CONGO ACTUALITE’ n° 236 du 24 février 2015

25 février 2015

Au fil des jours

ÉDITORIAL: QUELLE SUITE POUR LES OPERATIONS CONTRE LES FDLR?

Après la date limite, le 2 janvier, de l’ultimatum donné aux Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé d’origine rwandaise actif dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), on s’attendait que l’armée congolaise et les forces de la Mission des Nations Unies en RDC (Monusco) lançassent finalement une opération militaire conjointe contre ce groupe armé.

Forte tension entre Joseph Kabila et la communauté internationale
Mais quand, le 29 janvier, le chef d’état-major général de l’armée congolaise a annoncé le début imminent des opérations, son porte-parole a immédiatement précisé qu’il s’agissait d’une opération planifiée et menée par la seule armée congolaise et non en collaboration avec la Monusco, comme prévu initialement. Toutefois, la hiérarchie militaire congolaise n’avait pas exclu un soutien logistique de la Monusco. Pour expliquer cette décision, les autorités militaires congolaises avaient affirmé que l’ONU avait injustement accusé Kinshasa de vouloir retarder les opérations et d’être, donc, complice des FDLR. Selon certains officiers, l’armé congolaise demandait tout simplement un peu plus de temps pour mieux préparer cette opération.
Le 31 Janvier, la Monusco demandait au gouvernement congolais de remplacer deux généraux, Sikabwe Fall et Bruno Mandevu, récemment nommés respectivement commandant de la région militaire du Nord-Kivu et chef de l’opération militaire contre les FDLR. Les noms de ces deux généraux figuraient, en effet, sur une liste rouge de l’ONU, car certaines troupes, auparavant sous leur commandement, avaient été accusées de graves violations des droits de l’homme.
Le 5 Février, le Gouvernement congolais avait annoncé qu’il n’avait pas l’intention de remplacer les deux généraux.
Le 11 Février, la Monusco avait annoncé la suspension temporaire de son soutien aux opérations militaires conduites par l’armée congolaise contre les FDLR, en raison de désaccords avec Kinshasa sur la nomination des deux généraux.
Le 14 Février, la Monusco a « mis terme » à son soutien à l’offensive de l’armée congolaise contre les FDLR, car Kinshasa n’a pas accepté de remplacer les deux généraux controversés.
Le 15 Février, le gouvernement congolais a annoncé de renoncer à toute forme de soutien de la Monusco aux opérations militaires pour désarmer les FDLR.

Les raisons?
Selon le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, le Président a estimé « irrespectueux » que la Monusco exige le remplacement de deux généraux nommés à la tête des opérations anti-FDLR.
Mais selon certains observateurs, les vrais problèmes sont ailleurs.
Refuser le soutien de l’ONU pourrait être une façon de ne pas engager de vraies opérations contre les FDLR. En effet, l’offensive lancée fin janvier, n’a pas encore vraiment démarrée sur le terrain.
Kinshasa hésite à combattre contre un groupe armé bien utile au pouvoir congolais pour lutter contre les rébellions soutenues par le Rwanda (RCD, CNDP et M23). On suspecte même des officiers congolais de « sous-traiter » certaines opérations aux FDLR et d’entretenir avec les rebelles hutus de lucratifs trafics (minerais, or, charbon…). À Goma, un commerçant a même accusé certains éléments de l’armée de collaborer avec les FDLR: «Les FDLR vivent dans des coins stratégiques, là où il y a beaucoup de minerais. Maintenant ils collaborent avec les commandants supérieurs des FARDC, ils ne peuvent pas se battre, ce sont des amis». En outre, Kinshasa veut, de cette façon, affirmer sa «souveraineté», comme l’a bien déclaré le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, dans une conférence de presse à Kinshasa: «C’est une décision de souveraineté …
la RDCongo n’est pas sous tutelle de qui que ce soit». Cependant, la volonté d’affirmer aujourd’hui cette «souveraineté» nationale pourrait cacher une attitude de revanche des autorités de Kinshasa vis-à-vis de la communauté internationale, à cause de ses dernières déclarations politiques concernant particulièrement les prochaines élections présidentielles prévues en 2016.

Une recommandation
L’absence des forces militaires de la Monusco provoque le scepticisme dans le chef de certains spécialistes de la situation congolaise qui doutent que, seule, l’armée congolaise puisse faire quelque chose contre les FDLR, car celles-ci s’enfonceront dans la forêt dans des lieux extrêmement difficiles à atteindre. Selon eux, même la victoire des FARDC sur les rebelles du M23, fin 2013, n’avait été possible que grâce à l’appui logistique de la brigade d’intervention de l’ONU.
Pour cela, l’Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ) a demandé au président Joseph Kabila de «revenir sur sa décision de renoncer à l’aide de la Monusco» pour l’opération des FARDC contre les FDLR et lui a même recommandé de «privilégier le dialogue avec les Nations unies, car il en va de la réussite des dites opérations principalement en ce qui concerne la protection des populations civiles».

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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