Congo, Le Phare donne, dans un autre article, ce qu’il estime être « le vrai message de Köbler » : le compte à rebours a commencé. Il s’agit d’un avertissement sans frais à tous ceux qui, dans le cercle des décideurs politiques et militaires, étaient tentés de croire que la sécurité du territoire national, et particulièrement de sa partie Est, serait assurée par les troupes onusiennes pour une durée indéterminée.Maintenant, il faut se réveiller et penser à accélérer le processus de réforme de l’armée, de la police et des services de sécurité.
Cela donne ceci :
« Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu et chef de la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo), Martin Köbler vient d’obtenir difficilement, au Conseil de Sécurité, la prolongation du mandat de cette force pour une année, soit jusqu’au 31 mars 2015. Le principal sujet de débat était le coût exorbitant de l’entretien des Casques Bleus et du personnel civil en territoire congolais, soit un milliard cinq cents millions de dollars américains par an.
Plusieurs Etats contributeurs ne sont plus chauds à continuer à supporter cet « effort de guerre », en raison du sentiment que les décideurs congolais semblent traîner les pieds dans le processus de réforme de l’armée nationale. Aussi les membres du Conseil de Sécurité ont-ils recommandé à Martin Köbler et ses collaborateurs de réfléchir déjà aux modalités de retrait des éléments de la Monusco de la scène congolaise. Bien que le précité ait apaisé tout le monde en assurant que rien ne ferait dans la précipitation, il a toutefois précisé que le retrait progressif des forces onusiennes est un processus irréversible.
Le vrai message de Köbler aux Congolais est que le compte à rebours a commencé. Il s’agit d’un avertissement sans frais à tous ceux qui, dans le cercle des décideurs politiques et militaires, étaient tentés de croire que la sécurité du territoire national, et particulièrement de sa partie Est, serait assurée par les troupes onusiennes pour une durée indéterminée. Maintenant, il faut se réveiller et penser à accélérer le processus de réforme de l’armée, de la police et des services de sécurité.
Le temps nous est désormais compté. D’ores et déjà, le dispositif national de sécurité devrait bouger dans la perspective de l’auto-prise en charge, dans un avenir plus ou moins proche, de tout ce qui a trait à la défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale.
Les Congolais devraient-ils se réjouir ou pleurer, à l’annonce du projet de retrait des forces onusiennes des terres de leurs ancêtres ? Logiquement, on devrait être heureux d’avoir enfin l’occasion de montrer à la face du monde qu’on est capables de s’assumer au plan sécuritaire. Il faut avouer que les gouvernants comme les civils congolais se sont parfois montrés sévères dans leur critique des actions de la Monusco, l’accusant de ne pas protéger suffisamment les populations civiles et de ménager les forces négatives étrangères (cas de la prise de Goma par le M23 en novembre 2012).
Dans plusieurs déclarations officielles, les autorités congolaises ont eu à réclamer le retrait de la Monusco du territoire congolais, estimant que les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) étaient capables de sécuriser les personnes et leurs biens sur toute l’étendue de la République. Vu sous cet angle, le projet de décrochage de la Monusco du territoire congolais tombe à pic, car il va permettre à l’armée nationale, à la police nationale et aux services de sécurité de faire valoir leur technicité et leur professionnalisme dans le domaine de la défense nationale.
Les Congolais devraient tirer la leçon toute fraiche de La Cr im ée, annexée par la Russie parce que l’Ukraine n’a pas les moyens militaires de s’opposer au diktat de son voisin. Il y a aussi la Corée du Sud qui continue d’être l’otage de l’armée américaine depuis plus d’un demi-siècle, sous prétexte des menaces de son voisin belliqueux du Nord. La RDC aurait déjà perdu le Nord-Kivu et le Sud-Kivu depuis 1999 n’eut été la présence de la Monusco sur le théâtre des opérations. D’où, il n’est pas exclu qu’avec la perspective du retrait des troupes onusiennes, l’Ouganda et le Rwanda ne se remettent à peaufiner des stratégies de reconquête de cette partie du territoire national.
La construction d’une armée professionnelle, forte et républicaine doit être la priorité des priorités des gouvernants de la RDCongo, afin de prévenir des lendemains difficiles post-Monusco. Car, les velléités annexionnistes rwandaises et ougandaises ne tarderaient pas à se manifester dès que les casques bleus plieraient bagages. L’histoire nous a déjà montré que le droit international ne pèse pas devant la loi de la force émanant des Etats militairement puissants par rapport aux Etats victimes d’agression. Si les Congolais ne prennent pas la mesure des enjeux militaires de demain, la balkanisation tant redoutée serait un jeu d’enfant pour le Rwanda et l’Ouganda. Leurs armées ne demandent pas mieux que de renouer avec leurs safaris militaires au Congo ».
Conférence de presse de Lambert Mende
L’Avenir met à la Une la conférence de presse tenue le jeudi par le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. Ce dernier a protesté contre des informations diffusées sur Rfi faisant état de la complicité entre des responsables de l’armée congolaise et des rebelles rwandais des FDLR. Il rapporte qu’au cours d’un point de presse, le porte-parole du gouvernement a protesté énergiquement contre les propos de RFI qui affirme que les FARDC et ceux qui la dirigent seraient complices des FDLR. Parce que cela voudrait dire que le gouvernement s’accommoderait des souffrances indicibles subies quotidiennement par les compatriotes du Nord-Kivu et Sud-Kivu depuis près de 20 ans.
Pour Lambert Mende, note L’Avenir, ces informations qu’il rejette peuvent apporter de l’eau au moulin de tous les autres aventuriers qui cherchent une occasion pour envahir le territoire congolais. Le porte-parole du gouvernement regrette le fait que la radio mondiale soit tombée dans la subjectivité sans pourtant vérifier l’information. Ce qui dénote un manque de professionnalisme, commente le journal, surtout lorsqu’on sait que la vérification est la règle élémentaire dans le traitement de toute information dans ce dossier des FDLR. L’Avenir déplore un dérapage de RFI.
(Ce n’est pas le premier accrochage entre les autorités congolaises et RFI. En 2006 déjà, feu Mme Dupont s’était vue retirer son accréditation du fait de la lace excessive qu’elle accordait au RCD/Goma, transformant presque RFI en Radio-Ruberwa. Il y a donc apparence que non seulement RFI « dérape », mais que ces dérapages ont toujours lieu dans le même sens : vers le Rwanda et ses dépendances… NdlR)
Le Phare annonce également « Traque des FDLR : Mende dénonce l’intox » à propos del’information diffusée le mardi 1er avril par RFI, relative à l’attaque lancée il y a trois semaines par l’armée congolaise contre ces forces négatives rwandaises farouchement opposées au désarmement volontaire. Mais il s’étend plus longuement sur le moment où « comme à l’accoutumée, une fois la communication terminée, le ministre s’est livré au rituel des questions et réponses des journalistes sur l’actualité nationale. Plusieurs préoccupations lui ont été adressées, à ce sujet, parmi lesquelles on note : Y a-t-il l’incursion des troupes ougandaises au Nord Kivu ? Qu’en est-il des incidents enregistrés en marge de la conférence sur les mines, tenue à Goma, qui seraient provoqués par la présence des bus loués au Rwanda ? Quel est l’avis du gouvernement sur la résolution de l’Onu relative au retrait progressif des troupes de la Monusco de la Rdc ?Quelles dispositions le gouvernement a-t-il prises pour assurer au reste des compatriotes en Ouganda un retour sécurisé, après le drame du Lac Albert ? Quelles sont les raisons de l’absence de Joseph Kabila au sommet UE-Afrique ? Est-ce à cause de la forte mobilisation de la communauté congolaise qui l’accuse de vouloir s’accrocher au pouvoir ? Pourquoi le gouvernement de cohésion nationale se fait toujours attendre ?
Concernant l’incursion ougandaise, le ministre a reconnu qu’elle y a eu effectivement lieu, mais que les choses sont déjà rentrées en l’état. A propos des incidents dus à la présence des bus loués au Rwanda, il a dit ne pas être au courant, promettant toutefois de se renseigner davantage auprès des autorités provinciales du Nord Kivu.
Quant à la résolution des N-U relative au retrait des troupes onusiennes, il a fait remarquer qu’aucune résolution sur la Rdc ne peut être prise sans implication des dirigeants de Kinshasa. D’où, la Rdc a participé à son élaboration. C’est d’ailleurs ce que le gouvernement ne cesse de réclamer, a-t-il ajouté. Pour les compatriotes qui demeurent encore en Ouganda, il a indiqué que des concertations sont en cours entre RDC-Ouganda-HCR en vue de leur assurer un retour sécurisé. Ils se chiffrent à 500 personnes, a-t-il précisé.
A la question liée à l’absence du chef de l’Etat à Bruxelles qui se justifierait par la forte mobilisation de la communauté congolaise de la dispora, Lambert Mende ne partage pas cet avis. Alo rs quand il était parti à Paris, a-t-il répliqué en guise de rejet aux allégations d’éviter d’affronter les Congolais de la diaspora ?
Pour revenir à sa communication, le porte-parole du gouvernement a fait savoir qu’on reproche à la chaîne médiatique française le fait de déclarer que « l’offensive des Fardc avec l’appui de la Monusco contre la rébellion Hutu rwandaise réfractaire au désarmement volontaire était en train de patiner ».
L’exécutif congolais pense qu’il est tôt de juger l’offensive de l’armée à peine trois semaines après qu’elle a été lancée, car il s’agit d’un processus devant durer une année. Ici, le gouvernement justifie la trêve par le fait d’éléments résiduels des Fdlr qui se se sont constitués un bouclier humain en contraignant les populations civiles à vivre avec eux dans leurs repaires. Concernant les allégations de complaisance délibérée vis-à-vis des forces négatives rwandaises, laquelle se manifesterait par la trêve ou l’arrêt de l’offensive qui n’avait duré que quelques heures après son lancement, le gouvernement les rejette en bloc, indiquant que les Fardc sont en train d’étudier des stratégies de contourner l’obstacle du bouclier humain auquel l’ennemi recourt.
Pour affirmer la détermination du gouvernement à en finir avec les Fdlr, il a énuméré les différentes tentatives opérées par le passé pour parvenir à cette fin. A savoir : l’opération conjointe FARDC-Monusco (2004-2005), Kimia 1 (juin 2008), Umoja Wetu (2009), Kimia 2 (février-décembre 2009), Amani Leo (janvier –avril 2012). A ces opérations menées par l’armée congolaise, rappelle-t-il, s’ajoutent d’autres opérations mixtes à l’instar de celle menée avec l’armée rwandaise. Quant au bilan, le ministre avance que 2.801 combattants Fdlr ont été tués lors des affrontements, 3.371 ont été rapatriés au Rwanda au 30 avril 2012, et 2.367 armes (tous calibres confondus) récupérées. Un autre sujet évoqué au cours du face-à-face d’hier était le dernier rapport de Human Rigts Watch, où l’ONG internationale dans un document signé avec des organisations de la société civile congolaise, invite la Rdc à adopter un avant-projet de loi portant création de chambres spécialisées mixtes pour juger les responsables d’atteintes graves aux droits humains. Pour le gouvernement, l’attitude des signataires du document ressemble à quelqu’un qui défonce une porte ouverte, parce que la question avait déjà été évoquée précédemment par le chef de l’Etat. Cependant, le porte-parole ne comprend pas pourquoi les Congolais doivent se laisser embarquer par une ONG de droit étranger sur une question concernant leur pays, 54 ans après l’indépendance ! »
Santé, tourisme et propagande
Dans Le Phare, on trouve ce titre étonnant et caustique : « Hôpital du Cinquantenaire : nouveau site touristique ? : le ministre de la Santé devenu guide des visiteurs »
Encore que le sujet soit des plus sérieux, nous avons tenu à offrir à nos lecteurs, dans son intégralité, cette tranche de franche rigolade.
»Depuis l’inauguration de l’hôpital du Cinquantenaire par le chef de l’Etat lui-même, il ne se passe plus un jour sans que de hautes personnalités politiques, des délégués des entreprises commerciales privées et étatiques, du monde culturel et scientifique ne soient conviés à une visite guidée de ces lieux. Le calendrier à ce sujet fait état des journées consacrées à telle ou telle organisation. Tradition congolaise aidant, l’on va bientôt voir déambuler les mamans maraîchères, les pionniers de la révolution AFDL, les jeunes de tel ou tel parti de la MP, les compagnons de tel héros national, les délégués des veuves des guerres de l’Est, les amis de tel ou tel leader politiques, bref, tous ceux qui voudraient en tirer un bénéfice politique. Et le plus cocasse, c’est que le ministre de la Santé en personne joue le rôle de guide des visiteurs, comme si ces lieux étaient devenus un site touristique de la ville.
Les travaux de finition ayant pris du temps, l’on s’attendait à ce qu’une fois terminés, les activités puissent démarrer en trombe pour répondre aux attentes des kinois qui avaient perdu toute confiance de voir un jour ces lieux revêtir leur chapeau de prédilection. Les bâtiments originels ont été érigés depuis 1954 et plus d’une fois, des autorités officielles s’y étaient succédé pour annoncer le démarrage des travaux de finition, pour commencer l’accueil des malades. Pendant plus de quinze ans, ce site avait été transformé en lieu de refuge pour des inciviques portant des tenues militaires et qui, la nuit aidant, se livraient aux rackets, extorsions des biens des passants et des habitants des quartiers environnants, aux viols et même à des tueries.
Surnommé « Koweït City», il était déconseillé aux automobilistes de s’arrêter dans ce périmètre au risque de se voir dépouillés de leurs biens, notamment argent, bijoux et appareils de téléphonie cellulaire et parfois de véhicules que l’on allait retrouver deux jours plus tard cannibalisés et jetés quelque part dans un dépotoir ou aux environs d’un marché ou terrain de football. Ceux des automobilistes qui avaient eu le malheur de tomber en panne sèche, de pneu ou de moteur entre le Rond-Point Moulaert et le bâtiment de la RTNC avant la construction de l’Université Protestante au Congo ont payé le prix le plus lourd. Le véhicule était ravi pour servir de moyen de transport à ces inciviques dans leurs opérations de vol à main armée ou à des viols à travers la ville. Les plus chanceux ont pu récupérer leurs véhicules deux ou trois jours après mais dans un état de cannibalisation complète.
C’est ainsi que le démarrage d es travaux de finition ont été frénétiquement applaudis par les Kinois, surtout ceux qui habitent les communes de Bandalungwa, Ngiringiri, Selembao, Makala, Binza, Kintambo car devant emprunter l’avenue ex-24 Novembre pour regagner leurs domiciles respectifs à n’importe quelle heure car rassurés de ne plus tomber dans le traquenard de ces « koweitiens ».
Il est donc étonnant de constater que cet hôpital du Cinquantenaire est devenu un site touristique au moment où des centaines des milliers des malades rongent leurs freins pour pouvoir bénéficier des soins de santé appropriés au regard des infrastructures ultra modernes installées dans ce bijou de dernière technologie. Les gens sont très impatients de vivre de leurs propres yeux les merveilles scientifiques tant vantées par le guide de ce site et ceux qui ont pu visiter tous les pavillons, salles de traitement et surtout les infrastructures médico-sanitaires de haute technologie. Car s’il faut attendre que le ministre de la Santé en finisse avec les visites guidées de ce site, après la capitale, ce sera bientôt le tour des visiteurs en provenance des dix provinces du pays et ceux de la diaspora disséminée à travers les cinq continents. On est alors parti pour dix ans avant de voir les malades se faire soigner dans ces lieux. Entre temps, le ministre qui tient à jouer au guide n’aura plus le temps de s’occuper des dossiers de son ministère ».
(Au fait, la presse qui ironise,y est peut-être bien pour quelque chose car, au moment de l’inauguration, elle a publié, avec un bel ensemble, le luxueux prospectus de ce mammouth, avec les commentaires extasiés de circonstance sur ses merveilleux équipements de pointe. Elle a beaucoup moins insisté sur les tarifs qui, à 225 $ la consultation, mettent l’accès à ces merveilles loin au-dessus des possibilités du Congolais pauvre et même du Congolais moyen. Les marchandes de beignet ont bien raison de le visiter en groupe organisé, si elle le peuvent, car ellles n’y entrernt jamais autrement et s’y faire soigner demeurera pour elles un rêve impossible. Si ce dinosaure médical a un jour une retombée positive pour la RDC, ce sera tout au plus de dissuader quelques « grosses légumes » de se faire soigner à l’étranger. Encore faudra-t-il qu’elles le veuillent, car enfin, aller se faire soigner à Saint Luc, comme SAR le Prince Laurent, cela a tellement plus de classe !
Cette campagne touristico-publicitaire illustre aussi le fait que la RDC est toujours en campagne électorale, préélectorale ou postélectorale. Les trois adjectifs sont nécessaire puisqu’il s’agit simultanément de convaincre que l’on a bien fait de truquer un peu en 2011 pour avoir de bons dirigeants qui font de si beaux hôpitaux, qu’on est très heureux de vivre sous la direction éclairée de bons dirigeants qui font de si beaux hôpitaux et qu’à l’avenir il faut garder (quitte à tricher encore un peu) de si bons dirigeants qui feront encore d’autres si beaux hôpitaux sans jamais se soucier de ce qui est élémentaire et basique : assurer à tous la gratuité des soins de santé.
La campagne touristico-publicitaire a encore un autre aspect. D’une part, le pouvoir se gargarise des « multiples réalisations » de JKK. Cela peut mener à d’intéressantes parties de ping-pong sur « l’Internet congolais », où, p. ex. une belle plume de la Majorité s’étant fendue d’un dithyrambe au sujet des belles routes « inspirées par la vision de JKK et la Révolution de la Modernité » a reçu en réponse toutes les photos de chemins innommables avec véhicules divers – y compris militaires – englués dans le potopoto, que les Internautes de l’opposition avaient pu trouver.
Mais on peut se demander aussi si ne bagarre du même genre n’oppose pas la résidence au gouvernement et si le fait que le ministre joue au guide pour touristes ne traduit pas le désir de l’équipe Matata d’exhiber ses réalisotions, alors qu’on veut les virer comme une bande de malpropres. NdlR)

© CongoForum, le vendredi 4 avril 2014

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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