29/08/14/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE VENDREDI

(CongoForum)

Les journaux de Kinshasa se sont intéressés à divers sujets ce vendredi. Parmi ceux-ci figurent notamment, l’évasion mystérieuse des ex-rebelles du M23 refugiés eu Ouganda et au Rwanda, la tournée de prise des fonctions que le nouvel Envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu dans les Grands Lacs, Saïd Djinnit, l’épidémie d’Ebola et les faiblesses du système de santé qu’elle révèle et, bien sûr, les inusables sujets de la révision constitutionnelle et du « nouveau gouvernement ».

M 23

Le Potentiel titre « Mystère
sur l’évasion des ex-M23 en Ouganda et au Rwanda ». Comme dans un conte de fées, les ex-rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), qui ont trouvé refuge au Rwanda et en Ouganda lors de leur déroute en novembre 2012, se sont volatilisés dans la nature. Cette évasion aux contours flous donne raison à la France qui avait sonné le tocsin sur une éventuelle réorganisation de ce mouvement rebelle.
Des membres du M23 qui se volatilisent dans la nature, cela ne peut pas être considéré comme un fait anodin. Car, pour le seul Ouganda, il s’agit de plus de 1.000 hommes armés, contre environ 600 pour le Rwanda. Qu’un nombre aussi important d’hommes armés disparaisse sans qu’on identifie clairement leur destination, il y a de quoi se poser des questions, fait remarquer Le Potentiel. « Nous appelons d’un côté la République démocratique du Congo à redoubler d’efforts dans l’opérationnalisation du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion et de l’autre l’Ouganda et le Rwanda à coopérer de manière à ce qu’un terme définitif soit mis aux activités de ce groupe », avait alors lancé le diplomate français.
« C’est plus tard, soit le mardi 26 août 2014, poursuit Le Potentiel, que le Conseil de sécurité s’est subtilement et dans des termes incongrus rappelé de l’alerte lancée par la France. Sans faire allusion aux faits dénoncés par son groupe d’experts sur la RDC, le Conseil de sécurité n’a trouvé mieux que d’inviter Kinshasa à « accélérer le processus de retour en RDC » des ex-rebelles du M23 afin que le programme de leur réintégration « soit achevé dans les délais impartis ». À cet égard, les membres du Conseil de sécurité ont juste « encouragé les parties à hâter la mise en œuvre du communiqué final du dialogue de Kampala et des déclarations de Nairobi en vue d’une démobilisation permanente du M23 ». Mais, comment Kinshasa devrait-il garantir la « démobilisation permanente » des réfugiés dont il n’a plus la maîtrise, parce qu’absents de leurs camps de refuge ? Une question à laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies n’a nullement fait allusion, comme s’il ignorait superbement les faits contenus dans le rapport à mi-parcours de son groupe d’experts sur la RDC.
« Qui se sent morveux qu’il se mouche », dit-on. Le Conseil de sécurité n’échappe pas à ce dicton. Comme s’il pressentait un regain de violence dans la région des Grands Lacs, le Conseil de sécurité s’est dédouané en rappelant que « c’est au gouvernement congolais qu’il incombe au premier chef d’assurer la sécurité, la protection des civils, la réconciliation nationale, la consolidation de la paix et le développement du pays ».
L’organe de décision des Nations unies oublie qu’il a déployé dans la même région une Brigade spéciale d’intervention des Nations unies pour accélérer le processus de paix. Sans compter, la forte concentration des troupes de la Monusco qui se sont pratiquement délocalisés vers l’Est de la RDC pour contenir toutes les poches de résistance. Devant toutes ces évidences, l’on ne sait donc plus à quel jeu joue exactement le Conseil de sécurité des Nations unies. Ne serait-ce pas la preuve de graves dissensions qui le rongent concernant le schéma à mettre en œuvre pour le cas spécifique de la RDC. Ne sachant concilier les points de vue divergents de ses membres, le Conseil de sécurité accumule des erreurs qui compliquent l’équation de paix dans la région. La disparition simultanée au Rwanda et en Ouganda n’augure pas de bonnes perspectives pour une paix durable dans l’Est de la RDC ».

Saïd Djinnit

Forum des As, sous son titre à la Une : «Revisitation de l’Accord-cadre, Saïd Djinnit reçu hier chez François Muamba», s’intéresse à la tournée de prise des fonctions que le nouvel Envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu dans les Grands Lacs, Saïd Djinnit, effectue dans la région. Dans la matinée de jeudi 28 août, il a échangé avec le coordonnateur du Mécanisme national de suivi (MNS), François Muamba. Ils ont passé en revue les réalisations de la RDC dans le cadre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba.Cette première visite officielle permet à saïd Djinnit d’apporter tout son soutien pour la stabilité du Congo-Kinshasa et de la sous-région des Grands Lacs.
«Évidemment, on a évoqué les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’accord-cadre. Nous avons convenu de travailler ensemble pour faire évoluer et progresser les choses dans la bonne direction pour la paix, la sécurité et la stabilité dans cette région», a déclaré à l’issue de la rencontre, le diplomate algérien, successeur à ce poste de l’américaine Mary Robinson.

Evoquant cette même visite, Le Phare titre « Désarmement des FDLR : rendez-vous d’évaluation fixé en octobre » et écrit :
« En visite en RD Congo pour la première fois, le nouveau représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies dans la région des Grands Lacs, l’Algérien Said Djinnit, s’est entretenu, hier jeudi 28 août 2014, avec le coordonnateur du Mécanisme national de suivi des engagements de paix signés par la RDC(MNS), François Muamba Tshishimbi, au bureau de travail de ce dernier à Gombe. A en croire l’hôte de la RDC, ils ont ensemble évoqué ce que le gouvernement et la partie congolaise font pour honorer les engagements qu’ils ont pris dans le cadre de l’Accord d’Addis-Abeba. « Je suis venu pour rassurer vouloir travailler la main en main, en pleine confiance et en toute transparence avec le gouvernement de la RDC… », a-t-il souligné à l’issue de l’entretien.

Précisant que son rôle étant de s’assurer que toutes les parties prenantes, au niveau national, régional et international, honorent leurs engagements, le représentant de Ban ki Moon a déclaré qu’il est temps que le Congo soit pleinement stabilisé et retrouve la stabilité nécessaire pour son redressement. Et il est temps aussi que la région reprenne avec la stabilité.

D’ores et déjà, il a garanti que la Communauté internationale travaille sur les grands chantiers qui vont rassembler les populations des Grands Lacs ; promouvoir le commerce, les infrastructures, les investissements privés ; rapprocher les populations et faire de la région une zone prospère, stable et solidaire. Dans tout ça, a-t-il conclu, le Congo a un rôle important, essentiel à jouer dans cette démarche.

C’est le même message qu’il va apporter à toutes les autorités du pays, tout en réaffirmant la détermination des Nations Unies à soutenir la RDC dans ses efforts de redressement en termes de stabilité, économique, social et humanitaire et aussi en terme de consolidation de la démocratie.

FDLR : processus bloqué ?

Tout en soulignant ne pas être la meilleure autorité pour répondre à la question liée au blocage observé dans le processus de désarmement volontaire des rebelles rwandais des FDLR qui doit s’achever en décembre prochain, Said Djinnit a confirmé que c’est aussi la position du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui a pris note des décisions des efforts des organisations sous-régionales (SADC, CIGRL) en vue de trouver une approche commune. Celles-ci, rappelons-le, ont accordé, lors du sommet de Luanda, un nouveau délai de 6 mois aux FDLR de se désarmer volontairement, avant une opération forcée. «Notre souhait est que ce processus se passe dans les meilleures conditions d’efficacité. Sinon pour ceux qui ne profiteraient pas de cette fenêtre d’opportunité, l’action militaire est toujours sur la table… », a-t-il menacé.

Pour sa part, François Muamba a dévoilé sa joie de travailler avec le successeur de Mary Robinson avec qui ils ont travaillé de manière étroite, très constructive. Pour lui, c’est un bonheur supplémentaire de travailler avec un « frère », car cette proximité va peut-être aussi permettre d’améliorer ce qu’ils veulent faire pour le Congo : la paix. Cette paix qui débouche sur la stabilité, la coopération, le développement et le bonheur des peuples.

Ayant aussi évoqué les dossiers sensibles, notamment la question de retour des ex-M23 (conditions de rapatriement) et du départ définitif de tous les éléments FDLR, François Muamba a souligné les échanges ont été constructifs et fraternels. « Nous avons examiné comment garder la même détermination, regarder dans la même direction. Il n’y a pas de faiblesse lorsqu’on ouvre une fenêtre, lorsqu’on dit aux gens de sortir sans dégât. C’est plutôt une indication de responsabilité. Le rendez-vous est donné en octobre pour évaluer » a-t-il conclu.

Il convient de souligner que Said Djinnit dirigeait depuis avril 2008 le Bureau des Nations-Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA), le premier bureau politique régional de l’ONU consacré à la résolution des conflits, la médiation et la consolidation de la paix.

Auparavant, Said Djinnit était le Commissaire de l’Union Africaine (UA) pour la paix et la sécurité. Il a également occupé le poste de Secrétaire général adjoint aux Affaires politiques de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) qui est devenue l’UA en 1999.

Au cours de sa carrière, il a contribué à la mise en place de l’architecture et de l’agenda de l’UA pour la paix et la sécurité avec la création du Conseil de Paix et de Sécurité et de la Force Africaine en Attente (FAA). Said Djinnit a été le fer de lance de la contribution du Secrétariat général de l’OUA et de la Commissions de l’UA aux efforts de paix sur le continent africain, notamment en Éthiopie et en Érythrée, en République démocratique du Congo, au Burundi, aux Comores, en République Centrafricaine, en Cote d’Ivoire, au Liberia, au Soudan et en Somalie ».

Révision Constitutionnelle

AfricaNews titre en manchette, « Pierre Lumbi en disgrâce ? ».
La fronde lancée par le parti du Conseiller spécial du chef de l’Etat à la veille de la rencontre de Kingakati a pris les allures de « mort subite ». Si l’ancien activiste de la Société civile est aujourd’hui à la tête du deuxième parti de la majorité et a la réputation d’un homme tenace, il n’a visiblement pas les reins solides pour faire aboutir sa contestation. Certains analystes politiques pensent que la bombe de Lumbi a explosé…peut-être pour l’emporter personnellement. Politiquement s’entend.

La Prospérité consacre sa manchette à l’unique femme présente à la table ronde de Washington, Angèle Makombo, présidente de la LIDEC, qui appelle à la révisitation de l’article 71 de la Constitution modifié en janvier 2011 et qui impose l’élection du Président de la République au suffrage universel direct à un seul tour au lieu de deux tours, comme auparavant, en 2006.
«Unique femme présente à la table ronde de Washington, Angèle Makombo, Président de la Ligue des démocrates congolais (Lidec), présage qu’il y aura probablement une multitude de candidats à la présidentielle. Ainsi, avec une élection présidentielle à un seul tour, nous risquons d’avoir un Président élu avec 20% ou 30% des voix. Donc, un Président avec une faible légitimité», rapporte ce journal. «Elle prône donc une révision constitutionnelle fondée sur la nécessité de renforcer les institutions démocratiques du pays et non pour plaire ou déplaire à un seul individu ou groupe d’individus», explique La Prospérité.. Ainsi, avec une élection présidentielle à un seul tour, « nous risquons d’avoir un président élu avec 20% ou 30% des voix. Donc, un président avec une faible légitimité ».

Modifier le mode d’élection à moins d’un an du vote était effectivement une manœuvre déloyale,même s’il ne s’agisait pas encore là de fraude à proprement parler. Il faut rappeler que la suite a été encore pire et que les élections de novembre-décembre 2011 ont donné des résultats qu’une personne avisée, réfléchie, d’esprit libre et critique devrait considérer comme nuls, donc sans gagnant. La suite aurait dû être l’annulation pure et simple, des enquêtes sérieuses pour déterminer les causes et origines des irrégularités, qu’on en tire les conséquences quant aux futures élections. Il aurait dû y avoir une protestation générale des démocrates de tous les partis, car un démocrate ne saurait accepter que son candidat gagne par la fraude, la corruption et le mensonge. Au lieu de quoi on n’a assisté qu’à des élucubrations pour défendre la victoire « officielle » de JKK, et à d’autres élucubrations pour défendre celle, tout aussi hypothétique, de Tshisekedi.
Les élections de 2011 avaient été organisées, tout comme celles de 2006, en faisant voter un « corps électoral inconnu », faute de recensement préalable de la population. Ce fait à lui seul suffirait à en « plomber » gravement la crédibilité. Elles ont, par-dessus le marché, été entachées de fraudes et de manipulations à un point tel qu’elles ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus[1]. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. Malumalu, principal responsable de cette absurdité d’élections sans recensement préalable de la population, a été remis à la Présidence de la CENI, ce qui promet encore de beaux jours à l’avenir !

Toujours autour de la révision constitutionnelle, Forum des As estime que la balle est dans le camp de l’opposition pro-concertations. Pour le journal, le dé est presque jeté pour la Majorité, l’option du referendum constitutionnel paraissant sur le point d’être levée. C’est du côté de l’opposition où une certaine clarification s’impose, estime-t-il. Alors que l’opposition qui n’a pas pris part aux Concertations rejette toute modification de la Constitution, même pour des articles non verrouillés, la balle est du côté de l’opposition qui a pris part aux Concertations nationales qui, pour Forum des As, est appelé à se déterminer par rapport à la question de la révision de la constitution.

L’éditorialiste du Phare s’exclame « 4me République ? Le bilan de la 3me d’abord ! » et brosse de ce bilan un vaste tableau sans complaisance :
« Le « Conclave » de la Majorité Présidentielle à Kingankati, le lundi 25 août 2014, n’a pas fini d’agiter le microcosme politique congolais. Dans les salons politiques de Kinshasa en particulier, l’idée de la rédaction d’une nouvelle Constitution, prélude à l’avènement de la 4me République, est commentée en sens divers. Si le projet enchante les affiliés de la famille politique du Chef de l’Etat, qui pourraient ainsi contourner sans difficulté les articles verrouillés de l’actuelle Constitution, il suscite au contraire la levée de boucliers dans les milieux de l’Opposition radicale et des forces sociales apparentées.
Ici, des voix s’élèvent pour exiger un bilan exhaustif des gestionnaires de la Troisième République avant sa liquidation. Nombre de nos concitoyens estiment que l’on ne peut passer d’une République à une autre sans que ceux qui sont aux affaires ne rendent compte à la collectivité nationale. A cet effet, il serait utile que les forces vives de la Nation sachent ce qui a été fait, depuis le 18 février 2006, date présumée de la naissance de la Troisième République, aux plans politique, sécuritaire, diplomatique, économique, financier, social, infrastructurel, culturel, etc. Car, en revisitant sommairement ces différents volets, l’on note que très peu de résultats ont été acquis entre 2006 et 2014, par rapport aux promesses faites aux Congolais par les animateurs des institutions tant nationales que provinciales. En principe, c’est au regard de la nature du bilan réalisé que la communauté nationale pourrait juger de l’opportunité de changer ou non de Constitution et, partant, de République. Et s’il s’avère que le mal se trouve du côté des mandataires du peuple, le bon sens voudrait que le pays change de gouvernance et non pas de texte constitutionnel.

Une paix toujours précaire

En dépit des efforts fournis par le gouvernement congolais et ses partenaires extérieurs pour éradiquer les forces négatives, notamment dans la partie Est du pays, il continue d’y régner une paix précaire. Dans plusieurs contrées de la Province Orientale, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Katanga, les groupes armés étrangers et les milices locales mènent encore le jeu face aux FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) et à la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo).

Massacres des populations civiles, viols, esclavages sexuels, vols, exactions, pillages des ressources naturelles, arrestations arbitraires, tortures, incendies des maisons et des champs…sont encore le lot quotidien des autochtones. Plusieurs attaquées et même parfois « anéanties », les forces négatives, congolaises comme étrangères, renaissent de leurs centres pour relancer l’insécurité. Jusqu’ici, toutes les stratégies de gestion des groupes armés (désarmement volontaire, démobilisation, réinsertion sociale ou intégration) n’ont pas produit les résultats escomptés. Apparemment, il ne reste qu’une recette à appliquer : l’usage de la force. Mais au regard des complicités internes et externes dont bénéficient les seigneurs de guerre, qui sont au cœur des millions de dollars que l’insécurité procure à eux-mêmes et à leurs maîtres, les observateurs doutent des chances de retour d’une paix durable dans les zones troublées.

Rupture entre la Majorité et l’Opposition

Depuis les élections controversées de novembre 2011, où les urnes n’avaient pu départager avec transparence la Majorité au pouvoir et l’Opposition, la rupture semble consommée entre les deux camps. Alors que d’aucuns pensaient que les « Concertations nationales », organisées en septembre/octobre 2013, allaient recréer la cohésion nationale, la publication par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) d’un calendrier partiel pour le cycle électoral de 2014 à 2016 et surtout la confirmation, par la Majorité Présidentielle, de sa volonté de doter le pays d’une nouvelle Constitution, synonyme d’offre d’un nouveau mandat au Chef de l’Etat en exercice, viennent d’élargir le fossé entre les deux camps antagonistes.
L’environnement politique congolais est marqué par un retour feutré au régime de la pensée unique et de la chasse aux sorcières, sur fond d’interpellations, d’arrestations et de condamnations judiciaires de ceux qui émettent des opinions contraires à celles du pouvoir en place. Au lieu de cheminer vers « une société ouverte », où ceux qui exercent leurs mandats au nom du peuple se sentent dans l’obligation de se justifier sur toutes les questions d’intérêt public, l’on assiste à l’émergence d’une société fermée, où le droit à la parole est réservé à un petit cercle de décideurs.

Une prospérité à double vitesse

Pendant cette 3me République, une infime minorité de concitoyens présents dans les institutions de la République et les postes de gestion des entreprises publiques, ainsi que les membres de leurs clans politiques et biologiques se sont scandaleusement enrichis au détriment de la multitude. Cette prospérité à double vitesse fait que l’on retrouve d’un côté ceux qui sont à l’abri du besoin, et de l’autre les masses condamnées à vivre de la portion congrue.

Les rares ressources que produisent les taxes et impôts ainsi que les exportations du diamant, du cuivre, de l’or, du pétrole, de l’électricité, du bois, du coltan…sont absorbées par les rémunérations du personnel politique. Les projets de développement communautaire et les infrastructures de base sont financés avec des budgets de misère. Depuis 2006, les promesses de lutte contre la pauvreté, d’amélioration du social des masses, de création d’emplois, de modernisation de l’agriculture, d’industrialisation du pays restent sans lendemain. Le niveau de vie du Congolais de 2014 est loin de rivaliser avec celui de son compatriote de 1960.

Au fil du temps, le rêve de bâtir un Congo plus beau qu’avant s’éloigne. Le chômage frappe, selon des statistiques en circulation au pays, plus de 80% de Congolais. A voir le nombre de diplômés d’universités sans emploi et des délinquants qui écument les places publiques de ville, l’on ne peut douter d’un tel chiffre ».

Nouveau gouvernement

La Prospérité titre : « Gouvernement de cohésion nationale: Lisanga Bonganga tourne le dos ! »
Le Coordonnateur du Front Populaire (FP), Jean-Pierre Lisanga Bonganga, tiendra samedi 30 août 2014 son meeting populaire au terrain GD, dans la commune de Lemba. «Mais, hier déjà, il a annoncé avec pompe ses couleurs. Dans la déclaration politique intitulée « Fin du mandat du Président Kabila Jour J-844 », Lisanga dit que le FP n’est pas concerné par la formation du gouvernement de cohésion nationale non issu d’un dialogue franc et inclusif», ajoute-t-il.
«En outre, Lisanga Bonganga met en garde la Majorité Présidentielle contre toute tentative de révision ou changement de la constitution, qui exposerait Kabila à être passible de haute trahison», rapporte enfin La Prospérité.

Ebola

D’après Le Phare, « Ebola révèle les défauts de la cuirasse »… et il ne s’agit pas seulement de questions de santé.

« Près d’une semaine après l’annonce officielle de la présence du virus d’Ebola à Jera, dans la province de l’Equateur, à plus de 1.200 Km de Kinshasa, les officiels se frottent les mains à l’idée que l’enclavement de ce coin perdu constitue une barrière naturelle contre son expansion. Pendant que s’organise la riposte, avec le déploiement à la fois des équipes médicales et des kits médicaux pour le dépistage et la prise en charge, les failles du système sanitaire national s’affichent en gros plan.

Grâce au virus Ebola, l’on se rend compte, avec un pincement au cœur, que la province de l’Equateur en général et le territoire de Boende en particulier souffrent d’un grave déficit d’infrastructures routières, sanitaires, scolaires, sociales et autres. Pour boucler par exemple la distance séparant cette cité de la localité de Lokolia, longue d’environ 45 kilomètres, il faut presqu’une demi-journée en recourant à plusieurs moyens de transport : véhicule tout terrain, pirogue, moto.

Les fameuses zones de santé dont on parle autour de Boende, à savoir Lokolia, Wetshekongo, Jera…n’existent que de nom. Car, les équipes d’intervention actionnées par le gouvernement central en vue de faire face à l’épidémie d’Ebola se sont retrouvées dans un espace géographique qui manque de tout. Le constat malheureux fait à cette occasion est que le territoire de Boende dispose d’un hôpital de référence qui ressemble à une coquille vide.

Tout le Congo profond dans le même sac

La situation sanitaire précaire qui prévaut dans la province de l’Equateur est pareille à celle que l’on rencontre à travers l’ensemble du Congo profond. Alors que la visibilité des « Cinq Chantiers de la République » est palpable à Kinshasa, ce n’est pas le cas au niveau des territoires et secteurs du Bas-Congo, de Bandundu, de l’Equateur, des deux Kasaï, du Katanga, du Maniema, du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et de la Province Orientale.

Dès qu’un cas grave survient à l’intérieur du pays, c’est soit le transfert urgent à Kinshasa ou à l’étranger si les moyens le permettent, ou encore l’attente inévitable de l’irréparable. La prise en charge des cas de malaria, de fièvre typhoïde, de diarrhée, de grippe, de tuberculose, de rougeole, d’appendicite, de hernie, de myome…s’avère difficile, faute de locaux, d’équipements et de personnels de santé qualifiés. A Luozi, Kahemba, Mweka, Ikela, Watsa, Lubefu ou Lubero, c’est le même concert de lamentations au sujet de l’inadéquation entre les besoins des autochtones en soins de santé et les structures de leur prise en charge.

En lieu et place de discours sur la modernisation des infrastructures de base, la maîtrise de l’inflation, la croissance à deux chiffres, l’amélioration du climat des affaires, les concitoyens du Congo profond voudraient voir des routes désenclaver leurs villages, des centres de santé dignes de ce nom pousser dans les chefs-lieux de leurs territoires et secteurs, l’électricité et l’eau potable envahir leurs milieux de vie, des machines agricoles transformer leur façon de travailler la terre, etc.

Pour un développement intégré

En cette période où les décideurs politiques mettent le cap sur l’émergence à l’horizon 2030, la RDC ne peut relever un tel défi que si elle parvient à impulser un développement intégré. Cela suppose que le Congolais et la Congolaise de chaque province de la République devraient sentir les effets de la croissance dans leurvécu quotidien, notamment par la satisfaction de leurs besoins élémentaires en logement, nourriture, soins médicaux, instruction, eau potable, électricité, culture, loisirs, etc.

A la veille de la session budgétaire du mois de septembre si proche, il est à espérer que les sénateurs et députés, que l’on suppose avoir mis leurs vacanxes à profit pour collecter des données sur le sous-développement qui frappe les milieux ruraux, vont tenir compte des priorités à satisfaire pour faire en sorte que la « Révolution de la Modernité » ne soit pas uniquement un phénomène de grandes villes du pays. Lorsqu’on pense aux images du Chef de l’Etat dont la Jeep s’était embourbée à Kabinda, au Kasaï Oriental, et en Ituri, en Province Orientale, on ne peut qu’en appeler au changement de politique de financement des projets dits à impact visible. Car, plus le temps passe, et davantage l’arrière-pays s’enfonce dans le processus du retour à l’époque de Léopold II ».

© CongoForum, le vendredi 29 août 2014

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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