- L’appel affligé de Kabeza pour la démocratie au Congo et pour son syndicat.
- Ne nous laissez pas seuls, nous avons besoin de votre expérience, de vos conseils et de votre appui pour que le peuple congolais se rapproprie de sa propre dignité
Pierre Kabeza a été l’hôte d’honneur dans la librairie Fiaccadori de Parme ce vendredi 27 avril 2007, lors de présentation du livre d’Eugenio Melandri “ L’aube de la démocratie – Voyage au Congo qui change”. Toutes les couches de la population de la ville de Parme étaient au rendez-vous, y compris les syndicalistes et les enseignants. Rappelons que Monsieur Kabeza Pierre est un enseignant et un de rares syndicalistes de la République Démocratique du Congo et il est en Italie, invité par l’ONG « Chiama l’Africa » pour son Congrès célébré à Ancona la semaine passée.
Entouré de centaines de livres dans cette librairie historique de la ville de Parme, Pierre Kabeza parle avec un ton très calme sans se laisser toucher par le décor tout à fait nouveau qui l’entoure et raconte son histoire avec beaucoup de chaleur et simplicité.
Son intervention très claire et bien documentée a été suivie avec un grand intérêt et attention. Elle a été accompagnée aussi par une profonde émotion, surtout au moment où les chiffres d’une guerre injuste qui a fait plus de 4 millions de morts on laissé la place à son expérience personnelle de syndicaliste convaincu, qui se batte pour les droits des enseignants et de l’école.
“Notre lutte n’a pas été facile. On a été plusieurs fois intimidé, deux fois mis au cachot, plusieurs messages de mort donnés par téléphone. Nous nous sommes caché pendant deux semaines auprès des amis qui nous ont assuré la sécurité. »
En racontant brièvement l’événement historique des élections du 30 juillet 2006 il a dit :
« Je voudrais vous parler de la démocratie au Congo. Nous venons de faire des élections. Les élections chez nous, nous les avons considérées comme une femme qui est enceinte. Nous avons attendu les élections comme une femme qui attend un bébé. Et les élections nous ont donné un enfant : la démocratie. Nous remercions la communauté internationale, en particulier la communauté italienne, qui est présente au Congo dans la mission des Nations Unies, qui est présente à travers les missionnaires, qui s’est battue pour que nous puissions avoir les élections. Maintenant que nous avons fait les élections, maintenant que nous sommes dans la démocratie, c’est le début d’un vrai combat. Les élections ne peuvent pas faire un miracle au Congo. Le peuple congolais doit prendre conscience de cette situation, mais nous avons besoin de votre accompagnement, nous avons besoin de votre expérience, nous avons besoin de votre aide, votre soutien matériel, logistique et moral. Nous devons nous approprié la démocratie, nous devons savoir notre devoir et notre droit. C’est notre combat qui va faire que nos autorités travaillent très bien. Le combat c’est nous qu’allons le faire, mais l’accompagnement viendra de vous. C’est pour cela je lance un appel : je vous demande de soutenir mon syndicat. Un enseignant au Congo touche 18 dollars américains, imaginez vous cette catastrophe. Et quand on vous 18 dollars l’autorité crie partout à la radio et elle dit qu’elle a payé, pour se moquer de nous. Mon syndicat n’a pas de moyens, Eugène l’a vu, c’est un courage exceptionnel avec tous les amis que nous sommes décidé de pousser. Nous n’avons pas de moyens, parce que les enseignants sont appauvris. Quelqu’un qui a 18 dollars vous lui demandez de contribuer combien pour le syndicat ? »
Enfin il a ajouté avec un ton de voix qui ne cachait pas ses émotions douloureuses :
« Le 02 avril j’ai perdu papa, C’est en ce moment que j’ai compris la souffrance des malades au Congo. Papa est entré à l’hôpital à 8h.00, mais jusqu’à 22h.00 il n’a pas eu de médicaments. Il est mort. Beaucoup des malades meurent comme ça au Congo, ils n’ont pas ni soins, ni médicaments. »
Et il a terminé son bref message :
« Nous avons besoin d’apprendre la démocratie, aidez-nous, aidez-nous. »
Avant d’entrer dans la salle de cette librairie nous nous sommes assis pour quelque instant à la table d’un petit bar pour gouter une bonne tasse de café « espresso » et nous lui avons voulu lui poser des questions.
- Monsieur Kabeza , vous venez de passer deux jours avec des syndicalistes italiens à Rome. Avec eux vous avez eu la chance de vous approprier de certaines techniques élémentaires pour la bonne marche de votre syndicat. Vous avez rencontré des personnes, quelle a été votre impression ?
« Mon impression est vraiment très bonne. J’ai rencontré une société qui a compati avec le Congo, une société qui a été touche par le drame congolais et qui est prête à agir pour aider le Congo à retrouver sa dignité. Vraiment une société, des hommes et des femmes qui sont prêtes pour la solidarité internationale. »
- Monsieur Kabeza, vos paroles nous flattent vraiment. Mais quel message avez-vous laissé dans leurs mains ?
« Le Congo vient de mettre au monde une jeune démocratie c’est un bébé. Ce bébé a besoin de soins, le bébé a besoin de grandir. Nous demandons à la communauté italienne de pouvoir aider le Congo à construire cette démocratie, un bébé qui vient de naitre, d’accompagner le Congo dans cette construction de la démocratie. Le peuple congolais a besoin d’une formation poussée à citoyenneté et le peule congolais voudrait apprendre la démocratie à partir de l’expérience italienne. Je demande au peuple italien de nous accompagner dans cette démocratie naissante chez nous, nous avons besoin de leur expérience, nous avons besoin de leur appui, nous avons besoin de leurs conseils, nous avons besoin de leur soutien matériel, de leur soutien logistique pour ce bébé que j’appelle la démocratie congolaise puisse grandir, puisse avoir la bonne santé et puisse être le modèle des démocraties africaines.
Propos recueilli par kakaluigi
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28 avril 2007
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