LE SENS DE LA RESURRECTION DE JESUS

4 avril 2015

Evangile

Le témoignage de Paul
Paul se veut à son tour le témoin du ressuscité. Il n’a pas connu le Jésus d’avant Pâques, mais il considère que l’événement prodigieux qu’il a vécu sur le chemin de Damas, celui qui l’a ébloui au point de le rendre aveugle, est une apparition du ressuscité et qu’à ce titre elle lui confère le titre d’apôtre. En s’adressant aux Corinthiens chez lesquels la foi en la résurrection de Jésus fait manifestement difficulté, il proclame à son tour, comme Pierre ce qui est arrivé à Jésus et s’en porte ensuite le témoin : sont encore vivants et quelques-uns uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. En tout dernier lieu, il m’est apparu à moi comme à l’avorton » (1 Co 15, 1-8).

Paul dit de manière stylisée et facile à transmettre les deux points essentiels de la foi : mort et sépulture d’une part, résurrection d’autre part. Il appuie sa proclamation sur le témoignage de tous ceux qui ont été les bénéficiaires d’une apparition du ressuscité. Il se met enfin en scène lui-même. L’évocation de tous ces témoins est une invitation à les consulter si la chose est possible. Mais elle ne doit pas nous faire oublier que les apparitions de Jésus ont été reconnues dans la foi. Le chrétien est invité à entrer dans la chaîne des nouveaux témoins qui auront cru sur la parole des témoins originaires.

Le terme, employé plusieurs fois par Paul et généralement traduit en français par « il est apparu », dit en fait « il a été vu », « il s’est donné à voir ». Il souligne l’initiative absolue de Jésus dans ses manifestations.

Après avoir rappelé l’essentiel du message, Paul entre en débat avec ceux des Corinthiens (1 Co 15,12-58) qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection des morts et qui posent déjà la question de savoir comment les morts peuvent ressusciter. La réponse de Paul se déroule en deux temps. Tout d’abord (1 Co 15,12-27), il tire les conséquences de l’hypothèse selon laquelle le Christ ne serait pas ressuscité. Le message apostolique devient alors vide de contenu et avec lui la foi chrétienne. Les témoins sont de faux témoins. Le don du salut n’a pas eu lieu. Ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus. Comme de telles conséquences sont impensables, Paul revient à sa conviction : « Mais non, Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts » (1 Co 15,20). Cette réponse ne vaut évidemment qu’à l’intérieur de la cohérence de la foi. Mais elle a l’intérêt de montrer que la résurrection est la clé de voûte du message chrétien : avec elle il tient ou tombe tout entier.

Ensuite, répondant à l’objection qui monte de tous les siècles : « Comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? » (1 Co 15,35), il prend l’image du grain de blé qui meurt dans la terre et donne place à une plante généreuse sans commune mesure avec sa semence. Il admire l’identité de l’espèce qui demeure entre le grain de blé et l’épi. Mais il ignore tout du processus biologique de la germination et de la croissance des plantes. Pour lui, le phénomène est miraculeux et inexplicable. Il constate simplement le pouvoir de Dieu qui suscite avec très peu de chose un corps considérable. Il y voit une image de la toute-puissance divine dans la résurrection. Celui qui peut faire l’un peut aussi faire l’autre. L’analogie illustre le paradoxe de la
continuité et de la
discontinuité radicale entre le corps périssable et le corps ressuscité : Semé corruptible, le corps ressuscite incorruptible ; semé périssable, il ressuscite éclatant de gloire ; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force » (1 Co 15,42-44).
Sans doute n’y a-t-il là qu’une image et nous savons aujourd’hui à quelles lois obéit le passage de la graine à la plante. Mais l’intérêt de l’argumentation est d’éviter de nous faire tomber dans une imagerie matérialiste. Paul avoue son incapacité à dire le comment du passage du corps mortel au « corps spirituel » et incorruptible. Mais ce passage n’est pas impensable, puisque la nature nous en fournit une image. Le sens du message
Jésus s’est présenté comme « le Fils » par excellence à l’égard de Dieu qu’il appelait son Père en un sens privilégié. Etait-ce une imposture ou le signe d’un trouble mental ? Dans le conflit qui l’a opposé aux chefs religieux de son peuple, qui avait raison et qui avait tort ? De quel côté était la justice ? De quel côté, en définitive, se trouvait Dieu ? En n’intervenant pas lors de la crucifixion, Dieu n’avait-il pas donné raison aux adversaires de Jésus ? Malgré le témoignage exceptionnel que ce dernier avait donné dans sa manière de mourir et qui avait fait « craquer » tant de témoins, un doute ne pouvait pas ne pas peser le soir du vendredi saint sur le vrai rapport de Jésus à Dieu.

La résurrection de Jésus, attribuée dans le Nouveau Testament à l’action toute-puissante du Père, vient trancher divinement le débat. Car nous changeons de registre dans la nature du témoignage. Celui que Jésus avait précédemment donné s’inscrivait dans le partage de notre condition de vie. Il employait notre langage et faisait tout pour se faire comprendre de nous. Désormais, le témoignage donné est celui de la transcendance divine. C’est un tout autre langage, si fort que nous ne pourrions ni le comprendre ni l’accepter s’il ne venait au terme de l’itinéraire qui précède. Privée de ce contexte, la résurrection de Jésus n’a pas de sens ni de crédibilité. Elle n’est la résurrection de personne.
Prise au contraire dans son lien avec l’existence de Jésus, son message, sa manière de vivre et de mourir, elle prend valeur de signature divine de l’itinéraire humain de Jésus. De son côté, Jésus en avait scellé le sens dans sa mort pour le Père et pour ses frères. En réponse, Dieu scelle cette existence en montrant qu’elle débouche sur la vie. La résurrection sera reçue dans l’Eglise comme la grande preuve de la divinité de Jésus, puisque celui-ci avait revendiqué cette filiation et qu’elle se trouve confirmée. La résurrection nous dit aussi que la voie de l’amour, suivie inconditionnellement par Jésus jusqu’au don de sa vie, n’est pas une voie sans issue, une sorte de cul-de-sac qui ne déboucherait sur rien. La voie de l’amour est aussi la voie de la vie.La résurrection, c’est la Vie
« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », dira plus tard Irénée de Lyon. Cette parole se vérifie d’abord dans la résurrection de Jésus. Dieu a voulu que Jésus soit rendu à la vie, à une vie plénière pour que tout homme puisse vivre. C’est là qu’il met sa gloire, c’est-à-dire sa propre beauté. La résurrection est belle en un sens évidemment différent de la mort de Jésus. Cependant, c’est la même beauté qui de secrète devient éclatante.

La résurrection de Jésus, c’est donc la victoire de la vie sur la mort. Victoire bien exceptionnelle, dira-t-on, au regard de la défaite universelle. Sans doute, mais cette victoire n’est pas l’exception qui confirme la règle, mais la révélation que ce qui est arrivé à Jésus est
pour nous. La résurrection de Jésus est la promesse de la nôtre. Elle nous donne l’image même de ce que nous sommes appelés à devenir. Elle est le symbole concret de ce que nous mettons sous le mot
salut, puisque pour nous, être sauvés, c’est vivre, vivre intensément et toujours, dans une vie d’amour. Nous vivrons en Dieu éternellement de la vie que manifeste Jésus. Sa destinée sera la nôtre. Elle nous dit que l’ordre universel de la mort est déjà vaincu en celui qui prend la tête de l’humanité pour la conduire vers la résurrection de la fin des temps. Si l’on peut dire, la résurrection de Jésus, c’est la garantie-or des promesses qui nous sont faites.
Mais cette promesse n’est pas un « opium du peuple ». Elle est déjà un don qui sollicite toutes les énergies humaines pour la construction d’une société juste, libre et fraternelle. Elle présente ses propres arrhes dans notre vie terrestre. Elle est secrètement présente, chaque fois qu’une personne ou un groupe humain se trouve libéré d’une situation intolérable, d’une injustice ou d’une oppression, d’une grave maladie, d’un trouble psychologique grave ou aliénant. La force de la résurrection s’exprime à travers tous ceux qui ont la générosité de donner, à leur tour avec et comme le Christ, leur vie pour la justice et la vérité.La signification du tombeau vide
Le tombeau vide n’est pas à lui-seul une preuve de la résurrection. Cependant, situé à sa place à l’intérieur du message de la résurrection, il garde une importance capitale. Car il est la seule trace, toute négative d’ailleurs, qui puisse être observée de la résurrection du côté des phénomènes de notre monde. « Par rapport à l’univers phénoménal la résurrection est disparition » (E. Pousset). Mais cette trace mystérieuse et inexplicable doit exister, pour pouvoir affirmer un minimum de continuité entre le corps humain de Jésus et son statut de ressuscité. La conception juive de l’homme, en effet, n’est pas ouverte à la perspective de l’immortalité de l’âme, car pour elle le corps est la personne même. C’est la personne tout entière de Jésus qui est ressuscitée, celle qui avait assumé notre condition et était entrée dans le réseau des communications humaines à travers son être-corps. Dans la prédication de la Pentecôte, Pierre en appelle au fait que le Christ « n’a pas été abandonné au séjour des morts et [que] sa chair n’a pas connu la décomposition » (Ac 2,31). C’était à l’époque « un préalable à la possibilité de confesser la résurrection ».

Dans la cohérence de la foi, le tombeau vide a une triple signification symbolique :

1. la pierre roulée signifie la victoire de Dieu sur les forces de la mort et l’ouverture du séjour des morts, ce que la tradition juive appelait le sheol.

2. Elle oriente vers l’espérance de la manifestation définitive du Christ. De même, les linges laissés au tombeau « représentent un vieux vêtement usé » et la « libération de Jésus des liens de la mort par le Dieu de Pâques ».
3. Le tombeau vide est enfin un signe annonciateur du retournement du monde à la fin des temps. Il nous dit que la figure de ce monde n’est pas sa réalité ultime et que la loi de la corruption n’est pas le dernier mot de la condition humaine, puisqu’en la personne de Jésus le cosmos a déjà connu une première et discrète déchirure, dont l’achèvement doit rendre l’univers transparent à la vie de Dieu.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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