08/05/12/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE MARDI

(CongoForum)

CENi et CSJ se critiquent réciproquement à propos du contentieux électoral. Le Premier ministre Matata Ponyo a été face à la représentation nationale, lundi 7 mai, à l’hémicycle du Palais du peuple et cet événement est diversement commenté dans les journaux. On notera qu’il n’est plus guère question de Ntaganda, réputé « en fuite ». Ce n’est sans doute que partie remise… On parie ? En attendant, le CNDP se recompose déjà…

Elections

Sur Radio Okapi, des critiques réciproques entre la CENI et la CSJ viennent opportunément rappeler que la politique congolaise est viciée à la base par l’absence d’élections crédibles. Les élections du 28/11/11 ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Les fraudes les plus importantes ayant eu lieu au niveau des centres de compilation, on ne pourrait se rapprocher de la « vérité des urnes » qu’en se référant aux PV des bureaux de vote, dernière opération publique et vérifiée par des témoins. Les chiffres de la CENI ne s’accompagnaient pas de ces PV, les chiffres publiés par l’UDPS, non plus. L’Eglise n’a jamais publié les résultats partiels constatés par ses observateurs. On n’a donc que des résultats dont la crédibilité est nulle. Les législatives ont été dignes de la présidentielle, sinon pires. Mais la CSJ a entériné les résultats de la présidentielle et des législatives. Le temps s’est écoulé, les résultats des élections demeureront à jamais inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli.

« Contentieux électoral : la Ceni demande à la Cour suprême de justice de corriger ses arrêts », annonce Radio Okapi.
« Il ne suffit pas de dire que les arrêts de la Cour jouissent d’une souveraineté absolue mais il faut que les arrêts répondent aux prescrits de la loi. Notamment la nécessité de leur motivation et la cohérence dans l’ensemble du système », a déclaré, lundi 7 mai, le vice-président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Jacques Djoli en rapport avec l’arrêt de la Cour suprême de justice (CSJ) invalidant trente deux députés proclamés élus par la Ceni. Trente deux autres candidats ont été réhabilités par la même Cour.
Tout en reconnaissant le caractère souverain de ces arrêts, le vice-président de la Ceni estime que toute œuvre humaine a des imperfections et nécessite une rectification. « Lorsque certaines décisions sont prises par la Cour, il y a moyen de la saisir pour qu’elle rectifie les erreurs matérielles ou en donner l’interprétation en entendant toutes les parties », a déclaré Jacques Djoli. Il estime qu’il ne s’agit donc pas d’une innovation ou d’une remise en question des arrêts rendus par la Cour, mais « tout simplement de l’application de la loi électorale. » Jacques Djoli précise que ce n’est pas la première fois que la Cour soit saisie pour rectifier ses erreurs, évoquant deux cas similaires de 2007 qui font jurisprudence, selon lui.

(Il existe en effet toujours la possibilité de faire une « demande d’interprétation ». En termes simples, cela consiste à se retourner vers le juge pour lui dire « Hé, mec ! Il veut dire quoi, ton jugement ? ». NdlR)
Dans son arrêt, la CSJ a annulé les élections dans la seule circonscription de Masisi (Nord-Kivu) où des troubles avaient été signalés pendant le vote. Elle a recommandé à la Ceni d’organiser les élections dans cette localité dans les soixante jours qui suivent la réception de la notification. (On admirera la formule « des troubles pendant le vote ». Le Masisi est la région où Ntaganda sévit depuis bien avant le vote et l’on sait par un rapport de l’ONU que ses activités nt été intiement liées aux fraudes électorales ! NdlR). Pour Jacques Djoli, la loi impose au juge électoral de transmettre à toutes les parties et à la Ceni des éléments nécessaires pouvant l’aider à réorganiser des élections dans certaines circonscriptions où elles ont été annulées. « Si la Cour dispose d’autres résultats, il faudra qu’elle nous les signifie », a affirmé le vice-président de la Ceni.

Des sources concordantes ont affirmé à Radio Okapi que la Haute cour a tenu compte de ses propres données compilées avant de rendre son verdict. Elles citent notamment le cas de Kalemie où ni Vicky Katumwa ni son parti n’avait introduit de recours en contestation des résultats. (La Cour a proclamé Vicky Katumwa élue à la place d’Emmanuel Ngoy Mulunda Nyanga, « frère » de Daniel N.M., déclaré élu par la Ceni. Il existerait donc des « données » – soyons clairs, cela veut dire des résultats de vote ! – autres que celles de la CENI ? Tiens ! Tiens ! Ndlr)
Autre étrangeté : le fonds et la forme. Certaines contestations du contentieux électoral des législatives ont été jugés non fondés sur la plan du fond. La haute cour a déclaré que les parties requérantes n’ont pas présenté des preuves suffisantes et valables pouvant remettre en cause les résultats de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Mais beaucoup de recours ont péché par la forme. Les appels introduits par les candidats sont irrecevables pour défaut de qualité des demandeurs en justice. Les personnes qui ont saisi la cour pour contester les résultats n’avaient pas qualité de le faire, conformément à la procédure en vigueur sur le contentieux électoral, a expliqué la haute Cour. Ce sont les partis politiques qui devaient saisir la cour et non les individus, dixit la Cour suprême de justice. (Cette situation défavorise les candidats en désaccord avec leur parti, come ceux de l’UDPS, par exemple. Mais surtout, comment explique-t-on une « rectification » qui n’a été demandée ni par la candidate, ni par son parti ? NdlR)

Parlement

Dans son article intitulé : Le grand oral de Matata à l’Assemblée nationale, Le Potentiel note que le programme d’action du gouvernement pour le quinquennat 2012-2016, s’articule en quatre axes dits stratégiques, à savoir la nécessité de construire un Etat efficace, l’impératif de développement des infrastructures de base, l’amélioration du cadre de vie et les conditions sociales de la population, et le renforcement du capital humain et l’éducation à la citoyenneté.
Il note que même si ce programme bénéficie d’avance du soutien de la Majorité présidentielle, il en est ressorti d’autres questions qui ont fait l’unanimité, à l’instar du fait que ce programme reste muet sur la question de la rétrocession des recettes aux provinces, et celles-ci à leur tour aux Entités territoriales décentralisées, ainsi que la fixation sur la suite du processus électoral.

Dans un autre article publié par Le Potentiel: « Programme quinquennal 2012-2016 : les six défis de Matata Ponyo », le confrère relève qu’au bout de son mandat, l’ambition de l’actuel locataire de l’Hôtel du conseil est de donner à la RDC la chance de financer son développement par des ressources propres. C’est 48 milliards USD de ressources qu’il vise de mobiliser pour l’Etat en 2016.

AfricaNews se penche sur l’ « Inventaire des engagements de Matata Ponyo ». Ce journal signale que le gouvernement Matata rêve de réhabiliter et moderniser, d’ici 2016, environ 17.000 km linéaires de routes dont près de 2.000 km revêtues et 15.000 en terre. La construction de la première phase du port en eau profonde de Banana d’ici 2016 est également envisagée comme la modernisation des aéroports de Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani et Goma.
Au chapitre de l’amélioration du cadre de vie de la population, le gouvernement se propose d’augmenter les investissements publics dans le secteur de l’eau, environ 2% du PIB par an de 2013 à 2016. Il se propose aussi, entre autres, d’encourager les initiatives privées et le partenariat public-privé dans la construction des logements sociaux et construire, à cet effet, 30.000 logements sociaux d’ici 2016.

Sous le titre : « Feu vert au gouvernement Matata », le groupe parlementaire « Terre d’Avenir » donne le ton, L’Avenir rapporte qu’en sa qualité de président du groupe parlementaire « terre d’Avenir », le député Pius Muabilu – également patron de ce journal – estime que la polémique suscitée autour de la nomination d’un ministre délégué à la Primature chargé des Finances n’a pas sa raison d’être. Pour lui, le fait que ce ministère soit rattaché à la Primature rassure et le chef de l’Etat a vu loin. D’autant plus que ce ministère, loin d’être une création à la congolaise (le sens de « à la congolaise » n’est pas précisé, mais on peut subdorer qu’il ne doit pas signifer grand-chose de bn ! NdlR) permettra au Premier ministre d’avoir un œil sur la mobilisation des ressources pour le bien-être des Congolais.

« Matata Ponyo accusé de fausse manœuvre », affiche à la Une Le Palmarès. Ce journal fait remarquer que le Premier ministre a transmis à la représentation nationale une synthèse de son programme au lieu d’un document complet, détaillé et explicite. Dès transmission de cette synthèse, Matata a promis de faire suivre les détails après. Les députés, rapporte le confrère, se plaignent de devoir d’abord adopter un programme avant d’en découvrir tous les contours. Mais pour raison de discipline et d’urgence, la Majorité parlementaire va s’y résoudre.

Le Phare note qu’à l’opposé de leurs collègues de la Majorité, les députés de l’opposition n’ont pas été tendres à l’égard du nouveau locataire de l’Hôtel du conseil. Les hostilités ont été ouvertes par les députés du groupe parlementaire de l’UNC, Bitakuira, Mayo et Lusenge ont tour à tour dénoncé le manque de volonté politique de l’actuelle équipe de marquer la rupture avec le passé.

L’Observateur titre: «Matata Ponyo promet d’améliorer les conditions de vie des Congolais».
Dans son éditorial, ce quotidien rapporte que le Premier ministre a indiqué les choix opérés pour créer les conditions susceptibles de faire de la RDC un pays émergent au cours des années à venir. Mais le confrère note que pour atteindre cet objectif, la RDC doit passer par le retour au respect des règles, des standards, des normes, de l’éthique… « Bref, il faut améliorer la gouvernance, opérer une révolution de la modernité », estime L’Observateur.

De son côté, La Prospérité souligne : « Matata a 24 heures pour convaincre ! »
Ce journal note que près de 311 élus du peuple ont pris part à la plénière de lundi où l’équipe gouvernementale et son programme ont été présentés. Organisés en groupes parlementaires, poursuit le journal, les députés nationaux ont décortiqué les différentes articulations du programme d’action du gouvernement. Plusieurs questions touchant à l’économie, l’emploi, le social, la sécurité, l’éducation, la révision constitutionnelle, la justice, les élections à venir, la décentralisation, les infrastructures, les mines et hydrocarbures, les télécommunications ont été soulevé. La Prospérité. souligne que de l’avis du plus grand nombre, ce programme a été suffisamment enrichi et estime que le gouvernement est appelé à respecter les urgences en trouvant les moyens extrabudgétaires pour faire un saut qualitatif par la mise en place d’un plan audacieux d’emprunt, l’incitation des investissements privés dans les missions publiques, l’engagement avec intelligence, technicité et prudence de la garantie d’Etat pour stimuler les emprunts économiquement viables. Ce faisant, le programme mérite d’être adopté quand bien même les députés affirment attendre encore sa mise en œuvre, conclut La Prospérité.

CNDP

« Le CNDP se recompose » annonce Afrikarabia.
Puis, le site précise « Le bras de fer entre l’armée congolaise et l’ex-rebelle du CNDP, Bosco Ntaganda provoque la création d’un nouveau mouvement baptisé : Armée Nationale Congolaise/CNDP (ANC/CNDP). Cette « clarification » au sein de la rébellion intervient à quelques jours d’un ultimatum fixé par les autorités congolaises demandant aux mutins de se rendre. Le Colonel Sultani Makenga prend la tête de ce mouvement. »
Dans un récent communiqué, des membres du CNDP « historique », proches de l’ancien général rebelle Laurent Nkunda prennent leur distance avec les mutineries dans l’armée congolaises provoquées par la volonté de Kinshasa d’arrêter leur chef, Bosco Ntaganda. Depuis plus d’une semaine l’armée congolaise traque le général ex-CNDP Bosco Ntaganda dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). L’bbjectif annoncé par Kinshasa est clair : l’arrestation de Ntaganda demandée par la communauté internationale et la Cour pénale internationale (CPI). Le général Ntaganda s’est d’abord réfugié dans le Masisi avant de se retrancher dans le Rutshuru, à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda. Le gouvernement congolais a donné jusqu’au jeudi 10 mai aux mutins pour se rendre.
Ce nouveau mouvement affirme vouloir faire respecter l’accord de paix de 2009 qui devait transformer le CNDP en formation politique. L’ANC/CNDP se trouve désormais sous le commandement du Colonel Sultani Makenga. Ce militaire venu du Sud-Kivu avait récemment fait défection et pris le maquis avec 80 de ses hommes. L’épreuve de force se trouve donc relancée entre Kinshasa et la rébellion tutsi.

(Quel peut bien être l’intérêt de relancer les accords de Goma, qui n’ont jamais été qu’un « piège à cons », et n’ont jamais été appliqués, si ce n’est en déguisant les hommes du CNDP avec des uniformes congolais ? NdlR)

Le Potentiel couvre également cet événement et pose d’emblée la question de la « base arrière du mouvement rebelle ».
« Les mutins proches du général Bosco Ntaganda viennent d’officialiser leur projet. Leur constitution en milice rebelle sous le nom d’armée nationale du Congo/CNDP est désormais officielle. Cette prise de position publique sonne comme un défi après l’ultimatum de l’armée qui leur demandait de se rendre avant jeudi prochain. Le communiqué daté du 6 mai et qui circule depuis hier lundi sur Internet associe pour la première fois depuis trois ans le nom de l’ancien groupe rebelle Congrès national pour la défense du peuple à la notion de groupe armé.
Ce nouveau mouvement, qui affirme vouloir défendre l’accord de paix du 23 mars 2009, qui avait conduit le CNDP à se transformer en parti politique pacifique s’est donné comme chef le Colonel Sultani Makenga. Cet officier de haut rang venu du Sud-Kivu a fait défection vendredi dernier avec environ 80 hommes, et les Nations unies l’identifient comme un très proche du général Bosco Ntaganda, qui s’est notamment fait remarquer en refusant l’inspection des stocks d’armes sous son contrôle l’année dernière.
Le communiqué de l’ANC/CNDP est signé de Rutshuru, au Nord-Kivu, à proximité de la frontière rwandaise. A ce propos, le porte-parole de l’armée régulière dans la province, le Lieutenant Col Sylvain Ekenge, a contacté la BBC pour clarifier son commentaire rapporté lundi matin sur notre antenne : selon lui, sa position ne consiste en aucun cas à dire que la Col Makenga a pu trouver refuge au Rwanda. L’inquiétude règne chez les observateurs de la situation à Goma, où l’on se demande notamment quelle attitude va adopter Kigali face à ces insurgés principalement rwandophones.
L’attitude de Kigali sera déterminante. Le régime de Paul Kagame se désolidarise de ces mutins, auquel cas aucun avenir possible de survie pour ce mouvement rebelle, ou Kigali déclare, à voix audible, ne pas soutenir ce mouvement rebelle mais la santé militaire de ce mouvement rebelle démontrera le degré d’implication du Rwanda ou de l’Ouganda.
L’attitude du CNDP officiel reste également à confirmer : il n’était pas possible lundi soir de joindre le sénateur Edouard Mwangachuchu, qui avait signé la semaine dernière un communiqué au nom du parti pour se dissocier de la mutinerie tout en légitimant la frustration liée à l’application des accords de paix de 2009. »

(La question de l’attitude de Kigali est certes importante, surtout militairement, mais on devrait aussi se poser la question de l’attitude de Kinshasa. Le CNDP a DEUX « bases arrières ». Celle du Rwanda est évidente, pour la double raison que les armes sont bruyantes et que la commercialisation par le Rwanda des produits pillés au Congo n’est même pas discrète. Mais sa seconde base, et la plus importante, est la complicité de la bourgeoisie dite « rwandophone » de ce coin de l’Est avec l’ensemble de la classe des privilégiés dans tout le Congo, en place depuis quarante ans. NdlR)

© CongoForum, le mardi 8 mai 2012

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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